Je ne sais plus quel auteur (Mallarmé ou Valéry ?) disait qu'il fallait laisser l'initiative aux mots. Admirable formule et dont j’ai eu tout loisir cette semaine de vérifier, une fois de plus, la pertinence.
Le mot français « patient » a doublement hérité du contenu sémantique du participe présent du verbe latin « patior » qui est à son origine et qui signifie à la fois « supporter » et « souffrir ».
Cette petite méditation sémantique, lexicale et sociale m'a été inspirée par deux séjours, en une semaine, dans des lieux hospitaliers. Entendez par là que ces lieux étaient des cliniques ou des hôpitaux ; l’adjectif « hospitalier » dérive, dans l’emploi que j’en fais ici, d' « hôpital » et de tels lieux n’en sont pas pour autant des endroits où l'on est aimablement et agréablement accueilli par des hôtes charmants et prévenants. J’ai failli dire « des lieux nosocomiaux », « nosokomio » étant le nom de l’hôpital en grec, comme vous pourrez le vérifier lors d’un prochain séjour dans ce pays, s’il est toujours en mesure de s’offrir ce genre de service. Mais ce malheureux adjectif, récemment découvert par les Français, a vu son sens se restreindre et se spécialiser si fâcheusement que je n’ai pas osé me risquer à l’employer pour ne pas vous inquiéter sur ma santé.
Le « patient », pour en revenir à lui, est, en fait, le client du médecin, mais ce dernier terme soulignerait trop nettement l'aspect mercantile d'une pratique professionnelle qui se veut plutôt un art avec des aspects quasi sacerdotaux (« Le serment d’Hippocrate !) qu'une forme, même noble, de commerce. On va voir le médecin parce qu'on est malade (donc parce qu'on souffre) et, ce faisant, on devient son « patient ». Mais les mots prenant l’initiative, on doit alors aussi s'armer d’une « patience » qui est la première vertu du patient, même s'il n'y a pas de vrai rapport sémantique entre ces deux mots, l'étymologie étant seule en cause.
Je ne crois pas être un patient impatient, même si au bout de quelques heures d'une attente dont les raisons mêmes et les bornes ne m’apparaissent pas évidentes, je commence à cesser d'être patient (adjectif), tout en restant hélas un patient (substantif). Je me sens d'autant moins porté à être patient (adjectif) qu'à force de m'exercer à ces exercices de patience (et aussi d’observation du milieu), je finis par deviner les véritables motifs des attentes prolongées qui sont infligées aux patients.
On observe d'ailleurs facilement que, dans l'activité médicale privée, les patients ne sont pas contraints, en général, de faire preuve d'autant de patience que dans le secteur public, car ils ont parfois la possibilité de changer de médecin et par conséquent, dans un autre cadre, d'avoir à faire montre de moins de patience, tout en restant des patients.
Comme les attentes prolongées invitent à la méditation, force est de prendre conscience qu'à la patience dont on aura fait preuve en attendant d'être reçu ou soigné, viendra s’ajouter, en outre, celle dont devra faire preuve pour remplir les feuilles de soins (qu'on appelait autrefois « feuilles de sécu » ou même, plus anciennement encore, "feuilles de maladie") et qui constituent un exercice de méditation intéressant à la fois sur le plan du fonctionnement social et de l'économie nationale.
La principale réforme que le système de santé français a opérée, dans le dernier quart de siècle, a été, sur ces feuilles de soins, la disparition de la mention de la date de naissance du patient. Chaque assuré social étant identifié par un nombre de treize chiffres (ce qui permet en théorie de coder par cette méthode 9.999 milliards d'individus, alors que la France ne comprend guère qu’une grosse soixantaine de millions d'habitants), on s'est avisé que l'identification supplémentaire de l'assuré(e) par sa date de naissance constituait un luxe inutile. On a donc supprimé (sous Raymond Barre je crois) sur les feuilles de soins cette mention, dans une réforme administrative majeure annoncée alors à grands sons de trompe !.
Quelques années après, bien plus discrètement, on a dû la rétablir en douce, après s'être aperçu que des Français ou des Françaises avaient le même numéro de sécurité sociale, ce qui paraît impensable du simple point de vue arithmétique.
