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vendredi 21 juin 2013

Sale temps sur la France : tornades et conférence sociale. Le point de vue du Huron.


Je ne sais pas trop comment il faut interpréter cette convergence observée lors du 20 juin 2013 qui, fort heureusement, n'était ni le jeudi précédent (le 13 !) ni un vendredi. Le "communiquants" élyséens y avaient pensé dans leur choix, fort heureusement et, par là, ils ont évité à notre Président de braver le ciel, ce qui n'est pas dans sa nature et avec lequel il est un peu brouillé depuis son élection (N'a-t-il pas dit que "gouverner c'est pleuvoir" ?). La France a connu, en tout cas et en même temps, deux événements, l'un climatique et l'autre social qui ne sont pas sans quelque parenté : les tornades et la conférence sociale.

Pour les premières, on a fait pour le mieux ; la visite du Président de la République accompagné du ministre de l'intérieur (lassé des visites mortuaires dans les "quartiers"), et surtout la déclaration de catastrophe naturelle, qui conduira à l'indemnisation par les assurances et somme toute, une fois le traumatisme de l'événement passé, relanceront quelque peu l'activité économique et donc l'emploi.

Il en est tout autrement de la conférence sociale ; certes, elle a permis à Madame Parisot de jeter ses derniers feux, avant qu'elle passe le relais à Monsieur Gattaz dont on nous proclame, urbi et orbi, qu'il est un "self-made-man", ce qui ne manque pas d'amuser tous ceux qui se souviennent du règne de son cher papa sur le patronat français. Le pire pour le gouvernement est que les syndicats ont mis en place de nouvelles têtes qui doivent se faire un nom, surtout Monsieur Lepaon à qui l'idéologie de son syndicat interdit naturellement de faire la roue dans les médias!

Si la CFDT se montre, comme souvent, accommodante, FO et la CGT seront en première ligne pour s'opposer à toute réforme, ce que l'on comprend aisément à la fois au vu de leur électorat agrippé à ses régimes spéciaux ) et du passé professionnel de leurs dirigeants (T. Lepaon est dans le syndicalisme depuis près de trente ans), même si B.Thibault jouit désormais d'une retraite bien méritée (à 53 ans !) et si J.C. Mailly a si peu réellement travaillé au cours de son existence qu'il peut consacrer toutes les forces ainsi accumulées à la défense des travailleurs.

Comme toujours, c'est le point de vue du Huron que j'exprime ici (pour d'autres Hurons) et je ne suis en rien spécialiste des retraites et moins encore des tornades, dont vous observerez que je me suis abstenu de trop parler, du moins au point de vue de la météorologie.

Je constate, une fois de plus, que l'on parle d'unifier les retraites du privé et du public alors que chacun devrait savoir et dire que les fonctionnaires n'ont pas une retraite mais une pension qui est inscrite sur le Grand Livre de la dette publique. Il en résulte que si, durant leur carrière, ils cotisent bien effectivement pour leurs vieux jours, en théorie du moins, leur pension leur est due par l'État jusqu'à leur mort, qu'il pleuve ou qu'il vente si j'ose dire.

L'incidence du chômage (que ne connaissent pas les fonctionnaires) est donc bien moindre que dans le cas du privé, même si, évidemment, l'activité économique générale (y compris l'emploi) est de la plus haute importance pour abonder les ressources de l'État. Cela dit, il y a déjà, pour les artisans je crois, un système de retraite par points qui me paraît avoir des avantages, même s'il se heurte à l'hostilité des syndicats hostiles à tout changement par attachement aux régimes spéciaux.

D'une part, ce système existe déjà ; il consiste dans l'accumulation, au cours de la carrière, de points dont le total, au terme de la vie professionnelle, permet de calculer le montant de la retraite. Dès lors, on supprime le problème, effectivement curieux mais dont les causes sont aisément explicables, de savoir si on calcule la retraite sur les 25 meilleures années ou sur les six derniers mois. Dans la fonction publique, cette dernière disposition amène, sans vergogne, à distribuer généreusement les promotions chez les fonctionnaires, non pas au mérite mais à ceux qui sont près de la retraite afin d'en faire augmenter le montant. Cet usage n'a rien de mystérieux et, dans toutes les commissions de l'administration, cet argument est constamment avancé pour promouvoir Pierre plutôt que Paul dans la mesure où le premier est à quelques mois de la retraite, le reste important peu.

