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lundi 22 juillet 2013

Fouks off ! Le Bourbon Comedy Club.


A la Commission Cahuzac, qui s'apparente, de plus en plus, au fil des auditions, à un Bourbon Comedy Club, le spectacle est permanent sans que les sorties soient définitives, comme je l'ai fait observer dans un billet récent ; à la demande et dans l'attente générales, nous aurons donc, dans la semaine, une seconde audition de la vedette du spectacle. Tout donne à penser qu'elle sera à la hauteur de la précédente. On est, en effet, bien loin de l'affaire Dreyfus où, on s'en souvient, les questions ne devaient pas être posées, ici ce seront sans doute encore une fois les réponses qui seront refusées à la commission, non sans morgue, par l'intéressé lui-même. Toutefois, comme j'ai déjà fait une hypothèse et un pronostic sur les explications que Jérôme Cahuzac donnera sur la fausse vraie réunion du 26 janvier 2013 qui a eu lieu sans avoir lieu, puisqu'elle n'était pas une "vraie" réunion, je n'y reviens pas. Il se murmure que la galerie d'humoristes interviewés au Bourbon Comedy Club pourrait s'enrichir de Monsieur Bauer qui réunit, de façon si pittoresque et si heureuse, l'allure d'Oliver Hardy et la moustache d'Adolph Hitler. 

La nouvelle vedette du Bourbon Comedy Club a été, toutefois, cette semaine, Stéphane Fouks dont il faut dire un mot liminaire car l'homme est des plus discrets et, semble-t-il, volontairement ; sa notice du Who's Who est quasiment vide (on y mentionne à peine un DESS de droit et il s'y définit comme "directeur de société") ; il échappe aux filets de Wikipedia et il fuit les médias, même s'il semble, par ailleurs, les assiéger en faveur d'autres que lui !

S. Fouks, en trois quarts d'heure, le mercredi 17 juillet 2013, a fait un passage remarqué au Bourbon Comedy Club. Rien à en dire de plus que ce que contient l'excellent article donné à mediapart le vendredi 19 juillet par Mathieu Magnaudeix et auquel je ne puis que renvoyer avec chaleur et insistance. Je me contenterai ici, à partir de ce texte, de quelques éléments d'une sémiologie rudimentaire et légère, car je n'ai pas vu la prestation de Monsieur Fouks et c'est ce seul article qui est à la fois la source et l'origine de ce billet.

La photo qui l'orne est intéressante ; moins par l'air goguenard du héros (un prince de la com' comme SF ne peut être qu'intérieurement mort de rire, à la seule idée de jurer de dire toute la vérité et rien que la vérité !) que par un modeste détail vestimentaire.

En effet, le cadrage de la photo publiée fait qu'un doigt accusateur ( qui est en fait un micro moderne, donc réduit à sa plus simple expression quasi digitale) est pointé sur le bas de la chemise de S. Fouks qu'il n'a pas pris soin de faire entrer de façon parfaite, ou en tout cas adéquate, dans son pantalon ! Ce détail incongru ne risque-t-il pas d'obérer la validité des déclarations qu'il aura pu faire dans la suite? Peut-on prêter serment en pareil équipage ? Dans ce cas douteux, on peut imaginer qu'il l'ait fait exprès, donnant ainsi un équivalent vestimentaire discret à la fameuse restriction mentale que pratiquaient autrefois, en pareils cas, les Jésuites !

En fait, même si c'était là une prudence préalable, il n'a même pas eu à se montrer avare de réponses et, moins encore, à devoir opposer le refus d'obtempérer à ses interrogateurs, si constant chez J. Cahuzac, puisque les députés ont été extraordinairement peu curieux à l'égard de ses comportements et de ses rapports avec Cahuzac, se contentant de ses réponses évasives ou dilatoires, de toute évidence peu fondés. Il est vrai que Jérôme Cahuzac avait préparé le terrain pour Monsieur Fouks en assurant aux députés qu'il n'avait pas joué le moindre rôle dans sa communication, alors que mediapart disposait de l'enregistrement, fait "le 3 décembre 2012 à 20 heures 49" d'une longue conversation de S. Fouks avec Fabrice Arfi comme le rapporte, avec tous les détails, Mathieu Magnaudeix dans son article.

