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vendredi 1 mars 2013

L'école 2013 (N°14). Retour en arrière. Les mystères de l'Education Nationale : Françoise Dolto ou César Savard? (Mon blog du 5 octobre 2008).

Au moment même où bat son plein la promotion du film « Entre les murs », voilà qu'il reçoit à Cannes, une Palme d’or inattendue qu’il a due, semble-t-il, essentiellement, au choix personnel du président du jury, Sean Penn, le « bad boy » attitré du cinéma hollywoodien, qui a trouvé là une occasion de concilier son goût de l’anticonformisme cossu et les charmes pervers de la position qu’on lui avait offerte.

Du coup, certains rêvent déjà de voir oscarisé cette production, qui , pourtant, me paraît aussi typiquement française que le camembert au lait cru, le saucisson ou les cuisses de grenouilles à la crème.

Faut-il ajouter que, pour garder toute mon objectivité, je n’ai pas vu le film et que n’ai aucune intention de le voir ? J’en sais bien assez déjà, à travers les innombrables promotions et lancements que j’ai dû subir et les propos de l’auteur du livre qui est, en même temps (pas fou), l’acteur principal du film, où il joue son propre rôle. Qu’on ne vienne pas me parler des talents multiples qu’il révèle par là. N’importe quel imbécile peut jouer un rôle au cinéma… sauf Johnny Hallyday, ai-je pour habitude d’ajouter, mais je vous éviterai, pour une fois, cette remarque.

François Begaudeau, qui a oublié d’être bête (quoique son patronyme-valise semble combiner "benêt" et "nigaud"), est de ces nombreux enseignants qui se jugent, clairement et d’emblée, au-dessus de leur condition et qui, sachant écrire (il est agrégé de lettres), comprennent vite que la littérature traitant de l’école et des faits de société qui s’y attachent peut être un bon créneau éditorial, au moins pour deux raisons. La première est qu’un tel sujet n’attire que modérément les vrais écrivains ; la seconde est que, chaque année, il y a des opportunités majeures d’édition et de promotion pour des livres sur l’école, les rentrées scolaire et littéraire coïncidant à peu près.

François Begaudeau est un auteur éclectique, pour ne pas dire opportuniste, qui ne s’obstine pas dans les voies qui ne lui réussissent pas. Après un livre sur le foot (Jouer juste), un autre sur Mick Jagger ( ?) et un roman psychologique bien français dit-on (Dans la diagonale), il a enfin décroché le jackpot avec son Entre les murs, qui non seulement s’est très bien vendu, mais surtout a été adapté au cinéma. De petit professeur minable dans un collège de banlieue, voilà notre François devenu soudain « journaliste, auteur, scénariste, acteur », du moins à en croire sa biographie officielle qui ne fait même plus état de ses misérables activités d’enseignant.

Vivant très bien dans la « disponibilité » qui est désormais la sienne (c’est lui qui le dit dans le magazine du TGV !), il semble définitivement perdu pour l’enseignement, métier dans lequel il semblait pourtant réussir parfaitement, comme son livre et le film paraissent en apporter la preuve par l’illustration.

Sébastien Clerc, est, au petit pied et en plus laborieux, le Bégaudeau de la rentrée scolaire 2008, avec son Au secours ! Sauvons notre école ! Sans avoir le succès de Entre les murs, Sébastien Clerc a fait toutes les télés et toutes les radios de la rentrée avec ses recettes-miracles pour dompter les classes les plus agitées et les élèves les plus incivils. Pas de prix littéraire ou de film à l’horizon, mais, à défaut de sauver l’école, selon le programme qu’il propose, il s’est, en tout cas, sauvé lui-même ! Il a déjà réussi, semble-t-il, à se faire détacher, Dieu sait pour quoi faire, auprès du Rectorat de Créteil ! C’est toujours mieux que de faire bêtement la classe.

Je voulais intituler ce post « François Begaudeau et X », X étant le nom de cet enseignant du collège César Savart à Saint-Michel (Aisne), qui s’est pendu au lendemain de ses heures de garde à vue, suite à la plainte du père d’un élève qui l’accusait de l’avoir frappé. Faute de connaître son nom, je me suis rabattu sur le nom des deux établissements en cause, « Françoise Dolto » dans le film et « César Savart » dans la réalité.