Ce système des points a, en outre, l'avantage, du moins tel que je crois le connaître, qu'il permet d'ajouter, d'une certaine façon, une forme de capitalisation par l'intéressé puisque il est possible, si on le souhaite, d'acheter des points, pour augmenter sa retraite en investissant, non pas dans une quelconque mutuelle (des fonctionnaires ou d'un autre métier) mais dans l'achat de points qui augmenteront le nombre dont on disposera au moment de la retraite. Ce système a l'avantage, à la différence des fonds de pension privés, de ne pas être soumis à la fois aux aléas de la bourse et aux manœuvres des escrocs.

Cela dit les solutions qu'on entend agiter le plus souvent, (de l'augmentation du nombre d'annuités au départ plus tardif à la retraite), ont déjà été plus ou moins évoquées voire esquissées. Dans le contexte de l'emploi que nous connaissons actuellement, elles sont totalement illusoires, puisque le principal problème auquel nous sommes confrontés, est l'activité de ceux qu'on appelle pudiquement les "seniors". On sait que le taux d'emploi des plus de 50 ans en France est l'un des plus bas d'Europe ; par conséquent, prétendre faire travailler plus longtemps ces "seniors" ne reviendra, en fait, qu'à les payer comme chômeurs en attendant qu'ils aient droit à leur retraite. Une telle mesure, dans le contexte actuel, est si absurde qu'on a peine à croire que des esprits raisonnables puissent l'envisager ou même l'évoquer.

En tout état de cause, il y a là aussi un fait économique et social que nos chercheurs en sciences humaines et sociales du CNRS devraient étudier.

Comment et pourquoi persiste cette croyance aberrante, qu'avait déjà dénoncée il y a un demi-siècle le Club de Rome, et qui conduit à penser que la croissance des Etats du Nord et de l'Europe en particulier se poursuivra indéfiniment et qu'il faut nécessairement que le pouvoir d'achat y croisse chaque année d'un ou deux pour cent ?

Une telle idée était évidemment déjà absurde il y a cinquante ans ; elle l'est plus encore aujourd'hui où ce qu'on appelait autrefois le "Tiers-Monde" et qu'on nomme aujourd'hui, pour partie, les "pays émergents" a de moins en moins envie de se laisser dépouiller et exploiter par le Nord.

mercredi 20 mars 2013

Du syndicalisme français comme l'un des beaux-arts. (S 6). Nicole nota(t) ?


Biographie, brève mais fulgurante comme pour la plupart de nos leaders syndicaux.
La principale caractéristique de Nicole Notat et qu'elle a été la première femme, non pas diriger un syndicat comme on le dit partout, car il y a eu d'autres femmes dans l'éducation nationale par exemple, mais une confédération syndicale majeure, la CFDT.

Pour le reste, rien de très particulier dans la carrière de Nicole Notat. Née en 1947, elle devient institutrice à sa sortie de l'école normale d'instituteurs de Bar-le-Duc et adhère à la CFDT dès 1969. Comme d'autres dans d'autres syndicats, elle y a une carrière fulgurante, puisque, dès l'année suivante, la voilà Secrétaire du Sgen-CFDT de la Meuse, puis deux ans plus tard, membre de la commission exécutive Lorraine. On ne saurait gravir plus rapidement (deux à deux, sinon quatre à quatre) les échelons de la carrière syndicale. Au probable détriment de sa carrière professionnelle car celle-ci est, elle, beaucoup plus courte ; dès 1982, elle devient "permanente" de la CFDT et entre, comme Secrétaire nationale à la Commission exécutive confédérale. En 1988, la voilà Secrétaire générale adjointe puis, en octobre 1992, Secrétaire générale de la CFDT.

Celle qu'on appelle souvent : « la tsarine », passera dix ans dans ce poste, mais ne sollicitera pas, en 2002, le renouvellement de son mandat car, en 1996, le soutien qu'elle avait apporté, en 1995-1996 au Plan Juppé avait singulièrement compromis son image syndicale.

Au fond jusque-là, rien de très étonnant dans la carrière de Nicole Notat, lorsqu'on la compare à celles de la plupart des leaders syndicaux, sinon dans le fait qu'elle est une femme dans un monde d'hommes.

