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samedi 9 février 2013

Interlude


Il y avait autrefois sur nos chaînes de télévision des "interludes"  ; c'était à l'époque où l'on en avait qu'une ou deux et non des dizaines, qui nous resservent toutes soit les mêmes âneries de télé-réalités "animées"(quel oxymore!) par leurs insubmersibles crétins de service (je crois avoir entendu que les has-beens qu'on y emploie vont faire des plongeons et j'offre, d'ores et déjà, une tringle à rideaux à celui qui videra en douce la piscine !), soit les mêmes émissions tirées des fonds de placards de l'INA.

Ces "interludes" étaient de petits épisodes musicaux sans prétention (genre musique d'ascenseur) et fort heureusement sans images que l'on avait baptisés, Dieu sait pourquoi interlude, car si l"inter-" se comprenait bien, on voyaiit mal ce qui, dans la télé d'époque et de style pouvait justifier le "-lude".

Bref, c'est aujourd'hui samedi et ce sera donc interlude de ma façon sur ce blog.

Ce ne sont pourtant pas les sujets qui manquent.

Si ce matin, à 5h30 nous dit-on et je veux bien le croire, l'heure de gloire a sonné pour Monsieur Moscovici et Madame Taubira qui estiment être sortis grandis (ils en ont bien besoin d'un et l'autre) des 110 heures de session de l'Assemblée nationale sur le mariage gay, nous ne devons pas trop nous réjouir. Avez-vous noté que Madame la Garde des Sceaux est revenue à une coiffure quelque peu afro, peut-être pour pouvoir taxer de racisme ses éventuels contradicteurs déjà contraints par elle à écouter du L.G. Damas ? Ne pensons donc pas trop vite en avoir fini avec le mariage homo car le texte va désormais passer au Sénat et je ne pense pas que  Rouges ou Verts de la prétendue majorité de gauche au Luxembourg laissent passer l'occasion de tailler des croupières au gouvernement et de faire plancher l'Assemblée nationale dans une seconde lecture qui ne pourrait être que réjouissante vue les conditions et les incidents de la première.

Mon propos est toutefois ailleurs car, quoique relativement attentif à la fois aux productions Internet et aux informations du PAF, en ce samedi matin 9 février 2013, je n'y ai guère entendu ni vu parler du Mali, où se passent pourtant des choses qui, pour avoir été prévisibles, s'y sont néanmoins hélas produites et qui gâtent quelque peu déjà la liesse générale du début : affrontements armés entre bérets rouges ("touréistes") et bérets verts" ("sanogistes") à Bamako, avec à la clé deux ou trois victimes avouées, dont un gamin qui passait par là ; attentat suicide à Gao (ce qui constitue le premier et, à ce jour, le seul acte "terroriste" au Mali ; minage de routes ici ou là). Silence radio et quasi silence Internet sur ces questions. L'information la plus récente, et la seule à neuf heures du matin, sur Internet date de trois heures et la plupart des autres sont de la veille. On nous bassine sans cesse avec les vacances des enseignants, mais celle des journalistes, sans parler des médias audiovisuels, sont encore bien autre chose.

Je m'amusais ce matin en zappant vaguement sur BFM (la radio-télévision des "bignoles" - concierges pour les nobles étrangers - et du grand capital, dans une alliance étrange mais, au fond, pas si insolite) de voir comment on y fourgue comme tous les samedis matin, sous couvert d'information, une émission qui repasse, en fait, des plats de la semaine, aussi peu frais que la viande de cheval roumain que l'industrie agro-alimentaire française, pourtant si réputée, refile à ses clients anglais.

Je pense que les services français officiels de communication vont hélas devoir travailler dur pendant ce week-end pour trouver à la fois des sujets de société et des "éléments de langage" qui soient susceptibles de remplacer, de préférence avantageusement (mais ne rêvons pas), le mariage gay.

Le temps continuant à se rafraîchir, je ne vois guère que le problème des SDF, l'affaire de la viande de cheval rouge ou , ultime recours, la question des Roms vers laquelle on peut glisser car, vous l'aurez observé, la viande de cheval fourguée ( en "loucedé" comme on disait en "louchébem" l'argot des bouchers d'autrefois) aux Anglais était roumaine !

lundi 27 février 2012

Le ticket de métro et le rite halal

Toute la presse française fait des gorges chaudes sur le fait que Nicolas Poincaré, sur Europe1, utilisant un truc vieux comme la soupe à l'oignon, a collé la ministre les transports, Nathalie Kosciusko Morizet, comme bien d'autres ministres avant elle, en lui demandant, tout à trac, le prix d'un ticket de métro.

