J'étais fermement décidé à ne pas revenir sur la loi Fioraso, dans l'attente de ses premiers effets et résultats qui, dans la torpeur universitaire estivale, ne semblent pas des plus encourageants, mais voici qu'en ce samedi matin 20 juillet 2013, Monsieur Alain Finkielkraut, avec son émission "Répliques" sur France Culture, a réveillé la bête. Il avait, en effet, choisi comme thème du dialogue qu'il dirige à ce moment-là (mais peut-être était ce une "redif." vu la saison) "l'anglais à l'université". Il faut dire que la discussion a été ce qu'elle devait être, c'est-à-dire sans grand intérêt. Elle opposait un journaliste, rédacteur en chef au service France des Echos, paraît-il spécialiste de la question, et un étudiant (polytechnicien me semble-t-il) qui devait être un des anciens élèves de Finkielkraut qui officie dans cet établissement.
La discussion elle-même a été ce qu'elle devait être, Finkielkraut y jouant le rôle de pseudo arbitre et déployant, dans cet office, le nationalisme linguistique qu'on peut attendre de sa part ; le journaliste lui était chargé de la défense de l'enseignement en anglais et invoquait, sur ce point, l'exemple des grandes écoles de commerce, tout en mettant les échecs et la mauvaise santé de notre commerce extérieur sur notre ignorance généralisée de l'anglais. Son adversaire, l'ancien brillant étudiant, alléguait, en revanche, la nécessité de garder au français sa place et de résister de toutes nos forces à la perfide Albion.
Bref, rien que de très banal dans ces argumentaires.
Le seul point d'accord, un peu involontaire d'ailleurs, entre les deux parties était la reconnaissance de la mauvaise connaissance que nous-autres Français avons de l'anglais, puisqu'en Europe, nous sommes, de toute évidence, juste après les Anglais eux-mêmes qui sont totalement monolingues, les plus mauvais en matière de pratique des langues étrangères. Les statistiques du ministère de l'éducation nationale nous indiquent, semble-t-il, que le niveau d'anglais des élèves du secondaire ne cesse de baisser. Quant aux enseignements donnés en anglais par des professeurs français dans les universités, (en économie et en management surtout), ou dans les écoles d'ingénieurs, ils sont d'une si mauvaise qualité linguistique que même les élèves de ces établissements ou les étudiants s'en rendent compte et trouvent quelque peu ridicules les maîtres qui s'essayent à leur donner des enseignements dans une langue qu'ils ne maîtrisent pas eux-mêmes. A un tout autre niveau, les cours d'anglais donnés dans le primaire par des professeurs des écoles incompétents, ne conduisent qu'à donner aux enfants de mauvaises habitudes articulatoires dont, dans la suite, les vrais professeurs d'anglais ont le plus grand mal à les débarrasser.
C'est tout à fait ce que je pensais et que j'avais moi-même dit dans un blog précédent, en soutenant qu'on avait pas lieu de craindre de voir les professeurs de nos universités se mettre à enseigner en anglais pour la simple et bonne raison que, pour la plupart, ils en sont totalement incapables, ce qui n'a rien ni d'étonnant ni de scandaleux.
Toutefois, dans ce débat, sur la question des étudiants étrangers, dont on se demandait s'ils continueraient à venir en France pour y recevoir des enseignements universitaires en anglais, j'ai été stupéfait d'entendre les deux intervenants tenir des propos qui témoignaient d'une totale ignorance des réalités universitaires internationales qu'ils évoquaient. À cet égard, ils ont en effet esquissé une comparaison entre les universités françaises et américaines, en n'évoquant d'ailleurs que les plus grandes qui sont peut-être les seules dont ils connaissent les noms et en se demandant si, suite à la loi Fioraso, les étudiants étrangers ne choisiraient pas plutôt les établissements américains, quitte à y recevoir un enseignement en anglais.
