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lundi 7 février 2011

Moyen-Orient : Tiercé ou quarté explosifs ?

De Rica à Usbek

Votre blog d’hier (6 février 2011) m’inspire quelques réflexions au sujet du « tiercé explosif » du Moyen-Orient ainsi que sur la présentation que vous faites, incidemment, de Stéphane Hessel..

S’agissant du « tiercé explosif », je suis, en gros, d’accord avec vous, à quelques réserves près concernant la place que vous y attribuez à l’Egypte. Si la situation de ce pays paraît être en voie de règlement avec le maintien au pouvoir de Moubarak jusqu’au terme de son mandat (souhaité désormais par les Etats-Unis ainsi que par Israël pour des raisons évidentes de tranquillité à sa frontière sud), peut-on dire, pour autant, que l’issue de cette affaire ne sera pas que provisoire et que s’esquisse un processus démocratique ? Même si la crainte que les Frères musulmans s’emparent immédiatement du pouvoir peut paraître exagérée, la haine que beaucoup d’opposants à Moubarak (je ne soutiens aucunement un tel autocrate) ont exprimée à l’égard de ce dernier, lors des manifestations (« valet d’Israël et des Occidentaux »), ajoutée au dernier discours du « guide suprême » iranien Kamenei appelant le peuple égyptien à imiter la révolution de 1979 en Iran peuvent susciter quelque inquiétude… Et puis, mais c’est une autre histoire, l’Egypte risque de revenir sur le devant de la scène avec, cette fois, sa frontière sud et les répercussions de la partition prochaine du Soudan.

Je pense aussi comme vous que la Jordanie risque bientôt de prendre place, en tête des facteurs d’instabilité au Moyen-Orient et que le Liban reste sans doute la poudrière actuellement la plus dangereuse avec l’influence quasi totale du Hezbollah et comme depuis longtemps, de la Syrie…

Quant à Gaza il est vrai que des groupes salafistes extrémistes tentent d’y installer un « émirat islamique » et qu’ils se heurtent au Hamas dont la bourgeoisie bénéficie d’un changement économique considérable avec la bénédiction d’Israël. La mise en exergue de ce dernier point peut faire oublier à ceux qui ne suivent pas de trop près les événements dans cette région ou qui ont la mémoire courte, que l’opération « Plomb durci » a fait des dégâts humains et matériels considérables dont les traces, malgré les centres commerciaux modernes construits avec des matériaux israéliens, sont encore bien visibles et que la grande majorité de la population de Gaza ne peut pas profiter de ce renouveau économique.

C’est sur ce point que je rejoins Stéphane Hessel quand il condamne la politique de l’Etat d’Israël concernant Gaza et les Palestiniens. Hessel, qui s’est rendu quatre fois à Gaza entre 2008 et 2009, a été frappé par la misère que le blocus continue d’imposer au petit peuple de cette enclave plutôt que par la construction récente de super centres
commerciaux, où la bourgeoisie du Hamas vient s’approvisionner. Ayant un père juif, il proteste, par ailleurs, contre l’accusation qu’on lui fait parfois d’être hostile au peuple israélien. C’est pourquoi, même si certains blogs montrent le vieil homme affublé d’un bonnet phrygien, se prêtant ainsi à plusieurs reprises, à Paris, mardi 18 janvier, à une pitrerie regrettable, devant des militants pro-palestiniens, je préfère mettre en exergue mon admiration pour un homme de 93 ans dont la vie a été jalonnée d’épisodes beaucoup moins ridicules. Il ne faut quand même pas oublier qu’il fut en des temps plus sombres déporté, résistant évadé deux fois des camps et engagé, depuis Londres, dans la Seconde Guerre mondiale, épisodes au sujet desquels il se montre très discret, préférant, comme je viens de l’entendre dans l’interview que lui consacre Daniel Schneidermann dans son émission « Arrêt sur images » sur Internet, parler avec enthousiasme du programme du Conseil national de la Résistance et de la Déclaration universelle des droits de l’homme, auxquels il a profondément adhéré à la Libération ou encore dire son admiration pour un homme politique comme Pierre Mendès France qu’il compare, à son grand avantage, à nos dirigeants actuels.

Bref, je suis, mon cher Usbek, comme aurait dit le « regretté Georges Marchais »
« globalement d’accord » avec vous sur le tiercé explosif du Moyen-Orient que je transformerais volontiers en un quarté en y adjoignant la Jordanie. Je ne crois pas, en revanche, que la pitrerie du bonnet phrygien suffise à discréditer Stéphane Hessel dont je souhaiterais, si Dieu me prête vie jusqu’à 93 ans, avoir alors sa lucidité d’esprit et sa clarté d’expression.

dimanche 6 février 2011

Moyen-Orient : le tiercé explosif?

Depuis plusieurs jours, on n’évoque la situation du Moyen-Orient qu’à la seule lueur des événements égyptiens. Ce matin encore, dimanche 6 février 2011, j'ai constaté, à la lecture de la livraison quotidienne de Marianne2, dans l'article consacré au Moyen-Orient intitulé « La réaction de l’Europe face au monde arabe » (ou à peu près ça) qu’il n'était guère question que de l'Égypte et, que, en tout cas, on n’y mentionnait ni le Liban ni Gaza.

Je ne suis nullement un spécialiste du Moyen-Orient, que je ne connais qu'un peu et partiellement, mais j’y suis allé parfois, je m'y intéresse depuis longtemps et je tente de me tenir informé de ce qui s’y passe.

Je pense donc que ce que je nommé le « tiercé explosif » du Moyen Orient est constitué, actuellement et dans le désordre, même si, on le verra, ce n’est pas tout à fait sûr, par l'Égypte, dont je ne dirai pas à grand-chose car on en parle beaucoup, par le Liban et par Gaza dont je parlerai un peu plus en détails.

