Messages les plus consultés

Affichage des articles dont le libellé est syndicats. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est syndicats. Afficher tous les articles

jeudi 2 mai 2013

La formation professionnelle en France : Tonneau des Danaïdes ou Mythe de Sisyphe ? (2)


On finit par se perdre un peu dans les rapports de la Cour des comptes sur la formation professionnelle ou continue (la seconde étant une part très importante de la première, d'abord et surtout au plan du financement). La Cour des comptes a en France "du pain sur la planche", si je puis user d'une expression si triviale à l'endroit d'une si noble institution, dont la devise et la fonction sont de " S’assurer du bon emploi de l’argent public, [et d'] en informer le citoyen" ! Vaste programme comme disait l'autre !

Madame N. Lenoir évoque, sans en donner la référence de date, le Rapport de 2008
car, vu la date de son post, elle ne peut avoir eu connaissance du rapport 2013. Le texte suivant, dont je veux vous présenter plus loin quelques extraits s'en inspire et a été publié dans "Agoravox" le 13 février 2007. Le rapport de la Cour des comptes auquel il fait allusion est donc, même si la date n'est pas donnée, celui du 8 février 2007 dont l'auteur venait sans doute de prendre connaissance. Je vais revenir à ce rapport de 2007.

Il est d'autant plus difficile de s'y retrouver que les contenus de ces rapports sont, hélas, très proches dans les constats comme dans les critique, la Cour des comptes examinant les comptes (comme son nom l'indique), mais n'ayant pas de pouvoir de coercition et de sanction sur les comptables !

Le rapport de 2007, comme celui de 2008 et ceux qui leur succèderont, stigmatise l'insuffisance du contrôle des contributions des entreprises, le nombre excessif d’organismes collecteurs, les dépenses non justifiées des OPCA, etc.

Le contrôle exercé par l’Etat sur la collecte des fonds de la formation continue est « insuffisant », juge-t-elle. Ainsi, seulement 12 OPCA sur 100 ont été contrôlés entre 2001 et 2003. Le contrôle administratif et financier de l’Etat s'exerce, en principe, sur 180 000 structures, dont 129 000 entreprises de 10 salariés ou plus, 50 000 organismes de formation, une centaine d’OPCA, et environ 150 OCTA (Organisme Collecteur de la Taxe d’Apprentissage) alors que les services chargés de ce contrôle comprennent cinq contrôleurs au niveau national !

La Cour des comptes, en 2007, qualifie de « trop généreuses » les dépenses des OCPA. Au FORCO (formation commerce), par exemple, les effectifs de l’organisme ont plus que doublé en cinq ans, passant de 62 personnes en 1999 à 131 en 2005. L’un des opérateurs du FORCO, l’UNIPE-IP, a versé à son directeur, qui occupait un emploi à mi-temps, une somme de 248.802 euros en 2000, quand il a été licencié à la suite de divergences sur l’organisation. Les salaires des dirigeants des OPCA sont aussi jugés « très confortables » par la Cour. Les salaires bruts annuels des directeurs régionaux des AGEFOS-PME peuvent ainsi aller « jusqu’à 161.686 euros » par an. S'y ajoutent souvent divers avantages dont le versement d’indemnités de départ égales à deux ans de salaire.

Ce même rapport évoque aussi le financement du "paritarisme" par le FONGEFOR (Association de gestion du fonds national de gestion paritaire de la formation professionnelle continue) ; le FONGEFOR (24 millions d'euros en 2005) répartit 0,75% du produit de la collecte des OPCA, « à parité » entre le collège des organisations syndicales représentatives salariales et le collège des organisations syndicales représentatives patronales, au niveau national.

Ce système vise à compenser la charge subie par les syndicats et les organisations patronales au titre de la cogestion des fonds de la formation professionnelle. Ces charges doivent toutefois être dûment justifiées. Or, la Cour des comptes observe que « rares sont les organisations professionnelles qui présentent de véritables justificatifs ».