L'aspect qu'ils ont totalement occulté, pourtant essentiel et premier mais dont ils n'ont pas dit un seul mot, est tout simplement le prix comparé des études universitaires d'un côté et de l'autre de l'Atlantique. Alors que les études universitaires françaises sont à peu près gratuites (y compris, dans la plupart des cas, pour les étudiants étrangers), on ne saurait s'inscrire dans une université américaine digne de ce nom (même d'Etat, si l'on est étranger à l'Etat en cause) à moins de 40.000 ou 50.000 $ par an pour les seuls droits d'inscription.
Il est donc évident que ce facteur est essentiel et totalement prohibitif, même pour bien des Américains qui souvent s'endettent pour des décennies afin d'acquitter ces droits. Il faut inévitablement en passer par là, sauf si vous lancez le poids à 22 m, sautez 2,40 m en hauteur ou nagez le 100 mètres en moins de 48 secondes.
Si l'on ajoute qu'en France, bon nombre d'étudiants (en particulier venant du Sud ou du Moyen-Orient), sont de faux étudiants qui ne s'inscrivent à l'université française que pour obtenir le titre de séjour, le risque de l'incidence de quelques enseignements en anglais (de l'ordre de 2 % environ) sur le fonctionnement universitaire français n'a pas de raison sérieuse d'être pris en considération ; si la loi Fioraso pose des problèmes dans l'avenir, ils se situeront très certainement ailleurs.
Sur ce point précis du bilan de cette loi, le Sénat a proposé l'amendement suivant sous la forme d'un article 2 bis :
"Dans un délai de trois ans à compter de la promulgation de la présente loi, le Gouvernement remet aux commissions permanentes compétentes de l’Assemblée nationale et du Sénat un rapport évaluant l’impact, dans les établissements publics et privés d’enseignement supérieur, de l’article 2 de la présente loi sur l’emploi du français, l’évolution de l’offre de formations en langues étrangères, la mise en place d’enseignements de la langue française à destination des étudiants étrangers et l’évolution de l’offre d’enseignements en langue française dans des établissements étrangers.". Wait and see !
Much ado about nothing, c'est-à-dire, pour faire plaisir à Finkielkraut, "Beaucoup de bruit pour rien!". N'était-ce pas là un leurre pour détourner l'attention de questions plus importantes ?
Affichage des articles dont le libellé est loi toubon. Afficher tous les articles
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samedi 27 juillet 2013
vendredi 24 mai 2013
L'article deuxième du projet de Madame Fioraso et la loi Toubon
L'article
premier de la loi Toubon ( 1994, modifiée 1996) stipule : "Elle [la langue
française] est la langue de l'enseignement, du travail, des échanges et des
services publics." Vous aurez observé, sans doute, que, dans le respect du
bon usage de notre langue, j'use, ici comme dans la suite, de l'ordinal
(article premier, deuxième, etc.) et non du cardinal (un, deux, etc.), impropre
en la circonstance ! La langue doit être respectée, plus encore que la loi !
L'Assemblée
nationale, mercredi 22 mai 2013, a ouvert le débat sur le projet de loi sur
l'enseignement supérieur et la recherche présenté par Geneviève Fioraso,
ministre de l'enseignement
supérieur.
La
disposition sur l’enseignement en anglais à l’université, qui a monopolisé l'attention, de
façon inattendue (cet usage, dans quelques disciplines, est déjà fort ancien),
est soutenue par la principale organisation étudiante, l’UNEF, et, avec des
réserves, par la CPU (Conférence des présidents d’université), mais elle est rejetée
par le droite, comme par certains syndicats et le Front de gauche.
Jeudi
23 mai 2013, a finalement été ouverte la possibilité de donner des cours en
anglais dans les universités par un vote à main levée sur l’article deuxième du
projet de loi Fioraso. Les adversaires de cette disposition ont, en la
circonstance invoqué l'article premier de la loi Toubon de 1994 que j'ai
rappelé ci-dessus ; on peut donc s'attendre, comme souvent désormais, à un
recours devant le Conseil constitutionnel.
