« Les fonctions régaliennes sont, hélas, impactées par les errements de ceux ou celles qui les exercent et qui n’ont pas été convenablement casté(e)s; initiées par des incapables, elles sont actées, in fine, sans qu’on ait pris soin de renseigner les questionnaires ad hoc. ».
Vous avez compris ? Si oui, vous avez de la chance, car vous causez parfaitement le dialecte in du bobo parisien. Si vous n’avez pas tout compris, laissez-moi vous expliquer.
Il y a longtemps que je veux dire un mot de ces questions. La goutte d’eau lexicale qui a fait déborder le vase de ma juste colère linguistique est venue récemment.
Cela s’est passé je crois, vers la fin de la semaine dernière, en entendant, aux Grandes gueules » de RMC, Madame Nadine Morano, ministre actuelle de je ne sais quoi. Conformément à la mode récente, mais active, elle a réussi à place l’adjectif régalien, atteignant, en cette occasion et cela d’autant qu’elle évoquait, en même temps, Nicolas Sarkozy, une forme d’extase que la décence m’interdit de préciser davantage. Car nos politiques et nos journalistes (je ne sais à qui attribuer le mérite de la chose) ont récemment découvert l’adjectif « régalien ».
Consultons donc, comme je vous le conseille souvent, le Trésor de la langue française (TLF) accessible en ligne, ce qui rend la consultation plus facile que par la manipulation, sportive il est vrai, de ses seize pesants volumes.
« REGALIEN, adj. HIST. Qui concerne, qui appartient en propre au roi, au souverain. Dans un système démocratique, la douane, institution d'origine seigneuriale et régalienne, est donc chose odieuse et contradictoire (PROUDHON, Syst. contrad. écon., t. 2, 1846, p. 6).
Droit régalien. Droit (de paix ou de guerre, de faire la loi, de battre monnaie, etc.) qui appartient au roi, au souverain. Un péage dû aux comtes de Combourg par chaque tête de bétail, espèce de droit régalien (CHATEAUBR., Mém., t. 1, 1848, p. 70).
Prononc. et Orth.: [ ], fém. [- ]. Ac. 1694, 1718: re-; dep. 1740: ré-. Étymol. et Hist. 1690 droits régaliens (FUR.). »
On comprend, à lire cet article, la faible pertinence de ce terme dans notre Cinquième République, ce que souligne, par anticipation, la citation de Proudhon. Bref, l'emploi de ce terme a une connotation archaïsante qui, selon moi, n’est pas, souvent, sans une forme d’écho idéologique.
Passons sur « régalien » et venons à « impacter »
La réponse du TLF est brève et sans appel :
« impacter n'a pas été trouvé dans une entrée du TLF ».
Dont acte. Allons à « errements », dont l’emploi au sens d’ « erreur » est certes fautif, mais tellement plus élégant par son ampleur et son discret charme désuet que le modeste « erreur ». Lisons une fois encore le TLF qui, pour des raisons qui m’échappent un peu offre deux entrées.
« ERREMENTS 1. Subst. masc. plur. Vx et littér. Manière d'agir, de se comporter. Vous y suivrez, j'espère, jeune homme, les errements de monsieur le Premier (BALZAC, Cath. de Médicis, Martyr calv., 1841, p. 256) :
M. David apprit à la peinture à déserter les traces des Lebrun et des Mignard, et à oser montrer Brutus et les Horaces. En continuant à suivre les errements du siècle de Louis XIV, nous n'eussions été, à tout jamais, que de pâles imitateurs.
STENDHAL, Racine et Shakespeare, 1823, p. 4.”
« ERREMENTS 2. Subst. masc. plur. A. Action d'aller çà et là sans but précis. Les errements de mains tremblotantes autour d'un petit corps aimé (GONCOURT, Journal, 1892, p. 259). Rare, au sing. Assurer à ses gestes le maximum d'efficacité, en éliminant tout errement (HUYGHE, Dialog. avec visible, 1955, p. 25). Fig.. Votre esprit se plaît dans un doux errement (ROSTAND, Princesse loint., 1895, p. 70).
B. Péj. Habitude néfaste, manière d'agir blâmable. Persévérer dans ses errements. Ces déplorables errements de l'esprit de parti (SAND, Hist. vie, t. 4, 1855, p. 374). Ne pas retomber dans les vieux errements (MARTIN DU G., Thib., Épil., 1940, p. 976). »
« Et les hommes, que penseront-ils de moi, dont ils avaient une opinion si élevée, quand ils apprendront les errements de ma conduite, la marche hésitante de ma sandale, dans les labyrinthes boueux de la matière, et la direction de ma route ténébreuse à travers les eaux stagnantes et les humides joncs de la mare... » LAUTRÉAM., Chants Maldoror, 1869, p. 247. ». »
Ne parlons même pas de l’infâme « caster » !
