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dimanche 15 juin 2014

Les "experts" !?

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais les « experts », tous parisiens et toujours les mêmes, commencent à me fatiguer ! Je l’ai déjà écrit, le 26 décembre 2013 pour être tout à fait précis mais je puis bien,  par paresse, me refaire pour la fête des Pères, le cadeau que je m’étais offert moi-même pour le précédent Noël ! J’ai d’autant moins de scrupule à le faire que Mediapart dort à poings, non levés mais fermés, durant les weeks-ends !
Ainsi, alors que j'étais relativement familier de l’émission du « cumulard »,Yves Calvi, « C’est dans l’air » (sur la Cinq à 17h45, toujours retardée par des publicités, intempestives et illégales mais une mine d’or que le CSA se garde bien de chronométrer à des fins de vérification voire de sanctions), je l’ai à peu près abandonnée car on y voit toujours les mêmes tronches d’ « experts », à commencer par celle de l'ineffable Christophe Barbier, le « crieur » de l’Express, avec son écharpe rouge pseudo blondelienne ou mitterrandienne (selon les jours !) ; vu son insuccès commercial et journalistique et ses présumés talents de bateleur, il envisagerait  une carrière dans le showbiz ; je lui recommande vivement ce choix, ne serait-ce que pour nous débarrasser enfin de son piteux spectacle et de ses filandreuses analyses.
Il en est de même pour la plupart des autres, en particulier dans le genre « expert économiste », où nous sont invariablement proposés le bellâtre à la mouche cardinalice (de l'OCDE ou de quelque organisme de semblable farine) et, son compère antagonique, le marchand florentin d'espoirs et d’escroqueries boursières, qui vient faire la pub de son obscure officine, sans oser pourtant ne pas avancer masqué.
Je pense qu'une des raisons de ces choix permanents est que ces gens-là sont à la fois parisiens et largement oisifs (même s’ils sont censés avoir un emploi), mais justifient sans doute leurs divers salaires par les « piges » de cette présence médiatique ; leur « expertise » ne relève en fait que l’inculture et de la paresse intellectuelle et physique des producteurs de telles émissions ; le record en la matière est détenu par le quasi-octogénaire Elkabach (Chaîne parlementaire, Europe 1, etc.) qui devrait envisager une procréation assistée avec Michelle Cotta, à qui je suis heureux de souhaiter aujourd’hui son soixante-dix-septième anniversaire, mais qui ne songe pas pour autant à « lâcher la rampe » !
Il en est de même pour ce sujet nouveau qu’est l'Afrique ; entre le Mali, la RCA, le Soudan et le Nigéria, en pimentant de temps en temps son quatuor d'invités caucasiens (dont je ne suis pas sûr que ces « experts » sachent situer les Etats en cause sur une carte) par quelques blacks parisiens plus ou moins journalistes, on nous inflige de prétendus spécialistes à la fois de l'Afrique et de la géopolitique, dont le pire est le sinistre et inévitable Boniface (pape de la géopolitique et du football, donc doublement qualifié), dont on peut pas dire que la carrière universitaire à laquelle il a aspiré, ait été  aussi brillante qu'il pouvait le souhaiter  et qu’il tend à le faire croire, alléguant, comme toute le monde, des enseignements à « Sciences Po ».
Fort heureusement pour ce domaine, il y a de temps en temps l'ancien directeur de la Lettre du continent, Antoine Glaser, qui lui est, pour le coup et depuis longtemps, un fin connaisseur et un vrai spécialiste de l'Afrique. Fine mouche et courtois, il se borne malheureusement trop souvent, par modestie, à des propos rares et limités (les autres ont toujours la gueule ouverte sans avoir rien à dire), tout en souriant discrètement et poliment aux sottises qu'il peut entendre, hélas sans jamais les relever comme telles.
Il est toutefois un « expert », qui m'insupporte tout particulièrement et qui se donne pour le spécialiste de la géopolitique, de la stratégie et de l'armée, ce qui lui garantit une présence quasi permanente sur nos écrans, le colonel de réserve Pierre Servent ;  il doit être, en fait, lieutenant-colonel, mais a bénéficié de cette promotion en partant à la retraite, comme on promeut les vice-amiraux, dits de ce fait « amiraux quart-de-place », pour qu’ils aient, grâce, à ce grade bidon et durant une retraite aussi longue qu’oisive, le bénéfice du quart-de-place à la SNCF !
Je ne m'attarderai pas sur le cas de ce Pierre Servent qui est fort occupé, en ces temps de conflits divers, à passer des plateaux de télévision aux studios des diverses radios-bignoles où il officie, car j'ai découvert que le 4 avril 2011 il avait été habillé pour l'hiver par Nicolas Gaudreau dans un article intitulé « Média et Libye - Des experts militarisés déguisés en civil : le cas de Pierre Servent », texte très informé que vous retrouverez sans problème, comme moi-même, grâce à Google. L'auteur de cet article confirme ce que j'avais moi-même constaté depuis longtemps et montre que les liens, nombreux et multiples, avec les institutions militaires et le ministère de la défense, expliquent la faveur dont jouit ce VRP multicartes de notre belle armée, ce que souligne avec humour l'auteur de cet article en le baptisant : « Pierre Servent spécialiste de l'expertise ou expert en spécialité ? ». À lire absolument !
Bien entendu ses liens avec le ministère de la défense sont soigneusement dissimulés, de façon à lui donner toute l'apparence d’un journaliste (dont je vois mal comment il pourrait avoir la carte, même s’il peut trouver dans ses « piges » le minimum financier nécessaire) et d’un « expert » objectif, vêtu de probité candide et de lin blanc. Tu parles. C’est en tout la voix de son maître !
Je me limite donc ici à quelques remarques personnelles qui tiennent d’abord à ce que un lieutenant-colonel, fut-il promu colonel dans la réserve, ne peut guère passer pour un expert en « stratégie militaire », car on peut espérer que ce n’est pas à un si modeste niveau de responsabilité et de commandement (Celui de « La soupe est bonne ? ») que se définit la « stratégie » de la France, encore que nos insuccès militaires, successifs et répétés, puissent donner à penser que les choses se passent ainsi.
Pierre Servent est-il expert en stratégie militaire, j’en doute fort ? Il est en revanche expert en « ménages » et en « piges » de toutes sortes comme en stratégie commerciale à en juger par la multiplicité et la diversité de ses interventions comme des lieux où elles s'opèrent ; tout cela donne à penser qu'il est en fait plutôt chargé de communication au ministère de la défense où il  a pour fonction essentielle de faire passer, subliminalement, les messages officiels sous couvert d’information.
Sans parler du commerce des armes, le seul où nous sommes en bonne place, les opérations militaires sont, d’abord et surtout, de bonnes affaires pour les militaires eux-mêmes, tant sur le plan de la rémunération (les soldes doublent ou triplent) que sur celui des états de service et de la retraite (il en est de même pour les années dans son calcul). Tous se les disputent d’ailleurs !
Dès le début de l'opération malienne, j'avais pensé et écrit dans mes blogs que François Hollande avait été totalement manipulé par les militaires, de façon à lui donner à penser qu'il allait redorer son blason en Afrique. C'est ainsi que les choses se sont passées au début et, comme Joseph Prudhomme, il a déclaré que son séjour triomphal à Bamako était le plus beau jour de sa vie, comme le sabre du précédent. Les choses se sont un peu moins bien passées à Bangui et de toute façon nous ne sommes pas encore sortis, très loin de là, de l'auberge sahélienne
Il est certain que l’Etat-Major a mis le pain noir des accusations anticolonialistes et les problèmes de la suite sous les croissants et les pains au chocolat de l'accueil triomphal du départ. Mais Monsieur Pierre Servent et les militaires s'en foutent pas mal car les Présidents de la République passent, tandis que la Grande Muette et ses intérêts demeurent et prospèrent, même sous la Gauche ; les « experts » pourront donc tranquillement continuer à faire « des ménages » et à en vivre largement !