La collecte des fonds de la formation s’opère au sein d'un réseau d’une centaine d’organismes indépendants les uns des autres. La loi de 1993, dite « loi quinquennale pour l’emploi », avait pourtant prévu une réduction substantielle du nombre des OPCA. Mais comme on le note, « cette réforme n’a pas été conduite jusqu’à son terme »,

Je reviens au post mis par Aurelien sur "Agoravox" (13/2/2007) qui repose, pour partie sur des éléments fournis par ce rapport de février 2007. En voici quelques éléments, le texte complet étant, là aussi, aisément accessible:

"La formation continue, enjeu majeur pour les Français ? Si elle apparaît comme telle dans la bouche des politiques, la réalité est consternante.
Depuis le départ, nos gouvernants ont privilégié un modèle bureaucratique de formation continue, faiblement utile et très coûteux. Les sommes en jeu pesant pourtant 1,43 % du PIB, ce n’est pas un engagement marginal, même si nous étions à 1,9 % du PIB il y a 13 ans. Récemment, nos élus sont allés un cran plus loin, en réfléchissant au concept de "passeport des compétences". S’ils n’ont jamais mis les pieds en entreprise, ce sont des dieux lorsqu’il s’agit de multiplier les administrations. Car il faudra du monde pour assurer le suivi, la validation et le contrôle de celles-ci, ce dont les entreprises n’auront bien entendu que faire. Encore un trou à venir dans le pouvoir d’achat des contribuables, mais une bonne manière de caser des fonctionnaires en mal de reconversion.
[...]
Alors qu’il finance 20 % de l’ensemble, l’Etat ne sait pas combien il verse, à deux milliards d’euros près [on l'a vu dans le post d'hier, le coût total allant de trente à cinquante milliards !]. Trois sources, trois chiffres différents qui varient entre 3,7 milliards et 5 milliards d’euros ! Il y a peut-être une formation à assurer au sein même des administrations, avant qu’elles se permettent de se mêler ainsi de la vie professionnelle des autres. Diverses administrations versent 13 % de l’ensemble et cela ne doit pas être simple non plus. En bout de chaîne, ce sont les entreprises, contraintes, qui versent 44 % du coût total de la formation continue. Elles signent leur chèque libératoire et ne s’impliquent pas dans les arcanes du système qui ont été parasitées depuis longtemps par des experts.

Qui collecte ces 22 milliards que personne ne contrôle, et dans quelles conditions ? Les syndicats patronaux et de salariés [Nous voilà au coeur du problème et sur le point qui déchaîne les passions, comme on l'a vu dans les débats en commission sur le rapport Perruchot]. Dans son rapport qui vient d’être rendu public [en février 2007], la Cour des comptes "formule des critiques sur l’organisation de la collecte, la gestion de ces organismes et le financement de la gestion paritaire". Doux euphémisme. Il faut dire que le nombre d’organismes et de dispositifs de formation est tel que, combiné à l’empilement des réglementations successives et aux multiples changements de nomenclature et de périmètre budgétaires, cet exercice ne peut être aujourd’hui réservé qu’à quelques experts [Le fameux "millefeuilles" dont l'administration française est si gourmande, dans tous les domaines].
Même la Cour des comptes vient de dresser un sinistre portrait de cette monstrueuse gabegie : "L’activité de formation continue et son financement se caractérisent par une grande opacité". Sur ce constat sans concession, Michel Bouvard, rapporteur du rapport de la Cour des comptes, n’hésite pas à brocarder le fait que "la méconnaissance de l’activité de formation continue, de ses publics, de son coût, de son financement et de ses résultats, tant dans les universités elles-mêmes qu’au niveau ministériel".
[...]
Si les cent OPCA (organismes paritaires collecteurs agréés, par organismes paritaires entendez les syndicats), aux contrôles "mal définis ou peu opérants", prennent des frais de gestion officiellement plafonnés à 9,6 % de la collecte, certaines associations locales prélèvent jusqu’à 25 % de la masse collectée pour leur "fonctionnement". Fonctionnement bien étrange et que les audits ont eu du mal à saisir. Précision du rapport : "Rares sont les organisations professionnelles qui présentent de véritables justificatifs, même plus ou moins détaillés, correspondant à des services effectivement rendus.". Si 20 millions d’euros sont officiellement versés aux confédérations syndicales par le Fongefor (Fonds national paritaire de gestion de la formation continue), on imagine que plusieurs milliards d’euros de ces frais de gestion de la collecte vont directement financer ces confédérations le plus librement du monde. Aucun politique n’a le courage d’aller y mettre son nez. La CGPME se sert aussi dans la caisse : lorsque les sommes ne sont pas dépensées, elles constituent parfois des "réserves ou provisions (...) irrégulières". C’est du joli !