Voulez-vous l’explication d’un tel mystère ?
Si vous regardez de plus près comment un tel numéro est attribué, vous vous apercevez que les dix premiers chiffres peuvent être en fait communs à un nombre indéterminé, mais élevé, d'individus du même sexe (code 1 ou 2), nés le même mois de la même année (les quatre chiffres suivants), dans le même département (les deux chiffres de son code), dans la même zone de ce département (codée par trois chiffres). Dès lors, pour les milliers probables de ceux ou celles qui ont en commun ces informations, la distinction ne se fait que sur les trois derniers chiffres ; elle ne vaut donc, au maximum, que pour 999 hommes ou femmes qui ont en commun les dix premiers chiffres. Or, dans nombre de grandes villes, dans certains quartiers où se trouvent des hôpitaux ou des maternités, souvent naissent en un mois plus de 999 enfants du même sexe ; de ce fait, certains d’entre eux peuvent avoir exactement le même numéro de sécurité sociale. On a donc dû rétablir la date de naissance sur les feuilles de soins pour pouvoir les distinguer par le jour de naissance !.
De toute façon, ces feuilles de soins étaient l'objet de tous les soins et de toutes les attentions, surtout de la part des syndicats de la sécurité sociale qui redoutaient que leur disparition n'entraînât des réductions d'effectifs. Il n’en a heureusement rien été et cela d’autant plus que, en particulier dans le secteur privé, en beaucoup de lieux, on refuse d'utiliser le paiement par la carte vitale, ce qui ménage à la fois les trésoreries des prestataires de soins et l'avenir des employés de la sécurité sociale.
J'ajoute toutefois que le traitement d'une simple feuille de soins coûte plus de 5 euros, sans parler des arbres qu'il faut couper pour produire les dites feuilles et sans évoquer toutes les papiers inutiles que doivent produire, pour chaque cas, les diverses mutuelles, afin d’informer leurs clients. Que les syndicats de la sécurité sociale, les industriels, les fabricants de papier et les imprimeurs se rassurent, en dépit de l'informatisation, nous ne sommes pas près de nous débarrasser de tout cette paperasse et, en tout cas, là aussi, nous devrons nous montrer « patients » à tous les sens des mots !
Affichage des articles dont le libellé est sécurité sociale. Afficher tous les articles
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dimanche 9 juin 2013
dimanche 4 novembre 2012
Un sport national remboursé par la Sécu : la fraude sociale
J'ai déjà montré comment le système déclaratif de certains professionnels de santé
semble être conçu pour empêcher tout contrôle et, par là même, pour les
encourager à la fraude, s'ils jugent leur rémunération insuffisante (mais qui
n'est pas de cet avis?) et s'ils ne sont pas parfaitement honnêtes.
Je ne parle
même pas ici de l'incurie et de la gabegie des services de la Sécurité sociale et des mutuelles,
qui peuvent facturer trois, quatre ou cinq fois la même activité pour un
professionnel de santé, sans même s'en apercevoir ou le prendre en compte si on
le leur signale. Ce détail ne gêne personne, à moins que l'on ne suppose une
complicité entre le dit personnel de santé et les employés qui sont
chargés de la facturation. Dans la belle région marseillaise, rien n'est
impossible dans ce domaine, comme on a pu le constater dans bien d'autres cas.
Toutefois
l'affaire des infirmières de la Gironde, que j'ai citée à partir du site infoSecu,
qui lui-même reprenait des informations parues dans la presse, montre qu'on est
là un autre niveau que le simple bricolage sur le nombre de déplacements,
l'heure des visites ou le cumul des indemnités. J'ai vu, dans Capital, un sujet sur une infirmière libérale qui avait offert un restaurant à son fils avec les de milliers d'euros escroquée à la SS!
Toutes ces embrouilles sont donc parfaitement connues. Toutefois, comme disait Fernandel dans Topaze à propos des pissotières à
roulettes : "Tout ça, c'est pas des affaires, c'est de la poésie !".