La pauvre, peu familière avec ce mode de transport et plus encore avec l'acquisition payante d'un tel ticket puisque, comme ministre, elle ne paye pas les transports en commun, a bredouillé au hasard : « Quatre euros et quelque chose ». Elle répondait évidemment au pifomètre, mais c'est là le pire. Elle aurait assurément mieux fait de confesser son ignorance, car, en avançant un prix qui est, en gros, trois fois supérieur au prix réel moyen courant, elle a montré, non seulement qu'elle ne devait pas en acheter très souvent, mais surtout, et c'est là le plus grave, qu'elle n'avait qu'une idée très lointaine des réalités quotidiennes de l'existence de la plupart des Français et de l'échelle même des prix de la vie courante.

Vous vous souvenez qu'on avait déjà fait le même coup à Balladur quand il était Premier Ministre mais que lui avait eu, si je me souviens bien, la naïve sagesse de confesser son ignorance plutôt que d'avancer un chiffre abracadabrant !

Cette méthode d'interrogation est des plus faciles mais, en fait, au-delà
du succès aisé, purement anecdotique, elle n'a pas un très grand intérêt. D'abord car demander le prix d'un ticket de métro n'a pas en fait  une signification précise. Si vous consultez le site de la RATP, comme celui de la Régie des transports de Marseille ou de l'OTL de Lyon, vous constaterez qu'il y a un maquis de prix et de modalités pour les tickets de métro d'une invraisemblable complexité. NKM aurait donc pu, si elle avait connu un tant soit peu le dossier, répondre tout simplement, ne serait-ce que pour gagner du temps et noyer le poisson, en demandant à Poincaré, à son tour, de quel type de ticket il parlait. Je ne veux pas entrer dans le détail et il est sans intérêt. Suivant que vous achetez le ticket pour une journée et pour une semaine, à l'unité ou par dix, avec ou sans RER, etc., les prix sont tous et sans cesse différents. Elle aurait pu noyer son ignorance dans un verbiage qui aurait facilement pu avoir raison de l'insistance de son interlocuteur qui, le matin, a toujours l'oeil sur la pendule.

Les journalistes aiment aussi à faire le coup avec la "baguette"! Comme s'il y avait un prix de la baguette et ils ne doivent pas plus fréquenter les boulangeries que NKM le métro ! Il n'y a pas un prix, mais une foule de prix de la baguette, Messieurs, et Paris n'est pas la France ! Donc le journaliste qui pose une telle question montre par là même qu'il n'est pas très familier avec le commerce de la boulangerie. Non seulement les baguettes ont des prix très différents (cela va facilement du simple au double selon les régions et les établissements!) et, d'autre part, dans la même boulangerie, le prix varie aussi selon le type de baguette (farinées ou non, à l'ancienne, de marque, etc. ). Moi, je connais la question !

Cela rappelle la fameuse blague de l'oral inepte de l'ENA où un candidat, se voyant interrogé sur la profondeur du Danube sous le grand pont de Budapest, avait eu l'esprit de répondre, en interrogeant à son tour le membre du jury « Sous quelle arche ? ».

La ministre des transports aurait donc pu répondre à son intervieweur de quel type de billet il voulait exactement parler, ce qui aurait sans doute embarrassé à ce moment et à son tour  ce brave M. Poincaré qui doit être aussi peu familier du transport en métro que des subtilités multiples la tarification des billets. Il aurait sans doute dit : "Le ticket simple à l'unité", s'attirant une réponse commode "Mais, cher Monsieur Poincaré, vous devriez le savoir : personne n'achète jamais les tickets de métro à plein tarif et à l'unité!".