Je crois me souvenir d’une affaire un peu identique ; il y a quelques mois, un élève de onze ans , a été giflé par un enseignant qu’il avait traité de « connard ». Le père du gamin, gendarme de son état, semble-t-il, avait engagé une procédure, au terme de laquelle le « connard » de professeur a été condamné à 500 euros d’amende ! Je ne sais pas si c’est par solidarité avec leur collègue que les gendarmes de l’Aisne ont retenu, sept heures durant, le professeur en cause, alors que les faits s’étaient déroulés hors de la présence de tout témoin.

Je ne sais rien des faits eux-mêmes et je veux les ignorer car, dans cette affaire, c’est la parole de l’un contre celle de l’autre, ce qui, d’ailleurs, a été finalement admis par la justice. En revanche, à la télévision, j’ai vu à plusieurs reprises, et récemment encore (ce qui a déclenché la rédaction de ce post) l’élève en cause et j’ai entendu ses propos. Agé de 15 ans, il serait en classe de cinquième et l’affaire a tenu à l'origine à ce qu’il aurait refusé de donner au professeur son carnet de correspondance que ce dernier exigeait suite à son retard.

Cet élève, indépendamment de son parcours scolaire, qui ne me paraît pas des plus brillants, a l’air d’un parfait abruti et je ne comprends même pas qu’on ait pu ajouter quelque foi à des propos émis, sans preuve ni témoignage, par un pareil individu. Quand au père, qui a porté plainte et qu’on nous a montré aussi, il a toutes les apparences d’un vieillard, qui aurait été longuement confit dans l’alcool et à le voir, on comprend aisément les caractères de l’enfant qu’il a malheureusement réussi à engendrer.

Pour conclure en revenant au film, qu’en dire ?

Il est évident que regarder un pareil « produit » comme un témoignage, valide et pertinent, sur la réalité scolaire actuelle, est une imposture majeure. C’est une espèce de Star Ac. scolaire, fabriquée de toutes pièces. Que les auteurs aient voulu surfer sur la vague de la violence scolaire, du jeunisme et de la vogue de la fascination/déploration des « jeunes » des « quartiers », que Sean Penn ait saisi cette occasion commode de régler les comptes de son père avec le mac-carthysme, tout cela est sans grande importance. En revanche, au-delà de l’écume fugace du succès, je crains le pire pour les garçons et surtout les filles qu’on a embarqués dans cette aventure et dont les têtes ont, de toute évidence, tourné ; ils ne sont pas près de sortir d’« entre les murs » où on les a ainsi enfermés, "pour de vrai" cette fois !


mercredi 15 février 2012

Avis aux écrivains

Comme je l'ai dit à de multiples reprises, dans plusieurs des innombrables blogs que j'ai rédigés depuis cinq ou six ans, quoique j'écrive souvent et beaucoup, je n'ai pas la moindre vocation d'écrivain ni la plus infime prétention à l'écriture et donc, moins encore, à l'édition. On ne pourra donc me soupçonner de jalousie !

Je me réjouis, une fois de plus, de mon absence de prurit scriptural et éditorial et, dois-je le dire, plus encore que d'habitude, pour avoir écouté, ce matin, le récit de l'aventure de ce directeur de prison tombé amoureux de "l'appât" féminin du tristement connu "gang des barbares", comme on dit dans nos médias. Il s'agit d'une certaine Emma, me semble-t-il;  tombé sottement amoureux de sa belle prisonnière, il lui avait procuré des avantages interdits dont, entre autres, un téléphone portable. Jusque-là rien que de banal sinon de normal, y compris la sanction qui a frappé le geôlier fautif mais qui conduit la belle prisonnière (depuis libérée) à être inculpée de complicité dans ce dernier délit.