Pour ce qui est de l'Égypte, j'ai le sentiment que Moubarak, assez adroitement, a, d'une certaine façon, gagné son pari de conduire son mandat actuel jusqu'à son terme. Il semble en effet, à en croire l'ambassadeur d'Égypte en France, qui était sur Canal + chez Denisot, vendredi 4 février (il est très clairement aux ordres du pouvoir, mais intelligent et habile), que le départ de Moubarak, pour des raisons constitutionnelles qu’on a mal comprises, faute de connaissances de la constitution de l’Egypte (inspirée de la nôtre, a souligné ce perfide diplomate) bloquerait le processus de transition au lieu de favoriser. En effet (prétend-il du moins) le vice-président désigné ne pourrait pas assumer les charges qu'impliquerait, en fait, légalement, un tel processus.

Si, comme on peut le penser désormais, Moubarak est obligé de quitter le pouvoir au terme de ces 200 jours, lui laisser ces quelques mois pour mettre en place le processus démocratique qui s'esquisse, n’apparaît pas un délai exorbitant au terme de 30 années de dictature. Les choses semblent d’ailleurs aller dans ce sens puisque les Frères musulmans, la principale pour ne pas dire la seule force politique constituée, qui refusaient de participer à toute discussion, viennent, aujourd'hui même d'accepter l'offre faite par le vice-président et consentent désormais à s'asseoir à la table des négociations, alors qu'ils refusaient très fermement de le faire hier encore. L’affaire égyptienne, de façon certes un peu chaotique, semble donc en voie de réglement/

En revanche, les événements, qui se sont déroulés au Liban depuis le changement de gouvernement opéré le 25 janvier 2011, n’ont guère attiré l’attention de nos médias, uniquement fixée sur l’Egypte, alors qu'ils sont évidemment d'une importance capitale. Même s'il s'en défend dans son interview du 1er février 2011, le nouveau Premier Ministre Najib Mikati n'a dû son accession au pouvoir qu'au Hezbollah dont les voix lui étaient indispensables.

Il avait succédé à Rafik Hariri, après l’assassinat de ce dernier ; il succède aujourd’hui à son fils, Saad Hariri, renversé par un changement de majorité sur lequel on s’interroge. Milliardaire (comme déjà Hariri), c’est un Sunnite (ce qui ne devrait pas favoriser pourtant ses relations avec le Hezbollah chiite) et il est regardé depuis toujours comme l’homme de la Syrie.

Dans sa déclaration du 1er février 2001, il se défend de toute alliance avec le Hezbollah (mais qui s’attendait à le voir l’admettre ?), en alléguant que dans la majorité qui l’a investi, seuls une dizaine de députés viennent de cette mouvance. Il reconnaît toutefois : "Avant de me soutenir, le Hezbollah m'a certes demandé des engagements mais j'ai répondu que je ne pouvais pas les assurer. ». Le Hezbollah serait bien naïf de se contenter de tels propos, mais il sait bien que, sur ce point, les intérêts de la Syrie et du Hezbollah (qui sont désormais reconnus comme co-organisateurs de l’attentat) sont parfaitement convergents, ce qui sufit en la circonstance à garantir le comportement du nouveau Premier Ministre, même s’il affirme ne pas pouvoir agir contre la résolution 1757 qui a créé le Tribunal spécial pour le Liban et qui enquête sur l’attentat contre Hariri père.

Même s'il dit ne pas pouvoir arrêter le processus d'enquête sur l'assassinat de Rafik Hariri et, en dépit du fait que le rôle conjoint de la Syrie et du Hezbollah dans cet attentat est désormais établi, grâce à une enquête de la police libanaise (dont le maître d'oeuvre a été depuis assassiné !), il est clair que cette enquête risque de traîner encore longtemps et peut-être même de ne jamais aboutir. Les propos et les menaces du leader du Hezbollah libanais, Nasrallah sont, en tout cas, d'une extraordinaire violence et ne laissent aucun doute sur le climat explosif qui règne à nouveau au Liban, d'autant que les partisans de Saad Hariri qui, naturellement, a refusé de participer au nouveau gouvernement, sont aussi dans un état d'extrême excitation, alors que le Hamas de Gaza est, comme on va le voir, dans un état de division qui conduit à l’affrontement, tant avec Israël qu’entre Gazaouites. Le Liban est donc, de ce fait, de nouveau, une poudrière que le moindre incident peut faire exploser.

Mais dans le tiercé de l'explosivité moyen-orientale, la première place me semble revenir, sans le moindre doute, à Gaza. Là encore, nos médias n'accordent aucune attention à la situation dans ce territoire. On voit même nos belles âmes préparer, à nouveau, une expédition maritime en faveur de la levée du blocus de Gaza, sans qu’elles sachent, de toute évidence qui se passe là-bas.

Comme il faut en tout « positiver », retenons les bons aspects de cette entreprise. Espérons que Stephane Hessel, qui semble choisi pour la conduire, n’oubliera pas de prendre ce bonnet phrygien rouge qu’il affectionne tant désormais et qui lui va si bien. Si cette expédition ne sert pas à grand-chose (ce qui est à craindre), elle aura au moins le mérite d’alimenter de façon cocasse les « zappings » de l’info, en fournissant à nos télévisions des images grotesques de ce nonagénaire (on ne devrait pas se moquer ainsi des vieux !), coiffé de son bonnet rouge. Si on lui fait jouer « la liberté guidant le peuple », comme dans le fameux tableau de Delacroix, conseillons-lui toutefois de ne pas dénuder sa poitrine, qu'on imagine facilement décharnée, et non triomphante comme celle de l’opulente créature du tableau (au moins 95 D à mon avis).

En effet, même si nul n’en parle, la situation de Gaza a évolué très rapidement et les images qu'on en a qui sont le plus souvent totalement dépassées.

Un « blogueur » de blogspot.com, dont je vous donne ici l’adresse (expat.spb.blogspot.com) et dont je ne saurais que vous recommander la lecture, à donné, le 20 juillet 2010, un excellent article sur le sujet dont le titre est « Gaza outragé, Gaza affamé, Gaza martyrisé... mais où l'on inaugure un super centre commercial ».

