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mercredi 8 mai 2013

Grenouilles ou Météo France ?



 


L'avantage, avec Météo France, c'est que comme pour la pousse et la chute des feuilles, on peut reprendre, aux mêmes dates ou presque, des posts antérieurs, ce qui pour un jour férié est, vous en conviendrez, bien commode. Voici donc, en reprise, sans en changer un mot, mon texte du 6 juin 2011.

"Depuis quelques semaines, les météorologues (ou apparentés) régnaient en maîtres sur nos écrans de télévision. Ils venaient gravement nous expliquer la sécheresse et les maux qu'elle allait entraîner pendant dans les semaines à venir, sans oser toutefois nous prédire de façon sûre une canicule meurtrière. À la veille du viaduc de l'Ascension [ c'était déjà le cas et je ne change pas une virgule en ce 8 mai 2013, ni le "viaduc", ni la pluie], des millions de Français se sont donc rués sur les routes (ce qui était prévu) pour recevoir à leur arrivée sur leur lieu de villégiature des cataractes de pluie ou des tombereaux de grêlons dont nul n’avait entendu parler par nos experts dans les prévisions météorologiques de la période en cause. A peine ici ou là avait-on évoqué la possibilité de quelques orages…

Le plus drôle est qu’avec ce sens aigu de l’opportunité qui caractérise souvent notre administration, Météo France a lancé, ces jours-ci, une campagne de publicité auprès des PME en faveur du recours par elles à ses services. Belle illustration de ses capacités de prévision !

Je suggérais donc volontiers, dans le cadre de la RGPP, de réduire, très sensiblement et au plus vite, les effectifs des services de la météorologie nationale (3500 salariés) et de revenir au bon vieux temps des grenouilles dont les prédictions n'étaient, somme toute, pas plus mauvaises.

Les lamentations de nos paysans devant leurs champs grillés par le soleil ou leurs prairies asséchées, dont on nous avait abreuvé des semaines durant, se sont soudain éteintes (mais pas les demandes de subventions !). Il est vrai que la Communauté Européenne, émue par les plaintes paysannes et les meuglements des vaches affamées, a permis, dans sa grandeur bruxelloise, que l'on fauchât, pour nourrir les animaux, les 700.000 hectares de jachère qu’elle avait imposées auparavant. Il est vrai que pareille décision a nécessité, de sa part, de longues réflexions ; nous ne pouvons donc que savoir gré aux technocrates européens de ne pas avoir laissé les vaches crever de faim auprès de champs en jachère qu'elles n'auraient pu goûter qu'au prix de la violation insupportable d'une règlementation communautaire.

Voilà que nos braves paysans qui se lamentaient de la sécheresse sont désormais poussés à un désespoir égal par la pluie, les inondations voire la grêle qui a saccagé plantations de melons et vergers ! Je ne parle même pas des zones qui ont été inondées et qui ont reçu sournoisement (Dame Nature avait omis de prévenir nos météorologues patentés) en deux ou trois jours les quantités de pluie qui tombent habituellement en six mois.

Peut-être le modèle météorologique de l'avenir est-il celui qu’a adopté le « Grand Journal » de Denisot sur Canal+, par de savants et progressifs  glissements. On y est passé de la classique carte météo du lendemain, présenté par une aguichante potiche, (toutes se sont orientées dans la suite vers le cinéma) à des bulletins météo sans contenu mais qui se veulent facétieux, voire égrillards. Y officie actuellement une jeune Québécoise à la bouche en cul de poule, dont les bouffonneries laborieuses ne font guère rire que Michel Denisot, à qui le regretté Bruno Gaccio (quand il officiait aux "Guignols de l’info") faisait toujours énoncer un piteux « Désolé ! », après lui avoir fait raconter une blague parfaitement stupide. J’ignore la nature exacte des services que rend cette jeune Québécoise dans cette émission et qui en bénéficie, mais il faudra la remplacer car il paraît qu’elle est déjà sollicitée par le cinéma français.