Je déjà suis bien long et je finirai donc demain, en ajoutant quelques autres horreurs que vous pourriez me suggérer en commentaires !
lundi 14 février 2011
dimanche 13 février 2011
Moubarak et Barack mou
Il y a quelques jours (le 7 /2/2011 je crois) Marc a publié un post fort intéressant sous l’adresse suivante http://allezjacteralest.blogs.nouvelobs.com/, adresse que je vous livre pour une lecture complète car je n’en citerai ici que quelques phrases avec mes remarques éventuelles.
« L'Egypte est incompréhensible si l'on ne tient pas compte de son histoire contemporaine mouvementée que l'on peut structurer en cinq périodes : 1. La période arabe puis ottomane, 2. la colonisation britannique, 3. l'indépendance sous contrôle britannique, 4. la révolution des officiers, 5. l'assassinat de Sadate et la prise de pouvoir de Moubarak. ».
On pourrait ajouter deux ou trois points qui vont dans le même sens. Bien avant les Pharaons puis les Grecs et les Romains et, dans la période que Marc prend ici en compte, on peut adjoindre, la « dynastie de Méhemet Ali » dont l’avant-dernier souverain (si l’on compte l’éphémère Fouad 2) fut le pittoresque demi-Albanais, Farouk si connu dans les casinos qu’il a fini par être fait citoyen monégasque ! Pour résumer, le peuple d’Egypte a vécu sous la botte de tyrans et s’est fait botter les fesses, cinq millénaires durant. Cela crée une culture de la tolérance de l’oppression !
« Pendant longtemps, l'Egypte fut la puissance régionale dominante dans le Proche et Moyen Orient, l'Iran du Shah n'ayant pas vocation à étendre une quelconque domination vers le monde arabe. Puis l'Iran de Khomeiny a commencé l'exportation de sa révolution islamique) à utiliser les mouvements islamiste égyptiens comme points d'appui. L'Egypte a vu cela d'un très mauvais œil et s'est saisie du dossier palestinien, surtout gazaouite, afin de contrer l'Iran et ce sous la pression tant américaine qu'israélienne. »
L’Iran chiite cher Marc ! Chiite comme le Hezbollah, ne l’oublions pas, car l’Egypte est sunnite. Toutes les fois qu’ils en ont l’occasion et le pouvoir, on voit avec quel entrain joyeux et quelle redoutable efficacité Musulmans chiites et sunnites s’entretuent ! Et tout ça à cause d’Ali, neveu du Prophète, mort en 661 !
« L'Egypte s'est donc associée au blocus de Gaza malgré les difficultés tant logistiques que celles posées par les Bédouins du Sinaï ne reconnaissant pas l'autorité égyptienne et bénéficiant des retombées des différents trafics vers Gaza ».
Pas mieux cher Marc.
« La montée en puissance de la Turquie inquiète fortement l'Egypte dans sa course à la puissance et à l'influence régionale, essentiellement parce que l'islamisation de la Turquie a un impact direct sur sa situation intérieure et qu'un scénario identique est reproductible en Egypte.
L'occidentalisation des armées égyptiennes en fait la plus puissante armée africaine et proche-orientale, pratiquement à l'égale de celle d'Israël. Cette force largement modernisée est, sur le papier, un redoutable adversaire en cas de renversement des alliances. Il est à noter que sa défense anti-aérienne est une des plus puissantes du monde, derrière l'URSS, et que son armée de l'air dispose d'autant d'appareils de combat modernes qu'Israël ».
L'Egypte, grenier du monde au temps d'Hérodote, manque de blé, mais pas de soldats (500.000 hommes), ni d'avions ni de missiles grâce à l'Oncle Sam qui fourgue là ses surplus.
« En interne, les islamistes égyptiens sont donnés pour 30% des voix en cas d'élection. Ils sont les seuls à être structurés et organisés. Le Hamas, qui se présente comme branche des Frères Musulmans, et le Hezbollah ont démontré leurs capacités à mettre en place des écoles, des hôpitaux et tout un système caritatif efficace et non corrompu. ».