Faute d'espace comme toujours, je n'en puis citer qu'un bref passage : « Samedi dernier, le 18 juillet 2010, en présence des ministres de Hamas a été inauguré en grande pompe le centre commercial Gaza Hall dont on notera la rapidité exceptionnelle, dépassant tout entendement, avec laquelle il a été bâti. Ben oui quoi! L'embargo sur les matériaux de construction a été levé partiellement depuis à peine un mois[...] Mais me direz-vous, à quoi peut bien servir un centre commercial, dont les étagères des magasins ne peuvent rester que désespéréments vides du fait de cet ignoble blocus.
Eh bien là aussi miracle ! Les étagères sont pleines : vêtements d'hiver pour les hommes et les enfants, les femmes se contentant du rayon fair wear voilé, bijoux, chaussures, jouets, électroménager, nourritures et boissons diverses et variées. Vous pourrez même si vous êtes curieux et allez faire un tour dans la rubrique « vêtements homme" constater que les Gazaouites ne sont pas chiens avec les sionistes, puisqu'ils mettent à la disposition de leurs clients des pantalons made in Israël ».

Nos médias ne nous parlent guère de l'évolution à la fois politique et économique de Gaza. La construction de cet immense centre commercial symbolise le changement économique que doit intelligemment favoriser Israël ; quant au changement politique, il tient surtout à l'émergence de plus en plus forte, de groupes extrémistes salafistes, « les soldats des partisans de Dieu », dont le but politique, clairement affiché, est la création d'un « émirat islamique », opérée d’ailleurs, au moins en théorie, en août 2009.

On l'a un peu oublié et les médias n'en ont guère parlé faute de comprendre, mais le 15 août 2009 ces groupes armés salafistes ont affronté la police du Hamas. Résultat des courses : 24 ou 26 morts (selon les sources) et 130 blessés. Alors que depuis deux ans s'est établie une sorte de paix informelle et silencieuse entre Gaza et Israël, marquée essentiellement par l'arrêt des envois réciproques de roquettes, ce groupe islamique veut au contraire les reprendre (il l'a d'ailleurs fait) et se livrer à des opérations de commandos contre les Israéliens.

Naturellement la bourgeoisie Hamas de Gaza, qui a remis en marche l'économie, qui construit des centres commerciaux et se bâtit des villas luxueuses à 2 millions de dollars (ce que nous a montré le samedi 5 février 2011 un reportage de l’excellente émission de Canal+ , « L'effet papillon ») ne voudrait pas que reprennent des opérations militaires israéliennes qui pourraient être des plus fâcheuses, en particulier pour les superbes villas que les nouveaux hommes d'affaires gazaouites se sont construites. On les comprend ! Le pouvoir politique et économique Hamas n'a donc d'autre choix que de mener des opérations militaires et de tuer les opposants (comme en août 2009) ou de les mettre en prison, l'un d'excluant d’ailleurs pas l'autre.

Dans le tiercé explosif du Moyen-Orient, je ferai donc ma grille dominicale avec Gaza, le Liban et l'Égypte, celle-ci ne venant qu'en dernière position, car elle ne donne plus, au fond, de véritable inquiétude, Moubarak semblant avoir repris en mains la situation. Ce pronostic est conforté par un détail que l'on oublie toujours : Israël qui est , au centre de toutes ces poudrières, n'a de traité de paix qu'avec l'Égypte et... la Jordanie qui pourrait bien (et je ne suis pas loin de le penser) tenir bientôt, en lieu et place de l'Égypte elle-même, la troisième place du tiercé explosif moyen oriental.

samedi 5 février 2011

« Résultats » du premier tour des élections présidentielles en Haïti ?

Proclamés en décembre 2010 à titre provisoire, dans un tollé quasi général, puis annoncés, à diverses reprises et enfin, de façon solennellement définitivement définitives, pour le 2 février 2011, les résultats du premier tour de l'élection du 28 novembre en Haïti ne l’ont pas été au jour dit. Le retard n’a été que de quelques heures puisque finalement la Commission électorale provisoire, la CEP, a donné son classement des deux candidats retenus à l’aube du 3 février sans que je puisse être ici plus précis puisque le communiqué de la CEP a été connu, en France (6 heures de décalage horaire) vers 12 heures 15 le 3 février 2011.

Ces résultats sont, sans surprise, car ils confirment ce que préconisait le comité d'experts de l'Organisation des Etats américains (OEA) mais que contestait le président René Préval.

Comme je l'ai raconté dans un texte précédent, les pressions internationales et en particulier celles des États-Unis et de la France lors de la dernière réunion en République Dominicaine, ont fini par imposer au président haïtien le point de vue des experts de l’OEA. Qu'en est-il et comment en est-on arrivé là ? il est bien difficile de le savoir ; tout donne à penser que René Préval ne croyait plus guère aux chances de son candidat, Jude Célestin, et qu'il s'employait surtout, en fait, en accumulant les délais avant le deuxième tour, à ménager, par là même, son maintien intérimaire jusqu'au 14 mai 2011 (son mandat initial prenant fin, en effet, le 7 février). S'il a perdu sur un point (le maintien en deuxième position de Célestin), il semble avoir gagné sur l'autre, puisque les élections du deuxième tour n’étant prévues que pour le 20 mars 2011, tout donne à penser qu'avec les délais liés au dépouillement, il finira par rester en place jusqu'au 14 mai 2011.

Le plus curieux, dans toute cette affaire, est que, si l'on avait annoncé des résultats pour le 2 février, le 3 février au matin, quand ils ont été « publiés », on s'est aperçu alors qu'en fait, on a donné, non pas des résultats mais un simple palmarès, le classement des deux candidats admis à continuer (première Mirlande Manigat, second Michel Martelly).

Aucun résultat n'a été, à proprement parler, donné. J'entends, bien entendu, par « résultats », comme dans toute élection dans tout pays du monde, le nombre et le pourcentage de voix obtenus par chaque candidat. On s’attendait d’autant plus à de telles informations que les chiffres donnés d’abord avaient été l’objet de très vives contestations et que les recomptages et vérifications de tous ordres avaient pris des semaines et encore occupé la CEP, nous a-t-on dit, durant les dernières heures, dans la nuit du 2 au 3 février.