Je dois dire que je suis un peu agacé par un tic de langue des bulletins météo [ ce tic dure toujours ; il est décidément "pérenne" - autre tic !]; une formule consacrée s’y s'est répandue avec la vitesse de propagation de la maladie du concombre espagnol ou du colza allemand. Elle consiste à prévoir toute température selon la formule : "Les thermomètres afficheront une température de X. degrés». Or les thermomètres n'affichent rien du tout ; ils se bornent à indiquer la température, sans avoir ni le besoin ni le désir de l'afficher.

Au risque de passer pour un vieux con (ce qui m’arrive assez fréquemment) et suite à une conversation téléphonique que je viens d’avoir, je soulignerai que, dans beaucoup de cas, une pratique simplement correcte de la langue française facilite beaucoup la communication.

Je me suis ainsi battu, il y a une demi-heure, avec le numéro d’appel téléphonique d'une carte de crédit que je ne citerai pas ; on m’y demandait, pour m’identifier de façon sûre, la date de naissance de ma mère. Soit. Multiples échecs car en donnant cette date, je coupais automatiquement la communication !   En désespoir de cause j'ai fini par me demander si ce que l'on me demandait en fait n'était pas plutôt la date de son anniversaire (soit quatre chiffres et non pas huit !). Cette hypothèse s'est révélée bonne et comme j'avais échoué une bonne demi-douzaine de fois dans cette entreprise, j'ai pris la liberté de tenter d'expliquer à mon interlocutrice avec qui j'ai enfin eu la liaison, qu’en français, « date de naissance » n'est pas synonyme de « date d'anniversaire » puisque, dans ce second cas, on ne mentionne pas l'année. Je ne suis pas totalement sûr d'avoir été compris par la « conseillère », mais comme j'avais néanmoins réussi dans mon entreprise, je me suis montré plein de mansuétude, à défaut d'être capable de faire comprendre la différence à quelqu'un qui était fermement résolu à ne rien entendre ou totalement inapte à saisir la différence.

Nous voilà bien loin de la météo ! Si les écluses du ciel largement ouvertes ces derniers jours sur toute la France nous épargnent l'impôt sécheresse, nous devrons peut-être nous préparer à subir l'impôt pluviosité.

lundi 6 mai 2013

Météo-France




Dans ma légitime fureur contre les prévisions aberrantes de la météo et dans mon désir irréfléchi de l'assouvir dans la rédaction d'un blog vengeur, j'avais oublié que j'en avais déjà fait un qui, quoique un peu ancien (posté le 23 mai 2012, il a presque un an, jour pour jour), est, si j'ose dire, de saison, ce qui me conduit à le reproduire ici, quitte à le prolonger demain.

"Vous vous souvenez peut-être de la chanson de Carlos « Monsieur Météo », mais c'était il y a bien longtemps et peut-être n'avez-vous pas eu connaissance de cet immortel chef-d'oeuvre. Son souvenir m'est revenu à l'esprit en regardant, hier soir, avant l'émission de Calvi, l'interview d'un éminent météorologue. J'aurais dû me méfier d'emblée car, sauf erreur de ma part, ce savant "prévisionniste météo", pour reprendre les termes qui le présentaient, se nommait M. Gourant. C'était pourtant évidemment un élément d'information majeur, puisque nos services météorologiques ont pour principal caractéristique de se "gourer" sans cesse, ce que souligne, outre le sens de ce verbe familier, le participe présent qui l'affecte et en souligne l'aspect continu.

Petit rappel de quelques vers du début de la chanson de Carlos :

"Aye señor Carlos
Ma grénouille est malade
Ayaye pauvre señor
Et elle n'a plus vingt ans
Aye quelle catastrophe
Le soleil est en rage
Elle avait annoncé du beau temps

[Refrain] :
Señor météo
On nous dit qu'il fait beau
Señor météo
Oh là là, quel frigo
Aye señor météo
On dormir transistor
Espérensa qu'alors il a tort"

J'ai déjà dit, à plusieurs reprises, mon sentiment à propos de Météo France mais je pourrais reprendre ce que j'en ai dit ici, dans le cadre actuel des recensements des économies que nous pourrions faire. Assurément, on pourrait en faire en remplaçant les trois milliers d'employés de ce service national par un nombre équivalent (ou vraisemblablement moindre) de grenouilles qui nous donneraient, à n'en pas douter, des informations tout aussi fiables ou tout aussi nulles (choisissez vous-même l'adjectif qui vous agrée).