La suite est, en revanche, beaucoup plus étonnante, car à peine a-t-elle quitté son poste de Secrétaire générale de la CFDT qu'elle se lance immédiatement dans une activité commerciale. Une telle mutation est pour le moins inattendue de la part d'une militante de sa trempe. Dès juin 2002, elle crée en effet une "agence de notation sociale et environnementale" qu'elle baptise d'un nom latin Vigeo. Libération, qui annonce la création de Vigeo, s'offre le luxe d'en donner l'étymologie latine (du latin : "Je suis sur le qui-vive") ; elle est naturellement fausse car Libé confond avec "vigilare" (qui a lui ce sens), le verbe "vigeo" qui signifie "être fort, vigoureux, florissant" et est, par là, plus propre à délier la bourse des investisseurs qui ne sont pas forcément soucieux de "vigilance" de la part de leurs évaluateurs!

Le plus étonnant de la chose n'est sans doute pas là, mais plutôt dans le fait qu'en si peu de temps, N. Notat réunit un capital de départ de 12 millions d'euros, crée Vigeo, une société anonyme de droit français et reprend les activités d'ARESE, première
agence d’analyse ISR en France. 39 % de la nouvelle société sont détenus par EULIA, holding commun constitué par la Caisse des dépôts et consignations et des caisses d'épargne. Le capital se répartit surtout entre des investisseurs dont en particulier Danone, Carrefour, le Crédit Lyonnais, ACCOR, Total, AXA, GDF et... la CFDT qui met aussi la main à la poche.


Vigeo démarre ses activités en principe en janvier 2003. Il semble y avoir eu toutefois, en dépit de ces parrainages flatteurs, quelques difficultés de démarrage puisqu'en 2004, on trouve mention dans Google d'une intervention publique de la présidente de Vigeo qui est reportée, la manifestation étant déclarée introuvable.

Toutefois en 2004, voilà Madame Notat installée au 28e étage d'une tour d'affaires parisienne et elle semble avoir réussi dans ce qu'elle appelle elle-même son "intuition"  (« Je sentais que les entreprises seraient de plus en plus tenues d'être responsables, qu'elles devraient informer et rendre des comptes, en garantissant leur objectivité ce qui implique une évaluation extérieure. J'en ai parlé à des dirigeants d'entreprise, des financiers et des institutionnels. Ils ont confirmé que ce besoin était réel et croissant. Certain ont apporté des capitaux pour assurer la création de l'agence. »).

Il n'y a pas lieu de poursuivre ici le récit de ce triomphe entrepreneurial qui semble une parfaite réussite à en juger par son développement (75 salariés dont on espère qu'ils sont syndiqués à la CFDT), mais aussi les présidences et les responsabilités que cumule à l'envi désormais Madame Notat, sollicitée de toutes parts. Pour ne citer que la plus récente, elle vient d'être choisie comme chef de file du groupe de travail « Promouvoir et valoriser l'entreprenariat responsable" des futures Assises de l'entreprenariat mise en place par la ministre Fleur Pellerin.

Puisque Madame Notat semble aimer le latin à en juger par le choix du nom qu'elle a fait pour la société qu'elle a créée, on peut se demander si le succès de son entreprise ne repose pas plutôt sur le nom même de sa créatrice car fonder une agence de notation quand on s'appelle Notat (qui est en outre aussi bien français que latin!), c'est, ou bien croire dur comme fer à la prédestination, ou bien montrer un grand sens de l'humour, ce qui, au fond, n'est pas incompatible et peut, dans un cas comme dans l'autre, séduire les entrepreneurs et les investisseurs.

 

samedi 16 mars 2013

Du syndicalisme français comme l'un des beaux-arts. (S 4).Pour en finir avec François Chérèque qui en a fini avec le syndicalisme


Voilà un homme qui est vraiment l'icône du syndicalisme français.

Pur produit de la CFDT, il en fut, dix années durant, le Secrétaire Général et il marcha, dans cette fonction, sur les traces de son père François (celui qui a fait le coup bien connu).

Son parcours biographique et syndical initial est un peu incertain. A en croire Wikipedia, il a fait ses études au lycée Notre-Dame Saint Giesbert de Nancy et y a obtenu son bac à 19 ans (pas terrible!) en 1975. Toutefois, selon le Who's Who, dont les notices sont rédigées par les intéressés eux-mêmes, il se donne comme élève du lycée de Sarcelles et il ajoute même, pour faire bonne mesure, des études à l'EHESS. Après l'école d'éducateurs spécialisés de Neuilly (sur Marne hélas !), il entre, pour quelques années, dans cette noble profession en 1978 et, selon certaines sources, adhère alors à la CFDT… comme papa.

