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jeudi 8 mars 2012

La Grèce : Sisyphe ou Danaïdes ?

Depuis huit jours au moins Jean-Jacques Bourdin sur RMC nous bassine avec l'interview qu'il va faire, ce jeudi 8 mars 2012, de Nicolas Sarkozy, candidat à la présidence de la République. Hier encore, il nous faisait espérer un entretien musclé (autre chose que ce qu'on a sur les divers médias si complaisants) avec des questions qui ne permettraient pas à l'interviewer de se dérober, comme le font la plupart des autres journalistes.  Bref comme, on allait voir ce qu'on allait voir!

Bernique ! En fait, on n'a rien vu du tout. Le candidat nous a resservi les mêmes plats réchauffés, ressortant les fiches qu'il lit à chacune de ses interviews et qu'il avait servies déjà sur France2, en particulier à François Lenglet et à Laurent Fabius, avec les mêmes chiffres qu'il tirait de son escarcelle après avoir asséné avec force que tout ce qu'on lui présentait était faux. Jean-Jacques Bourdin est pourtant un collègue et un grand ami de François Lenglet avec lequel il travaille à B.F. M.TV/RMC, où les bruits sarkoziens d'augmentation de la fiscalité des entreprises, si flous qu'ils soient, ont semé ce désordre dans le landerneau du grand capital. François Lenglet, taxé d'"imposteur" par Sarkozy à France2, aurait pu briefer un peu son ami, l'intrépide Bourdin, puisque les chiffres du candidat-président étaient exactement les mêmes que le mardi, aussi bien sur le chômage que sur la croissance du pouvoir d'achat. Les uns et des autres démontrent que, comme tout le monde le constate chaque jour en France, le pouvoir d'achat ne cesse de croître tandis que le chômage diminue !

Le moment le plus drôle de cet interview a été celui où Nicolas Sarkozy, essayant de solliciter l'approbation de Jean-Jacques Bourdin, a provoqué chez ce dernier une retraite paniquée ; elle s'est exprimée en une plainte déchirante, aussi douloureuse que déontologique : « Ne me prenez pas à témoin !". Voilà ce que manifestait Bourdin dans la terreur de devoir approuver ou désapprouver une déclaration de celui qu'il avait pourtant annoncé comme devant être la victime de ses assauts sans concession. Tu parles!

L'avantage de ce type d'entretien est, en principe qu'on peut prétendre posées par les auditeurs les questions qu'on hésite à formuler soi-même. C'est ainsi que RMC a bénéficié d'un scoop, refroidi depuis des semaines, le candidat à sa propre succession ayant déclaré son abandon de la politique en cas d'échec. "Pays de merde!" comme disait l'autre!

La grande question du jour dans toute notre presse nationale, en cette "Journée de la femme" où l'on constate aussi une baisse du nombre des accidents de la route en février, est, dans cette habile combinaison des thématiques qui est désormais le must du journalisme, celle de savoir si les femmes conduisent mieux ou plus mal que les hommes.

Vaste question et qui mérite tout l'intérêt de la France alors que, en ce même jour, se joue une autre partie dont, en revanche, personne ne parle. Il s'agit pourtant du sort de la Grèce et sans doute, au-delà, celui de l'Europe puisque c'est aujourd'hui même que les choses doivent être tranchées.

Tonneau des Danaïdes ou rocher de Sisyphe ?

La Grèce en qui l'on voit, sans grande raison au fond, la mère de la démocratie (car l'Athènes du Vè siècle était une drôle de démocratie!) est plutôt celle de mythes qui sont autant de métaphores.

C'est en effet aujourd'hui que doivent être prises par ses créanciers des décisions définitives sur la dette de cet Etat clairement insolvable. Je n'ai pas le talent de Gaël Giraud, mais on peut se reporter à mes précédents blogs où j'ai longuement cité ses lumineuses explications! En gros et avec mes mots, la question majeure est de savoir si les créanciers voudront bien sacrifier sur l'autel grec une grande partie de leurs créances actuelles. Il leur faut en effet aujourd'hui renoncer à une partie de ces créances sur la Grèce, sans que soit exactement fixé le montant de ce sacrifice qui devrait se situer autour de 70 %. En d'autres termes, si la Grèce vous doit 100 €, en cas d'accord pour 90% de l'ensemble de la dette grecque, elle ne vous en devra plus que 30 euros, étant entendu que seront réaménagés aussi les taux d'intérêt et les délais de remboursement.

Le problème est qu'il faut que les créanciers se manifestent en quasi-totalité et donnent leur accord. La tentation est donc grande donc pour certains d'entre eux de ne pas se manifester et de laisser les autres déchirer leurs créances, tandis qu'eux-mêmes garderaient les leurs. Comme écrivait le sage César (il ne s'agit plus de l'Antiquité gréco-romaine mais de Pagnol et de Marius) , quand son fils Marius était occupé à des recherches océanographiques qu'il jugeait dangereuses : « Quand ce sera trop profond, laisse un peu mesurer les autres ! » Le tout avec l'accent marseillais bien sûr.