Cher Marc, la même stratégie « sociale » est mise en place partout en Afrique et pas seulement en Egypte ! Une question, essentielle pourtant, que vous ne posez pas et que, d’ailleurs, personne ne pose. QUI PAYE ? Celle ou celui qui donne la bonne réponse, comme toujours, gagne une tringle à rideaux. Et puis non ! Je blague car c’est bien trop facile !
« L'opinion égyptienne, largement travaillée par les fondamentalistes, est profondément opposée à Israël et apporte son appui aux palestiniens et particulièrement au Hamas. Indépendamment des attentes d'ouverture sociales et politiques, le point d'achoppement entre armée et opinion est donc le conflit IP et l'imprégnation du fondamentalisme dans les couches défavorisées de la société égyptienne.
L'incendie du terminal gazier d'El Arish alimentant Israël à hauteur de 25% de ses besoins en gaz, et la Jordanie à hauteur de 80%, apparaît être une des prémices de ce qui semble possible sinon probable. »
« Hypothèses (provisoires)
L'Egypte dispose d'eau, de pétrole et de gaz, ce qui devrait lui permettre d'être autonome aux plans de l'énergie et de l'irrigation. L'augmentation vertigineuse de la croissance de sa population pose néanmoins directement le problème de l'eau et donc de son approvisionnement alimentaire. J'ai toujours été frappé par l'absence d'échanges technologiques avec Israël sur ces sujets ... »
Cher Marc, vous réglez un peu vite le problème de l’eau à mon sens, car il est essentiel et pourrait se poser à moyen terme! Le Nil est certes regardé comme le fleuve de l’Egypte, mais on doit se souvenir que ses sources ont longtemps été l’un des mystères de la géographie. Il passe, sous une forme ou sous une autre au Rwanda, au Burundi, en Tanzanie, en Ouganda et en Ethiopie, avant que le Nil blanc et le Nil bleu se réunissent ...à Khartoum... au Soudan ! Fichtre! Compte-tenu des situations de ces zones, tout cela n’est pas très rassurant dans un contexte géopolitique où l’eau va devenir, de plus en plus, un enjeu capital. N'oubliez pas dans cette zone de l'Afrique la présence, les ambitions et les capacités techniques des Chinois, grands constructeurs de barrages. Les problèmes majeurs de l’Egypte ne passeront-ils pas, pour partie, de l’Est au Sud ?
« 1. Contrôler la situation en verrouillant tout, au risque d'une révolte populaire et d'un lâchage occidental généralisé ?
2. Lâcher du lest au plan des libertés tout en verrouillant l'accès des islamistes au débat public ?
3.Tout lâcher, laisser faire les choses et attendre l'instauration d'une république islamique ?
Quelle que soit l'évolution des événements en Egypte, trois points sont à prendre en compte :
le blocage sélectif ou partiel du canal, imposant une réaction internationale garantie,
le blocage du détroit de Tiran, le blocus précédent ayant provoqué la guerre de 56,
l'abrogation du traité de paix avec Israël, ouvrant la porte à toutes les possibilités de conflit.
Un dernier petit « détail ». En cas de blocage simultané du canal de Suez (7,5% du trafic maritime mondial) et du détroit d'Ormouz (70% de l'approvisionnement pétrolier) par l'Iran, c'est la 3ème guerre mondiale garantie ... ».
Le Moubarak est parti, mais pour affronter les années qui viennent que Dieu nous préserve d’un Barack mou !
« L'Egypte est incompréhensible si l'on ne tient pas compte de son histoire contemporaine mouvementée que l'on peut structurer en cinq périodes : 1. La période arabe puis ottomane, 2. la colonisation britannique, 3. l'indépendance sous contrôle britannique, 4. la révolution des officiers, 5. l'assassinat de Sadate et la prise de pouvoir de Moubarak. ».
On pourrait ajouter deux ou trois points qui vont dans le même sens. Bien avant les Pharaons puis les Grecs et les Romains et, dans la période que Marc prend ici en compte, on peut adjoindre, la « dynastie de Méhemet Ali » dont l’avant-dernier souverain (si l’on compte l’éphémère Fouad 2) fut le pittoresque demi-Albanais, Farouk si connu dans les casinos qu’il a fini par être fait citoyen monégasque ! Pour résumer, le peuple d’Egypte a vécu sous la botte de tyrans et s’est fait botter les fesses, cinq millénaires durant. Cela crée une culture de la tolérance de l’oppression !