Plus grave, les organisations qui bénéficient de la collecte, déduction faite des "frais de collecte", appartiennent aussi à cette étrange nébuleuse paritaire. Elles font travailler 135 000 animateurs dans la plus totale opacité. Dans cette jungle, même l’université d’été d’ATTAC est agréée : on y incite les participants à déclarer cette participation comme de la formation continue, afin que les collectivités territoriales (puisque le public d’ATTAC vient essentiellement de la fonction publique) prennent les frais d’inscription à leur charge, enfin à la charge du contribuable. Bref, si personne n’est allé auditer la qualité et le fond des formations proposées et ainsi financées, rien que le fait d’évoquer la question semble donner des sueurs froides à la CFDT. Au PS comme à l’UMP, les voix s’élèvent pour améliorer le fonctionnement du système. C’est hélas sans espoir tant qu’une telle usine à gaz perdurera.
[...]
L’unique solution de bon sens consiste à libérer la formation professionnelle de ses chaînes. De nombreuses entreprises forment leurs salariés dans le monde avec le souci légitime d’améliorer leur productivité, et sans aucune contrainte. Les salariés doivent comprendre, eux aussi, qu’il leur faut investir de leur temps et de leur argent dans les formationsqui augmenteront la valeur de leur propre capital humain. Après tout, personne n’est mieux placé qu’eux pour investir en eux-mêmes. Il est normal qu’ils soient directement responsables de la sélection et du financement de leur formation.".

Suite et fin demain.

jeudi 25 avril 2013

Le mur des cons au Syndicat de la magistrature.


L'affaire du mariage gay étant fort heureuserment enfin terminée, pour le moment du moins, voilà que celle du "mur des cons" dont la présence a été révélée au siège du Syndicat de la magistrature la remplace. Atlantico, magazine d'information numérique de droite, a en effet publié une petite video ("volée", semble-t-il, à l'aide d'un téléphone" au syndicat de la magistrature, lui-même logé au ministère de la justice). On y voit un mur tapissé de photos que les habitués du lieu appellent, nous dit-on, le "mur des cons" et que chacun est invité à enrichir à sa guise, en évitant toutefois les doublons.

Compte tenu de l'orientation globale des membres de ce Syndicat (plutôt à gauche) et de l'attitude générale de notre président Sarkozy à l'égard de la magistrature, il n'est pas étonnant que la plupart de ceux qui figurent sur ce "mur des cons" soient réputés être de droite, même si l'on n'y trouve aussi, semble-t-il, Michel Charasse et Jack Lang ; les images étant d'assez mauvaise qualité, je n'ai pas pu vérifier ce dernier point que j'ai toutefois entendu évoquer. On a parlé ici ou là de cette affaire et elle a fourni son sujet du jour à Monsieur Brunet, pour son émission « Carrément Brunet », sur RMC, la radio des bignoles. Un peu à court d'idées en ce moment, il a choisi cette affaire comme thème de son débat quotidien et lui même étant proche d'Atlantico, il y avait invité le directeur comme intervenant liminaire et majeur,

Que faut-il en penser? Il y a là, aux yeux de Brunet, une horrible menace sur le fonctionnement et l'objectivité de la magistrature qui révèle, par là, qu'elle est majoritairement et même scandaleusement de gauche. Je n'ai évidemment pas eu le courage d'écouter toute cette émission, mais j'en ai entendu suffisamment pour y relever quelques étrangetés et de sensibles sottises et erreurs.