Le fin du fin
pour deux ou trois infirmier(e)s qui veulent vivre sur un grand pied sans
s'embêter dans le va-et-vient matutinal et vespéral des visites à domicile, il
y a une solution élégante et radicale qui est celle qu'avaient adoptée les
infirmières girondines mais qui semble fort loin d'être un cas unique.
Il suffit de
créer une société anonyme à responsabilité limitée (une SARL) qui, en fait, ne
s'intéressera guère qu'aux cas graves de longue maladie (à 100%) ou de soins
palliatifs, car on ne va pas s'embêter à bricoler pour deux tubes d'aspirine ou
trois bandes Velpeau. Le principal problème en la circonstance est sans doute
de s'assurer l'amicale et efficace complicité d'un ou deux médecins (petit
pourcentage sur les affaires ?) qui vous remettront des ordonnances parfois vierges,
sur lesquelles vous pourrez établir les commandes qui seront essentielles dans
ce fonds de commerce.
Sans assurer
vous-même les soins à domicile (trop peu rémunérateur et/ou trop astreignant),
vous allez vous occuper uniquement des commandes, non pas des médicaments (trop
surveillé) mais de ce que les documents de la Sécurité sociale nomment
pudiquement " accessoire" (au singulier ce qui est pour le moins singulier
vu les quantités). Ce seront là des seringues, des gants, des sacs poubelles, des
tubulures, etc. ; tous ces accessoires sont, en général, peu coûteux, mais si
vous les livrez par énormes cartons, en nombre important en outre, cela finit
par faire du chiffre. Pour vous donner un exemple réel et précis, pour trois
mois, 18 000 € !
Pas besoin de
vous faire un dessin sur le fonctionnement du système que personne ne contrôle
puisque les factures sont réglées rubis sur l'ongle par la SS ou les mutuelles qui ne regardent
pas plus loin que le bout de leurs ordinateurs.
Le fin du fin
est que si votre malade, en soins palliatifs par exemple, passe l'arme à gauche
ou si celui qui est en longue maladie voit son état s'améliorer au point que le
traitement devient inutile, vous ne manquez pas, à ce moment là, de récupérer
tous les cartons pleins d'accessoires, stockés d'avance mais inutilisés, et
surtout que la Sécurité sociale vous a
déjà payés et que vous pouvez, sans le moindre problème, revendre à d'autres malades; en faisant
payer à nouveau ses articles déjà payés par la SS. Simple mais efficace non ?
La dernière nouvelle
du jour est que certains proposent que la Sécu rembourse aussi les cours de gym
! On aura tout vu ! Pour combiner les entourloupes, on pourra emmener les
candidat(e)s au cours de fitness en véhicule sanitaire (VSN), comme toujours,
en regroupant dans un seul VSN, trois candidat(e)s à la minceur mais en facturant
trois déplacements (ou plutôt six car il faut bien les ramener à la maison et
vous ne voudriez pas les faire marcher) à cette bonne fille de mutuelle ou de
Sécu!
C.Q.F.D. : Non
pas ce qu'il fallait démontrer, mais ce qu'il faudrait dénoncer si toutefois
cela préoccupait les mutuelles et la Sécurité Sociale qui, bien entendu, sont
parfaitement informées de ce système mais s'en foutent clairement !
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lundi 13 août 2012
Fraude sociale (4)
Après cette interruption, sportive et dominicale, j'en reviens à la fraude sociale.
Comme j'ai déjà eu l'occasion de dire et comme cela se fait toujours, on s'en prend toujours aux petits plutôt qu'aux gros ; dans le même ordre d'idées, on culpabilise les millions d'assurés sociaux, qui; il est vrai, coûtent très cher à la Sécurité sociale (ce qui est parfaitement exact précisément car ils sont des millions), sans s'en prendre réellement aux véritables responsables et/ou bénéficiaires d'une bonne partie des fraudes.