« Pendant longtemps, l'Egypte fut la puissance régionale dominante dans le Proche et Moyen Orient, l'Iran du Shah n'ayant pas vocation à étendre une quelconque domination vers le monde arabe. Puis l'Iran de Khomeiny a commencé l'exportation de sa révolution islamique) à utiliser les mouvements islamiste égyptiens comme points d'appui. L'Egypte a vu cela d'un très mauvais œil et s'est saisie du dossier palestinien, surtout gazaouite, afin de contrer l'Iran et ce sous la pression tant américaine qu'israélienne. »
L’Iran chiite cher Marc ! Chiite comme le Hezbollah, ne l’oublions pas, car l’Egypte est sunnite. Toutes les fois qu’ils en ont l’occasion et le pouvoir, on voit avec quel entrain joyeux et quelle redoutable efficacité Musulmans chiites et sunnites s’entretuent ! Et tout ça à cause d’Ali, neveu du Prophète, mort en 661 !
« L'Egypte s'est donc associée au blocus de Gaza malgré les difficultés tant logistiques que celles posées par les Bédouins du Sinaï ne reconnaissant pas l'autorité égyptienne et bénéficiant des retombées des différents trafics vers Gaza ».
Pas mieux cher Marc.
« La montée en puissance de la Turquie inquiète fortement l'Egypte dans sa course à la puissance et à l'influence régionale, essentiellement parce que l'islamisation de la Turquie a un impact direct sur sa situation intérieure et qu'un scénario identique est reproductible en Egypte.
L'occidentalisation des armées égyptiennes en fait la plus puissante armée africaine et proche-orientale, pratiquement à l'égale de celle d'Israël. Cette force largement modernisée est, sur le papier, un redoutable adversaire en cas de renversement des alliances. Il est à noter que sa défense anti-aérienne est une des plus puissantes du monde, derrière l'URSS, et que son armée de l'air dispose d'autant d'appareils de combat modernes qu'Israël ».
L'Egypte, grenier du monde au temps d'Hérodote, manque de blé, mais pas de soldats (500.000 hommes), ni d'avions ni de missiles grâce à l'Oncle Sam qui fourgue là ses surplus.
« En interne, les islamistes égyptiens sont donnés pour 30% des voix en cas d'élection. Ils sont les seuls à être structurés et organisés. Le Hamas, qui se présente comme branche des Frères Musulmans, et le Hezbollah ont démontré leurs capacités à mettre en place des écoles, des hôpitaux et tout un système caritatif efficace et non corrompu. ».
Cher Marc, la même stratégie « sociale » est mise en place partout en Afrique et pas seulement en Egypte ! Une question, essentielle pourtant, que vous ne posez pas et que, d’ailleurs, personne ne pose. QUI PAYE ? Celle ou celui qui donne la bonne réponse, comme toujours, gagne une tringle à rideaux. Et puis non ! Je blague car c’est bien trop facile !
« L'opinion égyptienne, largement travaillée par les fondamentalistes, est profondément opposée à Israël et apporte son appui aux palestiniens et particulièrement au Hamas. Indépendamment des attentes d'ouverture sociales et politiques, le point d'achoppement entre armée et opinion est donc le conflit IP et l'imprégnation du fondamentalisme dans les couches défavorisées de la société égyptienne.
L'incendie du terminal gazier d'El Arish alimentant Israël à hauteur de 25% de ses besoins en gaz, et la Jordanie à hauteur de 80%, apparaît être une des prémices de ce qui semble possible sinon probable. »
« Hypothèses (provisoires)
L'Egypte dispose d'eau, de pétrole et de gaz, ce qui devrait lui permettre d'être autonome aux plans de l'énergie et de l'irrigation. L'augmentation vertigineuse de la croissance de sa population pose néanmoins directement le problème de l'eau et donc de son approvisionnement alimentaire. J'ai toujours été frappé par l'absence d'échanges technologiques avec Israël sur ces sujets ... »
Cher Marc, vous réglez un peu vite le problème de l’eau à mon sens, car il est essentiel et pourrait se poser à moyen terme! Le Nil est certes regardé comme le fleuve de l’Egypte, mais on doit se souvenir que ses sources ont longtemps été l’un des mystères de la géographie. Il passe, sous une forme ou sous une autre au Rwanda, au Burundi, en Tanzanie, en Ouganda et en Ethiopie, avant que le Nil blanc et le Nil bleu se réunissent ...à Khartoum... au Soudan ! Fichtre! Compte-tenu des situations de ces zones, tout cela n’est pas très rassurant dans un contexte géopolitique où l’eau va devenir, de plus en plus, un enjeu capital. N'oubliez pas dans cette zone de l'Afrique la présence, les ambitions et les capacités techniques des Chinois, grands constructeurs de barrages. Les problèmes majeurs de l’Egypte ne passeront-ils pas, pour partie, de l’Est au Sud ?