À dire vrai, la seule vraie curiosité de cette conversation entre Fouks et Arfi est que Stéphane Fouks y jugeait sobrement, selon ses propres termes, que : « Tout ça est de la couille en barre », ce qui mérite, à soi seul, attention, cet objet anatomique ne se présentant que fort rarement sous pareille forme.

C'est plutôt l'analyse des propos mêmes de Stéphane Fouks qui justifie sa présence dans cette galerie d'humoristes. S. Fouks est, en effet, on l'a vu et compris d'emblée, excellent dans tous les rôles de composition, essentiels dans son métier. Ainsi, pour n'en citer qu'un, celui de la modestie voire de l'humilité , une vraie violette sous la mousse! Il réussit très bien aussi dans des formes douces du travestissement léger de la vérité (n'allons surtout pas parler de mensonge!). Ainsi, comme Monsieur Jourdain rappelait volontiers que son père n'avait jamais été marchand de tissus mais qu'il se bornait à donner des étoffes à ses amis contre de l'argent, Monsieur Fouks ne conseille pas ni J. Cahuzac, ni quiconque ; sa seule fonction est, selon ses propres termes, de dire aux intéressés ce qu'ils doivent faire et comment ils doivent se comporter, ce qui est toute autre chose, vous l'aurez compris.

Si S. Fouks rivalise parfois avec Monsieur Jourdain, c'est toutefois dans le rôle du benêt qu'il excelle et, en l'occurrence, c'est dans l'imitation de Richard Virenque que Stéphane Fox est, de très loin, le meilleur ; il affirme ainsi sans rire, dans ce registre, : « Je me suis trompé de bonne foi ». Comment a-t-il pu résister, en plein Tour de France, à ajouter à une formule si heureuse le désormais fameux « à l'insu de mon plein gré"?

Bravo l'artiste, mais à nous prendre ainsi pour des imbéciles (sans parler de l'offense à la représentation nationale), permettez-nous de vous dire "Fouks off Stéphane !".

jeudi 16 février 2012

Présidentielles : le jeu de massacre électoral.

La semaine qui vient de s'écouler a été intéressante, moins par l'annonce de la candidature officielle du président sortant, que par les retraits concomitants qu'elle a déclenchés dès que sa date a été connue et qui ont été opérés par deux des aspirants candidats qui étaient très proches de sa propre mouvance, en dépit de leurs propos et de leurs gesticulations.

Le premier a été celui de Christine Boutin ; il était, naturellement et depuis toujours, parfaitement prévisible ; la seule incertitude étant celle du moment de son retrait car, comme au poker, il faut choisir le bon moment pour se coucher! Ce genre d'opération doit être programmé avec la plus grande précision si l'on veut gagner un maximum. Il faut à la fois, en effet, ne pas attendre que le candidat déclaré ait trop remonté dans les sondages, car alors il ne prendrait pas trop au sérieux les 0,5 % potentiels de la candidate elle-même potentielle, mais, en même temps, on doit tenir compte du retrait éventuel d'autres candidats du même bord, de façon à ne pas arriver trop tard pour pouvoir négocier dans la perspective de l'enclenchement d'un processus.Je ne comprends pas que les officines de jeux de hasard ne se mettent pas sur ce créneau de pronostics.

C'est à la lumière de telles considérations que la date de son retrait a été choisie par Christine Boutin qui ne devait pas encore être décidée quand elle s'est associée à Marine Le Pen dans sa requête auprès du Conseil constitutionnel . A sa place, j'aurais préféré une récompense plus concrète et plus tangible que la promesse d'un certain nombre de postes de députés pour les candidats chrétiens aux législatives.( Verba volant.). Elle a toutefois choisi de brûler la politesse à Hervé Morin et de négocier pendant que la situation du candidat principal était encore assez incertaine pour le rendre prêt à toutes les concessions et à ces promesses qui, selon le mot de Pasqua, n'engagent que ceux (ou celles) qui les croient. Il faut cependant lui reconnaître aussi d'avoir eu la sagesse de ne pas se livrer à trop de rodomontades sur sa décision d'aller jusqu'au bout, mise à part la fameuse  "bombe atomique" dont elle a menacé le président et sur laquelle on s'interroge toujours !

Il n'en a pas été de même pour l'autre candidat au désistement, Hervé Morin, qui, il y a deux semaines encore, proclamait, urbi et orbi, dans tous les médias : « Rien ne me fera reculer ! ». Fermez le ban ! Cette "inébranlable" résolution aura duré donc moins de 15 jours et naturellement elle ne concerne en rien les perspectives personnelles de cet "inébranlable" candidat. Le seul à en rire franchement a été François Bayrou !