L'heure est grave et décisive puisque si l'on arrive pas à un très fort pourcentage (90% je crois) de créanciers qui acceptent de leur plein gré (avec le bras un peu tordu toutefois) la réduction de leurs créances, la Grèce sera en défaut de paiement c'est-à-dire en faillite avec les conséquences que cela peut avoir à la fois sur la Grèce (ce qui ne préoccupe guère beaucoup de gens), mais aussi sur l'euro et l'Europe puisque le fameux "plan de sauvetage" tomberait, si je puis dire, à l'eau!

Si la Grèce est mise en défaut de paiement, donc en faillite, ceux qui en ont feront alors jouer les fameux CDs dont Gaël Giraud nous a récemment expliqué les subtils mécanismes et Jean rira tandis que Jean pleure! La presse française s'en fout clairement et n'est même pas au courant, on l'a vu, mais que se passe-t-il dans les salles de marché et dans les hautes sphères de la finance? A-t-on mis le champagne au frais ou prépare-t-on les mouchoirs ?

dimanche 26 février 2012

La Grèce et les CDS



La présentation par Gaël Giraud de la crise grecque est fort intéressante, même si une partie des faits est connue. Il s'agit en particulier de la falsification des comptes publics par les experts de Goldman Sachs pour permettre l'entrée de la Grèce dans la zone Euro. Elle aurait coûté à l'Etat grec, dit-on, 300 millions de $, mais les "paquets Delors lui avaient rapporté infiniment plus ! Le rôle des CDS en revanche n'est ni connu ni évoqué.

De toute façon, dans l'UE, tout le monde maquillait ses comptes, y compris la France qui n'a jamais respecté la fameuse règle des 3% qu'on veut faire "d'or" aujourd'hui, sans savoir, apparemment, que l'or est l'un des métaux les plus mous!
Ecoutons donc G. Giraud :
"Autre exemple d'utilisation assez pernicieuse des CDS : la Grèce.
La Grèce est entrée dans la zone euro en 2001 et vous savez qu'elle devait satisfaire à un certain nombre de critères, les critères de Maastricht. En réalité elle n'y satisfaisait pas en 2001. Simplement, la Grèce a maquillé ses comptes publics pour donner le change à Bruxelles. Certes, le fonctionnaire de Bruxelles a très certainement pigé en 2001 que les comptes n'étaient pas tout à fait exacts, mais il a fermé les yeux, en se disant que l'essentiel était que la Grèce entre dans la zone Euro.  Elle allait entrer dans un cercle vertueux s'est-on dit à Bruxelles, elle allait bénéficier d'un plan européen, qui allait lui permettre d'avoir une croissance forte, un peu sur le modèle espagnol ou irlandais ... Et très vite on oublierait le "péché originel" de 2001, à savoir  qu'elle ne satisfaisait pas aux critères de Maastricht. Grâce à qui la Grèce a-t-elle maquillé ses comptes? Grâce à des experts financiers de Goldman Sachs. Ils sont venus de New York et ont aidé à maquiller les comptes. On découvre maintenant qu'un grand nombre d'institutions financières  ont acheté des CDS sur la Grèce. Conséquence? A chaque fois qu'une mauvaise nouvelle sur la Grèce tombe, vous avez maintenant des gens qui gagnent de l'argent. Je ne peux certes pas vous assurer que Goldman Sachs en gagne beaucoup. Je n'en sais rien et personne n'en sait grand-chose en réalité car ces marchés sont toujours aussi opaques. La certitude est que beaucoup de CDS sont activés sur la Grèce aujourd'hui, et il y a des gens qui gagnent de l'argent au fur et à mesure que la Grèce s'effondre.

Je vais vous dire un autre détail étrange dont des traders m'ont informé. J'ai en effet gardé contact avec d'anciens collègues que j'avais dans une autre vie avant de devenir jésuite.Vous avez vu les séries d'ordinateurs des traders en salle de marché. Une salle de marché est une sorte de vaste plateau à l'américaine avec une grande rangée d'ordinateurs, 200 à 300 téléphones... Et devant un ordinateur sur quatre, il y a un trader avec son téléphone, qui vend et achète. Il y a en permanence activé un service (fourni par la société Bloomberg) qui, sur la partie supérieure de l'écran d'ordinateur, lui transmet des informations en continu sur ce qui se passe dans le monde. Par exemple, ceux qui étaient au travail hier ont appris immédiatement que Moubarak était parti, que Souleiman avait pris le pouvoir en Egypte.
Mais depuis un an maintenant, les informations qui concernent la Grèce sont transmises sur un bandeau rouge clignotant _ et uniquement pour la Grèce. Vous imaginez combien c'est anxiogène. Vous voyez ce bandeau rouge clignoter de temps en temps, chaque fois qu'il y a du nouveau sur la Grèce.  C'est comme lorsque vous prenez le métro dans Paris, vous entendez sans arrêt «Attention aux pickpockets! Conservez bien vos affaires près de vous, ne les laissez pas traîner ... etc. » Vous entendez ce type de message à longueur de journée. Quand vous rentrez chez vous en fin de journée, vous êtes convaincus qu'il y a un nombre incroyable de pickpockets dans le métro. Pourtant, vous n'en avez jamais vu un seul. C'est un message subliminal : vous êtes intimement convaincu qu'il y a des pickpockets partout parce qu'on vous le répète en permanence. Mutatis mutandis, vous avez en salle de marché un phénomène analogue : ce bandeau rouge clignotant très anxiogène délivre le message « Attention, attention, la Grèce va mal ». Le trader avec qui j'ai parlé me disait : évidemment, au bout de six mois de ce traitement, on se demande vraiment ce qui se passe sur la Grèce. Ça ne doit pas aller du tout.
Certes, si on fait une analyse fondamentale sur l'économie grecque, c'est sûr que la Grèce va très mal. Mais bien d'autres pays vont beaucoup plus mal que la Grèce, et pèsent beaucoup plus lourd qu'elle. La Grèce vaut moins de 3% du PlB européen, ce n'est pas vraiment le sujet primordial aujourd'hui dans le monde. La Californie va au moins aussi mal que la Grèce et pèse dix fois la Grèce. On devrait peut-être s'intéresser à la Californie, par exemple...»