Le vrai problème est que lorsque l'on veut ennuyer un politique sur un problème précis, il faut soi-même le connaître assez bien. J'entendais, ce matin encore, Jean-Jacques Bourdin interviewer le ministre de l'agriculture et essayer de le titiller sur le pourcentage REEL de viande halal dans le commerce français de la boucherie. Il est clair que le journaliste n'en savait rien et que le ministre, s'il en savait quelque chose, a refusé l'idée que toute la viande préparée en Ile-de-France soit halal (comme on l'a dit), sans être capable de donner lui-même un chiffre! Si je ne craignais une plainte de la LICRA, je dirais volontiers, comme autrefois, que c'était vraiment là "un combat de nègres dans un tunnel" ; à partir de là, en effet, on s'est donc enfoncé, d'un commun accord, dans un marécage de bavardages fumeux d'où il n'est rien sorti.

Comme j'ai eu l'occasion de dire dans un blog précédent qui, lui-même, était quelque peu en contradiction avec un autre qui avait précédé de peu, je n'aurais aucun scrupule et pas la moindre hésitation à consommer de la viande halal, si l'on pouvait m'assurer qu'elle présente les mêmes garanties légales d'hygiène que celle qui ne l'est pas ; or, ce n'est assurément pas le cas vu le mode d'abattage halal (je vous renvoie sur ce point pour l'explication à mon blog sur la question). Le ministre, qui ne voulait pas être soupçonné de racisme ou même simplement de communautarisme, s'est abstenu soigneusement de parler de la question de l'hygiène elle-même, qui est pourtant essentielle, pour se concentrer sur celle de "l'étourdissement" des bêtes, entrant alors dans le détail (suivi sur ce terrain par Bourdin) de la différence entre le rite halal (qui s'accommoderait éventuellement de l'étourdissement de l'animal) et le rite kasher (qui n'accepterait pas cette entorse au rituel hébraïque traditionnel).

Je ne vois personnellement aucun inconvénient à ce que, dans l'un ou l'autre de ces rites, on impose quelques contraintes que ce soient (orientation vers la Mecque ou Jérusalem, enturbannage du sacrificateur, ou autres fariboles de la même farine), mais j'entends bien, en revanche et de façon formelle, qu'on ne m'oblige pas à manger, fût-elle halal ou kasher, une viande souillée par les excréments et les déjections animales qui sont évidemment impossibles à nettoyer.

La seule solution serait donc d'ouvrir des abattoirs spéciaux dans les mosquées ou les synagogues où les fidèles abattraient, débiteraient, voire consommeraient les animaux à leur guise, allant même jusqu'à les manger tout crus voire vivants si ça leur chante. Le problème étant que, n'étant ni musulman ni juif et souhaitant consommer une viande traitée selon toutes les règles d'hygiène moderne, je n'ai aucun envie de me prêter à des rites alimentaires qui ne me concernent en rien, sans prétendre pour autant empêcher quiconque de les exercer, à ses propres risques. N'est-ce pas une exigence normale de la laïcité, de la démocratie et même de la gastronomie?

mercredi 30 juin 2010

Pour bien réussir dans le journalisme !

Vous ne connaissez sans doute pas la rengaine des années 20 que chantait autrefois Maurice Chevalier (paroles de Willemetz et musique de Christiné) et qui s’intitulait je crois, à partir du début de refrain, « Pour bien réussir dans la chaussure... ».

Laissez-moi vous rappeler les premiers vers du refrain
« Pour bien réussir dans la chaussure,
Portez tout simplement,
Un corsage dont l’échancrure
Laisse voir des trésors charmants »..

J’aurais pu tout aussi bien prendre, comme point de départ de ce post, le début du premier couplet, « Loin de ce qu’un vain peuple pense... »
qui s’achève ainsi :
« Et c’est pourquoi j’ose prétendre,
Croyez-moi que, souvent,
A Paris, la façon de vendre
Vaut bien mieux que ce qu’on vend. »

Vérité éternelle ! De la chaussure au journalisme, il n’y a, si j’ose dire, qu’un pas, de plus en plus franchi de nos jours !

Je dois avouer qu’y est pour beaucoup l’agacement que me causent les célébrations médiatiques de je ne sais quel anniversaire (six mois je crois) de l’enlèvement des deux journalistes de France 3, Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier. En ce moment de perspectives de réduction des dépenses de d’Etat, ne parlons même pas,des récents voyages, sans grande finalité et moins encore d’effet, de Messieurs Morin et Carolis qui me paraissent soigner surtout, en la circonstance, leur image et leur publicité personnelles, pour des raisons qui leur appartiennent mais qui n’échappent à personne,

Il y a, d’une façon générale, ches les journalistes français, un corporatisme frénétique qui est inversement proportionnel à leur compétence et à leur professionnalisme. Comme je lis de moins en moins la presse écrite, la chose me frappe surtout dans les médias audio-visuels ; le décès du moindre preneur de son de RFI ou du gérant de la caféteria de France Bleu Limousin est signalé dans les médias en cause comme uun événement d’une importance quasi planétaire.