Quant au Mali, les choses y ont bien changé, Kidal est tombé et on est revenu au point de départ, sauf pour les petits drapeaux français qu’on ne trouve plus que dans les fossés avec les belles images désormais boueuses de notre Président qui devra aller chercher ailleurs le plus beau jour de sa vie !

mercredi 11 juin 2014

AF 1611 et MH 370

Encore un de mes chers titres mystérieux, mais celui-ci l'est-il peut-être encore plus que les autres ?

AF 1611 était en effet le nom de la Caravelle qui s'est inexplicablement abîmée en Méditerranée, sans la moindre raison, le 11 mai 1968 avec 95 passagers à son bord. Durant le demi-siècle qui s'est écoulé depuis cette catastrophe, le crash de cet avion, officiellement attribué à une cause accidentelle inconnue, a été depuis en fait souvent imputé à un exercice militaire au cours duquel un tir de missile aurait abattu l’avion. Divers éléments et même des témoignages avaient été fournis à l'appui de cette hypothèse, même si la thèse officielle était restée la seule valide. Toutefois,  la justice a été saisie à nouveau, après un demi-siècle, en mars 2012 !

Peut-être en sera-t-il de même pour le fameux vol MH 370 de la Malaysia Airlines dont le cas est encore plus étrange !

Ce Boeing 777 de Malaysia Airlines a en effet, lui, mystérieusement et totalement disparu, le 8 mars 2014, sans laisser la moindre trace autre que celle de son départ pour la Chine avec 239 passagers. Certes l'émotion très vive qui s'est manifestée demeure présente en raison même de ce mystère inouï ; une somme très importante vient d'être mise en jeu par les familles des victimes pour quiconque serait en mesure de donner des indications sur la disparition inexpliquée de cet avion. Toutefois, comme on pouvait s’y attendre, cet accident a disparu des médias presque aussi vite que le vol MH 370 avait disparu lui-même des écrans des radars.

J'avoue que j'avais moi-même totalement oublié cet accident, mais j'ai, par hasard, entendu évoquer une hypothèse nouvelle, une fois réfutée celle de la disparition d'abord avancée à 2500 km dans l'ouest de l'Australie. On a évoqué en effet le cas de Diego Garcia qui conduit à des considérations d'une nature très différente.

Le mystère demeure certes entier mais il change alors de nature !  Kevin Hyatt, directeur de la sécurité de l’IATA déclare sobrement, mais de la façon la plus précise, que la disparition de ce vol MH 370 est une « tragédie » mais surtout une « anomalie » dans la mesure où, quoique des mois aient passé, non seulement aucune information nouvelle n’est apparue, mais un vide informationnel total s'est créé laissant la voie libre à toutes les hypothèses. Tout donne donc à penser qu’on nous cache des choses !

Je vous recommande à cet égard, dans Aerobuzz du 27 mai 2014 (média électronique consacré aux transports aérien), la lecture de l'excellent article de Pierre Sparaco sur cette affaire qui, même si elle a disparu de nos médias, a entraîné une grave crise économique au sein de la compagnie Malaysia Airlines dont les comptes sont dans le rouge et dont les efforts commerciaux de relance semblent vains !

Je dois dire que l'évocation de Diego Garcia a un peu piqué ma curiosité et suscité mon intérêt dans la mesure où, ayant vécu longtemps dans l'océan Indien, je suis sensible à cette question pour avoir suivi toute son histoire. Ces trois îles (dont la principale ne fait que 28 km2 !) appartiennent à l'archipel des Chagos, ancienne possession britannique devenue mauricienne sans l’être tout à fait. Elles ont été cédées, dans des conditions un peu discutables et d’aillleurs contestées, aux Américains qui, vu la position stratégique majeure,  lors de la guerre froide, en ont fait une énorme base militaire, une vraie « île porte-avions » pour leurs bombardiers stratégiques et nucléaires ; les habitants de Diego Garcia, surtout des pêcheurs plus ou moins permanents, ont bien entendu été expulsés en 1971, sans être réellement indemnisés. Le produit de la transaction a été, à les en croire du moins, conservé par le gouvernement mauricien de l'époque ; certains d’entre eux ont longtemps campé au centre de Port-Louis, dans le Jardin de l'État, ce qui a contribué à maintenir le souvenir de la transaction et du nouvel usage qui avait été fait de Diego Garcia, devenu base aéronavale, centre d’écoutes et de renseignement, voire, selon certaines rumeurs, de lieu de détention et de tortures.

Je ne vais bien entendu pas reprendre ici tous les éléments qui figurent d'abord dans un très long exposé dans Agoravox, début avril 2014, où le débat a été alimenté par une centaine de commentaires dont certains étaient très bien informés ; c’est là que j'ai lu les premiers éléments sur l'hypothèse de Diego Garcia. Je ne puis que vous recommander la lecture de ces textes. Il y est fait état d'une hypothèse selon laquelle la base militaire de Diego Garcia, élément essentiel de la stratégie et du renseignement des États-Unis dans toute la zone, aurait pu être la cible du détournement du vol pour une attaque terroriste du type de celle du 11 septembre.

Il suffit d'ailleurs de consulter une carte pour constater quelques éléments troublants. le premier et le plus évident est que entre Diego Garcia et la Malaisie il y a en gros 4.500 km comme entre la Malaisie et la Chine qui était la destination finale théorique du vol MH 370 ; par ailleurs, ce trajet nécessite sept heures de vol de cet appareil à 650 km à l'heure ce qui correspond très exactement au vol supposé du MH 370.

Une des objections qu'on peut présenter à cette hypothèse est qu’elle suppose un suicide du pilote ; c’est là un cas déjà observé dans différentes catastrophes aériennes qui se sont produites dans d'autres compagnies comme Royal air Maroc ou Egyptair, pour ne citer que les plus connues.

L'hypothèse d'une telle tentative terroriste explique à la fois les changements de direction de l'appareil, le pilote cherchant à brouiller les pistes et à tromper les surveillances dont un vol fait l'objet et, d'autre part aussi, le silence des appareils téléphoniques qui ne peuvent fonctionner qu'au-dessus des terres et non au milieu des océans (beaucoup de voyageurs ont des téléphones satellites qu'on leur demande de ne pas utiliser à bord, mais non d’éteindre.