G. Giraud de conclure :"Mutatis mutandis, imaginons que j'aille voir un chirurgien pour me faire opérer, d'une opération chirurgicale délicate, avec une chance sur deux de ne pas me réveiller. C'est comme si le chirurgien avait la possibilité, à mon insu, de devenir le récipiendaire de mon assurance-vie. De sorte que si l'opération réussit, je dois le payer, et si l'opération échoue, je ne peux plus le payer mais il touche mon assurance-vie. Vous voyez, c'est exactement la même chose".

Remarques personnelles d'Usbek (et non de Gaël Giraud!) pour en finir avec le sujet. On peut ressortir ici, une fois de plus, l'inusable formule de Clémenceau et dire que la gestion des Etats est une chose trop sérieuse pour la confier à des politiques, surtout quand ils veulent jouer les Jean Monnet et les Robert Schuman. Toutes les affaires européennes sont conduites, depuis des décennies, avec une totale absence de clairvoyance et même de simple bon sens, chacun voulant laisser son nom à l'histoire et de ce fait même, imposant à l'évolution d'absurde marches forcées.
Un cas en ce moment avec le fameux "Mécanisme européen de je ne sais quoi" qui est, en somme, le décret d'application d'un traité qui n'existe pas encore ! Comment mieux mettre la charrue avant les boeufs!
Un des exemples les plus nets et les plus funestes est celui de l'euro quand, dans l'ignorance de la totale diversité économique et sociale de l'Europe, les politiques, assez stupides pour y voir un outil d'unification au seul motif que les touristes pourraient user des mêmes billets dans les divers pays, ont imposé la monnaie unique contre l'évidente solution de bon sens de la monnaie commune! On voit désormais les conséquences funestes d'un tel choix même si les "décideurs" (tu parles!) ont bien sûr trouvé, moyennant ces juteux contrats de l'UE, des "experts" économistes pour appuyer un choix si clairement stupide! On achète les expertise en matière économique comme dans l'industrie pharmaceutique et dans tous les domaines, même si les "experts" favorables à la monnaie unique sont devenus curieusement muets aujourd'hui. On se demande d'ailleurs pourquoi on nous bassine tant avec le rôle de la Grèce dans les affaires de l'euro puisque comme bien d'autres Etats de l'Union européenne, elle pourrait bien être dans l'UE sans être dans la zone euro.
 




lundi 23 janvier 2012

Triple A et déontologie économique (1)


Triple A et déontologie économique (1)
Daniel dans la fosse aux lions.

Je vous explique d'abord le sous-titre un peu étrange de ce blog.

Il ne s'agit pas en effet du Daniel de la Bible que vous connaissez et qui, pour avoir été trop perspicace, fut placé dans la fosse aux lions .Il s’agit ici de Jean-Marc Daniel, professeur d'économie à l'Ecole Supérieure de Commerce de Paris et qui ignore, à n'en pas douter, l’intérêt que je lui porte.

Je ne le connais en fait que pour l'avoir vu quelquefois (trop peu souvent malheureusement) dans l'émission d'Yves Calvi qui passe chaque jour sur la Cinq et où l’on revoit toujours les mêmes binettes d’intervenants qui n’ont pas d’autre souci que leur promotion personnelle.

Si le Daniel de l’Ancien Testament avait dû affronter de vrais lions, Jean-Marc Daniel n'a à affronter que les coyotes de la presse française. Il a écrit, en effet, dans le Monde, me semble-t-il, mi-2011, un fort intéressant article sur les agences de notation . Il était le premier à expliquer comment on en était venu à la situation actuelle, au terme d’un processus historique aussi complexe qu’ignoré. Toute la presse française a repris cet article dans l'année qui a suivi, souvent sans en indiquer la source.

Cet article, fort intéressant, non seulement donnait les détails historiques de l’affaire, mais mettait en évidence des liens, majeurs et secrets, avec la finance, le politique et surtout des intérêts particuliers.