Sur sa gauche, son de cloche un peu différent ; l'adhésion à la CFDT dès l'école des éducateurs spécialisés lui aurait été refusée, en tant que « fils de révisionniste » ; il finira toutefois par s'y faufiler tout de même. En1980, en quittant pour Digne, il parvient à entrer enfin dans le saint des saints syndical. Il va dès lors brûler les étapes ce qu'il narre, dans le détail et avec une certaine complaisance dans sa notice personnelle du Who's Who. Secrétaire dès 1984 (en région PACA), il est déjà en 1986, secrétaire général de l'union départementale CFDT des Alpes de Haute Provence, puis entre au bureau interprofessionnel de la région ; il revient alors en Île-de-France et accède en 1991 au poste de secrétaire général de la fédération, avant d'entrer au bureau national de la CFTC et à la commission exécutive en 2001. Tout cela le conduit, comme papa, à devenir Secrétaire Général en 2002, Nicole Notat ne s'étant pas représentée.

Difficile de faire plus vite et mieux, avec une expérience professionnelle des plus réduites, mais n'est-ce pas la loi du genre dans le syndicalisme français ?

Durant ses dix ans d'exercice au secrétariat général, il rencontre nombre de problèmes avec la gauche qui le larde de formules assassines : "Chérèque rime avec chèque" comme on dit au NPA, où on l'accuse de "faire la danse du ventre devant le pouvoir", tandis que lui-même juge le NPA « un peu rapace ». Bref c'est "je t'aime moi non plus" à la mode syndicale.

Papa François avait fini préfet et même ministre de Rocard ! Détail amusant, comme ministre, il était chargé, en particulier, des « reconversions ». Sa carrière démontre, à l’évidence, qu’il ne manquait pas de talent en la matière ! Rien de tel assurément dans les perspectives du fiston. Jacques Chérèque, a la fin de son mandat, répète en effet alors, à l'envi, qu'"on ne le verra jamais assurer une fonction politique ".
Verba volant... Et, comme d'autres, comment résister à l'appel de la France ?

À peine a-t-il quitté sa fonction de Secrétaire général de la CFTC, fin novembre 2012, que le voilà nommé, dès le 21 janvier 2013, par le Premier Ministre Jean-Marie Ayrault : « Inspecteur général des affaires sociales.

Rappelons toutefois au bon peuple de France que le poste d'inspecteur général est l'un des rares emplois de la haute fonction publique où l'on peut nommer n'importe qui, sans la moindre justification. Tonton, a la fin de son second mandat, avait nommé sa secrétaire Inspectrice générale de l'administration, comme Caligula avait fait son cheval consul !

Bonne affaire en tout cas, puisque, si le Secrétaire général de la CFDT touchait 4500 € net par mois (avec, il est vrai, un 13ème mois), l'IG François Chérèque reçoit 7257,55 euros également net (primes et indemnités incluses). Ce qui fait un peu désordre est qu'il est, dans cet emploi, "Monsieur PAUVRETE"!  Il est vrai que sa tâche n'est pas simple puisqu'il est chargé de rien moins que de définirr " «une méthodologie de déclinaison territoriale du plan [ de lutte contre la pauvreté] afin qu'il devienne un objet de débat sur tout le territoire».

Comme l'inspection générale a, dans tous les domaines, l'allure et le train d'une sinécure, Jacques Chérèque a aussi accepté de présider Terra Nova, resté sans tête depuis la mort inattendue de son président, fonction pour laquelle Thomas Piketty semblait un candidat naturel, mais n'est plus en odeur de sainteté auprès de certaine ministre dont il fut très proche.

Bref tout cela n'a guère plu à Jean-Claude Mailly, SG de FO, qui soutient que « quand on s'arrête il faut s'arrêter » et que cette nomination ne donne pas une « très bonne image de l'indépendance syndicale ».

Pourquoi donc ? Il y aurait donc des gens qui y croient ?

mardi 10 janvier 2012

Calais suite : "On nous ment:"

On connaît, même si la vogue en est un peu passée quoique son actualité demeure, la « Ronda de còca », chantée sur des rimes en -ment et directement inspirée de la chanson « Tout le monde ment » de Massilia Sound System qui, elle-même s’inspirait de « High Tençon » des Fabulous Trobadors.