« 1. Contrôler la situation en verrouillant tout, au risque d'une révolte populaire et d'un lâchage occidental généralisé ?
2. Lâcher du lest au plan des libertés tout en verrouillant l'accès des islamistes au débat public ?
3.Tout lâcher, laisser faire les choses et attendre l'instauration d'une république islamique ?
Quelle que soit l'évolution des événements en Egypte, trois points sont à prendre en compte :
le blocage sélectif ou partiel du canal, imposant une réaction internationale garantie,
le blocage du détroit de Tiran, le blocus précédent ayant provoqué la guerre de 56,
l'abrogation du traité de paix avec Israël, ouvrant la porte à toutes les possibilités de conflit.
Un dernier petit « détail ». En cas de blocage simultané du canal de Suez (7,5% du trafic maritime mondial) et du détroit d'Ormouz (70% de l'approvisionnement pétrolier) par l'Iran, c'est la 3ème guerre mondiale garantie ... ».
Le Moubarak est parti, mais pour affronter les années qui viennent que Dieu nous préserve d’un Barack mou !
samedi 12 février 2011
Hosni à François
Le Caire le 11 février 2011
Cher François,
Je vous sais gré, en ces temps troubles pour ma personne, de prendre le temps et même d'avoir le courage d'évoquer vos dernières vacances dans mon cher pays.
Cependant ne me remerciez pas. Les soucis d'intendance, que mes services ont réglés pour vous, ne sont que le témoignage d'une longue tradition d'hospitalité vis-à-vis des hautes autorités de votre pays.
J'ai eu, en effet, le plaisir d'accueillir votre président Nicolas lors d'un noël précédent, mais surtout la joie de recevoir à de très nombreuses reprises un autre François tellement amoureux de l'Egypte que je lui en aurais presque proposé la nationalité si je ne l'avais pas soupçonné, du fait de ses deux épouses, alors que moi je n'en ai qu'une, des sympathies pour les Frères Musulmans dont je tentais de réduire l'influence, ce dont d'ailleurs les occidentaux m'étaient fort reconnaissants. Ils ont d'ailleurs longuement témoigné de cette reconnaissance par une aide indéfectible à mon égard et plus particulièrement à mon armée sur laquelle j'avais appuyé mon pouvoir.
Mais bon, vous savez bien que l'ingratitude règne en ce bas-monde et ainsi ceux qui m'aimaient jusqu'au début de cette année, mes amis occidentaux, mes généraux, ont décidé que j'étais devenu de trop.
Je tiens, à cette occasion, d'ailleurs à vous remercier de votre indéfectible amitié, que désormais nous ferons plus discrète, ce que des mauvaises langues interpréteront comme un manque de perspicacité ou un signe d'opportunisme. Mais laissez dire ! Dans votre pays, je sais que les gens ont la mémoire courte et que les erreurs de jugement, les fautes, les turpitudes diverses, dont sont coutumiers ses hommes politiques, sont oubliées rapidement. On se remet de tout chez vous.
Ici évidemment ce n'est pas pareil. On n'a jamais qu'une chance. Et donc avertis de cette règle, nous, les dictateurs, prévoyons notre avenir. C'est pourquoi je vous demande de ne pas vous inquiéter pour mon sort et celui de mes proches. Tout est prévu depuis le jour de mon accession au pouvoir. Regardez mon ami Ben Ali. Ce n'est pas demain qu'il ira à la soupe populaire.
Bien que j'aie quand même été gêné par le fait que vous ne l'accueilliez pas dans votre pays et que vous geliez ses avoirs. Certaines traditions d'accueil des dictateurs se perdent chez vous. Et c'est d'ailleurs pour cette raison que, bien que j'aie passé la main à mon vice-président, je ne pars pas encore car j'ai quelques dispositions à prendre.
Voilà ! Tout ce qui me reste à espérer pour vous et vos homologues, c'est que ce sera un des mes généraux qui prendra la suite. Ce qui vous permettra de pouvoir continuer à apprécier les charmes et l'hospitalité de ce cher pays qui m'a tant donné mais que je vais bientôt quitter.