On a récemment découvert les liens qu'il peut y avoir entre, par exemple, l'industrie pharmaceutique et médicale et les experts et consultants de tout poil qu'elle emploie à son service, soit directement, soit indirectement. En revanche, en France du moins, on ne parle guère de ce qui se passe dans le monde de la finance, où ce type de confusion est permanent et bien pire. Les experts, les consultants, les « auditeurs » ont souvent (pour ne pas dire toujours et inévitablement) des liens directs ou indirects avec les situations qu’ils sont chargés d'analyser et de juger.

Aux Etats-Unis, en revanche, il y a enfin, après des affaires aussi retentissantes que celle qui a réuni Enron (groupe industriel) et Andersen (cabinet d’audit), un groupe d'économistes américains qui se propose, non sans mal, de poser les bornes déontologiques qu'implique ce genre de situation. Il est curieux qu’on parle d’ailleurs de conflits d'intérêts, alors qu’on pourrait tout aussi bien et de façon plus précise, parler de convergences d'intérêts. Le conflit, lui, se situe au niveau de la morale professionnelle que les intéressés ne connaissent guère et dont ils se moquent, mais la convergence est établie entre leurs intérêts et leurs profits personnels et les décisions qu’ils sont en position de prendre ou de faire prendre.

Dans l’article de Jean-Marc Daniel, un détail est tout un symbole. Il indique en effet que le créateur, si l'on peut dire, des agences de notation a été Eugène-François Vidocq, truand bien connu avant et après son séjour dans la police, qui a créé, en 1833, le « bureau de renseignements pour le commerce », une agence de détectives, qui recueillait pour les créanciers des informations sur les emprunteurs. On était plus moral qu’aujourd’hui à l'époque puisque, le comme le rappelle Jean-Marc Daniel, : « Vidocq sera jugé en 1843 pour avoir frappé un débiteur afin de lui soutirer des informations » !

Je passe plus vite encore sur les débuts, en 1909, de John Moody (maudit ?), ex-journaliste financier (Tiens ! Tiens ! It rings the bell !) qui créa, à proprement parler, le système de la notation, afin d'évaluer, d'une façon censée être rigoureuse, les risques pris par les créanciers. S&P suivit en 1916 et Fitch en 1924. Bien entendu, les crises boursières, et surtout celle de 1929, furent de grandes périodes d'activité pour ces agences qui se consacraient alors essentiellement à l’Amérique, du Nord comme du Sud.

Le point est le plus intéressant et qui pourrait nous annoncer des événements futurs, dans la mesure où le financier a les liens les plus étroits avec le politique qu’il gouverne de plus en plus, est, déjà, l'affaire de la Grèce.

La première dégradation de la Grèce, dans les années 30, fut à l'origine de la fin du gouvernement de Venizelos qui fit le lit des monarchistes qui revinrent au pouvoir en 1935 et permit ensuite l'arrivée au pouvoir du général Metaxas et le début du régime fasciste dit "des généraux" (c'était là le métier de Plastiras comme de Metaxas). La dictature grecque conduisit d’ailleurs Moody’s a exprimer ses regrets et à s'engager (serment d’ivrogne !) à ne plus noter les Etats.

Cet article de Jean-Marc Daniel est donc fort intéressant pour le détail des faits qu'il rapporte, mais surtout sans doute pour mettre en évidence les relations entre le financier et le politique et peut-être pour éclairer aussi l'avenir d'un certain nombre d'Etats européens.

(A suivre)

vendredi 23 décembre 2011

« Les Turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil... »

Il ne s'agit pas là de l'Arménie, mais de Chio, "l'île des vins" que le Père Hugo évoquait dans "l'enfant grec" (celui qui, déjà, tel un petit marseillais des quartiers Nord, ne voulait, pour son Noël, que "de la poudre et des balles"), que nous avons tous appris autrefois à l'école.

La turquerie (mais sans le Mamamouchi) était hier à l'ordre du jour au Palais Bourbon. Le génocide arménien n'y a pas fait recette et nos représentants, en cette période festive, avaient choisi les grands magasins et les courses de Noël. Il faut bien admettre qu'il n'y avait pas la foule, même en regroupant les rares assistants pour la télé et ses savants cadrages! Pas même un député sur dix quoique, comme on nous le dit, le texte ait été voté " une large majorité".Vive l'électronique parlementaire!

On se fâche avec les Turcs sans combler les Arméniens qui sauront apprécier et évaluer à sa juste mesure l'intérêt de la représentation nationale française pour leur cause. Enfin Devedjian a pu à nouveau attirer la presse et Renaud Muselier a été l'un des rares à se manifester publiquement sur le sujet. Il est vrai qu'il est lui-même, comme par hasard, marseillais et qu'il doit, si j'ose dire, "marquer à la culotte" sa rivale, UMP et phocéenne, Madame Boyer qui est à l'origine du texte.

Hollande, toujours prudent, a donné des espoirs et des assurances à tout le monde (et d'abord à lui-même) en rappelant que le texte doit être approuvé par le Sénat (passé à gauche) et surtout que l'ordre du jour des assemblées peut-être modifié par le gouvernement (suivez son regard , certes normal mais qu'il peut espérer présidentiel).