Je n'en veux pour preuve que l'écoute attentive, depuis le début de la semaine, des bulletins météo concernant la Pentecôte en Provence. Lundi 21 mai, on nous avait annoncé du mauvais temps jusqu'à mercredi ; cette prévision s'est confirmée mais il suffisait alors de jeter un coup d'oeil à l'extérieur pour faire cette prévision ; ensuite à partir de mercredi, du beau temps y compris pour le week-end de la Pentecôte.

Les choses ont depuis changé ; on nous a précisé que le dimanche sera bon, mais que le samedi ne le sera pas ; nous serons probablement destinataires, dans les jours qui viennent, de la part de nos médias comme des services Internet de la météorologie, d'informations tout aussi contradictoires quoique différentes.

Pour ce qui concerne les médias, vous aurez remarqué que la fonction de miss Météo n'y a pas pour but d'annoncer le temps qu'il va faire, mais de propulser de jeunes beautés vers des carrières médiatiques ou cinématographiques, une fois achevé le purgatoire de la promotion canapé qui a conduit à les recruter. Je ne doute donc pas que les sauterelles des diverses chaînes qui remplissent cette fonction (si j'ose dire!) n'ont pas la moindre compétence en matière météorologique (leurs talents sont sans doute ailleurs). Leur problème est qu'elles veuillent trop souvent improviser, broder voire briller au lieu de se borner à nous présenter en silence des cartes, généralement tout aussi fausses que les prédictions qui les accompagnent.

Pour revenir à la prestation de ce bon monsieur Gourant, comme c'était le lendemain des pluies "catastrophiques" de Nancy, on a évidemment obliqué vers ce sujet. Rendez-vous compte, en une heure ou en trois, selon les informations des divers médias, toujours aussi précises, il est tombé à Nancy 86 mm d'eau. Foutre! Tcherapoundjii (Himalaya) et Takamaka (à la Réunion), qui se disputent le record du monde des précipitations annuelles depuis des décennies, n'ont qu'à bien se tenir, Nancy est désormais sur la ligne de départ et leurs 14 ou 15 mètres de pluies annuelles sont menacés.

86 millimètres d'eau, même en une heure ! Une telle catastrophe météorologique me fait sourire au simple souvenir que, durant le cyclone Hyacinthe à Cilaos (la Réunion), il est tombé en une grosse huitaine de jours HUIT METRES d'eau, soit HUIT MILLE MILLIMETRES de pluie, car, dans ces pays, on compte en mètres et non pas en millimètres, comme chez nous !

Le pauvre monsieur Gourant s'est ensuite vu interrogé non sur la météo mais sur les inondations et sur le fait qu'il avait pu y avoir à Nancy ou ailleurs 1 m 50 d'eau ici ou là.

Ce fait n'a évidemment rien à voir avec la météorologie elle-même ; on est passé de 86 mm d'eau, tombés en une heure ou en trois, à 1 m 50 dans des caves ou des cours. La chose ne tient pas en fait à la quantité de pluie elle-même, somme toute modeste, mais à des facteurs très différents. Ils tiennent au bétonnage systématique et à une urbanisation absurde (en particulier en zones inondables) mais surtout, plus encore, à la négligence totale et à l'incurie systématique qui font que les cours d'eau et les évacuations ne sont, en général, ni entretenus ni nettoyés, ce qui conduit très rapidement, à la première pluie un peu forte, à leur obstruction totale et donc aux inondations.

Cela n'a évidemment rien à voir avec la météorologie elle-même et le journaliste imbécile (excusez le pléonasme !), qui posait une telle question, ne l'avait sans doute pas compris".