La première chose qui m'a étonné est que Monsieur Brunet, qui se présente comme "polémiste" voire comme "écrivain" (auteur Albin Michel !) n'a de la langue française qu'une connaissance très approximative ; c'est ainsi qu'il pense que sont de gauche les magistrats qui, selon ses propres termes (si je puis dire !), "émargent au syndicat de la magistrature" (je pense que, faute de connaître le sens du verbe "émarger", il a voulu dire "sont membres du syndicat de la magistrature", sans sous-entendre, perfidement, qu'ils sont les stipendiés de quelque puissance étrangère) ; de la même façon, il ignore la signification du mot "pré-requis" auquel il attribue, bien à tort, le sens de "préjugé". Passons sur ces points de détail, car, comme je ne lis pas les livres de Monsieur Éric Brunet, ces erreurs ne me gênent guère.

Le problème est qu'il n'est guère plus fort en arithmétique qu'en français! Il n'a cessé de répéter, dans les quelques minutes de son émission que j'ai suivies, que le Syndicat de la magistrature, qui regrouperait les magistrats de gauche, est majoritaire dans cette corporation. Pour connaître un peu ce milieu, j'en serais fort étonné, car j'ai plutôt le sentiment que la plupart des magistrats que j'ai connus se situaient bien plutôt à droite. Peu importe d'ailleurs puisque Éric Brunet, sans se rendre compte des sottises qu'il avance, a indiqué que ce Syndicat était le deuxième syndicat de magistrats de France, ce qui est exact puisque le plus nombreux est l'Union Syndicale des magistrats. Comment le deuxième syndicat peut-il compter plus de membres que le premier et donc  comment peut-il y avoir plus de magistrats de gauche que de droite ? Si Monsieur Brunet ne parvient pas à comprendre cela et que vous le connaissiez, soyez assez gentils pour lui expliquer.

Je ne trouve pas personnellement géniale cette idée de mur des cons, mais je la comprends tout à fait dans un contexte collectif un peu "potache" ; je pense que les magistrats ont trouvé là un moyen, amusant et "défoulant" à leurs yeux, de se venger des avanies que leur a infligées les précédents président et gouvernement et donc, en grois, la droite. Ce lieu n'étant pas ouvert au public (local syndical), cette plaisanterie pouvait, sans risque, avoir un caractère un peu corporatiste, comme on en trouve d'autres exemples dans d'autres professions. Par ailleurs, j'ajouterais, et ce point pourrait contribuer à améliorer la connaissance que Monsieur Brunel a de la langue française, que l'usage actuel du mot "con" se fait souvent dans un contexte d'irritation, voire de colère, et qu'il n'implique pas véritablement toujours un jugement réfléchi sur la "connerie" de celui à l'égard duquel on le profère. L'automobiliste qui traite de "con" un autre automobiliste qui lui a refusé la priorité, n'a pas fait subir à l'insulté un test d'intelligence avant de proférer cette injure. Cette émission ne témoigne donc que de l'incapacité d'Éric Bruner de trouver un autre sujet propre à lui permettre d'exprimer sa haine de la gauche..

Il faut bien dire que Monsieur Brunet, avec la disparition du Président Sarkozy ( il avait écrit un livre pour annoncer sa victoire Pourquoi Sarko va gagner, Albin Michel, 2012) a perdu en mai 2012 l'essentiel de son activité qui consistait à cirer les pompes présidentielles. Il faut dire qu'il en avait été récompensé puisque, le 1er janvier 2012 (juste à temps !), il avait reçu la Légion d'honneur au titre de la "culture", ce qui me paraît pittoresque ou ironique à votre choix.

Les fragments d'émission que j'ai entendus m'ont conduit à regarder un peu la biographie et les états de service d'Éric Brunet qui sont en effet parfaitement conformes formes à l'image que je m'en faisais.

L'homme avère extrêmement satisfait de son physique, ce qui explique que, dans son émission, il prenne le plus grand soin, toutes les fois qu'il est question de public féminin, de distribuer des baisers qu'il juge sans doute attendus et propres à séduire toute sa clientèle féminine. Au plan professionnel, comme on pouvait s'y attendre, après de vagues études de journalisme à Tours, il a assidûment fréquenté Paris2-Assas, temple de la droite estudiantine et universitaire et il y a décroché un mastère et un DEA, pour lesquels la connaissance précise de la langue française n'est sans doute pas un élément déterminant, pas plus que les règles élémentaires de l'arithmétique). Quant à son premier livre, paru en 1996, déjà chez Albin Michel, il a pour titre et c'est tout un programme Enquête chez les S.M. : Six mois chez les sadomasos !