Les Turcs ont été assez réactifs (trop selon Juppé!)pour nous faire, comme on pouvait le prévoir, la réponse du berger à la bergère, car, pour ce qui est des génocides, nous sommes, à une échelle plus modeste certes, en assez mauvaise position pour donner des leçons aux autres et ils n'ont pas manqué de nous le rappeler. Mais quel peuple peut prétendre ne pas avoir eu, à moment ou à un autre de son histoire, avoir eu quelque activité génocidaire même si elle était de moindre ampleur?

Le problème n'est d'ailleurs pas là. Le plus curieux de la chose est que si la France verse volontiers des larmes, plus ou moins sincères quand elles ne sont pas méridionales, sur le génocide arménien, elle n'en connaît manifestement pas bien le déroulement historique. En effet, à d'autres moments, nous nous apitoyons tout autant sur le sort infortuné des pauvres Kurdes qui furent pourtant, à bien des égards, les instruments les plus sanglants du génocide arménien.

Il y a probablement, dans tout cela, du côté français comme du côté turc, aux plans nationaux et international, des arrière-pensées, des sous-entendus et des plans sur la comète, dont on ne nous informe guère et qui ne nous intéressent, en fait, pas davantage.

Espérons toutefois que la mise au pilori de la Turquie apportera quelques consolations dans leur malheur d'abord à Bachar el Assad, qui ne doit pas être fâché de voir la communauté internationale se donner enfin une autre tête de Turc, et surtout aux Grecs que les malheurs ottomans distrairont un instant de leur austère morosité.

vendredi 19 août 2011

Eva Choly : « Chus à la Chuisse ! »

J'écoutais ce matin sur Europe 1 Eva Joly interviewée par Thierry Guerrier depuis Clermont-Ferrand où se tient je ne sais quel raout d'Europe-Ecologie-les Verts (formation dont le nom même en dit long sur la capacité d’unité et de synthèse !).

Deux remarques liminaires.

L'une que les moins de 30 ans ne peuvent pas comprendre ! Dans le contexte séculaire des relations entre la France et l'Allemagne et surtout à la lumière des films innombrables où figurent les Allemands parlant français (les uns, plaisants comme le regretté Francis Blanche, les autres beaucoup moins en général en tenues militaires ou gestapistes), l'accent norvégien d’Eva Choly évoque fâcheusement, pour certains au moins, une prononciation teutonne du français qui ne rappelle pas toujours des situations et des événements dont on a plaisir à se souvenir.

Cela dit, Eva Joly, en dehors de quelques perspectives intéressantes mais totalement utopiques (le désarmement général en particulier dans lequel elle s'imagine, non sans candeur, avoir comme soutien direct le président Obama qui pour le moment n'a pas montré beaucoup de signes dans cette perspective au cours de ses trois années de présidence) a trouvé la solution que j'ai résumée par le titre de ce blog.

« Chus à la Chuiche ! »

Aux yeux d’Eva Choly, il suffit en effet, pour résoudre les problèmes de la Grèce et de son endettement, de récupérer en Suisse les milliards que, des décennies durant, les gros fraudeurs hellènes ont déposés, riche butin de leurs profits illicites, dans les banques helvètes. L'idée est en effet excellente ; on pourrait en prendre de la graine pour récupérer du même coup tous les dépôts mirifiques qu'ont pu faire à Berne Zurich ou Genève tous les fraudeurs du monde ainsi que tous les dictateurs qui, dans la même période, ont pillé les finances de leur pays.

Le seul problème est avec les Suisses eux-mêmes, qui, dans le passé, n'ont jamais montré le moindre enthousiasme pour des mesures infiniment plus modestes et plus réduites que la récupération que prône Mme Joly !

Il nous faudra donc probablement envahir la Suisse et, de préférence, de tous les côtés à la fois pour tourner leurs défenses ; les Européens ont en effet cet avantage stratégique de cerner complètement ce pauvre petit pays. Comme les Suisses, qui ont tous leurs fusils et leur paquetage dans l'armoire de la chambre à coucher, vendront sans doute chèrement leur peau, il faut se préparer à quelques difficultés dans ce domaine.

Ce qu'il y a d'amusant chez Eva Choly est que coexistent en elle deux éléments contradictoires.

D’un côté, une forme de lucidité dans les solutions qu'elle envisage et qui consistent aussi bien à éviter les dépenses inutiles (comme les dépenses militaires et en particulier l'entretien d'une force nucléaire désuète et dont on ne se servira évidemment jamais) qu'à prendre les mesures contre la fraude fiscale (qu'elle soit personnelle et spontanée ou organisée par l'État lui-même dans le cadre de ses fameuses mesures fiscales qui sont plutôt des chenils que des niches).

Le curieux de l’affaire est que cette clairvoyance s'accompagne d'une totale cécité politique lorsqu'elle parle avec conviction du moment où Europe-Ecologie-les Verts sera à la tête de la France.

Voilà des formes de raisonnement qui m'inquiètent davantage encore que l'accent norvégien ou teuton de Mme Eva Joly.

jeudi 28 juillet 2011

Connaissez-vous les "PIGS"?