L’affaire des « journalistes » de FR3 pris en otages illustre tout à fait cet aspect. Sans remonter au déluge, il est aisé de constater qu’en France se faire enlever est devenu le plus puissant accélérateur d’une carrière journalistique.

Christian Chesnot et Georges Malbrunot, libérés en 2004 après quatre mois de détention, étaient, avant cette aventure, deux très modestes inconnus. Ils se sont mués, dans la suite, en deux spécialistes éminents du Moyen Orient pour avoir passé quatre mois dans un trou à rats moyens orientaux et sont depuis sollicités par les médias pour y venir émettre gravement des avis dont la pertinence ne m’a jamais frappé.

Cette fulgurante promotion n’aurait-elle pas inspiré d’autres vocations ?

A peine les deux précédents loustics étaient-ils libérés, à grands sons de trompe médiatico-politiques et en relation ou non avec deux comiques dont le rôle n’a jamais été défini avec précision, qu’à Bagdad encore on enlevait Florence Aubenas, une journaliste de Libération quasi inconnue elle aussi et qui allait être libérée en juin 2005. Elle devait d’ailleurs très vite, dès 2006, passer de son placard de Libé à un statut éminent au Nouvel Obs.

Je n’ai pas d’information spéciale sur cette captivité, sinon pour rappeler qu’on s’est un peu interrogé à propos de la vidéo que ses ravisseurs avaient déposée à l’Agence Reuter de Bagdad. On l’y voyait dans un état physique apparemment inquiétant, quasi cadavérique ; elle y sollicitait (on ne savait pas pourquoi mais la suite l’a expliqué) l’intervention de l’étrange Didier Julia. Des spécialistes, ayant examiné la vidéo, ont alors émis l’hypothèse que l’usage sophistiqué de projecteurs à lumière verte pouvait avoir permis de donner une impression de délabrement physique à l’intéressée.

Le plus étrange est son retour. Ramenée en France par avion spécial, elle arrive sur l'aéroport militaire de Villacoublay. Elle est accueillie par Jacques Chirac et, devant les caméras, parle quelques minutes avec les nombreux journalistes. Pour un de mes amis ophtalmologue, il est tout à fait impossible qu’une femme qui, comme elle le déclare, aurait passé cinq mois dans une cave obscure, puisse supporter ainsi, sans protections, la lumière du jour.

Laissons ces détails ; sur le plan professionnel, ces cinq mois passés en Irak, où que ce soit et de quelque façon que ce soit, ne l’ont pas été en vain et ont même été pour Florence Aubenas extrêmement positifs sur le plan de sa carrière. Il est amusant de constater qu’elle écrira même , dans la suite, un livre dont le titre est, je crois, "La fabrication de l’information". Tout un programme et là, comme ailleurs, on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même !

Ne parlons même pas des dix ou quinze millions d'euros que ces affaires nous ont coûté, comme l'a dit, à l'époque, la presse britannique (la presse française n'en parlant pas car un journaliste français n'a pas de prix!) et comme l'a rappelé récemment un brave général sur le dos duquel sont aussitôt tombés tous nos journaux!

Mieux encore, Son « enlèvement » comme son expérience, même très brève, de la captivité sont sans doute l’une des raisons qui ont fait mettre Florence Aubenas, de façon totalement inattendue, à la tête de l’Observatoire international des prisons ! Viserait-elle plus haut encore ? On peut le penser quand on lit le débat qui l’a opposé, dans le Nouvel Obs. en septembre 2009 à Michele Alliot-Marie. Elle y faisait sans doute à la fois les questions et les réponses, mais ses propos m’ont paru bien pauvres et, en outre, dans une langue un peu incertaine !

Bref. J’observe que Florence Aubenas s’est teinte en blonde. Viserait-elle désormais le ministère de MAM et la Place Vendôme ?