Le
problème de l'université a été largement abordé par les deux parties mais on a
peu parlé de la loi Toubon elle-même, à laquelle je m'attacherai plutôt ici car
elle me paraît bien oubliée. En 2004, pour le dixième anniversaire de cette loi
du 4 août 1994 (notez le quantième !), j'avais tenté un bilan de l'application
de ce texte que J. Legendre définit « comme l’instrument juridique
privilégié de la défense de notre langue sur notre territoire » (Rapport
n° 75, tome XVII, Commission des
Affaires Culturelles du Sénat, 2004 : 37) ? Le Ministère de la
Culture avait alors, en effet, confié à un Inspecteur Général la mission
d’établir ce bilan « compte tenu notamment des exigences du droit
communautaire ». Cette dernière formule ne laisse pas d’inquiéter car, en
particulier sur ce terrain, on ne manquera pas d’opportunités de contester des dispositions légales françaises qu’on peut
taxer de protectionnisme linguistique et de limitation abusive de l’usage des
autres langues européennes.
L’exemple
québécois est clair et intéressant sur ce point. On a vu se multiplier en
effet, au Québec, les recours contre la législation provinciale québécoise en
matière de langues par recours aux lois fédérales canadiennes. Il risque d'en
être de même dans l'Union européenne. Naguère, pour mes étudiants, j’illustrais
souvent ce conflit juridico-linguistique par l’exemple des phoques. Au Canada,
la mer relève du domaine fédéral et le phoque étant un animal marin, il est
lui-même de ce ressort. Les lacs sont, en revanche, du domaine provincial. Que
se passe-t-il, lorsque comme cela se produit parfois, on trouve des phoques
dans un lac ? De quelle législation relèvent-ils, fédérale ou
provinciale ? Quand on observe que le Traité européen relatif à la
« libre circulation des marchandises » mentionne que les dispositions
nationales en matière de langue d’information sur les produits concernés
doivent être strictement proportionnées au but de protection du consommateur
qu'elles poursuivent [souligné par moi],
on comprend aisément que cette exigence de proportionnalité laisse un vaste
espace à des formes diverses et multiples de contestation !
Limitons-nous
ici à quelques observations quotidiennes, sans aller jusqu’à examiner les
compte rendus annuels de la DGLFLF qui recensent toutes les actions conduites par
diverses instances pour assurer le respect de la loi Toubon.
Une
des dispositions jugées majeures de la loi Toubon était de donner à des
associations agréées le droit d’agir en justice. Si l’on se réfère au rapport
2004 de la DGLFLF « Trois associations (Avenir de la langue française, Défense de la langue française et
Association francophone d'amitié et de liaison) bénéficient d'un agrément
accordé pour trois ans par les ministres chargés de la culture et de la
justice, afin de se porter partie civile devant les tribunaux dans certains
litiges concernant notamment l'information des consommateurs. Ces associations
interviennent de façon modulée (à ma connaissance jamais dans le domaine universitaire) quand elles observent des manquements à la loi
du 4 août 1994 et recourent à l'action contentieuse dès lors qu'une solution
amiable s'avère impossible. » (2004 : 18).
Globalement,
on constate que le nombre des interventions a baissé, mais que le pourcentage
des infractions constatées par la DGCCRF (communément nommée « Répression
des fraudes ») a augmenté. Ces variations, de faible importance, n’ont pas
grand sens et de toute façon, il est très rare que les infractions constatées
soient réellement sanctionnées. Pour prendre deux années de référence où le
nombre des infractions constatées est à peu près le même (1998 et 2003), on
note les chiffres suivants (2004 : 14)
Infractions PV transmis Condamnations
1091 366 56
958 190 24
Autant
dire que 2% seulement des infractions constatées sont suivies d’une
condamnation ! La répression n’est donc pas féroce et cela d’autant moins
que deux domaines que je connais un peu me semblent épargnés, alors que les
infractions y sont multiples et patentes.
Le
premier est celui des produits alimentaires asiatiques dont la consommation
s’est largement vulgarisée dans la France urbaine. Hors des boutiques ou des
grandes surfaces « françaises » qui vendent des marchandises
exotiques, souvent de provenance française, on trouve, dans les magasins spécialisés,
souvent asiatiques, beaucoup de produits vendus dans des emballages d’origine
d’où le français est totalement absent. Les commerçants, en infraction mais avisés,
placent parfois sur leurs rayons des pancartes avec les noms français.