Si l’on suppose le cas d’un avion fou, où seraient morts équipage et passagers, la seule hypothèse un peu plausible serait une défaillance technique qui aurait provoqué une subite dépressurisation dans l’avion, conduisant à une incapacité d'action de l'équipage comme des passagers, comme cela s'est produit il y a quelques années dans un 737 d’Helios. Cette hypothèse peut d'ailleurs se combine, en théorie, avec celle d'un attentat terroriste. En effet, le pilote kamikaze peut volontairement provoquer la dépressurisation de la cabine et la mort des passagers, tandis que lui qui dispose effectivement d'une réserve spéciale d’oxygène suffisante pour être maintenu en vie.

Un commentaire très informé d’Alex (24 avril) dans Agoravox décrit même dans son détail la procédure et je le cite :
« Supposons que je souhaite me suicider sur un gros coup de blues (au moins trois cas recensés), mais sans que personne ne le sache pour ne pas perdre la face (je suis extrême-oriental). 
Au point le plus opportun, je descends mon collègue (pas difficile pour un pilote d’amener une arme dans un cockpit). Ensuite, je débranche tous les systèmes (transpondeur, Acars). J’enfile mon masque, j’ouvre les outflaw (valves pour dépressuriser la cabine), et je monte en altitude pour éliminer un maximum de pax, car la réserve d’O2 qui leur est destinée ne dure que quelques minutes : plus haut, ils vont la consommer plus vite ; à cette distance, il est peu probable que cela soit noté par un radar, car son premier boulot n’est pas la mesure en site. Ensuite, je redescends à basse altitude pour que ces radars ne voient pas la direction que je prends (je suis Malaisien, je connais bien la région et l’emplacement de ces radars) ; puis je mets le cap sur le grand large ; à bonne distance, je remonte pour consommer moins afin d’aller me perdre le plus loin possible.
J’espère que cette hypothèse n’est pas la bonne (certains points sont un peu hasardeux), mais elle n’est pas plus inenvisageable qu’une autre sans autre info que celles dont on dispose.
Le BIG problème est l’absence de com de la part des autorités, qui ne laisse que de très rares éléments de ce puzzle.
Malgré vos (remarquables) efforts, on n’en sait pas plus . »

Ce commentaire est très informé ; Alex ajoute sur d’autres aspects : «  L’ortho entre le dernier point de contact et Haa Alif passe pile-poil à la verticale de Colombo (vérifiez sur Google Earth). L’écart avec la loxo est insignifiant (quelques nautiques).

Un avion non contrôlé est instable pour des tas de raison ; la plus simple est que toute inclinaison parasite (un léger écart de puissance moteurs ou autre) s’accentue automatiquement : 
roulis => lacet induit => + de portance sur aile extérieure => +d’inclinaison, ce qui se termine par un virage engagé.
L’avion des Maldives, avec un cap Sud-Est, avait forcément pris un virage ».

En tout état de cause, il y a inévitablement un acte volontaire au moins avec l'interruption du transpondeur ; comme le souligne l'excellent article tout récent de Pierre Sparaco : «  Le vol MH 370 constitue un cas extrême, l’accident sans épave, sans images radar, sans enregistreurs de vol, sans ultimes communications radio. Et pas même d’informations qui auraient pu être fournies par le transpondeur ou encore des messages automatiques ACARS ».

Dans l'hypothèse d'une tentative d’attaque de Diego Garcia ou d’une simple approche, même très lointaine de sa zone, il existe forcément des informations sur le vol de cet avion. Comme vous l'imaginez, la zone de Diego Garcia est l'objet d'une surveillance, aussi constante qu’extravagante de la part du renseignement et de l'aviation militaires des USA ; il est totalement exclu de s'approcher à quelque distance se soit de cette île ou même de voler, de très loin, en direction de cette base, sans être immédiatement repéré par les satellites.
Le vrai problème (et je rappelle que je ne suis en rien spécialiste de ces questions) me paraît non celui des causes réelles de cet accident, mais la totale absence de données à son propos alors qu’elles existent inévitablement dans cette zone hautement stratégique.

Il n'y a aucune raison de s'amuser à rechercher des boîtes noires puisque quelqu'un dispose inévitablement des informations sur ce vol et même sans doute sur l'endroit où il s'est terminé, ce qui amène probablement à savoir dans quelles conditions il s'est achevé.

Toutes les prétendues recherches à ce propos n’ont donc été qu’une simple intoxication médiatique et il est probable que les « grandes oreilles américaines », sans parler de celle de leurs amis, s'il est passé comme on peut supposer à proximité ou s’il a simplement fait route, sans être identifié, en direction de Diego Garcia, l’ont aussitôt repéré et suivi. 

Deux hypothèses alors : l’une invraisemblable, selon laquelle il s’y serait posé, avec un pilote vivant et des passagers morts selon l'hypothèse précédente ; on aurait alors tout fait disparaître pour ne pas ébruiter l’affaire ; l’autre, bien plus vraisemblable, est qu’il aurait été abattu, sans la moindre hésitation, par la défense de Diego Garcia pour empêcher un 8 mars insulaire sur la base américaine !

Compte tenu des habitudes des États-Unis et à moins que ne se manifeste un nouveau lanceur d’alerte, il est peu probable, si les choses se sont passées ainsi, qu’on sache jamais la vérité sur la disparition si mystérieuse du vol MH 730 .

dimanche 8 juin 2014

UNEF : l'enquête sur l'université française (n° 2 ; suite et fin)


J'aurais pu aborder, en introduction comme en conclusion de ma lecture critique de ce rapport d'enquête sur l’université française, un aspect latent, mais essentiel et inévitable, qui est la situation de la conclusion de cette enquête, par rapport au changement survenu dans la direction de l'UNEF en 2013.

Traditionnellement, ce syndicat a toujours été partagé par des conflits en particulier entre communistes et socialistes, les seconds étant depuis longtemps dominants dans cette organisation, mais divisés. La lutte se circonscrit donc désormais plutôt entre les courants du PS, situation compliquée encore par l’élection présidentielle de 2012. À l’UNEF,  ce changement a été symbolisé par l'éviction récente d’Emmanuel Zemmour, élu en 2011 à la présidence, pourtant réélu en avril 2013, mais qui a dû céder sa place, en décembre 2013, à William Martinet, proche de G. Fioraso durant la préparation de sa loi alors que V. Pécresse avait joué à fond la carte des présidents et se les était gagnés en faisant siennes toutes leurs revendications (Cf. R. Chaudenson, 2013, L'université, l’impossible réforme. Edgard, Valérie Geneviève et les autres…, Paris, l’Harmattan).

Cette enquête sur l'université avait été mise en place par E. Zemmour, alors président mais il est revenu à W. Martinet d'en présenter les résultats, alors que les relations avec la ministre avaient notablement évolué. C’est ce qui explique sans doute l'aspect un peu amphigourique voire contradictoire de nombre de formulations de ce document ; il s'agit à la fois de s’y montrer critique, tout en ménageant du mieux possible le personnel enseignant donc, en somme, de ménager la chèvre et le chou sans oublier le loup !

