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vendredi 24 janvier 2014

Mot-dièse ou mot-clic ?

Je me suis aperçu avec horreur que, tout en annonçant pour le lendemain, la suite de mon blog du jour (« Arbeit macht frei »), j'avais complètement oublié de traduire ce titre qui est hélas bien connu, mais qui l’est sans doute, fort heureusement, bien moins dans les jeunes générations. Il s'agit en effet de l'inscription qui figurait à l'entrée d'Auschwitz et je crois de quelques autres camps de concentration ; elle reprenait, sans ironie, une devise  qui figurait à l'entrée des usines de l'IG Farben , et soulignait, en allemand, que « le travail rend libre » ! Toutes mes excuses pour cette omission et j'en viens maintenant au propos du jour.

Comme je le disais, mais peut-être cette mention est-elle passée inaperçue, la France, avec deux ans années de retard, s'est décidée à proposer une traduction française officielle du terme « hashtag », mais cette traduction par « mot-dièse » cumule les bizarreries, ce qui n'est pas pour étonner quand il s'agit de décisions officielles concernant notre langue.

Pour faire vite et régler ces points, je mentionnerai simplement trois bizarreries ou erreurs :
1. Le « croisillon » ou « carré » (au Québec et en Belgique) est un signe typographique « # » qui ne doit pas être confondu avec le dièse « ♯ ».



2. Deuxième point bizarre dans le terme proposé « mot-dièse » ; le prétendu dièse est placé après le mot-clé (« tag ») alors que, dans l'usage ordinaire, il est placé placé avant.

3. Troisième remarque et non la moindre ; le trait d’union pose un problème à l'ordinateur ; je rappellerai simplement que le trait d’union a été, en principe supprimé, sauf dans quelques cas précis, par la loi Rocard.

Dernière curiosité et non la moindre ; l'usage du terme « mot-dièse » est recommandé à tous les scripteurs français mais (et je cite ici le Journal officiel du 31 janvier 2013), « il s'impose dans l'administration » ! Pour reprendre ici une des traditions de mon blog, si vous trouvez une attestation de « mot-dièse » dans un document administratif, vous avez gagné, comment au bon temps de Coluche, une tringle à rideaux !

Nous faudra-t-il, pour éviter ces fâcheuses entorses à la loi, marcher sur les brisées de nos amis québécois, grands spécialistes de la terminologie, et qui, deux ans avant nous, se sont penchés sur ce problème et ont proposé de pourvoir le français, par l'entremise de l'Office québécois de la langue française, d’un équivalent de l’affreux « hashtag » par « mot-clic » ? L’OQLF, dans le même texte, donne  la définition suivante du terme : « Série de caractères précédée du signe #, cliquable, servant à référencer le contenu des micromessages, par l'indexation de sujets ou de noms, afin de faciliter le regroupement par catégories et la recherche thématique par clic.  
[…]
Un mot-clic prend la forme suivante : #motclé. Il s'agit d'un mot-clé sur lequel on clique; c'est par le clic, associé à un hyperlien, qu'il devient utile et intéressant. Ajouter un # avant un mot le transforme automatiquement en lien cliquable menant à une page de recherche contenant tous les messages... ».

Cette proposition de « mot-clic »  par l’OQLF (meilleure au plan sémantique) n'a pas fait l'unanimité dans la Belle Province et le débat continue là-bas comme le montre différents textes récents dont celui produit par Bruno Maltais et qu'on peut trouver dans le site de Radio-Canada.

« Mot-clic » ne plaît pas plus à tous que « mot-dièse », mais une fois de plus, s’illustre ici, la tendance fâcheuse des Français à considérer que la langue française est leur propriété personnelle et qu'ils en sont les uniques propriétaires.
Cette idée a conduit à ne pas retenir, une fois de plus, la proposition québécoise émise pourtant deux ans plus tôt et qui, somme toute, n’est pas plus mauvaise.

La chose n'est pas pour étonner, quand on a vu le temps que les commissions de terminologie et les autorités françaises ont mis à écarter l'absurde néologisme « mél » au profit de « courriel » que les Québécois avaient proposé bien avant et qui est infiniment meilleur. On a fini par se rendre, en trainant les pieds, à cette proposition de bon sens, mais les contorsions et les délais pour l’admettre de la part des autorités françaises sont des plus comiques !

N'étant personnellement ni familier ni amateur de Twitter et résistant donc aisément à la vogue de « hashtag », je n'ai guère de raison d'utiliser ce terme dont je ne vois pas d'ailleurs la nécessité, puisque la simple recherche par mot-clé, dans Google ou ailleurs, donne des résultats qui sont tout à fait satisfaisants, sans qu'on ait à se poser le problème de la traduction de cette épouvantable « hashtag ».


jeudi 23 janvier 2014

« Arbeit macht frei »


 Ne vous interrogez pas trop longtemps sur le titre de ce blog, car il traduit simplement l'impression pénible que me donne, à chaque fois que je l’entends, le mot « hashtag » qui fait désormais partie du lexique quotidien de toute personne qui aspire à être dans le vent ou du moins à le donner à penser.