Extrait un peu aménagé, pour mémoire :
« On nous ment, on nous ment
C'est du vent, on nous balade
On nous vend que des salades
Y'en a marre des boniments ».

L'affaire de Calais et de SeaFrance nous en offrent une illustration dont les détails apparaissent peu à peu et dont, il faut bien le dire, nous n'avons guère besoin.

On nous a longtemps et totalement caché que des « dérives » étranges avaient été depuis deux ans relevées à propos de SeaFrance et du règne sans partage imposé dans cette entreprise par une CFDT aux mœurs et aux pratiques les plus étranges.

Un rapport de la Cour des comptes notait ainsi la totale emprise du syndicat dans les recrutements de l'entreprise (ce cas n’est pas unique !). En avril 2010, apprend-on désormais, le parquet de Boulogne-sur-Mer a ouvert une enquête pour "abus de confiance" à la suite d'une plainte de la direction de SeaFrance. « Gestion opaque, abus, menaces », les soupçons sont aussi graves que nombreux !

Même les rodomontades de Jacques Chérèque, le patron de la CFDT nationale, illustrent le principe des Fabulous Trobadors. En effet, il nous a fait quelques effets de manche assez réussis à la télévision sur l'exclusion des « fanatiques » du Pas-de-Calais. Or, on apprend désormais qu'en réalité l'instance syndicale nationale n'a pas le pouvoir statutaire d'exclure les membres qu'elle menace pourtant de cette sanction.

Autres mystères ! Contre toute attente, le tribunal a prononcé la liquidation de SeaFrance alors que tout avait été fait pour donner à penser à l’indulgence, à commencer par les délais accordés pour une situation qu’on juge désormais sans mystère et sans issue. Il n'en a rien été, ce qui amène à se poser des questions ! « On nous ment ! »

La première question et un des premiers mensonges tient aux prétendues négociations avec L. Dreyfus (qui apparaît désormais associé avec les méchants Danois!), dont on ne sait plus très bien, à force d'en entendre parler et de revenir sur cette affaire, s'il avait proposé de sauver 620 emplois, comme on l’a dit d'abord, puis 500, le chiffre étant désormais tombé à 300 (rappelons que le total des employés de SeaFrance est de 880). On finit donc par se demander si toute cette mise en scène n'est pas destinée, indépendamment du fait de faire étalage de la volonté gouvernementale de sauver des emplois) à mettre SeaFrance au fond du trou pour rendre la négociation finale plus facile sur le plan social et plus avantageuse pour les repreneurs.

On sauvera, désormais, dans la joie et non dans l’amertume et la colère, 300 emplois sur 880 et surtout on va permettre, à moindre prix, le rachat des actifs. Il semble en effet qu'on évalue maintenant le rachat des ferries à 5 millions d'euros, alors que leur valeur, au début de cette affaire, était estimée à 150 millions d’euros au moins!

Pas fou! Serait-on revenu à ce beau temps qu'on a connu, il y a quelques décennies, quand certains (suivez mon regard !) s'étaient fait une spécialité de racheter des affaires en difficulté pour liquider aussitôt l'essentiel du personnel ou sa totalité et revendre les actifs? On n'a pas manqué d'affaires de ce genre et tout semble indiquer qu'on est en train de revenir à ces joyeuses pratiques.

Tout cela n'empêche pas les leaders de la CFDT calaisienne de continuer à rouler des mécaniques et à faire saillir leurs muscles syndicaux, ce qui leur est d'autant plus facile que leurs patrimoines immobiliers personnels les mettent sans doute définitivement à l'abri du besoin !

lundi 9 janvier 2012

Syndicalisme et patrimoine : les bourgeois de Calais


Comme je me plais à le faire remarquer souvent, le hasard est malicieux ; ces jours-ci, il a concentré ses traits sur Calais et ses leaders syndicalistes CFDT qui apparaissent comme les nouveaux bourgeois de cette ville, mais n’en sont pas pour autant en chemise, la corde au cou et les pieds nus, puisque, bien au contraire, ils ont plutôt du foin dans leurs bottes!