En dépit de nombreuses recherches dans toutes sortes de médias et en toutes sortes de lieux (en Haïti bien sûr mais aussi en France et au Québec), je n’ai pu trouver nulle part le nombre des voix qu'ont respectivement obtenu les deux candidats classés.

Ce détail peut paraître secondaire, puisque la question était avant tout de savoir qui était au deuxième tour derrière Mirlande Manigat. Néanmoins je ne connais pas d’exemple d’une telle pratique électorale et je ne saurais trop la recommander aux futurs dictateurs, dont on raille trop souvent les scores pharamineux et qui s’épargneraient les quolibets, en s’abstenant tout simplement de donner des chiffres et en se contentant de se proclamer élus.

Encore plus étonnant est le fait que, dans tous les écrits de presse que j'ai pu consulter et, comme je l’ai dit, ils sont fort nombreux, je n’ai lu aucune remarque sur un comportement si étranger. On nous avait, en effet, annoncé des résultats et non un simple classement, sans le moindre détail. Etonnante pour l’observateur, cette absence de vrais résultats est, en outre, fort incommode pour les deux candidats restant en lice, pour lesquels il serait tout de même important de savoir combien de voix ils ont obtenu et dans quelles régions ils ont attirés sur leur nom ces suffrages.

Frantz Duval, dans le Nouvelliste, ne fait pas mention expresse de cette curieuse absence de données chiffrées, mais il constate néanmoins (ce qui revient au même, mais comme disait l'autre "ce qui va sans dire va encore mieux en le disant") que les deux candidats sont dans un « trou noir » et ne savent ni où ni dans quelles proportions, ils doivent faire des efforts, ici ou là, au cours de la campagne électorale en vue du second tour du 20 mars 2011.

On doit donc s'interroger sur les raisons d’un si étrange silence. L'hypothèse la plus vraisemblable me semble qu'on ne souhaite pas mettre en évidence, de façon trop criante, à la fois la faiblesse de la participation retenue après contrôle (il y a eu, semble-t-il, des dizaines de milliers de votes annulés) et les fraudes qui, selon les experts, ont entaché le premier tour de l’élection présidentielle.

Cette hypothèse se trouve renforcee par le fait que les observateurs du premier tour en avait jugé normal le déroulement, alors que les experts de l’OEA ont eu, dans leur mission de contrôle ultérieure, des conclusions très différentes. Mettre l’accent sur ces aspects pourrait donc conduire à penser qu’on risque, à l’occasion de ce second tour, de voir se reproduire des pratiques du même genre.

vendredi 4 février 2011

Les dictateurs : "Parce qu'ils le valent bien!"

Chacun a, dans un recoin de sa mémoire, ce bout de dialogue entre Orgon, qui revient au logis, et Dorine, la servante, qui tente de lui donner des nouvelles de sa femme malade, alors qu’Orgon ne soucie que de Tartuffe (Tartuffe, Acte I, scène 4)
« DORINE.
Madame eut avant-hier la fièvre jusqu’au soir,
Avec un mal de tête étrange à concevoir.
ORGON.
Et Tartuffe ?
DORINE.
Tartuffe ? Il se porte à merveille,
Gros et gras, le teint frais, et la bouche vermeille ».

Je pensais à cette réplique fameuse et si éclairante en voyant intervenir, sur leurs télévisions nationales respectives, à quelques jours d’intervalle, les présidents Ben Ali et Moubarak.

L’un ét l’autre apparaissaient, comme Tartuffe, « gros et gras, le teint frais et la bouche vermeille » (le génie de Molière dispense même ici de toute modification orthographique), tandis que leur peuple, dans la rue, criait sa révolte, sa famine et son désespoir !

Il a d’ailleurs fallu ces événements de Tunis et du Caire pour qu’un fait me frappe tout à coup. Plus observateurs que moi, vous l'aviez peut-être déjà noté : Zin Ben Ali et Hosni Moubarak se ressemblent de façon étonnante ! Le vrai physique du dictateur. La conclusion s'impose. La dictature ça conserve ; en tout cas, les dictateurs eux-mêmes, à défaut de leurs opposants!

Ils ne sont assurément pas en si bonne forme par hasard, mais, parce que, comme le disent l'Oréal et Mamie Zinzin, pour faire la réclame de leurs poudres de perlimpinpin : « Ils le valent bien ! ».

Je ne songe pas un instant, vous vous en doutez, à rapprocher nos deux dictateurs de l'une ou l'autre des jeunes beautés, qui ont successivement mis leur ravissant minois à l'appui de cette publicité (ce qui illustre admirablement la déconcertante naïveté des clientes). Il est, en revanche, clair que Ben Ali (75 ans aux dattes) et Moubarak, (83 ans à la floraison des papyrus, même si je suis pas absolument sûr de la date de floraison des papyrus) ne font absolument pas leur âge.

Il y a naturellement des explications immédiates à cette jeunesse prolongée. On la doit sans doute pour une part, au talent et à l’action efficace des maquilleuses des télés nationales tunisienne (où l’on avait commencé, dans le genre, avec Bourguiba) et égyptienne (la tradition remonte bien plus loin encore au pays des momies). Ces maquilleuses me paraissent bien plus expertes que celles de France-Télévision car un Pascal Perrineau (pourtant un habitué de la 5) arbore souvent des emplâtres de rouge à lèvres qui conduisent à douter de ses moeurs, tandis qu’un Michel Roccard, poudré à frimas, prend des allures de Pierrot lunaire, ce qui n’est guère dans son emploi sinon dans son caractère.