Ce qui est à l'origine de ce blog est donc, bien plutôt et surtout, la récente nouvelle, tout de même ahurissante à mes yeux du moins, que cet ex-directeur de prison, qui n'est même pas encore jugé, me semble-t-il, a déjà écrit et est en train de publier un livre qui, fort heureusement, va sortir en même temps que se déroulera son procès ! Pur hasard bien entendu!

On ne peut que se réjouir de cette vocation aussi soudaine qu'inattendue, et qu'il ait si heureusement occupé les nouveaux loisirs que lui procurait sa mise à pied. Je me réjouis d'avance et souhaite à son livre tout le succès qu'il mérite certainement, puisque le cerbère doit avoir eu de bonnes raisons de se changer soudain en un romancier que les éditeurs ont dû aussitôt se disputer vu la rapidité de la parution de l'ouvrage !

En la circonstance, et c'est même là mon seul propos, je ne puis que compatir avec ceux qui, comme, quelques-uns de mes amis, ont une vraie vocation à l'écriture et qui, quoiqu'ayant déjà écrit plusieurs textes, ont toutes les peines du monde à les publier.

Le système éditorial de la France n'a jamais été très brillant et alors qu'on on pourrait croire impossible une telle évolution, il est même de pire en pire. Je m'en doutais un peu, non pas à la lecture, car je me garde d'investir le moindre euro dans de si étroniformes publications (la vue des auteurs comme des couvertures de leurs oeuvres suffisent à mon édification), mais en voyant sans le vouloir certaines binettes comme, par exemple, le dimanche soir, chez Thierry Ardisson, dans son émission "Salut les terriens"  ("Quo non descendat ?") et surtout celui ou celle qu'il appelle "l'invité de vingt heures". En effet, c'est là le moment où apparaît  le dit invité qui se voit  accorder une dizaine de minutes, en forme de conclusion. Or la plupart de ces invité(e)s viennent faire la "promo" de leur publication et je suis bien sûr que le nouveau Proust des cachots se présentera très vite dans cette lugubre série.

Ce qui est notable, en effet, est que tous ces auteurs relèvent tous, avec des variantes, d'un registre que je qualifierais volontiers comme celui de la tératologie littéraire, qui va du nain zoophile au mercenaire hermaphrodite. Chers amis écrivains, vous qui ne parvenez pas à trouver d'éditeurs, pourquoi n'avez-vous pas préalablement congelé quelques nouveau-nés, commis des escroqueries monumentales, pratiqué régulièrement l'inceste ou, pour le dernier cas évoqué ici, rendu agréable, par des faveurs illégales, le séjour en prison d'une créature qui avait été auparavant complice de l'assassinat particulièrement odieux d'un malheureux qu'elle avait attiré dans ses filets à cette fin? Voilà, en vrac, quelques moyens sûrs qui, de nos jours et dans notre beau système éditorial français, vous font aussitôt publier et vous ouvrent toutes grandes les portes des médias!

Il paraît que les éditeurs ont des "lecteurs" qui sont chargés, dans la masse des manuscrits qu'ils reçoivent, de repérer les pépites éditoriales ; je crois que cette fonction, comme celle de correcteur ou de prote, est devenue totalement inutile. Il suffit désormais de repérer dans la presse les faits divers de préférence scandaleux, immondes et graveleux (l'un n'empêche Melba, comme disait feu Pierre Dac) pour identifier aussitôt et de façon radicale les futurs auteurs de la maison. Sont-ils en mesure d'écrire leurs livres est une question sans importance, puisque les nègres abondent sur le marché parisien et qu'il faut bien que tout le monde vive.

Chute inattendue: cette histoire a toutefois une morale car j'ai cru comprendre que l'ex-directeur de prison n'a plus de travail et croit dur comme fer à sa grande histoire d'amour carcérale, même si  la belle Emma s'est envolée aussitôt libérée !

vendredi 14 octobre 2011

Pauvre littérature française!

En écrivant le titre de ce blog, j'en perçois aussitôt le caractère inadéquat. Je devrais plutôt dire en effet « Pauvre édition française. » car la littérature, fort heureusement n'est pas en cause ici comme on va le voir !