J'ai essayé avant-hier de montrer comment le système déclaratif de certains professionnels de santé semble être conçu pour empêcher tout contrôle et, par là même, pour les encourager à la fraude, s'ils jugent leur rémunération insuffisante (mais qui n'est pas de cet avis!) et s'ils ne sont pas parfaitement honnêtes. Je ne parle même pas ici de l'incurie et de la gabegie des services de la Sécurité sociale, qui peuvent facturer trois, quatre ou cinq fois la même activité pour un professionnel de santé, sans même s'en apercevoir. Ce détail ne gêne personne, à moins que l'on ne suppose une complicité entre le dit personnel de santé et les employés de la SS qui sont chargés de la facturation. Dans notre belle région marseillaise rien n'est impossible dans ce domaine, comme on a pu le constater à propos d'autres cas.
Toutefois l'affaire des infirmières de la Gironde, que j'ai citée à partir du site infoSecu qui lui-même reprenait des informations parues dans la presse, montre qu'on est là un autre niveau que le simple bricolage sur le nombre de déplacements, l'heure des visites ou le cumul des indemnités. Comme disait Fernandel dans Topaze à propos des pissotières à roulettes : "Tout ça, c'est pas des affaires, c'est de la poésie !".
Le fin du fin pour deux ou trois infirmier(e)s qui veulent vivre sur un grand pied sans s'embêter dans le va-et-vient matutinal et vespéral des visites à domicile, il y a une solution élégante et radicale qui est celle qu'avaient adoptée les infirmières girondines mais qui semble fort loin d'être un cas unique.
Il suffit de créer une société anonyme à responsabilité limitée (une SARL) qui, en fait, ne s'intéressera qu'aux cas graves de longue maladie (à 100%) ou de soins palliatifs, car on ne va pas s'embêter à bricoler pour deux tubes d'aspirine ou trois bandes Velpeau. Le principal problème en la circonstance est sans doute de s'assurer l'amicale complicité d'un ou deux médecins (petit pourcentage sur les affaires ?) qui vous remettront des ordonnances vierges, sur lesquelles vous pourrez établir les commandes qui seront essentielles dans ce genre de commerce.
Sans que cela soit vous qui assurez les soins à domicile (trop peu rémunérateur ou pénible), vous allez vous occuper uniquement des commandes, non pas des médicaments (trop surveillé) mais de ce que les documents de la Sécurité sociale nomment pudiquement « accessoire" (au singulier ce qui est pour le moins curieux vu les quantités et les tarifs). Ce seront là des seringues, des gants, des sacs poubelles, des tubulures, etc. ; tous ces accessoires sont, en général, peu coûteux, mais si vous les commandez pas en énormes cartons eux-mêmes en nombre important, cela finit par faire du chiffre. Pour vous donner un exemple réel et précis, pour trois mois, 18 000 € !
Dans la mesure où vous avez des ordonnances vierges, nul besoin de passer réellement par le médecin et vous êtes totalement maître des commandes passées. Il faut, en revanche, que votre malade dispose d'un espace suffisant pour stocker les énormes et multiples cartons où se trouvent les produits en cause, cartons qui sont d'autant plus gros et grands que ces produits, peu coûteux, sont volumineux.
Pas besoin de vous faire un dessin sur le fonctionnement du système que personne ne contrôle puisque les factures sont réglées rubis sur l'ongle par la SS qui ne regarde pas plus loin que le bout de son ordinateur.
Le fin du fin est que si votre malade en soins palliatifs passe l'arme à gauche ou si celui qui est en longue maladie voit son état s'améliorer au point que le traitement devient inutile, vous ne manquez pas, à ce moment là, de récupérer (sans inventaire de retour!) tous les cartons pleins d'accessoires, stockés d'avance mais inutilisés, que la Sécurité sociale vous a déjà payés et que vous pouvez, sans le moindre problème, revendre à d'autres malades; en faisant payer à nouveau ses articles déjà payés par la SS. Simple mais efficace non ?
C.Q.F.D. : non pas ce qu'il fallait démontrer, mais ce qu'il faudrait dénoncer !
mardi 16 novembre 2010
Petite méditation sémantique et lexicale : le « patient ».
Je ne sais plus quel auteur (Mallarmé ou Valéry ?) disait qu'il fallait laisser l'initiative aux mots. Admirable formule et dont j’ai eu tout loisir cette semaine de vérifier, une fois de plus, la pertinence.