Cette résistance à l’âge tient sans doute, pour l’essentiel, à leur condition. La dictature remplit certes d'abord les poches, mais, ce faisant, elle permet aussi de regarnir les joues, de teindre et de repiquer les cheveux. En outre, elle remonte les pommettes et comble les rides par botox interposé. Ajoutez à tout cela une absence à peu près totale de soucis politiques, puisque vous sont acquis les militaires que vous avez eu soin de payer grassement, tandis que le reste de la population crève de faim. Vous avez, en outre, pris la sage précaution de placer famille et proches dans tous les points stratégiques de l’économie et de mettre en coupe réglée toutes les richesses de la nation.

Pour rester dans le registre de Molière que j’évoquais en commençant, mais en passant de Tartuffe au Misanthrope, Zin peut ainsi dire à Hosni :

« Parbleu! je ne vois pas, lorsque je m'examine,
Où prendre aucun sujet d'avoir l'âme chagrine.
[...]
Je crois qu'avec cela, mon cher Hosni, je crois
Qu'on peut, en Tunisie, être content de soi. »

Pourquoi, en cette période troublée où les peuples s’agitent, l’ONU qui ne sait rien faire d'autres que de vaines résolutions, ne réunirait-on pas, quelque part au soleil, tous ces dictateurs passés, présents ou futurs qui branlent dans le manche ? La chose est d'autant plus facile que tous les Etats, de la Côte d’Ivoire à Haïti, en passant par la Tunisie et l’Egypte, ont une vocation touristique affirmée.

On pourrait ainsi non seulement les éloigner des lieux, où ils ont exercé ou exercent parfois encore leurs coupables industries, mais aussi organiser une sorte de Jurassic Park de la dictature (une espèce de Musée Grévin en vrai) et y tenir divereses activités, pour les occuper eux-mêmes comme pour amuser les touristes qui y viendraient. On s’y livrerait ainsi à des jeux de société, dont la nature et les règles seraient naturellement à déterminer.

Pourquoi, par exemple, ne pas à prévoir, entre eux, des jeux de rôles qui leur permettraient d'exercer une dictature, naturellement symbolique et pour rire, sur le reste de la communauté, pour des périodes et des cycles, dont les durées et les enchaîbements seraient également à choisir, chacun devenant à son tout "dictateur des dictateurs" ?

Naturellement ce conseil, toujours aussi judicieux que gratuit, est fourni par Usbek Consulting Inc.Ltd. Il est hélas à craindre qu’il ne soit pas davantage suivi que tous ceux qui l'ont précédé.

jeudi 3 février 2011

Vive la presse de gauche libre

MDR (Mort de rire) ou, si vous préférez, LOL (Laughing out loud) si vous causez MSN ou MMS !

Je pense que le jeu de chaises musicales, esquissé dans la presse de gauche française s’est enfin, provisoirement sans doute, à peu près terminé. Je laisse, bien entendu, de côté les deuxièmes couteaux people, style Fogiel, si admirablement mis en scène avec sa Zaza par les Guignols de l’Info, mais qu’on ne peut guère regarder comme un journaliste.

Commençons donc par la pierre angulaire, le Monde

Les grands manoeuvres pré-présidentielles ont commencé depuis longtemps avec l’affaire du Monde, où, dit-on (mais est-ce tout à fait sûr ?) contre la volonté de notre président, Bergé, Niel et Pigasse se sont imposés et ont prétendu changer le visage du journal. Fottorino, pourtant à peine installé (début 2008), a été viré et D. Guiraud, directeur général poussé vers la porte.

La direction du directoire a été confiée à un grand spécialiste... de la musique plus que de la politique, Louis Dreyfus, « présentement » (comme on dit au Québec, cher Succus aceris), directeur des... Inrockuptibles. Il faut pourtant remarquer que ce magazine « rock », dont l’activité majeure semble assez éloignée des austères préoccupations du Monde, avait été racheté en juin 2009 par le banquier d'’affaires, Matthieu Pigasse (avec deux t à son prénom, ce qui le différencie d’emblée des vulgaires mathieux fessés), associé gérant de Lazard Frères (Tiens ! Tiens ! Le Monde est décidément bien petit !). Le rocker Louis Dreyfus est, par ailleurs, l’un des conseillers de ce Matthieu à deux t.

Notons au passage, pour expliquer ce choix singulier que Louis Dreyfus, entre 2000 et 2008, était passé, avant sa période rock n’ roll, par des fonctions importantes, à Libération puis au Nouvel Observateur. C’est dire la lutte sans pitié qui a lieu au sein de la presse française dite « de gauche » et qui s’apparente largement, dans les faits, à la comédie italienne, voire à un théâtre d’ombres !

Denis Olivennes, autre grosse tête pensante de la gauche (très, très ancien de la LCR lui aussi, dit-on) et qui officiait au Nouvel Observateur, passe à la direction d’Europe1, donc dans le giron de Lagardère, ce qui ne le changera pas trop en fait. On se souvient, en effet, qu’au NO tout le monde n’avait pas apprécié, en juin 2009, le long article brosse à reluire consacré à Nicolas Sarkozy. Cet investissement rédactionnel n’avait pourtant pas été inutile, à en juger par les invitations ultérieures à l’Elysée de l’équipe du NO (sans qu’on sache si Lagardere voisinait avec Denis dans ces mêmes dîners où Carla pouvait retrouver une vieille copine, son aînée dans le job, Ines de la Fressange) et surtout par la fin de l’histoire où Lagardère renvoie un ascenseur doré à son ami Denis. Décidément le monde est aussi petit que cette guerre y est féroce !

Demorand, qui a récemment connu les honneurs des médias pour son interview tumultueuse de Mélanchon (ce dernier a choisi de créer le buzz à chaque sortie audivisuelle ou radiophonique), ne s’assied plus désormais que sur une seule fesse, sur chacun des sièges où on l’installe (France-Inter, I-Télé, Europe1, etc.). Je crains qu’il ne prenne des risques, ce qu’il n’aime guère, en acceptant de diriger Libération (où se sont, par le plus grand hasard, succédés Louis Dreyfus (parti en 2006 avec ....l’historique July) et Joffrin qui lui même s’en va, pour remplacer Olivennes, qui lui même l’avait remplacé au Nouvel Obs.