Les débats actuels autour de la situation économique financière et monétaire de l'Europe m'ont remis en mémoire un débat que j'avais suivi, dans les années 90, d'une oreille et d'un oeil également distraits, à propos de l'instauration en Europe d'une monnaie commune ou unique. Il opposait surtout les économistes, les uns plaidant pour une monnaie unique, les autres recommandant plutôt une monnaie commune ; ce point technique ne devait guère intéresser dans la mesure où, faute d'y réfléchir et les deux adjectifs étant regardés comme plus ou moins synonymes, on ne faisait pas trop la différence.

Elle éclate pourtant désormais aux yeux de tous et nous ne sommes pas au terme des problèmes qui ont découlé d'un choix aveugle et absurde que nos crétins d'hommes politiques (dont beaucoup sont toujours en scène) nous ont imposé. Nous sommes, en effet, dans une situation inextricable qu'ont créée tant le statut politique européen que le choix stupide de la monnaie unique.

Durant les années 90, le débat s'est instauré sur cette question du choix entre monnaie commune et monnaie unique, mais il est clair que la tendance dominante était en faveur de la seconde pour des raisons politiciennes puisqu'on pensait que cette monnaie unique conduirait à l'unité culturelle politique et sociale de l'Europe, ce qui est évidemment absurde et la suite l'a bien montré, sans que nous soyons hélas au terme du processus et des malheurs qui en découlent.

La politique commune se détermine souvent au gré des ambitions personnelles des uns ou des autres, seule la totale irresponsabilité étant commune à tous. Les palinodies sur cette question ont en outre été nombreuses ; je me souviens en particulier de celle d'Édouard Balladur qui, en 1992, s'affirmait, arguments et livre à l'appui, un partisan résolu de la monnaie "commune", avant de devenir, en 1995, un apôtre de la monnaie "unique". Ses propres projets politiques avaient entre-temps évolué et briguant la présidence de la république, il cherchait par là le soutien des milieux financiers propres à financer sa campagne.

Si j'ai bien compris (et que d'éventuels lecteurs économistes n'hésitent pas à me corriger si je trompe), une monnaie commune aurait permis à chacun des Etats de conserver sa monnaie nationale mais, en revanche, des parités auraient été fixées, de façon permanente voire définitive, par rapport à cette monnaie commune qui aurait parfaitement pu être l'euro lui-même, mais sans que, pour autant, nous ayons des pièces et des billets dans cette monnaie, même si la chose aurait pu être aussi envisagée. Vers la fin des années 90, nous avons donc tous été endoctrinés par nos dirigeants en faveur de la monnaie unique et seuls quelques économistes (probablement distingués) ont continué à soutenir qu'il eût été préférable d'opter pour une monnaie commune.

Quinze ans plus tard, relisons les questions que se posait alors Jean-Michel Naulot :
" Les peuples sont-ils parvenus à un degré de solidarité tel qu'aux quatre coins de l'Europe on soit prêt à faire les sacrifices nécessaires pour aider son voisin ? Si tous les peuples de l'Union ne sont pas capables de répondre "oui", sans aucune arrière pensée, le risque d'une crise majeure est grand, dès le début de tout ralentissement du cycle économique". Quel prophète!

En 1999, date du début de l'euro, on avait déjà oublié depuis longtemps la thèse défendue par J.M. Keynes qui, lors de Bretton Woods, avait " proposé le principe d'une monnaie internationale commune - complémentaire donc des monnaies nationales - qui ne circulerait qu'entre Etats et non au sein des Etats. Elle ne se substituerait donc pas aux monnaies nationales qui, dans chaque pays, correspondent à des territoires de production et de politique économique."

Les premières années de l'euro ont semblé donner raison à ce choix de monnaie unique et pour les plus mauvaises raisons qui soient. Tous ceux qui voyageaient en Europe ont été évidemment ravis de pouvoir avoir la même monnaie en lieu et place des monnaies nationales. En revanche, dix ans d'expérience ont montré que cette monnaie unique n'a en rien changé la culture et les habitudes européennes. L'Europe sociale, économique et politique n'a pas progressé d'un pouce suite à l'existence de l'euro.

Il est bien évident aujourd'hui que ce choix de monnaie unique a été, somme toute, stupide et funeste ; nous en payons désormais les conséquences et l'addition est bien loin d'être close, sans que pour autant nul ne songe à demander des comptes aux décideurs politiques qui nous ont engagés dans cette voie sans issue autre que fatale et qui pérorent toujours sur les mérites de l'euro

En effet une monnaie commune nous aurait épargné la plupart des ennuis que nous connaissons aujourd'hui et dont nous n'avons pas fini d'épuiser les charmes, en particulier avec les pays du Sud de l'Europe. En conservant une monnaie nationale dans le cadre d'une monnaie commune, les Etats auraient pu faire face plus facilement à leurs problèmes spécifiques et surtout conserver des politiques économiques et sociales différentes, quitte à changer, en cas de nécessité absolue, les parités au sein de la monnaie commune. De tels changements n'auraient en rien mis en cause ni menacé cette monnaie commune qui aurait permis, en revanche, d'avoir face au dollar et au yen un espace monétaire européen cohérent, même si, en son sein, le cours de la peseta ou de la drachme par rapport à cette monnaie commune venait à changer.