Ce qui est le plus amusant est la condition de journaliste qu'il a longtemps revendiquée et qu'il aurait, à l'en croire abandonnée de son plein gré, en 2003, en ne reprenant pas sa carte de presse. Toutefois, selon l'enquête qu'a menée Rue89 à ce sujet en 2012, cette carte "n’aurait pas été renouvelée depuis 2001" et "en fait, Eric Brunet n’aurait probablement pas pu garder sa carte très longtemps. Pour en bénéficier, il n’est pas nécessaire d’être journaliste à plein temps, mais il faut en tirer plus de 50 % de ses revenus". Il est en outre précisé, selon la même source, qu'on ne doit pas exercer comme second métier celui d’attaché de presse ou de responsable des relations publiques.

Or, comme ce n'est assurément pas la préparation de ses émissions qui doit l'occuper beaucoup, Eric Brunet semble pouvoir se consacrer à des activités rédactionnelles de cette dernière nature ; il est directeur de publication du "magazine" des cliniques Vitalia, et a été, jusqu'en 2009, directeur de la communication de « Vitalia, deuxième groupe d’hospitalisation privée en France".

Grand bien lui fasse, mais qu'il ne compte pas sur moi pour le traiter de con et moins encore pour afficher sa photo dans ma salle de bains!

mercredi 13 mars 2013

Du syndicalisme français comme l'un des beaux-arts. (S 1)


Les deux ou trois milliers de blogs que j'ai dû écrire depuis que j'ai commencé à m'adonner à ce vice font que je suis inévitablement amené à revenir sur des sujets et, par là même, à me répéter. Comme vous l'avez peut-être constaté, de ce fait, lorsque j'aborde un nouveau sujet, à défaut d'établir un résume des chapitres précédents, je reprends souvent certain nombre de blogs que j'ai pu écrire auparavant ; ils rappellent des faits et des aspects anciens, m' évitent d'avoir à me répéter et surtout, il faut bien le dire, me font gagner un peu de temps, car le rythme quotidien n'est pas toujours facile à suivre.

C'est ainsi que j'ai repris des blogs anciens sur le CNRS puis sur l'université (peut-être en ferai-je des livres, soit en version papier, soit en version électronique je n'ai pas encore pris de décision sur ce point) et plus récemment sur l'école (cette série est en cours) dans la perspective de sa "rénovation" qu'on ne voit guère venir.

J'ai été amené récemment par l'actualité à reprendre le thème du syndicalisme qui est une spécificité française des plus notables.

Je ne veux pas trop anticiper sur ce que je dirai et que j'ai esquissé par l'ancien post que j'ai publié hier, mais la conjonction entre ce sujet et l'élection du pape me rend sensible à une différence majeure entre ces deux processus.

On caractérise souvent le syndicalisme français à la fois par le petit nombre des adhérents qu'il rassemble (en gros 8 % de la population laborieuse) comme par son rôle extra-professionnel et même par l'inféodation politique qui a souvent caractérisé certains syndicats. On se souvient que le secrétaire général de la CGT a été longtemps statutairement membre du comité central du parti communiste français ! En fait ces deux caractéristiques sont, à mes yeux, moins importantes et moins significatives qu'une troisième qu'on ignore et dont je veux simplement dire ici un mot car j'aurais l'occasion d'y revenir plus en détail à propos des uns et des autres.

On aurait du mal à imaginer qu'on puisse élire pape un homme qui ne serait pas au moins prêtre (le choix est limité, je crois, aux cardinaux, encore que je n'en sois pas tout à fait sûr !) et les cardinaux le sont en général. On peut certes citer ici, dans notre histoire, Guillaume Dubois, ami et conseiller du Régent, qui en 1720 n'entra dans les ordres que pour devenir illico archevêque de Cambrai, puis, deux ans plus tard, cardinal, sans avoir jamais su servir la messe, faute d'en avoir eu l'occasion!