Le cas le plus troublant et le plus mystérieux demeure celui de Jean-Louis Borloo. Chacun se souvient en effet que lui aussi était "inébranlable" dans sa résolution d'aller jusqu'au bout, même si, en bon et prudent avocat, il s'était laissé une vague porte de sortie, en laissant entendre que ça serait comme ça ...sauf si c'était autrement et qu'il confirmerait ...un peu plus tard, sans dire quand, le caractère définitif de sa décision. Le plus étonnant dans cette affaire est qu'il a entraîné derrière lui dans cette voie sans issue d'autres politiques dont la plus voyante et la plus roulée dans la farine (bien avant Hollande) a été sans doute Rama Yade même si elle a été loin d'être la seule.

La décision de Borloo a été aussi totalement soudaine qu'inattendue, comme si on lui avait sorti un dossier ("Je vais vous faire une offre que vous ne pourrez pas refuser" comme disent les parrains du cinéma) ; il n'a même pas jugé bon de prévenir quiconque de ses proches, sans doute pour ne pas avoir à s'expliquer. Depuis il a totalement disparu.

Je pense qu'il y aurait là un bon sujet de roman policier, car on ne peut s'empêcher de penser qu'on a un peu tordu le bras (voire pire encore!) à ce brave Jean-Louis pour lui faire prendre une décision si contraire à tous ses sentiments comme à tous ses discours. On en vient à se demander s'il n'y avait pas sur son cas quelque dossier Place Beauvau, dont on aurait pu avoir connaissance, sans qu'il en ait jamais rien transpiré dans la presse nationale. Cela me rappelle, il y a quelques décennies, le cas du directeur d'un grand journal national dont la carrière a été brutalement interrompue, sans qu'on s'explique totalement sur cette affaire. Selon des rumeurs, il avait eu une mauvaise affaire au volant qu'on avait étouffée pour la mettre en réserve, quand, bourré de cocaïne jusqu'aux yeux, il aurait tué deux malheureux, fort heureusement maghrébins, qui avaient eu la fatale imprudence de se trouver sur sa route. Faudra-t-il attendre les mémoires de Jean-Louis Borloo ou les confidences de quelque autre sur son lit de mort pour savoir la vérité dans cette affaire. Dans son cas, les promesses ne devaient plus être de mise, car il est clair que, quel que fût le passé de ses relations avec le président en exercice, il n'était sans doute plus guère disposé à lui faire confiance.

Bref le jeu de massacre électoral a commencé et le prochain candidat est, sans le moindre doute, Dominique de Villepin. A-t-il encore des casseroles ou des promesses suffiront-elles à le convaincre?

lundi 13 février 2012

Le doigt mouillé, les sondages et le referendum

J'ai expliqué dans mon blog précédent le principe de gouvernement, désormais dominant, que j'appelle « au doigt mouillé ».

Comme vous le savez, autrefois, avant que nous disposions (et non pas « avant que nous NE disposions », comme on l'entend partout, avec ce NE qui n'a aucune raison d'être et qui est purement et simplement fautif, alors que ceux qui en usent le jugent élégant !) de ce magnifique service national de météorologie qui colore nos départements en orange, nous informe de la température "ressentie" et enfin nous indique la direction du vent, on pouvait juger du sens de ce dernier, en se mouillant le bout de l'index et en l'exposant au-dessus de sa tête au souffle de la brise, pour en déterminer la direction, puisque le zéphyr ou l'aquilon du moment sèche la partie du doigt qui lui est exposée.

Foin de ces procédés météorologiques rétrogrades, nos gouvernants n'ont plus besoin de mouiller leur index pour l'exposer aux vents! Quand ils dressent ainsi leur doigt, c'est dans une toute autre intention, comme naguère M. Emmanuelli à l'Assemblée nationale où il n'y a pourtant que peu de vent. Nos gouvernants disposent désormais en effet des instituts de sondage qui, non seulement sont propres à indiquer le sens du vent, mais peuvent également même y apporter quelques aménagements dans le sens dont ils jugent qu'il plaît à leurs commanditaires.