Le mot français « patient » a doublement hérité du contenu sémantique du participe présent du verbe latin « patior » qui est à son origine et qui signifie à la fois « supporter » et « souffrir ».
Cette méditation sémantique et lexicale m'a été inspirée par deux séjours, en une semaine, dans des lieux hospitaliers. Entendez par là que ces lieux étaient des cliniques ou des hôpitaux ; l’adjectif « hospitalier » dérive, dans l’emploi que j’en fais ici, d' « hôpital » et de tels lieux n’en sont pas pour autant des endroits où l'on est aimablement et agréablement accueilli par des hôtes charmants et prévenants. J’ai failli dire « des lieux nosocomiaux », « nosokomio » étant le nom de l’hôpital en grec, comme vous pourrez le vérifier lors d’un prochain séjour dans ce pays, s’il est encore en mesure de s’offrir ce genre de service. Mais ce malheureux adjectif, récemment découvert par les Français, a vu son sens se restreindre et se spécialiser si fâcheusement que je n’ai pas osé me risquer à l’employer pour ne pas vous inquiéter sur ma santé.
Le « patient », pour en revenir à lui, est, en fait, le client du médecin, mais ce dernier terme soulignerait trop nettement l'aspect mercantile d'une pratique professionnelle qui se veut plutôt un art avec des aspects quasi sacerdotaux (« Le serment d’Hippocrate !) qu'une forme, même noble, de commerce. On va voir le médecin parce qu'on est malade (donc parce qu'on souffre) et, ce faisant, on devient son « patient ». Mais les mots prenant l’initiative, on doit alors aussi s'armer d’une « patience » qui est la première vertu du patient, même s'il n'y a pas de vrais rapport sémantique entre ces deux mots.
Je ne crois pas être un patient impatient, même si au bout de quelques heures d'une attente dont les raisons mêmes ne m’apparaissent pas évidentes, je commence à cesser d'être patient (adjectif) tout en restant hélas un patient (substantif). Je me sens d'autant moins porté à être patient (adjectif) qu'à force de m'exercer à ces exercices de patience (et aussi d’observation du milieu), je finis par deviner les véritables motifs des attentes prolongées qui sont infligées aux patients.
On observe d'ailleurs facilement que, dans l'activité médicale privée, les patients ne sont pas contraints, en général, de faire preuve d'autant de patience, car ils ont parfois la possibilité de changer de médecin et par conséquent, dans un autre cadre, d'avoir à faire montre de moins de patience, tout en restant des patients.
Comme les attentes prolongées invitent à la méditation, force est de prendre conscience qu'à la patience dont on aura fait preuve en attendant d'être reçu ou soigné, viendra s’ajouter, en outre, celle dont devra faire preuve pour remplir les feuilles de soins (qu'on appelait autrefois « feuilles de sécu ») et qui constituent un exercice de méditation intéressant à la fois sur le plan du fonctionnement social et de l'économie nationale.
Comme j'ai eu l'occasion de le dire déjà, mais ce sujet de méditation est toujours d'actualité, la principale réforme que le système de santé français a opérée, dans le dernier quart de siècle, a été, sur les feuilles de soins, la disparition de la mention de la date de naissance du patient. Chaque assuré social étant identifié par un nombre de treize chiffres (ce qui permet en théorie de coder par cette méthode 9.999 milliards d'individus) alors que la France ne comprend guère qu’une grosse soixantaine de millions d'habitants), on s'est avisé que l'identification supplémentaire de l'assuré(e) par sa date de naissance était un luxe inutile. On a donc supprimé sur les feuilles de soins cette mention dans une réforme administrative majeure annoncée alors à grands sons de trompe !.
Quelques années après, bien plus discrètement, on a dû la rétablir en douce, après s'être aperçu que des Français ou des Françaises avaient le même numéro de sécurité sociale, ce qui paraît impensable du simple point de vue arithmétique.
Voulez-vous l’explication d’un tel mystère ?