C'est ainsi que le tableau sans concession qui y est fait du système universitaire français s'achève sur des formules, aussi lénifiantes qu’inattendues, comme par exemple « l'université regorge de talents, mais les enseignants très motivés n’ont ni appui ni moyen » ou « l'université est pleine de bonnes intentions » ou, mieux encore et c'est là sans doute la formule la plus savoureuse, « même si l'institution évolue rapidement depuis quelques années, l'action gouvernementale n'est pas vraiment reconnue ». Madame la ministre, qu’est-ce qu’on dit au gentil Monsieur Martinet ?

Mais revenons à notre texte :
« Le manque de proximité entre universitaires et étudiants, qui ne concerne pas que les professeurs mais aussi les personnels administratifs ou les bibliothécaires, pas suffisamment disponibles, est plus cruellement ressenti par les enfants d'ouvriers », détaille M. Martinet, pour qui « le ministère doit absolument accorder des postes supplémentaires, réellement pourvus, qui ne soient pas utilisés à des fins autres que la réussite des étudiants », comme cela se passe parfois dans les établissements ».

On retrouve ici l'antienne favorite de tous les syndicats d’enseignants sur le manque de moyens et  de personnel. Je ne rappellerai pas ici, qu’un peu avant dans ce même texte, il était fait allusion au « manque d'effectifs étudiants », particulièrement criant dans certaines sections comme les langues slaves ou les lettres classiques où il y a quelquefois autant d'enseignants voire plus que d’étudiants. Dans mon livre de 2013 déjà évoqué ci-dessus , je fais état de mes expériences passées, à propos des bibliothèques et des installations sportives, qui souvent chez nous sont fermées aux étudiants au moment de la semaine ou de l'année où ceux-ci sont susceptibles de fréquenter ces lieux. Au cours divers séjours professionnels  américains et canadiens, j'ai pu mesurer la différence avec les universités d'Amérique du Nord dont on ne cesse pourtant d'invoquer le modèle. L'incapacité totale voire le refus des universités françaises de gérer réellement et en fonction des besoins effectifs les emplois, d’enseignants comme d’ATOS, qui leur sont affectés, est évidemment la cause majeure de telles situations.

De la part d'un responsable d'un syndicat étudiant, il est curieux de voir invoquer le témoignage d'un étudiant en master (certes de Lyon III, si plaisamment nommée Jean Moulin !) pour s'indigner de ne pouvoir y rencontrer un administratif responsable « pour créer un annuaire des anciens ». N'est-ce pas là le rôle même d'un syndicat d'étudiants ?

Et la pédagogie dans tout cela ?
« 35 % des étudiants désertent les amphis, 27 % les travaux dirigés, non pas faute de temps [Ah bon, ! Ne sont-ils pas là pour ça ?] mais parce qu'ils trouvent, à 40 %, les cours « ennuyeux et théoriques », à 52 %, « pas assez interactifs », ou estiment, à 68 %, que « la présence de l'enseignant n'apporte pas de plus-value ». « Ces résultats doivent être perçus comme une alerte. Il faut remettre les étudiants au centre de la mission de l'université et valoriser enfin les enseignants qui s'impliquent à [ sic ! Lire « dans ». Présider l’UNEF n’implique pas, semble-t-il, une pratique minimale du français !]  leur service », avertit M. Martinet. ».

Le rédacteur manque singulièrement de logique (sans évoquer même dans le même développement sa pratique du français quelque peu incertaine ). Si la présence de l'enseignant n'apporte pas de « plus-value » à des « cours ennuyeux et théoriques » et « pas assez interactifs », a quoi bon demander les postes puisque l'augmentation de leur nombre ne rendra en rien l’enseignement plus efficace ? Mieux vaut investir dans les « moocs » et le « FUN » dont la mode semble s'établir, sans qu'on en perçoive clairement les résultats. La seule exception semble être dans nombre d'enseignements de première année de médecine, car  les redoublants de première année viennent perturber les amphis pour empêcher leurs nouveaux concurrents, bacheliers plus récents, de venir les concurrencer dans les examens où règne toujours le numerus clausus.

0Les contradictions de ce texte tiennent-elles, comme je le soulignais en commençant, à l'éventuel changement de direction, d'appréciation et de rédaction en particulier à propos de la Loi Fioraso qui, ayant porté un instant, au début du mandat de François Hollande, les espoirs de la gauche universitaire, les a rapidement déçus, comme on devait s'y attendre, seuls les naïfs pouvant espérer un changement sensible par rapport à la loi Pécresse.
De toute façon depuis longtemps l'objectif majeur pour ne pas dire unique est de faire des économies et de revenir, aussi discrètement que possible, sur une politique universitaire, irréfléchie voire absurde, dont le principe directeur a été la multiplication des établissements universitaires (à la louche de 20 à 85 !), inévitablement génératrice de coûts exponentiellement croissants. En l’absence totale de projet et même de carte universitaires, tous les embryons ou croupion d'universités, créés ici ou là, au gré absolu des exigences des roitelets politiques locaux (comme pour les hôpitaux !), dans des villes moyennes ou même petites, ont tendu inévitablement à vouloir accroître et diversifier leurs domaines d'exercice.

« Quelque 68 % des étudiants estiment que leur université ne les aide pas suffisamment à s'insérer dans un emploi. Dans ce domaine, les établissements ont pourtant fait de grands progrès. Ainsi, 61 % des étudiants ont suivi un stage, d'en moyenne neuf semaines, qu'ils ont le plus souvent décroché eux-mêmes. Car 44 % des répondants à l'enquête UNEF ignorent qu'il existe un bureau des stages sur leur campus. Ils sont 52 % à déclarer avoir bénéficié des modules de préparation aux entretiens d'embauche ou à la rédaction d'un CV, mais 45 % se disent sceptiques sur leur utilité. ».

On retrouve la le sempiternel discours sur la relation entre l'université et l'emploi. L'université cherche-t-elle à se rapprocher de l'industrie ou plus globalement du secteur économique ? On lui reproche de se mettre au service du « grand capital ». Si elle se tient soigneusement éloignée du secteur économique, on lui fait le reproche inverse « de ne pas aider suffisamment les étudiants à s'insérer dans un emploi ». Je m'étonne personnellement d'apprendre par ce texte que 61 % des étudiants ont suivi un stage d’en moyenne neuf semaines » ! Je demande à voir ! Si 44 % des répondants à l'enquête « ignorent  qu'il existe un bureau des stages sur leur campus », je suis personnellement dans la même ignorance et à voir l'activité et l’efficacité moyennes du Service universitaire d'information et d'orientation, je ne puis qu'être étonné de l'apprendre !

En conclusion ; on peut dire que ce document, amphigourique et contradictoire, ne donne pas une image très flatteuse de l'activité ni des capacités du syndicalisme étudiant. Trop souvent en France, il apparaît, en fait, comme la voie la plus rapide et la plus sûre vers le professionnalisme politique. Je n'aurai ici ni le loisir ni la cruauté d'énumérer les innombrables illustrations de ce type de carrière. Je me bornerai à un cas, oublié de tous comme de moi-même !