Je ne ferai pas l'interprétation politique de tels choix ; d'autres l'ont fait avec infiniment plus de compétence que moi. Il est toutefois clair que la consultation du peuple par voie référendaire (ce qui est le principe même du référendum que ceux qui lui sont hostiles appellent, souvent et volontiers et non sans quelque raison, "plébiscite" ) n'est pas un choix très démocratique dans un système qui est, réellement et par ailleurs, une démocratie participative avec une vraie représentation parlementaire.

Le choix du référendum procède donc, en général, de la volonté d'imposer ses vues de la part celui qui le commandite, sauf s'il dispose d'une majorité parlementaire qui pourrait l'en dispenser. Il s'agit alors plutôt en effet d'un plébiscite!

Logiquement, comme le général De Gaulle le fit en son temps, le commanditaire du référendum, s'il est désavoué par le vote, se doit de démissionner devant la sanction populaire. Ce n'est évidemment plus le cas depuis longtemps, puisque désormais nos hommes politiques ont des comportements tout à fait différents, faute d'être eux-mêmes des hommes d'État, ce qui était le cas de De Gaulle!

Le référendum, comme toute chose, est un peu la langue d'Esope donc soit la pire soit la meilleure chose du monde!

Dans le cas que j'évoquais précédemment (le référendum du général De Gaulle qui a précédé sa démission devant la réponse populaire) était d'un genre tout différent de ce que l'on semble méditer actuellement. Il voulait lui imposer un choix politique que le peuple français a refusé entraînant par là même  sa démission.

On est dans une perspective tout à fait différente, où l'on cherche d'abord des questions à poser au peuple, de façon à entraîner de sa part une adhésion prévue de façon à tenter de faire, de cette adhésion populaire, toute provisoire et sur un point bien précis, un soutien global à une politique avec laquelle l'opinion s'est tout aussi clairement montrée largement en désaccord.

Plus de doigt mouillé désormais, mais des instituts de sondage.

On commence d'abord par faire des sondages sur les sondages  envisagées. On ne saurait être trop prudent et comme disait Coluche "C'est pas nous qui paye!". Surtout ne pas se lancer, sans savoir en gros quelle serait la position du peuple dans l'hypothèse où il serait consulté sur ce point!

Le deuxième temps est, éventuellement, celui du référendum que l'on ne fait bien entendu que sur une question, pour laquelle on a obtenu des sondeurs l'espérance d'un large consensus. Naturellement, sur ces questions comme sur bien d'autres, les sondages se révèlent très souvent faux, mais peu importe car cela fait tourner la machine à sonder et, comme disait ma bonne grand-mère, faire et défaire c'est toujours travailler.

Reste une arme très puissante dans les mains des instituts de sondage qui est celui de la forme  la question posée.

Gardons le cas de la rémunération des chômeurs qui semble être un peu dans l'air du temps. Usbek et Usbek Consulting ldt.peuvent vous donner un ou deux exemples de questions, à poser en forçant un peu le trait naturellement pour être plus clair.
Premier type de question : « Est-ce que vous souhaitez que ces fainéants de chômeurs continuent à toucher ad vitam aeternam de grasses  indemnités de chômage ? ».
Deuxième type de question : "Est-ce-que vous souhaitez que de pauvres chômeurs méritants cessent de perçoivent leurs modeste indemnités de chômage au simple prétexte qu'ils ont dû refuser un poste mal payé et étranger à leurs compétences à 700 km de chez eux ?"

Ces questions sont biaisées objectez-vous, non sans quelque raison. Bien entendu, mais on peut aussi faire les choses de façon plus subtile et provoquer par là les résultats qu'on souhaite. ( "Qu'est-ce qu'une offre "raisonnable" par exemple?), sans compter qu'on peut toujours corriger les pourcentages, comme on dit, par la prise en compte des données saisonnières.

Vers une vraie réforme constitutionnelle

La parution du livre de Dominique Rousseau, professeur de droit constitutionnel à Paris I,  Le Consulat Sarkozy, conduit à poser à nouveau la réforme de notre constitution et dans un sens un peu différent.

Comme je l'ai déjà fait remarquer dans un blog précédent, il est clair que le passage du septennat au quinquennat n'a rien réglé et qu'il faudrait s'orienter vers une réforme beaucoup plus sévère, brutale et drastique de la durée des mandats présidentiels.

Pour des causes et des raisons qu'il appartiendra aux psychologues de déterminer et de préciser, il est clair que l'exercice du pouvoir présidentiel oblitère chez ceux qui en sont porteurs les facultés de discernement et de décision. Comme disait l'autre "le pouvoir rend fou ; le pouvoir absolu rend absolument fou".