Il y a toujours eu un considérable écart entre la littérature et l'édition, surtout en France, et il n'a fait que croître durant les dernières décennies. Il serait facile d'en multiplier les exemples ; chacun sait bien qu'un roman écrit ou en tout cas "signé" par Zinedine Zidane (naturellement rédigé par un nègre) serait accepté immédiatement par les éditeurs français qui se disputeraient même l'honneur et le privilège de le publier. On a eu une preuve amusante de la chose quand, suite à la publication d'un roman par Claire Chazal, des farceurs se sont amusés à le reproduire intégralement en n'en changeant que le titre et les noms des personnages, avant de se voir refuser le tapuscrit par des éditeurs qui ne s'aperçurent d'ailleurs en aucune façon de la supercherie. C'est, en matière littéraire mais avec moins de succès, une facétie du genre de celle qu'avait imaginée Roland Dorgelès faisant exposer, sous le nom de Boronali (anagramme insoupçonnée d'Aliboron) un tableau "Coucher de soleil sur l'Adriatique" qu'il avait fait peindre par un âne avec sa queue.

La publication du livre de Tristane Banon (que j'entendais présenter ce matin comme une "écrivaine" et non comme une journaliste) confirme l'abîme qui existe entre l'édition et la littérature tout en jetant aussi une ombre fâcheuse sur la décision de cette jeune femme de porter plainte contre DSK. Ce qui pouvait apparaître comme une prise de décision tardive suite à l'agression dont elle se dit victime, n'est donc, en fait, qu'une simple opération commerciale de lancement d'un livre qui, sans cela, serait sans doute passé totalement inaperçu. Merci DSK !

Il faut dire que les médias y sont aussi pour beaucoup, surtout lorsque, dans des émissions non littéraires, l'un ou l'autre des chroniqueurs s'avise de dire quelques mots sur un livre ; je ne pense pas ici, je le répète, aux émissions spécialisées dont les responsables sont infiniment plus sérieux et lisent les livres mais ont aussi, du fait de leurs relations particulières avec les éditeurs, des motivations différentes. Ce matin encore, le hasard, toujours malicieux, m'a fait entendre Valéry Giscard d'Estaing interviewé par Nigaud Aliagas (sur Europe 1 dans l'émission du matin).

Les choses ont bien commencé, puisque une fois les salutations échangées, Nigaud a d'emblée attaqué par une erreur sur le titre même du livre, ce qui montre bien que non seulement, comme la suite le montre, il n'avait pas lu le livre mais n'en n'avait même pas regardé la couverture. Il a en effet dit, en commençant, que le roman s'intitulait "Mathilde", obligeant l'auteur à intervenir pour signaler que le vrai titre est Mathilda ; la chose est sans importance mais tout à fait significative.

L'entretien a continué sur le même mode puisque la remarque suivante de Nigaud Aliagas a été que ce roman mettait en scène un vieux notaire, détail que Valéry Giscard d'Estaing a aussitôt corrigé, à nouveau, en soulignant que le notaire en question est en fait jeune (35 ans) !

Avec une ruse que connaissent tous ceux qui sont amenés à faire croire qu'ils ont lu des textes alors qu'ils ne l'ont pas fait, après ses deux bourdes liminaires, Nigaud Aliagas, sans avoir lu le reste, a cité et commenté une page précise (la page 68), choisie au hasard on l'espère, où il avait relevé la phrase suivante "Il n'avait pas dit un mot de tendresse avant de la violer ». Passons sur la platitude de l'écriture! Un mot d'explication est toutefois nécessaire ici le roman se passant en Namibie ; l'épisode central en est le viol de Matilda, une blanche, par un ouvrier noir de sa plantation. La phrase citée elle-même est sans le moindre intérêt (en Afrique ou ailleurs, il est très rare qu'un viol s'inscrive dans une relation de tendresse) mais elle le devient, dès que l'on sait qu'elle témoigne, selon Valéry Giscard d'Estaing lui-même, de son intérêt nouveau pour la psychologie africaine !

Au fait, j'y pense soudain, Valéry Giscard d'Estaing n'est-il pas membre de l'Académie française ? À mon avis il devrait suivre le conseil de Boileau : "Imite de Conrart le silence prudent !".