Plus
important me paraît le domaine de l’informatique qui pourtant, selon les termes
mêmes de la DGLFLF, est l’objet d’une attention particulière. Toutefois, cette
vigilance ne semble s’exercer que sur les notices de logiciels et de machines, et non sur
les services eux-mêmes. Wanadoo, qui en dépit de son nom vaguement exotique, est
une marque française qui contrevient un peu, phonétiquement du moins, à la loi
Toubon, envoie à ses clients français, en cas de problème de transmission de
ses courriels, des messages en anglais de
ce type : “This is the SMTP Server program at host wanadoo.fr. I'm sorry
to have to inform you that the message returned below could not be delivered to
one or more destinations.”. Qu’on ne vienne pas me dire que ce n’est pas
Wanadoo qui envoie ces messages, mais le « SMTP server » !
Serait-il réellement impossible que de tels messages, en outre parfaitement
stéréotypés, soient délivrés en français quand ils s’adressent à des
expéditeurs français? Serait-ce un exploit technique de le faire ? Est-il
légal qu’ils soient adressés en anglais ?
La
"Toile" a assurément porté le coup fatal à la loi Toubon ; cette
dernière devait être plus efficace que la loi Bas-Lauriol dont l’objet était
déjà en gros le même ; il n'en est rien . Certes quelques associations de paladins de la francophonie peuvent, grâce à elle,
exercer un contrôle bénévole, mais les procès-verbaux devant être dressés par
le Service de la répression des fraudes, on peut penser que les inspecteurs de
ce service ont sans doute, très souvent, des tâches plus urgentes et peut-être
plus indispensables à remplir, en matière d’alimentation et de santé en
particulier. Le fait que l’immense majorité des procès-verbaux transmis au
Parquet ne soient pas suivis de condamnations ne les incite probablement pas à
se montrer plus vigilants et actifs dans ce domaine.
Deux
remarques de conclusion :
Je
ne crains pas de voir enseignants et étudiants français aller massivement vers
l'anglais pour la simple et bonne raison que, dans leur immense majorité, ils
ne sont pas assez compétents dans cette langue pour le faire. Jetez donc un
coup d'oeil aux statistiques en la matière ... quand elles se risquent à
vérifier les compétences déclarées.
Au
fait, les universités françaises ne sont-elles pas autonomes ? La pédagogie
comme la didactique seraient-elles hors du champ de cette autonomie ?
vendredi 8 juillet 2011
Victoire : L'exception culturelle chez McDo.
Vous l'aurez peut être déjà deviné, je ne suis pas un client habituel de McDo. Toutefois mes petits-enfants m'y entraînent quelquefois ; je sacrifie donc à leur satisfaction du moment le peu de goût que j'ai pour la nourriture qu'on y sert, tout en admettant aussi qu'on peut y faire des observations anthropologiques, sociales et même linguistiques qui ne manquent pas d'intérêt.
Je dois toutefois admettre que ces gens-là sont fort habiles et qu'ils ont su créer chez nos enfants le goût de la fréquentation de leurs établissements par des procédés qui certes non pas grand-chose à voir avec l'alimentation et le goût, mais qui se révèlent fort efficaces et qui, à terme, ont fait leur fortune.
En fait les enfants, mes petits-enfants comme les autres, vont surtout chez McDo moins pour ce qu'on y mange que pour les menus cadeaux qu'on leur fait dans l'emballage spécial qu'on leur réserve et pour les jeux divers qui, en général, sont situés dans un local contigu du restaurant. Tout cela il faut le reconnaître est fort habile et tout à fait efficace.