Alors qu'ils ont vécu sans trop de problèmes pendant dix ou même cinq ans d'exercice du pouvoir, une situation de crise dramatique dont ils n'ont  perçu la réalité et l'urgence qu'au seul terme de leur mandat, voilà qu'ils se révèlent soudain, à ce moment-là, d'une lucidité admirable et imaginent des solutions radicales à des problèmes dont ils n'ont même jamais perçu la simple existence au cours des précédentes années de leur exercice du pouvoir.

Il est donc clair qu'il faut que les mandats présidentiels soient très fortement réduits ; en la circonstance et vu un passé récent, six mois me paraît une durée maximale puisque c'est précisément et seulement , dans ces derniers mois de leur mandat, qu'ils font soudain montre de cette lucidité et de cet esprit de décision qui leur ont si fâcheusement manqués des années durant .

Si le raccourcissement du mandat présidentiel est une mesure indispensable et urgente, il en est toutefois une autre qui l'est tout autant.Elle consiste à mettre un terme à la pratique de gouvernement que je nomme "au doigt mouillé".

On peut imaginer en effet que l'exercice du pouvoir consiste dans la mise en oeuvre de mesures qu'on juge salutaires et que le décideur a conçues dans le secret de sa réflexion, éclairé seulement, le cas échéant, par quelques-uns de ses proches conseillers. Il en est malheureusement souvent tout autrement ; de plus en plus, le décideur ne cherche guère qu'à deviner les souhaits de ses électeurs pour les devancer par des mesures qu'il juge propres à lui attirer les faveurs populaires.

C'est ce que j'appelle la politique "au doigt mouillé" ; la seule différence est que, désormais, on ne se mouille même plus le doigt pour l'exposer au vent et en deviner la direction ; on passe maintenant par des instituts de sondages auxquel on demande d'évaluer les positions du public par des questions qu'on a bien entendu soin de formuler de façon à en susciter les réponses.

En effet, comme ces instituts de sondages vivent, pour la plupart, aux crochets des gouvernements (et donc aux nôtres), ils sont enclins à rédiger les questions de façon à susciter les réponses attendues par les commanditaires ; éventuellement, on peut même en outre songer à moduler à loisir les résultats, puisque nul n'est en mesure de juger de la sincérité des indications chiffrées qui sont livrées.

Comme je suis déjà un peu long, je vous livrerai demain les conseils d'Usbek (toujours gratuits naturellement) sur les référendums qui sont la suite logique du processus.

lundi 30 janvier 2012

A front renversé ?