La presse (Libération en la circonstance ce qui conduit d’emblée à écarter la thèse du complot UMP) a fait état des patrimoines immobiliers, un peu étonnants, des deux leaders syndicaux CFDT de Seafrance, Didier Cappelle, secrétaire du syndicat maritime Nord, et Eric Vercoutre, secrétaire du comité d’entreprise, alors que déjà, dit-on, le parquet de Lille aurait ouvert une information judiciaire à propos des comptes de la compagnie maritime «pour abus de confiance, faux et usage de faux».

Ces bruits ne sont sans doute pas étrangers au fait que la CFDT nationale, par la voix de J. Chérèque, a pris ses distances avec sa fédération locale.

D’après les registres du cadastre de la ville, Didier Cappelle possèderait six appartements et un local commercial à travers une SCI, en étant en outre propriétaire, en son nom propre, à Calais d’une maison et de trois appartements. Eric Vercoutre lui possède sept biens immobiliers, dont une maison également en SCI.

J’ai vu ce dernier s’exprimer sur ces sujets sur une chaîne de télévision. Il ne nie ni ne conteste aucun des faits, mais les explique par des emprunts (dont l’un de 550.000 euros), des placements opportuns et judicieux et une utilisation (apparemment habile) des dispositions fiscales. C’est, en tout cas, un gestionnaire et un négociateur hors pair, puisque son salaire mensuel est de 2700 euros et qu’avec, en outre, des revenus locatifs, il ne paie que 2000 euros d’impôts par an !

Que n’en fait-on notre ministre des finances au lieu de sous-employer un tel talent à SeaFrance ?

Et Vercoutre de conclure l'interview : « Je suis un pur ! ».

Mais la plus jolie conclusion de tout cela est donnée LE 6 JANVIER 2012 par le « Bulletin CFDT Calais » que je reproduis (je vous le jure et vous pouvez vérifier sur internet où je l'ai copié) de la façon la plus fidèle (seul le soulignement est de moi !) :

« 21/12/2011
Réforme de la catégorie B expliquée - Filière culturelle: les assistants conservation du patrimoine ».

Des experts en la matière, je vous dis !

dimanche 7 novembre 2010

Note aux bloqueurs.

La claire déconfiture des manifs du samedi 6 octobre 2010 a conduit, comme on pouvait s'y attendre et comme les propos discordants de la plupart des dirigeants syndicaux le laissaient prévoir, à la fin de l'unité syndicale. C'est un peu dommage car quelques leaders majeurs du syndicalisme français à la télé comme Messieurs Olive (de l’UNSA) et Le Rest (de la CGT SNCF mais avec de peu democratiques majuscules) sont désormais en retraite et ils allaient pouvoir, dans la pleine verdeur intellectuelle et physique de leurs 55 ans et en dépit de la pénibilité manifeste de leur très brève carrière professionnelle passée , se consacrer à l'activité syndicale et à la novation en matière de revendications. L’innovation a même commencé et, à la manif. de samedi où, à défaut du million de manifestants annoncé, on pouvait voir, en ce qui me concerne pour la première fois, CCChhhérèque coiffé d’une superbe casquette rouge modèle CGT qui m’a fait croire un instant, en attendant qu’il ouvre la bouccchhhe qu’il avait soudain changé de camp !

L'échec des manifestations, inévitable et prévisible dans la mesure où elles se prolongeaient très au-delà du raisonnable, devrait conduire à concevoir d'autres formes d'action qui, on le devine déjà, vont consister essentiellement dans des blocages.

Je ne suis pas complètement sûr que bloquer les routes, les accès aux aéroports, à divers lieux de stockage de produits et de carburant ou les dépôts d'ordures, soit réellement inscrit dans le droit de grève. On entend volontiers user, depuis quelque temps, d’une distinction jugée subtile mais totalement fausse et même absurde entre « légal » et « légitime » (la loi sur les retraites serait « légale » mais non légitime). Ce distinguo aberrant a été, me semble-t-il, inventé par Jean Claude Mailly, Secrétaire général de FO, qui tourne au révolutionnaire sur ses vieux jours syndicaux et tente de déborder sur leur gauche la CGT et la CFDT, ce qui doit faire bouillir le nonagénaire Bergeron (le syndicalisme conserve mieux que le travail!). Il faudra, un de ces jours, que je vous fasse une galerie de portraits de ces grands syndicalistes français dont le principal trait commun est qu’ils représentent d’autant mieux les travailleurs qu’ils n’ont eux-mêmes à peu près jamais travaillé de leur vie. Mailly, surnommé non sans raisons « l’apparatchik », est ainsi depuis trente ans permanent de FO. Comme il a 57 ans (le pauvre est l’un des seuls à ne pas voir un régime de retraite « spécial » à 55 ans) et qu’il est entré à la CNAM en 1978, je vous laisse le soin de calculer le nombre d’années durant lesquelles il y a « effectivement » « travaillé », exerçant là l’harassant et dangereux métier de « chargé d’études », tout en commençant a gravir, à temps partiel, les premiers échelons du syndicalisme professionnel.