Si vous ne suivez pas bien , prenez une feuille, un crayon et surtout une gomme.

En somme, on prend les mêmes et on recommence, le bon peuple de Francce n’y voyant que du feu. Tout cela ne débouche que sur des fiascos éditoriaux et financiers qui font que cette presse ne survit que par le soutien de l’Etat, même si elle feint de le combattre. Heureusement Libé est désormais à E. de Rotschild qui lui, au moins, n’a jamais été à la LCR mais au MEDEF, ce qui n’a pas gêné, ces dernières années, le chèvrepied iconique de la presse « de gôche », Laurent Joffrin.

Laurent Mouchard, dit « Joffrin » (on lui pardonne aisément le pseudonyme, même si l’on peut croire à une forme de prédestination !) est, en effet, avec Olivennes, le plus bel exemple de toute cette mascarade. Humilié et insulté publiquement, par Nicolas Sarkozy, dans une conférence de presse demeurée fameuse, il est revenu, comme un toutou docile, serrer la paluche présidentielle, quand à l’appel du président, devant les photographes rigolards (surtout ceux de Libé sans doute)!

Joffrin a toutefois des avantages que d’autres n’ont pas ; naviguant sans cesse entre le Nouvel Obs et Libé, il peut laisser sur place une partie de ses affaires. N’allez pas croire toutefois que, passant de Libé (donc de chez E. de Rotschild) au Nouvel Obs, il renonce au MEDEF pour la rue de Solferino ou la Place du Colonel Fabien ! Il n’y a que l’emballage et les éditos qui changent en fait.

Si vous en doutez ; ne lisez surtout pas la prose politique du NO, mais regardez plutôt simplement, dans cet hebdomadaire, les publicités, affichées comme telles ou hypocritement rédactionnelles (pour la mode par exemple, chère Yvonne !). Pour l’immobilier (cher Louis-Jean !), ne vous risquez pas dans ces annonces d’ant-dernière page, si vous n’avez pas deux ou trois millions d’euros à mettre dans l’achat envisagé. On voit aisément par là quelle est, en fait, la vraie clientèle de cet hebdomadaire que les annonceurs publicitaires, plus fines mouches que les lecteurs, ont identifiée depuis bien longtemps, sans se laisser abuser, eux, par les discours et les éditoriaux.

mercredi 2 février 2011

Retour d'Aristide en Haïti : vers une réunion des anciens présidents?

Après Baby Doc, Jean-Bertrand Aristide va-t-il regagner à son tour Haïti ?
Va-t-on vers une conférence locale des anciens présidents à laquelle pourrait se joindre René Préval?

On avait appris, après le retour de Jean-Claude Duvalier, que Jean-Bertrand Artistide, à qui cet événement inattendu avait peut-être donné des idées, souhaitait à son tour revenir au pays sur le même argumentaire. Toutefois, il ne semblait pas en mesure de le faire, compte tenu de la péremption du passeport diplomatique dont il était possesseur. Il avait, en effet, quitté le pays de façon un peu précipitée en 2004, à bord’un avion de l’US Air Force, sans qu’on sache bien si on avait, par là, facilité son départ alors que sa vie même était menacée, ou si, selon sa version personnelle des faits, il avait été carrément enlevé par les Américains.

Les jours derniers, le bruit avait couru que nul ne semblant souhaiter sa venue, sauf ceux des partisans de « Fanmi Lavalas » qui couvrent de « Titid » certains murs encore debouts de la capitale, mais qui ne semblent pas avoir le droit à la parole dans cette affaire. La situation politique est déjà passablement compliquée, même si c’est aujourd’hui même, 2 février 2011, qu’on devrait enfin connaître les résultats effectifs et, on l’espère, définitifs, du premier tour de l’éléction présidentielle qui a eu lieu le 28 novembre 2010. Ils ont donné lieu, depuis deux mois, on le sait, à de multiples déclarations et contestations.

Cette décision paraissait toutefois un peu bizarre dans la mesure où, dans le cas de « Baby Doc », on a dit et répété partout que l’exil de tout citoyen haïtien était interdit par la constitution de 1987. Ce qui valait pour Duvalier ne pouvait que valoir aussi pour Aristide.

Coup de théâtre : voici que le lundi 31 janvier, le ministre de l’intérieur, Paul Antoine Bien-Aimé, rend public, sous sa signature, le communiqué suivant :

« Depuis un certain temps certaines informations laissent entendre que le Gouvernement haïtien a refusé un passeport diplomatique à l'ancien président Jean-Bertrand Aristide, interdisant ainsi son retour en Haïti. Le Gouvernement de la République tient à rétablir les faits : l'émission ou le renouvellent d'un passeport se fait sur demande de l'intéressé au Ministère de l'Intérieur et des Collectivité Territoriales dans le cas d'un passeport ordinaire ou au Ministère des Affaires Étrangères dans le cas d'un passeport diplomatique.

Il apparaît qu'à ce jour, aucun de ces deux Ministères n'a reçu la demande d'émission ou de renouvellement de passeport de la part de l'ancien président Jean-Bertrand Aristide.

Le Gouvernement de la République donne l'assurance qu'aussitôt produite, une telle demande sera honorée avec célérité. Il tient à préciser qu'un passeport périmé ne constitue pas un obstacle au retour d'un citoyen haïtien dans son pays natal.

Dans le cas où ce retour implique une ou plusieurs escales dans un pays tiers, l'obtention d'une autorisation de ces pays peut s'avérer nécessaire, que le passeport soit périmé ou pas. »

Certes, sauf s’il affrétait un avion à ses frais pour revenir directement en Haïti, l’ex-président Aristide devrait se voir autorisé à transiter aux Etats-Unis ou en France, deux Etats qui ne semblent pas des plus favorables à son retour.