« à front renversé : (Militaire) En ayant le territoire ennemi derrière soi, en parlant de combattre. « Les Français qui étaient sortis de l’Argonne, avaient occupé la colline de Valmy d’où ils canonnèrent les Prussiens. Brunswick dut livrer contre eux une bataille à front renversé ; il fut surpris par l’allant des Français et la vigueur de leur canonnade ». (Guy Cabourdin, Yves Burnand, Encyclopédie illustrée de la Lorraine : Histoire de la Lorraine, volume 2, 1992, page 30) ».
Rassurez-vous, chère lectrice, cher lecteur, je n'entends pas ouvrir désormais, dans ce blog, une rubrique du type « Enrichissez votre vocabulaire », même si mon couplet sur les « scies » dans un précédent blog a pu vous en donner l'idée.
L'usage de cette expression militaire m’a été toutefois inspiré par l'émission que toutes les chaînes de télévision françaises ont consacrée hier soir à l'intervention de notre président de la République. On peut dire, en effet, qu'aussi bien lui-même que les deux journalistes chargés de l’interviewer , en dix minutes sur les 70 de l'émission, (je ne parle pas ici des représentants de TF1 et de France2 chargés seulement d’« animer » le débat) ont tous joué « à front renversé ».
Je n'insisterai pas sur le discours de notre président dont on pouvait penser, à l'entendre, qu'il était candidat à la succession d'un président de la République autre que lui qui avait mené, cinq années durant, une politique qu'il désapprouvait totalement et sur tous les plans, depuis la fiscalité du travail jusqu'à l'endettement global, en passant par la formation professionnelle, les coûts de revient de la production industrielle française (qui ont conduit à sa délocalisation) jusqu'à l’absence de production nationale et donc, par là-même, au chômage et à la stagnation du pouvoir d'achat. J'en suis venu à me demander, un moment, si Nicolas Sarkozy, vu ses louanges apputées de Schroeder n'avait pas, en douce, adhéré au parti socialiste, hypothèse que ne contredisaient, en rien, ses pointes contre François Hollande, ce comportement étant coutumier entre « camarades » au PS.  Assistions-nous là, en fait, à un troisième tour des primaires du PS ?
Tout cela donne à penser que la fonction présidentielle tend à oblitérer le jugement et qu'il serait donc souhaitable de raccourcir, à six mois par exemple, la durée du mandat présidentiel de façon à ce que son prolongement excessif n'entraîne pas sans cesse  l'aggravation de la situation du pays.
Toutefois mon propos est plutôt sur les journalistes.
Il n'y a pas grand-chose à dire sur ces interventions de Mme Chazal et de M. Delahousse puisque l'un et l'autre sont restés dans leur rôle et se sont, en gros, bornés à passer les plats avec, de temps en temps, de façon à prévenir le reproche de complaisance excessive, une pointe que le président de la République a écartée d'un revers de main, comme des vols d'insectes intempestifs.  
Mme Chazal s'est ainsi bornée à faire remarquer que deux des propositions présidentielles se trouvaient également dans le programme socialiste ce qui a entraîné de la part de notre président des froncements de sourcil qui ont suffi à la calmer dans la suite par la suggestion qu’elle avait appris par cœur le programme de F. Hollande. Quant à Laurent Delahousse, promu contre toute attente à la fonction majeure de minutage du débat, les deux ou trois épines qu’il a pensé avoir glissées sous les fleurs n'ont assurément pas entamé l'épiderme présidentiel.
Je me suis amusé beaucoup plus des interventions des deux journalistes économiques, François Lenglet et Jean-Marc Sylvestre qui passent l'un de l'autre, vu leur passé et leur position (BFM-TV pour le premier, TF1 et i-Télé pour le second), pour des suppôts du grand capital. Or, contre toute attente, de même que les déclarations liminaires du président de la République avaient des allures de forte contestation de la politique menée depuis une dizaine d'années, ces deux journalistes se sont montrés plutôt plus critiques et en tout cas, ont posé de vraies questions.
Il faut dire que, dans toute cette affaire, le rôle essentiel est tenu, non par les journalistes eux-mêmes, dont les questions sont tout à fait anodines pour les deux premiers et demeurent, pour la plupart, éludées et/ou sans réponse pour les deux autres, mais par les « metteurs en images ». Leur rôle est ici essentiel car il s'agit, en la circonstance, surtout de ne pas faire apparaître à l'écran les réactions de François Lenglet ou de Jean-Marc Sylvestre, lorsque les questions qu'ils posent restent sans réponse ou que les chiffres qu'ils avançent pour leur domaine de spécialité sont contestés ou même niés par l'interviwé. Ce dernier cas a été celui de François Lenglet, dont le président de la République a tout simplement annoncé que ses chiffres étaient faux, sans que Lenglet puisse faire autre chose que de murmurer dans sa barbe que c'était là ceux de l’OCDE, phrase que le metteur en images n'a pas été assez vigilant pour l’empêcher de passer à l'antenne. Dans le cas de Jean-Marc Sylvestre, sa désapprobation devant l'absence de réponse aux questions posées, s'est manifestée non dans des paroles mais par des moues et des grimaces dont malheureusement nous n'avons pu voir qu'un ou deux exemples furtifs.
Mme Chazal et M. Delahousse sont très vite revenus, pour dix minutes en supplément de l’heure prévue, après les deux trublions, pour la « séquence émotion », naturellement finale, avec une confession quasi douloureuse ("erreurs", "authenticité", "sincérité", etc.), dans le style people et sans autre intérêt que de faire penser, irrésistiblement, à la confession télévisée de DSK, dans un registre un peu analogue quoique différent.
L’amusant de la chose (toujours le facétieux hasard !) est que j'ai entendu, ce matin, François Lenglet intervenir, entre 8:00 et 8:30, sur France-Culture et dire, au micro de cette chaîne et en studio, bien des choses qu’on aurait aimé entendre de sa bouche lors de l'intervention télévisée !


mercredi 25 janvier 2012

Saga helvetica

J'hésitais sur le contenu du blog que j’allais écrire aujourd'hui, encore que je me demande bien davantage si je ne devrais pas abandonner totalement et définitivement cette activité vu les ennuis qu’elle m’a apportés dans un pays où l’on ne peut plus rien écrire sur personne. Ayant consulté, par hasard, les statistiques de mon blog, j'ai constaté que j'avais des lecteurs en Suisse et que précisément au moment où je faisais cette consultation j'en avais deux dans cet heureux pays. J’ai vu là un clin d’œil du destin (le hasard est toujours malicieux, je ne cesse de le constater !). C'est donc à l'intention de ces lecteurs, helvétiques et inconnus, que je rédige ce texte, même s'il n'est pas sûr qu'il les concerne particulièrement.