Tout récemment en effet et par hasard, j'ai pu revoir à la télévision l'image d'Isabelle Thomas qui, sous le règne de Tonton, en fut une des premières illustrations pour le PS et qui dispense donc d'invoquer la foule des autres restés sur le devant de la scène. Je dois dire que cette image inattendue n'était pas très réjouissante ; j’ai eu quelque mal à reconnaître dans cette grosse dame la charmante Isabelle qui avait tant plu à François Mitterrand. Quoiqu’il eût l’âge d’être son grand père, sa promotion fulgurante fut quelque peu « canapé », à en croire la presse pipole ! Ayant eu la curiosité malsaine de consulter son curriculum vitae, j'ai pu voir que, comme bien d'autres, elle n'a jamais rien fait d'autre que du syndicalisme et de la politique. Ce n'est peut-être pas la meilleure voie pour une action politique réaliste et efficace.

Un simple résumé, emprunté à Wikipedia, mais très éclairant,  pour conclure cette conclusion ;
« Isabelle Thomas, née le 26 novembre 1961 au Blanc-Mesnil (Seine-et-Oise), est une femme politique française.
Elle fait des études de droit [ résultat des courses ?] à l'Université de Paris XIII Villetaneuse. En 1981, elle adhère à l’Union nationale des étudiants de France - Indépendante et démocratique (UNEF-ID) et, peu après, est élue au conseil de gestion de son UFR. En 1983,  elle adhère au Parti socialiste.
En 1986, Isabelle Thomas est vice-présidente de l'UNEF-ID ».

« Le mouvement de 1986 a été aussi l’occasion pour le Président de la République François Mitterrand de remarquer Isabelle Thomas. Dès l’année suivante, il la fait entrer au Conseil national du Parti socialiste, et l'intègre à son comité de campagne. Dès lors, elle doit renoncer à son poste au bureau national de l’UNEF-ID pour éviter la confusion de genres. Une fois la réélection du président assurée, il en fait sa chargée de mission pour les problèmes de la jeunesse ».

« Elle se présente aux élections législatives de 1988 en banlieue parisienne mais elle est battue. Elle est candidate lors des législatives de 2012 dans la 7e circonscription d'Ille-et-Vilaine, mais elle est battue de quelques centaines de voix au second tour ».
« Isabelle Thomas s’implante finalement en Bretagne, où elle est conseillère municipale de Saint-Malo et conseillère régionale. Dans ce dernier organe, elle fut présidente de la commission environnement et cadre de vie de 2004 à 2010. Elle est vice-présidente du conseil régional de Bretagne chargée de la mer et de la protection du littoral de 2010 à 2012 ».

«  Isabelle Thomas devient députée européenne en 2012 à la suite de la nomination de Stéphane Le Foll à la tête du ministère de l'agriculture. ». 

Et en plus, avec l’Europe, même pas besoin de se faire élire ! Trop beau !

samedi 7 juin 2014

Le rapport UNEF sur l'université française

Je m’étonne (Est-ce l’effet soporifique ou euphorisant de l’approche du week-end de la Pentecôte ?) que Mediapart  n'ait même pas fait mention, sous une forme ou sous une autre, du compte rendu de l'enquête de l'UNEF qui a été rendu public le 4 juin 2014 et publié dans Le Monde le 5 juin.

Cette enquête est fort intéressante moins par sa méthode que par ses conclusions et certains de ses diagnostics ; elle a été conduite auprès de 10 700 étudiants sur leurs conditions de formation, mais on ne nous informe guère sur les modalités de sa conception et de sa mise en œuvre (ce qui est pourtant de règle dans l’enquête sociologique) ; 6500 réponses ont été obtenues sans qu'on sache exactement de quelle façon on a procédé tant au choix  des questions qu’à celui des sujets consultés. Ainsi, par exemple, une remarque méthodologique importante est-elle noyée, en passant, à mi-article alors qu’on l’attendrait au tout début: 

 « Le fait que l'enquête repose sur le volontariat, qui favorise toujours l'expression des mécontents, peut contribuer à noircir le tableau, mais notre propre appel à témoignages laisse aussi place à ce type de récriminations. ».

Décidément la formation universitaire de nos sociologues laisse en effet à désirer ! Faute de pouvoir reproduire l'intégralité de ce long et dense document, je n'en ferai que les citations que j'envisage de commenter.

« Pour William Martinet, le président de l'Union nationale des étudiants de France (UNEF), « étudier à l'université est trop souvent un parcours du combattant, surtout pour les jeunes issus des classes populaires ». Premier syndicat chez les étudiants [Un peu de pub ne saurait faire de mal !], l'UNEF a interrogé, début mai par courriel, 10 700 étudiants [de l’UNEF ?] sur leurs conditions de formation et a retenu 6 500 réponses pour qu'elles soient représentatives des différents cursus et universités. ».

L'UNEF, qui a désormais l'intention de rééditer cette enquête chaque année, a engagé ce questionnaire après avoir « senti un fort besoin d'expression au cours des nombreux forums du premier semestre », poursuit M. Martinet. Le constat est plutôt sévère. De l'encadrement à la pédagogie, de l'insertion professionnelle aux modalités d'évaluation, les étudiants ne sont pas satisfaits. Seuls les instituts universitaires de technologie (IUT) échappent à leurs critiques. »

Les IUT échappent, comme souvent, à la critique. Forcément ! La chose n'est pas pour étonner puisque l'on sait que les IUT jouissent d'une réputation flatteuse vu la faiblesse de leurs effectifs et, de ce fait, d'un meilleur encadrement et d'autre part surtout en raison des moyens abondants dont ils ont pu disposer grâce à la taxe professionnelle dont ne bénéficiaient pas, en revanche, la plupart des autres filières universitaires. On doit toutefois faire une remarque qui ne figure pas dans le rapport et qui est cependant essentielle, c'est que l'immense majorité des étudiants titulaires du DUT final demande à continuer dans les filières longues … ce qui est la négation même du principe de ces IUT qui sont censés être des filières courtes !

« Etudier à l'université est trop souvent un parcours du combattant surtout pour les jeunes issus des classes populaires ».

Remarque étonnante et qui demanderait à être revue puisque le baccalauréat étant le « premier grade de l'enseignement supérieur », les portes des universités sont, en principe, grandes ouvertes à tout titulaire de ce diplôme (désormais donné à plus de 90% des candidats !).

D'autre part, les études universitaires françaises sont pratiquement gratuites puisque les droits d'inscription sont quasi symboliques (moins de 200 €, en théorie du moins). Ce faible coût des droits d’inscription explique d'ailleurs la présence, dans nos établissements universitaires, d'un pourcentage très élevé d'étudiants-fantômes, étrangers en particulier, (ils s'inscrivent pour avoir une carte de séjour) ou français (inscrits pour la sécurité sociale et les diverses réductions ou avantages que donne la carte d'étudiant).