Ma dernière et très récente visite chez McDo m'a convaincu qu'à la maîtrise parfaite des techniques commerciales, les dirigeants de McDo ajoutent, avec ou sans humour (je n'en sais rien), une certaine connaissance des petites manies de la francophonie et un secret désir de les tourner en dérision. Leur dernière innovation alimentaire (je n'ose dire gastronomique) est le "Big Mac 280", présenté par la publicité de son emballage, comme « le must de l'exception culturelle ». Je ne résiste pas au plaisir de vous citer le court texte qui figure sur la boîte qui le contient « On peut être french et burger à la fois [mon logiciel "Dragon" avait écrit, avec cet humour involontaire qui est parfois le sien, "être fraîche et bergère à la fois"]. Le 280 c'est le meilleur de la générosité américaine... mais habillé à la française : pain fariné cuit sur pierre et emmental et cheddar fondu et sauce légèrement citronnée. Vive le mélange des genres. I'm lovin'it"! ». Les Bernois et les Bataves apprécieront l'annexion par Mc Do et la France de leurs chers fromages ; quant à la "cuisson du pain sur pierre", je ne sais pas sur quels trésors archéologiques que j'ignore, elle repose, mais le passé de notre belle France est si riche!
Je ne sais pas si Monsieur Toubon (père de la loi du même nom promulguée en 1994 et portant précisément sur l'usage du français) fréquente les McDo mais je pense, s'il est amené à lire ces publicités, qu'il va en apprécier tout le sel et l'ironie dont on ne sait pas trop si elle est volontaire. Dans ce cas, elle serait assurément provocatrice et devrait donc tomber sous le coup de la loi qui porte son nom mais qui est désormais bien oubliée.
Si je ne sais pas trop quoi penser du 280 (un bon vieux sandwich traditionnel, même si le pain n'est pas cuit "sur pierre", est à mon goût bien meilleur), mais je connais bien, en revanche, la genèse et l'histoire de l'expression "exception culturelle". Il y a là pour le coup une belle invention bien française que la France a imaginée et mise en circulation, si mes souvenirs sont bons, lors du Sommet de la francophonie tenue à l'Ile Maurice en 1993. En dehors de la France elle-même, le Canada (qui suivait le mouvement sans trop d'enthousiasme), du Québec et de la Communauté française de Belgique et de quelques "paladins de la francophonie", l'affaire n'intéressait guère. Les Etats du Sud, qui avaient et ont toujours d'autres chats à fouetter, ont emboîté le pas pour faire plaisir aux principaux bailleurs de fonds de l'entreprise francophone. On observera que c'est aussi le moment où l'on est passé, sans qu'on sache trop pourquoi ni comment, de la formule antérieure qui définissait la "francophonie" comme l'organisation des "pays ayant en commun l'usage du français" à celle des "pays ayant le français en partage", ce qui marque, me semble-t-il, un recul significatif, mais que l'on n'a guère souligné. Ce changement a été attribué à une demande du pays-hôte, l'Ile Maurice, ce qui est totalement faux !
Il est bien évident que les pays du Sud, dont la production culturelle en français est des plus modestes, n'ont pas à protéger ce type d'industries. La France elle-même ne le fait que d'une façon assez discrète, lointaine et lacunaire si l'on en juge par la sévérité et la rigueur avec laquelle la loi Toubon est appliquée en France dans des domaines infiniment plus importants que la consommation des 280 dans les restaurants McDo.
Il y a d'ailleurs beaucoup à dire sur la politique de diffusion de la langue et de la culture françaises dans le monde, mais j'en ai trop souvent parlé, au grand dam des services compétents, pour y revenir ici. Il suffit, à l'étranger, (et je m'inflige régulièrement, par ascèse et pour mon information, cette punition) de regarder, pendant quelques heures, France 24 ou TV5 Monde, pour comprendre dans quelle situation pitoyable se trouve ce secteur qui pourtant continue à nous coûter fort cher sans grand résultat.
Je dois toutefois admettre que ces gens-là sont fort habiles et qu'ils ont su créer chez nos enfants le goût de la fréquentation de leurs établissements par des procédés qui certes non pas grand-chose à voir avec l'alimentation et le goût, mais qui se révèlent fort efficaces et qui, à terme, ont fait leur fortune.
En fait les enfants, mes petits-enfants comme les autres, vont surtout chez McDo moins pour ce qu'on y mange que pour les menus cadeaux qu'on leur fait dans l'emballage spécial qu'on leur réserve et pour les jeux divers qui, en général, sont situés dans un local contigu du restaurant. Tout cela il faut le reconnaître est fort habile et tout à fait efficace.