Reste toutefois une autre solution qui serait le transit par Cuba, qui ne serait sans doute pas fâché de faire cette niche aux Etats-Unis. Une telle hypothèse est d’autant moins invraisemblable que le bruit court qu’Aristide y serait déjà pour des raisons médicales. Si l’on croit, en effet, une déclaration d’Inmácula Nervil, directeur de la « Casa de Hermandad Haitiana Bolivariana » et membre du « Movimiento Unido Socialista Haitiano », J-B Aristide serait à Cuba, sur les conseils de médecins sud-africains, afin d’y recevoir des soins en raison d’affections oculaires dont il souffre.

Il serait assez symbolique et habile dans ce cas, mais sans doute, par là même, très dangereux, de le faire rentrer au pays le 7 février 2011, le jour où se termine, en principe, le mandat du président sortant, René Préval !

mardi 1 février 2011

Orange passe au rouge (seconde partie)

Comme je le disais hier en commençant, je suis, pour mon malheur et sans doute comme beaucoup d'entre vous, client d'Orange à la fois pour l'internet, la télévision et le téléphone par internet. J'ai donc signé un contrat avec cette société pour ce triple service et, initialement, pour un tarif de 29,90 euros me semble-t-il.

Naturellement, Orange, sous le vert couvert de l’écologie et des économies en énergie comme en papier, a supprimé ses factures imprimées mensuelles. En fait, comme la plupart des sociétés, Orange ne veut faire rien d’autre que des profits supplémentaires sur notre dos, tout en créant une forme d'opacité, tant sur les services qu'elle propose que sur les tarifs auxquels elle nous les facture.

Depuis des mois, les factures électroniques qui me sont adressées par Internet me demeurent inaccessibles, faute d’un mystérieux « mot de passe » qu’on exige de moi sans que je le connaisse. Le débat s'étant ouvert désormais entre les différents concurrents (comme souvent à l'initiative de Free), je me suis posé le problème du montant et des termes exacts de la facturation établie par Orange et, en particulier, du coût éventuel des communications téléphoniques par mon numéro Internet (en 09), tout spécialement en direction des mobiles.

Peut-être un lecteur de plus averti que moi de ces choses (ce qui n’est pas difficile) saura-t-il m'expliquer enfin pourquoi un appel vers un mobile est facturé à un tarif bien supérieur à celui d'un appel vers un poste fixe, alors que les compagnie en cause (SFR, Bouygue, et consorts) ont certes fait des investssements dans ce secteur, mais, d’abord et surtout, pour la clientèle de leurs propres abonnés.

Toujours est-il que je croyais, avec quelque naïveté je l’admets, que mon abonnement Orange me donnait la gratuité pour les appels vers les mobiles comme vers les fixes ou, en tout cas, le faisait, pour une certaine durée d’appel dans le mois, puisque j’avais entendu une publicité d’Orange à ce sujet.

Il me fallait donc pouvoir enfin consulter mes factures Orange sur Internet, ce qui m'était interdit faute de connaître le fameux « mot de passe » qui m’aurait permis d'y accéder ; j’ai donc fini par juger indispensable de voir ces fameuses factures, car les sommes, mensuellement prélevées sur mon compte bancaire par Orange, m’apparaissaient très supérieures au 29,90 euros du contrat initial, Après une vérification (tardive j’en conviens, car j’ai une fâcheuse tendance à présumer honnêtes les services publics ou réputés tels auxquels j’ai affaire), j'ai enfin entrepris, vendredi 28 janvier 2011 à 10heures, de me lancer dans l'aventure de la découverte du fameux et indispensable mot de passe.

A cette fin, j’ai suivi à la lettre les consignes qui figuraient sur un avis de facture pour découvrir que la chose n'était pas possible en raison de la confidentialité de ce mot de passe. En revanche, on m’a invité aimablement à un « chat’ » avec une opératrice d'Orange.

Comment résister à si séduisante proposition ? Va donc pour le « chat’ » ! Je me garderai bien ici de faire observer que, dans des documents quasi officiels, l’emploi d'un terme qui ne figure pas dans le vocabulaire administratif officiel du français dont nous sommes dotés depuis 1994, est tout à fait illégal puisque la loi Toubon interdit rigoureusement son usage. J’admets que cette anicroche à notre langue est très loin d'être la seule dans les documents d’Orange que la quête de mon sésame lexical, m’a conduit à lire.

J'ai donc fini par « chatter », avec ces réserves linguistiques et avec une certaine Audrey (cher zeugma). Celle-ci m'a aussitôt accablé de multiples questions sur tous les détails de mon identité et de mon existence pour me dire, en conclusion de notre « chat » et après une demi-heure d'échanges électroniques, qu'elle n'était pas en mesure de me donner le renseignement demandé. Selon elle, je ne pouvais que le solliciter par lettre et il me serait communiqué, sous cinq jours, par le service compétent. Audrey m'a par ailleurs assuré, en réponse à une ultime demande de ma part en ce sens, qu'il était impossible que je sois à nouveau destinataire de factures sur papier puisque mes factures étaient l'objet d'un prélèvement automatique sur mon compte bancaire. Va comprendre Charles!

Autant dire que ces braves gens, à Orange, comme à EDF et en bien d'autres lieux, refusent désormais tout simplement le moindre service en matière de facturation autre qu'électronique. Le but est triple : empêcher les usagers de consulter leurs factures, épargner aux sociétés les frais d’impression et d'acheminement postal, mais surtout dispenser de toute précision sur le détail des communications ainsi facturées ( ce qui me paraît tout à fait illégal pour le coup).

Ultime confidence d'Audrey, elle m'a conseillé de m'adresser au 3900 (touche numéro 2) , ce que j'ai fait immédiatement (il était alors 10 heures 45). Je me suis retrouvé par cette voie dans un centre d'appels manifestement situé dans un pays arabophone, à en juger par le français que parlait mon correspondant. J'avais appris le matin même qu'il y avait désormais en France plus de 4 millions de chômeurs et me suis donc étonné qu’on ne puisse trouver un seul d’entre eux pour occuper un tel emploi. Il est vrai que, comme il y a aussi beaucoup de chômeurs au Maghreb, ce n'est là après tout qu'une forme de coopération de plus.