Je pense en effet que, lors du meeting socialiste du Bourget, le chanteur qui a fait la première partie, Yannick Noah, aurait dû remplacer son tube « Saga Africa » par une version mieux adaptée à sa situation fiscale qu'il aurait pu intituler « Saga Helvetica ».

Je ne sais pas quel expert en communication a suggéré, pour le meeting socialiste du Bourget, une première partie faite par Yannick Noah, mais ce choix n'était assurément pas des meilleurs, sauf pour l'UMP.

Je ne parle pas du chanteur lui-même, encore que ne me plaise guère le look qu’il se donne, la cinquantaine passée, avec le tatouage bien visible, la casquette faubourienne et, autour du cou, le foulard noué à la façon d'un rôdeur de barrière du début du siècle (je veux parler du précédent, bien sûr). Tout cela agace un peu, surtout quand on connaît la situation matérielle de l'intéressé. C'est même précisément ce point qui fait difficulté car on sait que depuis 20 ans, il est en conflit permanent avec l'administration fiscale française. Lorsqu'il avait proclamé, urbi et orbi, en 2007 que, si Sarkozy était élu, il quitterait la France (où il n’était plus domicilié depuis 1993, date de son départ pour la Suisse). On ne savait pas trop alors s'il entendait fuir par là le futur président ou l'administration fiscale française. Il était, en effet, en conflit avec elle pour n'avoir pas passé, à l'époque, en Suisse, les six mois par an qui lui auraient permis de ne plus payer ses impôts en France.

Ce n'est d'ailleurs pas là mon propos, quoique l'affaire ne soit pas terminée, même si la note fiscale a déjà diminué de moitié, car Yannick Noah a largement les moyens de poursuivre les contestations ; au-delà de la décision de la cour d'appel administrative de Paris, il pourra toujours engager un dernier recours devant le conseil d'État.

« Saga juridica ».

Etait-ce raisonnable de faire ouvrir ce meeting par Yannick Noah (dont la place réservée est, semble-t-il, restée vide durant le discours de Hollande) dans la situation qui est la sienne, quand on savait que le candidat à l'élection présidentielle allait stigmatiser, avec la plus grande force, ce qu’on reproche précisément à Noah. « Je n’accepterai pas la délinquance financière, la fraude fiscale » clamera avec force Hollande ! Il valait donc mieux que Noah ne soit pas à ce moment assis au premier rang. L’UMP s’est naturellement régalée de la chose, mais force est de reconnaître que le PS avait donné le bâton pour se faire battre !

Je ne sais pas qui est à l’origine d’un telle bévue car, s'il est possible que François Hollande ne soit pas très exactement informé des démêlés du chanteur avec l'administration fiscale, ce ne peut être le cas des spécialistes de l'organisation du spectacle qui ont choisi Noah. Y-a-t-il un agent de l’UMP infiltré dans l’équipe de communication de François Hollande ?

Saga taupica.

Pour rire un peu, je vous dirai que j'aurais pu aussi consacrer ce blog à un scoop personnel auquel j'aurais pu donner pour titre affriolant « Ma nuit avec Yannick Noah ». À dire le vrai, comme disait autrefois la bonne Eve Ruggieri, avant de publier ce morceau de choix, j’aurais tenté de le vendre auparavant à Gala ou Closer, mais en mettant en oeuvre une procédure un peu complexe pour arnaquer ces médias qui doivent sans doute se garder d'acheter chat en poche. J'aurais donc tenté de négocier le récit de ma nuit avec Yannick Noah en enfermant le récit de cette affaire dans une enveloppe scellée que je n'aurais remise à l’acheteur qu'après en avoir reçu un chèque et en précisant qu'il ne devait, en aucun cas, ouvrir mon enveloppe avant que j’aie quitté les lieux.