Sur ce point, je m’amuse de lire dans ce texte de l’UNEF : « Comment informer les étudiants des nombreux dispositifs d'aide existant au moment où ils en ont besoin ? », explique Carole Vouille, directrice du Service commun universitaire d'information et d'orientation. ». Il n’y a bien qu’une pauvre « directrice du Service commun universitaire d'information et d'orientation » pour ne pas savoir à quel point tous les étudiants connaissent à fond  toutes les filières, voire toutes les combines, donnant accès « aux dispositifs d’aide ». Leur connaissance sans failles de ce domaine m’a toujours laissé pantois !

Poursuivons : «  29 % des étudiants doivent s'inscrire dans une filière qu'ils ne souhaitent pas, » « 22 % de l'ensemble des étudiants sont orientés par défaut ».

Ce point est illustré par des exemples pittoresques que je ne résiste pas à la tentation de citer :
« Des histoires comme celle de Gaétan, il en existe beaucoup. Avec son bac professionnel, le lycéen s'est vu refuser toute place en BTS et a échoué en cinéma, à l'université de Lille. « Je suis très déçu par l'université, avec ses cours trop théoriques, parfois très éloignés du sujet… Je compte arrêter net », témoigne-t-il.
Le droit attire aussi à la sortie du lycée, car c'est une matière nouvelle. Mais il déçoit aussi beaucoup, à l'image de Madeleine. « J'ai choisi le droit à Montpellier pour le prestige, me voyant avocate, défendant la veuve et l'orphelin, mais les cours arides et théoriques m'ont rapidement découragée », raconte celle qui est repartie à zéro en se dirigeant vers une hypokhâgne ».
Un bac pro ne conduit pas nécessairement à une université littéraire et, a fortiori à une filière « cinéma » ; les khâgnes ne sont décidément plus ce qu’elles étaient (Où ? À Pampérigouste peut-être, si l’on y entre en étant rebutée par quelques semaines de droit. C’est vraiment tout ignorer du système et tomber,sans le savoir, de Charrybde en Scylla !
Sur le fonctionnement même de l'université en général et l’activité des enseignants , le constat est tout aussi sévère :
« Le constat est affligeant : Du personnel à la fois formateur, enseignant, secrétaire, conférencier et, enfin, responsable du plus important : le service après-vente. Obligé d'arranger des emplois du temps constamment pour pallier le manque d'effectifs [??? En général c’est plutôt le manque de locaux]. La qualité de la formation en pâtit, la motivation des élèves aussi. Dès lors, nous nous rendons compte que nous ne sommes que de simples pions », raconte Jonathan, qui s'est inscrit à Grenoble en master des métiers de l'enseignement ». 

Ces remarques sont un peu étranges, surtout de la part d'un étudiant de « master des métiers de l’enseignement » qui est presque au terme de sa formation et s'étonne de voir qu’un enseignant d’université, surtout dans un tel master, soit à la fois « formateur, enseignant et conférencier » en même temps ; pour ce qui est du secrétariat, le développement de l'informatique et son usage quotidien par chacun des enseignants, fait que les activités des secrétariats universitaires ont beaucoup changé. Un certain nombre de tâches qui leur étaient dévolues autrefois sont effectivement accomplies par les enseignants eux-mêmes. Quel enseignant dicte son courrier ou fait taper ses sujets d’examens ? Quant au « service après-vente », il pose effectivement un vrai problème dans bien des sections, mais assurément pas dans celle des métiers de l'enseignement, où la crise des vocations a conduit à la remise en état de filières de formation comme les ESPE, qui ne font que redécouvrir les IPES de la fin des années 50, alors créés dans le même contexte et aux mêmes fins !

Le commentaire complet de ce texte est assurément trop long pour cette forme brève qu'est le blog, d'autant que des points généraux sont aussi abordés dans la suite ; je continuerai donc demain ce qui laissera à quelques militants de Mediapart le temps et l’opportunité de m'administrer une volée de bois vert !

vendredi 6 juin 2014

Le Monopoly régional : « Il fallait un calculateur, ce fut un danseur qu'il obtint ».


Comment échapper aux cérémonies du débarquement, à la multiplication des narrations des repas protocolaires ( notre président doit faire trois repas du soir et aller dîner en ville) comme celle des facettes multiples de l’affaire Bygmalion, de Menton au Quai Kennedy ? Je reviens donc sur mon blog d'avant-hier sur le « Monopoly régional » où, comme toujours, j’ai voulu être bref.

Projet de réforme dont toute la presse souligne le caractère burlesque sans toutefois poser le problème majeur. Pourquoi et comment une réforme, si invraisemblable dans sa forme, et dans laquelle on a prétendu réduire le nombre des Régions de France et les regrouper, pour « faire des économies » nous dit-on, sans savoir exactement à 20 milliards près, quel pourrait être leur montant ni de quelle façon on pourrait les opérer ni donc selon quels principes (autres celui que celui des influences diverses les uns des autres), on pourrait concevoir d’abord et effectuer ensuite cette réforme ?

Quel que soit le résultat, il ne fait pas de doute qu’on a jeté là un énorme pavé dans la mare grouillante des intérêts personnels des roitelets, des barons et des parrains de nos provinces (choisissez le terme à votre guise). Le résultat (qui est peut-être le vrai but !) est que tout ce bazar régional va occuper désormais le devant de la scène sur un fond de célébration du débarquement du 6 juin 1944, dans les festivités duquel on doit mettre un peu à l'arrière-plan cette pauvre Madame Merkel qui doit quelque peu, en pareil cas, se sentir dans ses petits souliers !

En réalité, non seulement cette réforme régionale n'apportera même pas les deux pauvres milliards d'économies que jugent possibles des évaluateurs pessimistes, mais tout indique au contraire, aux esprits un peu raisonnables et surtout objectifs, qu'elle va, en réalité, nous coûter beaucoup d'argent.
Je n'aborderai ici que quelques problèmes sur lesquels on ne semble pas avoir réfléchi ni même en avoir eu conscience.

Le premier très général et que je ne traiterai pas ici dans son détail. Les Conseils régionaux ont été créés en 1972 et le chiffre le plus significatif a été celui de la prodigieuse augmentation de la rémunération indemnitaire des conseillers régionaux qui se chiffrent en milliers de pour cent. Ainsi en 2013 (Canard enchaîné du 13/02/2013), leurs indemnités ont augmenté en moyenne de 8%, le record étant détenu par la Bretagne avec 19% !).

Il y a en France 1757 Conseillers régionaux (CR), leur nombre variant, en principe, selon la population de la Région, ce qui fait craindre que diminuer de moins de la moitié le nombre des régions n’ait pas une incidence très forte sur le nombre des CR ; on parle d’une centaine de CR par nouvelle Région, ce qui ne change guère le total, puisque l’Ile de France et PACA qu’on ne touche pas, en ont déjà à elles seules 332 ! Ces règles ne sont d’ailleurs, comme souvent chez nous, peu respectées. L’Ile de France (Paris sera toujours Paris !) a presque le double de CR (209) de la région PACA (123), quoique les populations ne soient guère différentes (6,8 millions pour la première, 6,1 pour le seconde !). On parle déjà, sans qu'on sache trop pourquoi et contre les usages qui resteront opératoires dans les régions non touchées par la réforme, d'une centaine d'élus dans chaque Conseil régional ; pour la Région Rhône-Alpes par exemple, qui a actuellement 157 CR pour 5,4 millions d’habitants, si l’on y ajoute comme prévu l'Auvergne (ce qui l'amènera à près de 7 millions d'habitants), il faudrait, en principe réduire de moitié le nombre total des conseillers régionaux actuels (157 + 47 = 214) pour la nouvelle Région. Dans ce cas, j’entends d’ici le choeur funèbre des élus locaux auvergnats ! Fouchtra !