Bref, revenons à la sémantique qui devrait figurer dans la formation de base des dirigeants syndicaux, ce qui leur éviterait de dire pareilles âneries que les journalistes se gardent bien de souligner, étant sans doute ignorants eux-mêmes du sens exact de ces termes. De telles entraves au travail comme à la circulation sont à la fois, pour le coup, aussi illégales qu’illégitimes, mais le gouvernement semble tout à fait s'en accommoder, ce qui pourrait conduire à penser et à s’interroger.

On est en train d'envisager à Paris, nous dit-on, le blocage total des dépôts d'ordures, ce qui permettra de créer dans notre belle capitale, à peu de frais pour les grévistes comme l’ai montré dans un post précédent, la situation qui a été celle de Marseille pendant plusieurs semaines et qui a conduit à l'exaspération totale une bonne partie de la population locale, qui pourtant, au départ, paraissait majoritairement favorable aux revendications.

Après l'aéroport de Marseille, on a bloqué celui de Toulouse et quelques autres ; j'ai ainsi pu voir à la télévision d'innocents voyageurs en détresse se lancer, à travers champs, avec leurs bagages pour tenter d’aller prendre leur avion. Je pense en particulier à une vieille dame qui traînait à grand peine sa valise en direction de l’aérogare. Je ne doute pas un instant que tous les voyageurs réduits à le faire, manifestement et légitimement forts mécontents, voteront en masse pour Nicolas Sarkozy aux prochaines élections présidentielles, ne serait-ce qu'un souvenir de ces tribulations.

Qu'il s'agisse d'ordures, d'essence ou d'aéroports, les blocages sont les meilleurs modes de recrutement que le Président de la république puisse mettre en oeuvre, à peu de frais, pour se gagner, sans mal, des électeurs lors du prochain scrutin. A coup sûr chacune de ces affaires lui apporte des milliers de suffrages. Je ne pense pas que les organisateurs de ces mouvements soient assez stupides pour ne pas s'en rendre compte !

En revanche, je comprends mal quelle satisfaction ils peuvent trouver à organiser de tels blocages et moins encore quels résultats ils en attendent. Certes, ils permettent à deux ou trois représentants syndicaux de la CGT (on ne voit qu’eux sans doute car ce sont les plus pittoresques dans leurs propos comme par leur accoutrement) de venir, pleins de manifeste satisfaction, pérorer devant micros et caméras. Toutefois, des esprits pervers pourraient imaginer, vu le rôle de la CGT, que, comme d'aucuns le prétendent, une alliance objective unit les secrets commensaux Bernard et Nicolas dans de sombres desseins qu’ils trament, partagent et mènent de conserve, avec naturellement des buts bien différents !

En tout cas, s'ils veulent être efficaces et provoquer réellement le gouvernement comme ils le prétendent, je suggère vivement aux matamores contestataires de la CGT d'aller bloquer la rue de Varenne (accès à l'hôtel Matignon) ou la rue du Faubourg Saint-Honoré (accès à l'Élysée). Je ne doute pas un instant que la réaction du gouvernement soit alors aussi rapide qu’efficace.

Évidemment, il est plus simple et moins susceptible de réaction vive d'empêcher une vieille dame toulousaine d'aller prendre son avion pour aller voir son petit-fils à Paris où un brave Marseillais d'aller passer sa semaine de vacances annuelle à Marrakech ! Quant aux ordures parisiennes, j'espère, pour le salut national, que les secteurs de la rue de Varenne et de la rue du Faubourg Saint-Honoré seront épargnés par l’accumulation des ordures !

Comme disait notre Buonaparte, devant l'église Saint-Roch en 1795, avant de commander le feu ; « Que les honnêtes gens rentrent chez eux, je ne tire que sur la canaille ! »