Si vous regardez de plus près comment un tel numéro est attribué, vous vous apercevez que les dix premiers chiffres peuvent être en fait communs à un nombre indéterminé, mais elevé, d'individus du même sexe (code 1 ou 2), nés le même mois de la même année (les quatre chiffres suivants), dans le même département (les deux chiffres de son code), dans la même zone de ce département (codée par trois chiffres). Dès lors, pour les milliers probables de ceux ou celles qui partagent ces informations, la distinction ne se fait que sur les trois derniers chiffres ; elle ne vaut donc, au maximum, que pour 999 hommes ou femmes qui ont en commun les dix premiers chiffres. Or, dans nombre de grandes villes, dans certains quartiers où se trouvent des hôpitaux ou des maternités, souvent naissent en un mois plus de 999 enfants du même sexe ; de ce fait, certains d’entre eux peuvent avoir exactement le même numéro de sécurité sociale. On a donc dû rétablir la date de naissance sur les feuilles de soins pour pouvoir les distinguer par le jour de naissance !.
De toute façon, ces feuilles de soins étaient l'objet de tous les soins et de toutes les attentions, surtout de la part des syndicats de la sécurité sociale qui redoutaient que leur disparition n'entraînât des réductions d'effectifs. Il n’en a heureusement rien été et cela d’autant plus que, en particulier dans le secteur privé, en beaucoup de lieux, on refuse d'utiliser le paiement par la carte vitale, ce qui ménage à la fois les trésoreries des prestataires de soins et l'avenir des employés de la sécurité sociale.
J'ajoute toutefois que le traitement d'une simple feuille de soins coûte plus de 5 euros, sans parler des arbres qu'il faut couper pour produire les dites feuilles et sans évoquer toutes les papiers inutiles que doivent produire, pour chaque cas, les diverses mutuelles, afin d’informer leurs clients. Que les syndicats de la sécurité sociale, les industriels, les fabricants de papier et les imprimeurs se rassurent, en dépit de l'informatisation, nous ne sommes pas près de nous débarrasser de tout cette paperasse et, en tout cas, là aussi, nous devrons nous montrer « patients » à tous les sens des mots !
Le mot français « patient » a doublement hérité du contenu sémantique du participe présent du verbe latin « patior » qui est à son origine et qui signifie à la fois « supporter » et « souffrir ».
Cette méditation sémantique et lexicale m'a été inspirée par deux séjours, en une semaine, dans des lieux hospitaliers. Entendez par là que ces lieux étaient des cliniques ou des hôpitaux ; l’adjectif « hospitalier » dérive, dans l’emploi que j’en fais ici, d' « hôpital » et de tels lieux n’en sont pas pour autant des endroits où l'on est aimablement et agréablement accueilli par des hôtes charmants et prévenants. J’ai failli dire « des lieux nosocomiaux », « nosokomio » étant le nom de l’hôpital en grec, comme vous pourrez le vérifier lors d’un prochain séjour dans ce pays, s’il est encore en mesure de s’offrir ce genre de service. Mais ce malheureux adjectif, récemment découvert par les Français, a vu son sens se restreindre et se spécialiser si fâcheusement que je n’ai pas osé me risquer à l’employer pour ne pas vous inquiéter sur ma santé.
Le « patient », pour en revenir à lui, est, en fait, le client du médecin, mais ce dernier terme soulignerait trop nettement l'aspect mercantile d'une pratique professionnelle qui se veut plutôt un art avec des aspects quasi sacerdotaux (« Le serment d’Hippocrate !) qu'une forme, même noble, de commerce. On va voir le médecin parce qu'on est malade (donc parce qu'on souffre) et, ce faisant, on devient son « patient ». Mais les mots prenant l’initiative, on doit alors aussi s'armer d’une « patience » qui est la première vertu du patient, même s'il n'y a pas de vrais rapport sémantique entre ces deux mots.
Je ne crois pas être un patient impatient, même si au bout de quelques heures d'une attente dont les raisons mêmes ne m’apparaissent pas évidentes, je commence à cesser d'être patient (adjectif) tout en restant hélas un patient (substantif). Je me sens d'autant moins porté à être patient (adjectif) qu'à force de m'exercer à ces exercices de patience (et aussi d’observation du milieu), je finis par deviner les véritables motifs des attentes prolongées qui sont infligées aux patients.