En effet, il est clair que seul l'espoir d’un scoop croustillant aurait pu motiver l'achat de celle-ci, alors que s’il est vrai que j’ai passé une nuit avec Yannick Noah, il s'agit tout simplement d'une nuit passée en avion entre Saint-Denis-de-la-Réunion et Paris. Nous occupions deux sièges voisins, deux de ces sièges situés à hauteur des portes qu’Air France vend désormais à un tarif spécial (70 euros de supplément !) car ils permettent aux passagers qui les occupent de loger des jambes qu'ils ont trop longues. Comme Yannick Noah et moi avons exactement la même taille (1,93 m), nous nous sommes retrouvés voisins. Dois-je préciser que nos relations se sont limitées à essayer de dormir côte à côte !

Saga Morphica !

dimanche 8 mai 2011

Ben Laden : Gero pour squaw (de service ce jour).

A la lumière des documents trouvés dans le repaire de Ben Laden, plusieurs points obscurs de l’affaire sont désormais éclaircis.

On a pu s’étonner (et moi le premier ... pour ne pas dire le seul) que l’opération commando dirigée contre Ben Laden ait été codée sous le nom de Géronimo. Il ne semblait pas du meilleur goût, en effet, de donner à celui qui, depuis dix ans, est regardé comme le pire ennemi des Etats-Unis, le nom d’un héros apache de la guerre d’indépendance des Indiens contre cet Etat. En réalité, les documents saisis ont fait désormais apparaître que c’est Ben Laden qui, dans sa haine aveugle et obsédante du Satan américain, s’était lui-même choisi ce pseudonyme, adoptant même, dans sa lubie, des habitudes indiennes. C’est ce qui explique, par exemple, la présence d’un tipi dans l’une des pièces de la villa, le nom de « Hugh » donné à son chien et certains des codes utilisés dans des documents secrets.

Aux fins d’illustration de ce propos, grâce à des connexions persannes sur lesquelles vous comprendrez que je dois rester discret, je suis en mesure de vous communiquer, en exclusivité mondiale, le texte d’un message secret de Geronimo (entendre Ben Laden) qui, comme toujours avait été confié à l’une des épouses de Ben Laden. Celle-ci feignait d’aller faire les commissions, ce qui explique le mode de codage des messages. Comme on le sait désormais, faute de pouvoir utiliser les techniques de communication modernes (satellites, internet, etc.) qui sont l’objet de surveillances permanentes, Geronimo devait utiliser ces messagères, ses « squaws » dans son code personnel, pour envoyer ses instructions au dehors.

Voici donc l’un des messages de Geronimo (Ben Laden) confié à S2 (Squaw n° 2 , « Matin calme » ou, en réalité, Chakira, sa deuxième épouse) :

« 2 ou 3 grandes bouteilles de Coca Cola glacées ; du Coca, pas de Mecca Cola, ni de Zam Zam Cola, ni d’Arab Cola ou de Muslim Up.
Haricots rouges ? Tabasco ? si possible.
1 boite de pastilles triple effet pour la machine à laver ».

Cette liste de commissions de Chakira, en apparence anodine, est, en réalité la préparation d’un plan d’action terroriste contre le Sud des Etats Unis au moment de la marée noire dans le Golfe du Mexique.

L’idée était clairement de tenter de mettre à profit la mobilisation du pays autour de cette action pour commettre un attentat dans la zone

L’exigence première de Coca (et rien d’autre) fixe, sans ambiguité, l’objectif premier sur Atlanta (capitale du coca cola certes, mais aussi objectif militaire majeur). « Haricots rouges ? Tabasco ? » indique que la Nouvelle-Orléans et la Louisiane pourraient constituer des objectifs secondaires, si Atlanta, très surveillé à cause des bases militaires et très éloigné du lieu de la catastrophe, se révélait impossible à envisager.

La dernière commande du billet concerne Ben Laden lui-même, ce que signale la référence à la machine à laver (on sait que Laden est une marque bien connue dans ce domaine) ; il s’agit là en fait non de produits ménagers mais des trois médicaments (« triple effet ») qu’il doit prendre de façon permanente pour soigner son affection rénale.

Comment douter après cela que l’homme tué par les commandos américains n’était pas un paisible terroriste en retraite, occupé seulement à se regarder à la télévision, mais un redoutable activiste dont les funestes entreprises n’étaient en rien interrompues ni même ralenties par sa situation ?