En revanche, même s'ils restent seuls, comme le souhaite Monsieur Le Drian (ex-président du Conseil régional de Bretagne !), les Bretons vont pouvoir exiger une vingtaine d'élus régionaux supplémentaires puisqu'ils n'en ont que 83 pour une population de 3,7 millions d'habitants et, cela d’autant plus, que leurs indemnités de CR viennent juste d’augmenter de 19% !

Compte tenu du flou actuel, on ne pourrait même pas songer à faire le calcul, pourtant évident pour tout esprit raisonnable, de l'incidence réelle de cette réforme sur le coût total des indemnités des CR qui actuellement avoisinent les 60 millions par an. Il faut tout de même assurer, dans les conseils régionaux, au moins un poste d'élu par poste de vice-président, puisqu'il ne manque pas de conseils régionaux qui ont, chacun, plus d'une quarantaine de Vice-Présidents. Souvent l'un d’entre eux, (à 3000 euros net par mois, sans impôt !) est préposé spécifiquement aux questions essentielles … de fourrière et de vagabondage d’animaux). Puisque j’évoque ici le cas des animaux, je dois ajouter que nous avons encore dans notre beau pays, ce que la plupart des citoyens ignorent hélas, … des lieutenants de louveterie !

On aurait pu songer aussi à l’une des curiosités de notre système qui fixe l'indemnité des élus régionaux en fonction du nombre des habitants de la région (1520 € bruts par mois pour les régions de  moins d’un million d'habitants et 2661 euros bruts par mois pour les régions de plus de 3 millions d'habitants), comme si le nombre des habitants d’une région avait une incidence, aussi forte et aussi directe, sur les activités des conseillers régionaux.

Il est évident que sur ce point précis de la croissance des frais, toutes les Régions nouvelles iront dans le sens de l'augmentation ; pour reprendre le cas de la Région Rhône-Alpes, l'indemnité des CR auvergnats croitra, car il est évident que les Auvergnats verront leur indemnité passer au niveau de celle des Rhonalpins et donc de 1900 € à 2661 €. Je ne sais pas s'il y a des syndicats de conseillers régionaux, mais je leur signale le problème pour qu’ils mettent toute leur énorme énergie à défendre les intérêts de leurs membres, en particulier en ce sens.

Il est probable aussi qu'on aura le même problème avec la fonction publique territoriale dont les conditions de rémunération restent volontairement mystérieuses et me semble-t-il mal explicitées à dessein, comme dans la haute fonction publique d’Etat d’ailleurs, par le jeu essentiel des primes. On peut compter dans ce cas aussi, sur l'alignement sur les conditions les plus favorables d'une Région à l'autre et par conséquent sur une augmentation du coût de la réforme régionale.

mercredi 4 juin 2014

Sissi imperator ou le printemps des dictateurs


Ils sont forts ces dictateurs et en plus ils sont organisés ! De l'Occident à l’Orient, ils n'en ratent pas une.

À l'Ouest, nous n'avons hélas perdu les derniers représentants de cette espèce qui tinrent longtemps la péninsule Ibérique et même le roitelet fabriqué par Franco branle dans le manche. Il tente de refiler en douce sa couronne à son fiston Felipe qui pourrait monter sur le trône (s’il existe encore), sous le nom de Philippe VI. Ça ne vous rappelle pas des choses ? Le grand Philippe V, devenu, en 1700, roi de toutes les Espagnes ( et autres lieux dont la Corse) était l'un des petits-fils de Louis XIV, Philippe de France, duc d'Anjou, deuxième fils du Grand Dauphin, et frère des ducs de Bourgogne et de Berry.

Notre François, de plus en plus en panne de sondages, ne pourrait-il revendiquer le trône d’Espagne devenu vacant par l’abdication de Juan-Carlos ? Un roi socialiste ne serait-il pas un heureux compromis entre la monarchie et la république qui entrent en lice ?

Nos gouvernants sont certes bien loin d'être des dictateurs ; ils changent leurs plans (ou, en la circonstance, leur carte) au moindre froncement de sourcils de quelques élus ou amis, même quand ils s’essayent à des activités plus modestes. Tout au plus, ont-ils profité d' un week-end printanier pour changer la carte de France, en s'imaginant naïvement que les choses allaient en rester en là et que la France, qui allait autrefois « de Dunkerque à Tamanrasset » pouvait aller désormais, sans problème, des Ardennes à la mer du Nord grâce à la région picardo-ardennaise. La boite de Pandore régionaliste est désormais ouverte, mais peut-être était-ce là le vrai but de l’opération ? Pour une fois, en tout cas, mon titre est parfaitement clair et intelligible à la première lecture.

« Sissi imperator »…

Un tel titre aurait pu faire se retourner dans sa tombe Romy Schneider, immortelle « Sissi impératrice », si elle pouvait suivre les événements d’Egypte et voir la tronche sinistre du général Abdel Fatah Al Sissi, plus familièrement dit Sissi, par lequel les Egyptiens ont remplacé Moubarak, dont il est, en pire, le clone !

On ne peut en effet être que stupéfait quand, en se remémorant les événements survenus lors des printemps arabes et l'émotion comme la joie et l’espoir qui les avaient accompagnés. On ne plus guère regarder que du côté de  la Tunisie pour en retrouver quelques vagues traces et encore à condition de ne pas être trop attentif.

Le subclaquant Bouteflika tire ou se fait tirer ses ultimes ficelles ; en l'évoquant ainsi, je pense à la dernière apparition de Mao Tsé Toung dont les gestes, aussi minuscules que saccadés, donnaient à penser que le Chinois qui était derrière lui était chargé de la manipulation de la marionnette qu’il accompagnait. Notons néanmoins que Mao Tsé Toung tenait encore à peu près debout (mais avec les Chinois…peut-être était ce l’effet d’une subtile et invisible machinerie), alors que le président Bouteflika a dû venir en fauteuil roulant participer à son élection triomphale. Ne parlons pas de la Libye où la situation est telle qu'on ne peut même pas faire mine d’y élire une marionnette galonnée.

La seule compétition entre ces dictateurs est celle des pourcentages électoraux et pour le moment, nul n’a fait mieux que Sissi avec ses 96,9 % de votes positifs. Dans l'entourage de Bachar, on doit être en train déjà de réfléchir à la question, le problème majeur étant moins celui du pourcentage, manipulable à l’infini, hélas dans la limite des 100%, que celui de la participation puisqu'il est un peu difficile de placer la barre trop haut dans la mesure où cette élection-bidon ne concerne que la moitié de la Syrie !