On observe d'ailleurs facilement que, dans l'activité médicale privée, les patients ne sont pas contraints, en général, de faire preuve d'autant de patience, car ils ont parfois la possibilité de changer de médecin et par conséquent, dans un autre cadre, d'avoir à faire montre de moins de patience, tout en restant des patients.
Comme les attentes prolongées invitent à la méditation, force est de prendre conscience qu'à la patience dont on aura fait preuve en attendant d'être reçu ou soigné, viendra s’ajouter, en outre, celle dont devra faire preuve pour remplir les feuilles de soins (qu'on appelait autrefois « feuilles de sécu ») et qui constituent un exercice de méditation intéressant à la fois sur le plan du fonctionnement social et de l'économie nationale.
Comme j'ai eu l'occasion de le dire déjà, mais ce sujet de méditation est toujours d'actualité, la principale réforme que le système de santé français a opérée, dans le dernier quart de siècle, a été, sur les feuilles de soins, la disparition de la mention de la date de naissance du patient. Chaque assuré social étant identifié par un nombre de treize chiffres (ce qui permet en théorie de coder par cette méthode 9.999 milliards d'individus) alors que la France ne comprend guère qu’une grosse soixantaine de millions d'habitants), on s'est avisé que l'identification supplémentaire de l'assuré(e) par sa date de naissance était un luxe inutile. On a donc supprimé sur les feuilles de soins cette mention dans une réforme administrative majeure annoncée alors à grands sons de trompe !.
Quelques années après, bien plus discrètement, on a dû la rétablir en douce, après s'être aperçu que des Français ou des Françaises avaient le même numéro de sécurité sociale, ce qui paraît impensable du simple point de vue arithmétique.
Voulez-vous l’explication d’un tel mystère ?
Si vous regardez de plus près comment un tel numéro est attribué, vous vous apercevez que les dix premiers chiffres peuvent être en fait communs à un nombre indéterminé, mais elevé, d'individus du même sexe (code 1 ou 2), nés le même mois de la même année (les quatre chiffres suivants), dans le même département (les deux chiffres de son code), dans la même zone de ce département (codée par trois chiffres). Dès lors, pour les milliers probables de ceux ou celles qui partagent ces informations, la distinction ne se fait que sur les trois derniers chiffres ; elle ne vaut donc, au maximum, que pour 999 hommes ou femmes qui ont en commun les dix premiers chiffres. Or, dans nombre de grandes villes, dans certains quartiers où se trouvent des hôpitaux ou des maternités, souvent naissent en un mois plus de 999 enfants du même sexe ; de ce fait, certains d’entre eux peuvent avoir exactement le même numéro de sécurité sociale. On a donc dû rétablir la date de naissance sur les feuilles de soins pour pouvoir les distinguer par le jour de naissance !.
De toute façon, ces feuilles de soins étaient l'objet de tous les soins et de toutes les attentions, surtout de la part des syndicats de la sécurité sociale qui redoutaient que leur disparition n'entraînât des réductions d'effectifs. Il n’en a heureusement rien été et cela d’autant plus que, en particulier dans le secteur privé, en beaucoup de lieux, on refuse d'utiliser le paiement par la carte vitale, ce qui ménage à la fois les trésoreries des prestataires de soins et l'avenir des employés de la sécurité sociale.
J'ajoute toutefois que le traitement d'une simple feuille de soins coûte plus de 5 euros, sans parler des arbres qu'il faut couper pour produire les dites feuilles et sans évoquer toutes les papiers inutiles que doivent produire, pour chaque cas, les diverses mutuelles, afin d’informer leurs clients. Que les syndicats de la sécurité sociale, les industriels, les fabricants de papier et les imprimeurs se rassurent, en dépit de l'informatisation, nous ne sommes pas près de nous débarrasser de tout cette paperasse et, en tout cas, là aussi, nous devrons nous montrer « patients » à tous les sens des mots !
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