Mais qui dit monnaie unique dit inévitablement compromis entre des intérêts économiques et des moeurs sociales et politiques qui peuvent être très différents voire opposés. Or, lors du passage à l'euro, certains Allemands, qui n'apprécient les rives septentrionales de la Méditerranée que pour leurs clubs de vacances, avaient déjà clairement prévenu qu'ils n'accepteraient pas de payer pour les pays qu'ils appelaient les " PIGS" ( = Portugal, Italy, Greece,Spain).

Ils sont sans doute bien plus nombreux aujourd'hui qu'en 1999!

vendredi 22 juillet 2011

L'ardoise grecque : « Dans sept ans, on rasera gratis »

Dans le salon de coiffure de Figaro, on se souvient qu'on lisait sur une pancarte cette formule prometteuse mais, inévitablement, jamais mise en oeuvre : « Demain on rasera gratis ». À Bruxelles, à propos du remboursement de la dette grecque, on vient d'adopter une variante de cette promesse en allongeant de sept ans le délai de remboursement de la dette de la Grèce dont tout indique qu'il ne surviendra jamais. Aurais-je été consulté que j'aurais suggéré d'éviter, en la matière, le chiffre de sept ans, traditionnellement associé au malheur dans les cas où l'on brise un miroir. Toutefois, ce n'est évidemment pas très grave puisque, à l'échéance, il est clair que M. Sarkozy et Mme Merkel ne seront plus aux affaires et que nul n'aura l'idée saugrenue de leur demander des comptes. L'essentiel pour eux est donc de laisser cette ardoise en forme de patate chaude à leurs successeurs. De toute façon, avec sept ans de plus, la patate sera considérablement refroidie et de l'eau aura coulé sous le pont de l'Europe.

Haro sur les Grecs ! C'est la formule dont tout le monde use désormais pour dénoncer les turpitudes financières hellènes, en oubliant simplement deux détails pourtant essentiels.

Le premier est que, exception faite du Luxembourg, aucun État européen n'a appliqué les dispositions du plan de stabilité qui interdisait de dépasser le seuil d'impasse budgétaire qui avait été fixé et voté en commun. La seule différence entre les Grecs et les autres et que les Grecs ont payé, en plus, et fort cher, une banque américaine (Goldman Sachs) pour trafiquer leurs comptes budgétaires. Nous l'avons fait nous-mêmes, de façon plus discrète mais sans la moindre hésitation ; comme, de toute façon, lorsqu'il a été question de vérifier ces comptes nationaux, la France comme l'Allemagne s'y sont opposés; nous ne risquions donc pas grand-chose et cela d'autant que tout le monde le savait.

Ajoutons, et c'est le second point, que l'argent que les Grecs empruntaient à tout-va, leur permettait, en particulier, de s'armer de façon démentielle contre les Turcs, en particulier en achetant des armes en France et en Allemagne, ce qui arrangeait bien les industries d'armement des uns comme des autres.

Tous ceux et toutes celles qui ont vécu en Grèce et qui, de ce fait connaissent bien, de l'intérieur et par expérience directe, les moeurs de ce pays sont actuellement morts de rire en regardant les reportages qu'on fait sur ce pays et où l'on découvre des caractéristiques helléniques qu'ils ont constatées depuis longtemps.

Absence de cadastre (sauf dans les lieux qui, comme Corfou, furent un moment vénitiens) ; il en résulte naturellement que la plupart des maisons sont construites sans l'équivalent de ce que nous appellerions un permis de construire. Il n'est donc pas question de systématiser un impôt foncier ; quant à ceux qui sont suffisamment peu grecs et par là relativement soucieux des règlements pour demander l'autorisation de construire une maison, ils sont aussi assez grecs, et par là même retors, pour ne pas, à quelques détails près, l'achever totalement, ce qui dispense de la voir soumise à l'impôt puisqu'elle reste par là considérée comme étant "en état d'achèvement futur".

L'usage des chèques ou des cartes de crédit est à peu près inconnu dans ce pays, ce qui naturellement conduit à ce que la plupart des transactions se font en argent liquide, sans facture et donc sans payer la TVA. Ce détail explique que on peut s'interroger sur la pertinence des hausses actuelles de TVA qui viennent d'intervenir dans le plan d'austérité mises en place par Athènes. Faire passer la TVA dans la restauration de 13% à 23 % n'a donc guère de sens si personne ne la paye...sauf les étrangers ! Le système fiscal existe à peine là-bas et on estime en gros que seuls 13 % des citoyens grecs payent des impôts.

On connaît la fameuse niche fiscale des armateurs qui sont dispensés d'impôt parce que l'on considère que l'armement maritime est, avec le tourisme, la principale richesse de la Grèce. Il est exact que l'armement maritime grec est l'un des premiers du monde mais cela n'a guère d'intérêt pour le ministère du budget puisque cela ne lui rapporte rien du tout, sur ce plan, en matière fiscale. On comprend la logique théorique de cette mesure qui vise à rendre ce secteur particulièrement compétitif dans le monde ; il aurait l'avantage de créer des emplois si les dits armateurs employaient des équipages grecs, ce dont je doute fort. On comprend moins cette démarche de recherche de compétitivité marchande quand cette exemption fiscale s'applique aussi à l'église orthodoxe qui est portant le premier propriétaire foncier de l'État.