Mon correspondant, que je nommerai ici Ali (ce n'est pas le prénom qui m'a donné mais je ne veux pas le dénoncer à la vindicte de ses employeurs), était certes plein de bonne volonté, mais il s'exprimait dans une langue qui, tout en étant un effort manifeste vers le français, ne m’était qu’assez malaisément accessible. J'ai néanmoins compris qu'Orange avait désormais modifié le tarif dont je bénéficiais pour mes trois services (Internet, téléphone et télévision), en y ajoutant, sans que le prix soit augmenté, une heure gratuite par mois de communications avec les mobiles. Merci Free, mais naturellement Orange n'a pas jugé bon d’appliquer cette généreuse et attractive modification (qui ne concernait que les nouveaux contrats de ce genre) à ses anciens et fidèles clients qui, comme moi, étaient soumis aux précédentes conditions et aux précédents tarifs, et qui donc payaient, plein pot et intégralement, leurs communications vers les mobiles. C’est pourtant ce que n'aurait pas manqué de faire une société honnête, qui aurait fait bénéficier automatiquement de cette nouvelle formule ceux qui avaient souscrit précédemment et depuis longtemps, à cette même formule.

Ali m’a précise que, si je voulais bénéficier de la nouvelle formule, il me fallait changer de type de contrat, ce qui entraînerait une interruption du service Internet pendant trois jours. La perspective de cette interruption m'a conduit à ne pas envisager la modification de mon contrat, dans la crainte que, comme souvent, les trois jours n’en deviennent quinze ! Le brave Ali m'a néanmoins suggéré d'appeler à nouveau le centre d'appel au 3900 (mais avec la touche 1 et non plus 2) pour essayer de voir si je ne pouvais pas y obtenir le fameux « mot de passe » qui me permettrait enfin d'accéder à mes factures.

Il était alors 11 heures15, ce même 28 janvier 2011, J'ai donc appelé le 3900, où, après force minutes d’attente dont on m'a assuré qu'elles ne me seraient pas facturées, j'ai enfin eu un correspondant (Français de souche ou parfait francophone). Il m'a confirmé qu’il était tout à fait possible, sur demande écrite de ma part et avec le même délai de cinq jours pour la réponse, d'obtenir ce « mot de passe ». Devant mes protestations, il m'a invité gentiment à faire avec lui le parcours indiqué sur la facture.

11 heures 35. Nous sommes donc retournés, de conserve, à mon avis de facture et il m'a invité à examiner les dispositions du « portail Orange ». Je lui ai fait observer alors qu'il y avait nulle part la moindre mention de ce terme « portail Orange », ce mot ne figurant d’ailleurs sur aucun des documents que nous avions, l’un et l’autre, sous les yeux. Force lui a été d’en convenir et je lui ai fait observer en outre que les formulaires d’Orange devraient être rédigés d'une façon plus claire et surtout que les employés qui, comme lui, étaient chargés d'y guider les clients perdus, devraient en avoir une connaissance plus précise et surtout plus exacte.

Tous les examens que nous avons faits ensemble nous ont en effet conduits à constater que l'expression « portail Orange n’y figurait nulle part et que j’étais donc dans l’impossibilité de m’y référer en quoi que ce soit.

Vous voudrez bien excuser la longueur de ce développement et les détails des faits dans lequel j'entre, mais mon vague espoir, en tant que citoyen responsable, est que le détail de mes démarches puisse permettre à l'un ou l'autre d'entre vous ou de mes concitoyens d’éviter les errances et les problèmes qui m’ont fait perdre deux heures ce vendredi 28 janvier 2011. On pourrait même espérer, mais c’est beaucoup moins sûr, que cette expérience conduise Orange (et bien d’autres sociétés) à méditer sur ce qu’on peut appeler la « sémiologie industrielle » qui devrair régir toute rédaction de document explicatif, qu’il s’agisse des panneaux de signalisation, des modes d’emploi de quoi que ce soit ou de formulaires de toute nature.

Comble du comble ! Pour faire court et pour en finir, j'ai découvert enfin, au terme de ce parcours du combattant, que le fameux « mot de passe » qu’on vous demande pour accéder aux factures Orange est en réalité le « code » (qui n’a rien d’un « mot de passe », car ces gens-là, non seulement ignorent la « sémiotique industrielle », mais aussi la langue française) qui vous a été attribué d’autorité et qui, formé de lettres et de chiffres qui ne constituent nullement un MOT, vous permet d'entrer dans votre boîte courriel,

Personne ne m’a jamais dit les choses ainsi. La mention de ce détail si simple suffirait pourtant à éclairer tout le monde, puisque chacun connaît évidemment ce code qui est indispensable à tout moment pour accéder à son propre courriel.

La leçon de ce long récit de mes épreuves qui se sont achevées aux alentours de 11 heures 45 est triple.

La première est qu'Orange est une société mal gérée, peuplée de cadres stupides et que son but ne semble que d'escroquer ses clients. J'ai découvert alors que les appels vers les portables m’étaient facturés 30 ou 40 € par mois, sans que je sois naturellement en mesure de vérifier quoique ce soit puisque les numéros prétendument appelés ne sont pas mentionnés. En outre Orange ne prend même pas la peine de faire bénéficier ses anciens clients (comme moi) des avantages que la concurrence l'oblige désormais à consentir aux nouveaux arrivants.

La deuxième leçon est que le personnel « technique » de base est constitué, pour une bonne part, d'imbéciles incompétents (ce qui est bien naturel vu le climat général de l’entreprise et l’histoire de sa création que j’ai racontée hier) ; j'avais d’ailleurs déjà eu plusieurs occasions de faire ce triste constat. Le seul objectif y est non pas de faciliter au client l'utilisation des services Orange, mais de placer des contrats supplémentaires ou de fourguer des appareils inutilisables (genre « free plugs ») sur lesquels sont versées des commissions.

La troisième leçon est plus brève. Plutôt que chez Orange, allez donc chez Free ou n’importe où ailleurs !