Je ne sais pas si l'on a noté dans notre presse, toujours si vigilante, que ces élections dictatoriales (Ukraine, Egypte, Syrie, etc.) ont été discrètement placées pour la célébration du 10e anniversaire du massacre de la place Tian’anmen à Pékin. Voilà qui annonce des lendemains qui chantent.

mardi 3 juin 2014

De la Catalogne à la Bretagne : le Monopoly régional

On ne peut qu'être frappé de la coïncidence entre l'abdication du Roi d'Espagne, qui amène à poser la question du choix éventuel entre la république et la monarchie et fait resurgir la question du fédéralisme, traditionnel en Espagne, et que ranime, périodiquement, la politique de l’UE qui voit, assez sottement dans le régionalisme un affaiblissement des Etats-nations et le débat (si on peut appeler cela un débat) sur le nouveau découpage de la France en régions qu’on précipite soudain, sans réflexion, pour faire oublier un peu les déculottées électorales successives du PS.
Il faut pourtant toujours, dans les cas difficiles, faire appel à des spécialistes compétents mais plus encore objectifs, ce qui n’est en rien le cas, loin de là !

Quand la Grèce, lors de son entrée dans la Communauté européenne, a eu besoin de truquer ses comptes publics pour donner à croire qu’elle était dans les clous européens, elle n’a pas chargé de cette opération des popes et des armateurs, même s’ils devaient être, dans la suite, les principaux bénéficiaires de ce changement. Elle a demandé, moyennant finance (coût : 600 millions d’euros !), à Goldman-Sachs de s'occuper de cette affaire. Les banquiers américains l’ont fait à la grande satisfaction des dirigeants de l’Europe (en particulier de ce cher Jacques Delors) qui, de toute façon, ne demandaient qu'à être trompés, dans des vues purement politiciennes, tout en étant parfaitement informés de la situation et de l’état réels de la Grèce.

Au moment d'élaborer soudain, en 48 heures, une carte des futures régions dont on ne sait même pas le nombre prévu réellement (11, 14, va savoir ?), la chose s’est discutée pour l’essentiel, semble-t-il, entre le Président de la République, le Premier Ministre, l'antépénultième des « ex » du premier, Madame Royal (Julie n’a pas été consultée, le scooter étant à la révision !) et quelques éléphants solfériniens et présidents de conseils régionaux ou généraux en sursis.

Tous ces gens-là sont naturellement bien placés pour prendre de telles décisions, à cela près qu’ils entendent surtout servir leurs propres intérêts et réaliser, au choix du lecteur, leurs perspectives ou leurs fantasmes, comme celles et ceux de leurs amis ou protégés! On aurait dû bien plutôt mettre en place une commission internationale d'experts, assurément pas du style des nôtres. En effet, tous sont du style des militaires ou des fonctionnaires en retraite qui font des piges en passant d'une station de radio à une chaîne de télé pour parler de tout et n'importe quoi. Tous, pour se faire quatre sous , ont ouvert des sociétés d'expertise bidon dans leur garage de banlieue, aussitôt  leur retraite acquise, encore que, vous le savez sans doute, nos généraux n'ont pas de retraite et continuent à percevoir leur solde entière de la fin de leurs jours, aucun ,hélas, n’étant mort à la guerre depuis des siècles.

Pour cette affaire, il aurait fallu choisir de préférence des Brésiliens ou des Russes pour que les propositions émanent de gens aussi éloignés que possible des pressions nationales qui se manifestent dans tous les sens, même si elles ne se fondaient que sur une connaissance, pourquoi pas uniquement livresque, de la situation de notre beau pays où, faut-il le rappeler, il y eut autrefois des provinces avant les régions. Sans avoir de près étudié la question ni même y avoir réfléchi, quand je vois qu'on envisage de réunir la Picardie et la Champagne ou l'Auvergne et Rhône-Alpes, je ne peux m'empêcher de me tapoter le menton.

Même sans le moindre examen, des faits exemplaires me sautent aux yeux.

Par exemple, le problème de la Bretagne. Dans le projet, cette région est réduite à la portion congrue ; on a pris soin de la séparer de toute sa partie orientale et continentale, en envisageant peut-être, sans le dire pour le moment, la construction d'un mur qui l’isolerait totalement. Cela réglerait le problème de l'écotaxe et permettrait aux Bretons de régler entre eux leurs problèmes, en particulier linguistiques que je me permets d'évoquer au souvenir des discussions infinies que j'ai entendues à propos du breton (je devrais dire des bretons car il y en a au moins trois) à l’époque où je siégeais (comme membre nommé je précise !) au Conseil national des universités (CNU) dans la section des langues régionales ! Je crois aussi me souvenir, suite à mes rares visites à Nantes, charmante ville au demeurant, que c'est là que se trouve pourtant le château des Ducs de Bretagne !

La prise en compte de ce choix amène d'ailleurs à considérer l’une des questions les plus débattues qui est celle de savoir ce qu'on fait des Pays de Loire dont on ne sait pas trop si on cherche à les annexer ou à s’en défaire ! L'hypothèse de les rapprocher de la Bretagne est écartée, semble-t-il, sous l'influence décisive de Ségolène Royal, alors que la plupart des grosses nuques socialistes seraient d'avis de les unir logiquement  avec la Bretagne ce que conteste, contre toute attente, le bretonnant Jean-Yves Le Driant. Ségolène, qui lorgne sur les Pays de la Loire pour son cher Poitou-Charentes, est du même avis, mais pour des raisons totalement différentes et veut donc au premier chef éviter que cette région ne rejoigne la Bretagne. On voit déjà sur quelles bases et pour quelles causes  s'opèrent de tels choix dans ce grotesque Monopoly régionaliste, dont les bénéfices (le but est en principe de faire des économies !) n’ont même pas été sérieusement évalués ( à la louche entre deux et vingt deux milliards !)
En réalité, la véritable leçon qu'il faut tirer est que, comme la plupart du temps,  personne ne veut réellement de cette réforme. Pas un seul politique qui prenne en compte, dans les propositions qu'il avance ou dans les décisions qu'il suggère, autre chose qu’un intérêt personnel et des perspectives qui sont propres à lui-même et/ou à sa mouvance.

C'est d'ailleurs là toute la différence entre la France et l’Espagne où existe un véritable régionalisme qui peut prendre des aspects extrêmes comme en Catalogne et au Pays Basque, mais qui s'accompagne de formes diverses de vraies régionalisations y compris sur le plan fiscal et économique. La chose est  démontrée par le fait que toutes les fois que le gouvernement central a besoin de l'appui des régions pour prendre des décisions, constitutionnelles par exemple, il est obligé de négocier leur accord par l'octroi de quelques avantages particuliers. Le jacobinisme français, fondamental et radical, pas forcément mauvais d’ailleurs s’il était mis en pratique de façon intelligente par exemple hors du principe absurde de la folle « compétence générale », avait déjà triomphé  de la prétendue décentralisation des années 1982-1983. Nul doute qu'il en sera de même cette fois puisque qu’alors que le vrai problème n’est en rien le nombre des régions, on n’a même pas réussi à savoir combien de nouvelles super régions seront substituées aux vingt-deux actuelles pas plus, de ce fait même, que la nature et donc le montant des économies qu’on voudrait faire !