Le plan d'austérité mis en place en Grèce est si drastique (du grec "drao"!) qu'on se demande même si des pans entiers n'en seront pas totalement abandonnés ou ne seront mis en oeuvre que de façon totalement illusoire. Chacun sait en Grèce comment se sont évaporés bien des milliards des aides européennes ; on les appelait là-bas « les paquets Delors » car les fonds ont été acheminés en paquets entiers de coupures (toujours de culte de la liquidité...depuis Héraclite et son "panta rhei" ) vers des paradis fiscaux par les hommes politiques en place à l'époque (des socialistes!). Il est donc à craindre que les milliards qu'on va déverser sur la Grèce ne suivent, pour partie, le même chemin, à moins qu'on ne contrôle, de façon très stricte, qu'ils sont effectivement utilisés pour le remboursement de la dette.

Dans sept ans on rasera gratis tandis que la Grèce soldera sa dette, avec l'argent qu'on lui aura prêté si, entre temps, elle ne l'a pas mis aux Iles Caïman.

Au fait, le "Tonneau des Danaïdes" c'est bien aussi un truc grec?

mercredi 5 mai 2010

Hue l'UE!

Le fringant coursier européen, qu’on voyait déjà distancer tout le monde dans le tiercé économique de l’avenir, se change en haridelle poussive et donne des signes de faiblesses que de nombreux indices permettaient toutefois de pressentir.

Les réticences spontanées des peuples eux-mêmes, de la France à l’Irlande en passant par les Pays-Bas, ont été contournées par les politiques qui avaient été assez aveugles et/ou sots pour interroger leurs électeurs.

Nos décideurs français, nourris par les hussards noirs de la République des images de Charlemagne et de Napoléon, se sont vus, un peu trop tôt et trop vite, en pères historiques d’une Europe unifiée, ce qui est naturellement une idée totalement absurde si l’on croit pouvoir la réaliser au cours une période aussi brève. On ne passe pas si facilement et si vite de la mini-Europe, issue la Communauté « charbon-acier » imaginée par Jean Monnet et Robert Schuman, qui visait d’abord à réconcilier la France et l’Allemagne, à une Europe à 27qui réunit, à la hâte et sur le papier surtout, des Etats qui n’ont à peu près rien de commun, pour ce qui touche à l’essentiel !

Il sera intéressant de voir si, dans la situation actuelle, on va célébrer avec le faste attendu le soixantième anniversaire de la déclaration du 9 mai 1950, faite par Robert Schuman (qui, rappelons-le au passage, était d’ailleurs, par sa naissance, luxembourgeois !). Je n’en citerai ici qu’une phrase, pleine de bon sens mais bien oubliée : « L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait ».

Comme l’affaire de la Grèce le montre, la solidarité n’est pas tout à fait au rendez-vous, surtout si on la souhaite forte et spontanée. Dans la négociation actuelle sur les prêts consentis à la Grèce, on ne sait pas trop qui a exercé un chantage sur l’autre ! Les Allemands et les Français sur les Grecs, en leur disant : « Si vous ne mettez pas de l’ordre dans vos affaires et si vous ne vous serrez pas la ceinture, on ne vous prête plus rien » ou les Grecs sur l’Allemagne et la France, en les menaçant de quitter l’UE et donc de ne rembourser qu’en drachmes (donc en monnaie de singe) ou même pas du tout, ses principaux créanciers… les banques allemandes et françaises ?

Tout cela n’est, en réalité, que du théâtre, car tout le monde se tient par la barbichette. DSK et le FMI, avec leurs pauvres 30 milliards, ne sont là que pour jouer les croquemitaines, comme dans les pays du Tiers-Monde, où ils interviennent selon des modalités identiques pour réduire les dépenses publiques et les multiples fraudes. Papandreou pourra toujours dire aux grévistes que c’est la faute au méchant DSK (qui n’envisage pas de présenter à la présidence de la république grecque) et à son FMI, s’ils doivent désormais payer la TVA et leurs impôts et ne plus pouvoir partir en retraite à 53 ans !

En fait ce qui m’a conduit à ces réflexions moroses sur l’Union européenne et son avenir est le pauvre Roumain d’un carrefour (il y en a au moins un et souvent deux à chaque feu rouge) ; qui se proposait pour passer sur mon pare-brise une éponge aussi douteuse que quémandeuse. Je me suis dit que ce malheureux allait bientôt avoir la rude concurrence des Grecs ! Notre Union européenne a, en effet, fort opportunément permis aux PECO (entendre « Pays d’Europe Centrale et Orientale » dans le jargon diplomatique) de se défaire, en nous les envoyant, des minorités (et en particulier des Roms) dont ils ne voulaient pas, mais dont ils ne savaient trop que faire auparavant.

La concurrence va sans doute être de plus en plus rude autour de nos pare-brises !