La particularité, étrange et commune, de nos grands leaders syndicaux contemporains est que la plupart n'ont en fait jamais travaillé de leur vie ou si peu que cela ne vaut guère la peine de le mentionner. On a vu récemment en revanche, à la télévision, quelques leaders ouvriers qui paraissaient forts à la fois d'une vraie et longue expérience professionnelle et de solides convictions syndicales, mais il est clair que ce n'est en rien le cas des leaders syndicaux majeurs que compte notre beau pays.

Il y a là quelque chose qui m'a toujours frappé et que, dans la suite, j'aurais l'occasion non seulement d'illustrer mais de prouver par de rapides examens de leur vraies carrières professionnelles ; elles sont en générale si courtes que cette vérification ne prendra guère de temps.

mardi 12 mars 2013

Les Pieds Nickelés du syndicalisme français. (Mon blog du 20 mars 2009)


Il ne vous a pas échappé que le syndicalisme français, comme la Sainte Trinité et les Pieds-Nickelés, tient en trois personnes.

 La CGT, la CFDT et FO s’incarnent, de nos jours, en Bernard Thibault, François Chérèque et Jean-Claude Mailly ; ça a toujours été comme ça, avec au bon vieux temps, Séguy, Maire et Bergeron, même si, à un moment, une certaine Nicole Notat s’est inconsidérément fourrée dans le trio, dont la masculinité est une composante essentielle et fondatrice. Vous ne voyez quand même pas les braves travailleurs de France représentés par une gonzesse, comme dirait Nanard !

Bref, la Trinité syndicale, comme les Pieds Nickelés d’autrefois, est par essence mâle. Sans vouloir donner des conseils à Monsieur FSU, qui voudrait bien jouer les quatrièmes dans la belote syndicale, il se fourvoie complètement avec ses cheveux longs cradingues. Nicole Notat l’avait bien compris, comme la Marie-Georges du PCF, en s’en tenat aux coupes courtes et délaissant les fanfreluches, l’une pour les tailleurs stricts, l’autre pour les modèles garçonnets des Galeries Lafayette.

Revenons à nos chers vieux Pieds Nickelés. La distribution des rôles de Filochard, Croquignol et Ribouldingue est délicate. Pour Ribouldingue, le barbu, pas de problème, c’est Chérèque tout craché. Pour les deux autres, casting. Les vraisemblables problèmes de vision de Mailly, qui est pourvu de lunettes, incitent à lui accorder le rôle de Filochard (le borgne), ce qui désigne irrémédialement le Secrétaire général de la CGT pour le rôle de Croquignol dont la coupe de cheveux originelle n’est pas dans le style page médiéval / beattle dont Thibault n'est jamais parvenu à se défaire, même l’âge avançant..

On peut se demander si au fond, des décennies durant(, les vedettes syndicales du passé n’avaient pas compris que l’unité syndicale, dont certains rêvaient, risquait de leur être fatale en empêchant qu’on les prenne au sérieux ? La crise a conduit à ce que, pour la première fois, nous avons pu voir, ensemble et côte à côte, Chérèque-Ribouldingue au milieu comme sur les images d’antan, nos trois Pieds-Nickelés syndicaux. Les perspectives sociales qui s’ouvrent nous donneront sans doute d’autres occasions de goûter ce spectacle rafraichissant.

J’entendais ce matin Chérèque chez Bourdin sur RMC. Non sans délectation, il y détaillait, avec gourmandise, les prochains spectacles publics dont nous seront régalés dans les mois qui viennent. On aurait dit le programme des Tournées Karsenty de la lutte des classes,. qui devrait s’achever en beauté dans l’apothéose unitaire du 1er mai.

Quoique je me moque parfois un peu de lui, j’aime bien au fond François Chérèque que j’ai parfois un peu tendance à appeller Jacques. Avec lunettes et barbe fournie, il a tout de l’instit’ de Cabu, ce qui n’est pas si éloigné de la réalité biographique du personnage. Peut-être chez lui une certaines forme de décontraction vient-elle de ce qu’il est né avec une cuiller d'or syndical dans la bouche, sans avoir, comme les deux autres, à gravir les marches mesquines d’une vraie carrière. Nous y reviendrons !