C'est évidemment le cas en particulier de toutes celles et de tous ceux qui causent dans nos postes ou se montrent sur nos écrans. Ce que l’on sait moins, car eux-mêmes ne le comprennent pas nécessairement,  c’est qu’au-delà du plaisir quasi orgasmique que leur procure l’usage répété de ce terme, c'est évidemment la façon la plus commode et la moins coûteuse de faire de la publicité pour leur employeur, en recommandant, par cette voie la lecture ou la consultation,  de tout ce qui peut être pour le « hashtag » en cause sur le site de cet employeur ; dont ils ne cessent par ailleurs de répéter inlassablement le nom.

Je sais bien que l'immense majorité des Français n'éprouve pas le même sentiment que moi, mais je fais hélas partie de celles et de ceux qui, si peu que ce soit, ont connu la dernière guerre mondiale et l'occupation de la France et pour qui le mot « hashtag » sonne hélas, à tort ou à raison, comme « stalag » ou « oflag », termes qui me furent familiers dans ma petite enfance pour avoir servi de résidences à des membres de ma famille. On me  pardonnera donc la référence peut-être un peu excessive que j'ai faite à ces sonorités en donnant ce titre à ce billet.

Elle est d'ailleurs passablement inexacte, puisque, assez curieusement (la chose est rare et mérite d’être signalée), en dépit de quelques recherches rapides, je n'ai pas réussi à trouver la véritable étymologie de ce terme, qui pourtant à chaque jour se multiplie dans nos médias.

Il faut constater hélas que, comme la plupart du temps, nos informaticiens et nos multiples commissions de terminologie n’ont même pas été capables de trouver un équivalent français convenable. S’en sont-ils même souciés, tout à leur joie d’user d’un américanisme de plus ? Vous n’avez sans doute même pas noté que le Journal officiel de la République française, dans sa page 1515 du 23 janvier, a admis dans notre langue l’étrange «mot-dièse» (avec, en outre, un trait d’union proscrit par la loi Rocard !) et s’est risqué à en donner une définition : « Suite signifiante de caractères sans espace commençant par le signe # (dièse), qui signale un sujet d'intérêt et est insérée dans un message par son rédacteur afin d'en faciliter le repérage», en précisant même qu’au pluriel, on doit écrire «des mots-dièse ».

Peut-être faudrait-il mettre en concours l'innovation néologique en cette matière, comme on l'a fait, autrefois, lorsqu'il s'est agi de trouver un équivalent français au mot « computer » qui était en train d'envahir le lexique informatique français. Si je me souviens bien, ce fut l’éminent latiniste Jacques Perret, spécialiste de Virgile, qui, à la demande d’un de ses anciens étudiants, devenu un haut cadre chez IBM, qui proposa le mot « ordinateur » qui s'est imposé dans la suite.

Au cas où vous ne seriez pas exactement informé, (comme moi avant de rédiger ce billet), le sens exact et de l’origine du mot « hashtag » qui est d'ailleurs intraduisible en français, pour le moment du moins. C’est sans doute ce qui conduit à en faire un abus d'autant plus insupportable que la plupart de ceux qui utilisent ce terme en ignorent la véritable définition qui est passablement complexe et souvent inexacte en outre comme nous le verrons demain car je ne viendrai pas à bout de cette affaire aujourd’hui.

Je me permets ici de vous donner quelques informations plus précises que j’ai purement et simplement empruntées, sans « hashtag », via Google, à Wikipedia qui s’avance sur ce terrain avec beaucoup de prudence, en faisant appel à ses lecteurs pour compléter ou corriger son propre texte :
« Le hashtag (ou encore mot-dièse, mot-clic) est un marqueur de métadonnées couramment utilisé sur internet où il permet de marquer un contenu avec un mot-clé plus ou moins partagé. Composé du signe typographique croisillon « # » (appelé hash en anglais), suivi d’un ou plusieurs mots accolés (le tag, ou étiquette), il est particulièrement utilisé sur les IRC et réseaux sociaux ».

Autre définition : « Le principe du hashtag mérite donc une petite explication : tout d’abord, d’un point de vue étymologique, il se compose de hash (une sorte de dièse, que les Anglo-Saxons ont souvent l’habitude d’utiliser en substitution au terme « number ») et de tag. Ce dernier signifiant « mot-clé » [dès lors pourquoi ne pas en user ]. Voilà, un hashtag c’est un mot-clé précédé d’un dièse. [ un dièse qui n’en est d’ailleurs pas un !  ] ».

Tout cela n’est pas très clair et on se prend à rêver quand on apprend que le « faux dièse », signe conventionnel qu’on place devant un mot pour le rechercher,  aurait pu être notre charmante « esperluette », représentée typographiquement par &, qui figure elle sur tous les claviers et qui même fut longtemps la 27ème lettre de notre alphabet français !

Il y a sans doute parmi ceux et celles qui par hasard liront ce blog des gens qui auraient la capacité de se livrer à une réflexion à ce sujet et de nous proposer un terme qui fleure un peu moins la « quenelle » que ce détestable et indéfendable « hashtag ».