Ma dernière et très récente visite chez McDo m'a convaincu qu'à la maîtrise parfaite des techniques commerciales, les dirigeants de McDo ajoutent, avec ou sans humour (je n'en sais rien), une certaine connaissance des petites manies de la francophonie et un secret désir de les tourner en dérision. Leur dernière innovation alimentaire (je n'ose dire gastronomique) est le "Big Mac 280", présenté par la publicité de son emballage, comme « le must de l'exception culturelle ». Je ne résiste pas au plaisir de vous citer le court texte qui figure sur la boîte qui le contient « On peut être french et burger à la fois [mon logiciel "Dragon" avait écrit, avec cet humour involontaire qui est parfois le sien, "être fraîche et bergère à la fois"]. Le 280 c'est le meilleur de la générosité américaine... mais habillé à la française : pain fariné cuit sur pierre et emmental et cheddar fondu et sauce légèrement citronnée. Vive le mélange des genres. I'm lovin'it"! ». Les Bernois et les Bataves apprécieront l'annexion par Mc Do et la France de leurs chers fromages ; quant à la "cuisson du pain sur pierre", je ne sais pas sur quels trésors archéologiques que j'ignore, elle repose, mais le passé de notre belle France est si riche!
Je ne sais pas si Monsieur Toubon (père de la loi du même nom promulguée en 1994 et portant précisément sur l'usage du français) fréquente les McDo mais je pense, s'il est amené à lire ces publicités, qu'il va en apprécier tout le sel et l'ironie dont on ne sait pas trop si elle est volontaire. Dans ce cas, elle serait assurément provocatrice et devrait donc tomber sous le coup de la loi qui porte son nom mais qui est désormais bien oubliée.
Si je ne sais pas trop quoi penser du 280 (un bon vieux sandwich traditionnel, même si le pain n'est pas cuit "sur pierre", est à mon goût bien meilleur), mais je connais bien, en revanche, la genèse et l'histoire de l'expression "exception culturelle". Il y a là pour le coup une belle invention bien française que la France a imaginée et mise en circulation, si mes souvenirs sont bons, lors du Sommet de la francophonie tenue à l'Ile Maurice en 1993. En dehors de la France elle-même, le Canada (qui suivait le mouvement sans trop d'enthousiasme), du Québec et de la Communauté française de Belgique et de quelques "paladins de la francophonie", l'affaire n'intéressait guère. Les Etats du Sud, qui avaient et ont toujours d'autres chats à fouetter, ont emboîté le pas pour faire plaisir aux principaux bailleurs de fonds de l'entreprise francophone. On observera que c'est aussi le moment où l'on est passé, sans qu'on sache trop pourquoi ni comment, de la formule antérieure qui définissait la "francophonie" comme l'organisation des "pays ayant en commun l'usage du français" à celle des "pays ayant le français en partage", ce qui marque, me semble-t-il, un recul significatif, mais que l'on n'a guère souligné. Ce changement a été attribué à une demande du pays-hôte, l'Ile Maurice, ce qui est totalement faux !
Il est bien évident que les pays du Sud, dont la production culturelle en français est des plus modestes, n'ont pas à protéger ce type d'industries. La France elle-même ne le fait que d'une façon assez discrète, lointaine et lacunaire si l'on en juge par la sévérité et la rigueur avec laquelle la loi Toubon est appliquée en France dans des domaines infiniment plus importants que la consommation des 280 dans les restaurants McDo.
Il y a d'ailleurs beaucoup à dire sur la politique de diffusion de la langue et de la culture françaises dans le monde, mais j'en ai trop souvent parlé, au grand dam des services compétents, pour y revenir ici. Il suffit, à l'étranger, (et je m'inflige régulièrement, par ascèse et pour mon information, cette punition) de regarder, pendant quelques heures, France 24 ou TV5 Monde, pour comprendre dans quelle situation pitoyable se trouve ce secteur qui pourtant continue à nous coûter fort cher sans grand résultat.
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