Grosses bises à la charmante Pénélope et aux enfants.
Hosni
Cette lettre, par je ne sais quel mystère (Wikileaks?) a été mise en ligne hier comme simple commentaire par Expat. J'ai jugé, avec son accord, qu'elle méritait mieux!
PS. N'empêche que, comme me le disait, au téléphone, Hillary, qui n'a toujours pas digéré sa défaite. "Si j'avais été élue, tout se serait passé autrement : "Comme Président, il est mou Barrack!"."
Cher François,
Je vous sais gré, en ces temps troubles pour ma personne, de prendre le temps et même d'avoir le courage d'évoquer vos dernières vacances dans mon cher pays.
Cependant ne me remerciez pas. Les soucis d'intendance, que mes services ont réglés pour vous, ne sont que le témoignage d'une longue tradition d'hospitalité vis-à-vis des hautes autorités de votre pays.
J'ai eu, en effet, le plaisir d'accueillir votre président Nicolas lors d'un noël précédent, mais surtout la joie de recevoir à de très nombreuses reprises un autre François tellement amoureux de l'Egypte que je lui en aurais presque proposé la nationalité si je ne l'avais pas soupçonné, du fait de ses deux épouses, alors que moi je n'en ai qu'une, des sympathies pour les Frères Musulmans dont je tentais de réduire l'influence, ce dont d'ailleurs les occidentaux m'étaient fort reconnaissants. Ils ont d'ailleurs longuement témoigné de cette reconnaissance par une aide indéfectible à mon égard et plus particulièrement à mon armée sur laquelle j'avais appuyé mon pouvoir.
Mais bon, vous savez bien que l'ingratitude règne en ce bas-monde et ainsi ceux qui m'aimaient jusqu'au début de cette année, mes amis occidentaux, mes généraux, ont décidé que j'étais devenu de trop.
Je tiens, à cette occasion, d'ailleurs à vous remercier de votre indéfectible amitié, que désormais nous ferons plus discrète, ce que des mauvaises langues interpréteront comme un manque de perspicacité ou un signe d'opportunisme. Mais laissez dire ! Dans votre pays, je sais que les gens ont la mémoire courte et que les erreurs de jugement, les fautes, les turpitudes diverses, dont sont coutumiers ses hommes politiques, sont oubliées rapidement. On se remet de tout chez vous.
Ici évidemment ce n'est pas pareil. On n'a jamais qu'une chance. Et donc avertis de cette règle, nous, les dictateurs, prévoyons notre avenir. C'est pourquoi je vous demande de ne pas vous inquiéter pour mon sort et celui de mes proches. Tout est prévu depuis le jour de mon accession au pouvoir. Regardez mon ami Ben Ali. Ce n'est pas demain qu'il ira à la soupe populaire.
Bien que j'aie quand même été gêné par le fait que vous ne l'accueilliez pas dans votre pays et que vous geliez ses avoirs. Certaines traditions d'accueil des dictateurs se perdent chez vous. Et c'est d'ailleurs pour cette raison que, bien que j'aie passé la main à mon vice-président, je ne pars pas encore car j'ai quelques dispositions à prendre.
Voilà ! Tout ce qui me reste à espérer pour vous et vos homologues, c'est que ce sera un des mes généraux qui prendra la suite. Ce qui vous permettra de pouvoir continuer à apprécier les charmes et l'hospitalité de ce cher pays qui m'a tant donné mais que je vais bientôt quitter.
Grosses bises à la charmante Pénélope et aux enfants.
Hosni
Cette lettre, par je ne sais quel mystère (Wikileaks?) a été mise en ligne hier comme simple commentaire par Expat. J'ai jugé, avec son accord, qu'elle méritait mieux!
PS. N'empêche que, comme me le disait, au téléphone, Hillary, qui n'a toujours pas digéré sa défaite. "Si j'avais été élue, tout se serait passé autrement : "Comme Président, il est mou Barrack!"."
vendredi 11 février 2011
François à Hosni
Paris le 10 février 2011
Cher Hosni
Voici plusieurs jours que je veux écrire pour te remercier de la chaleur amicale de l'accueil que tu m'as réservé ainsi qu'à ma famille. Comme tu l’as sans doute appris, ce voyage, qui avait si bien commencé et qui s'était si admirablement déroulé, m’a causé pour finir quelques soucis inattendus, depuis qu'un hebdomadaire qui porte le nom et l’emblème d’un volatile déplumé, prévenu probablement par quelque ami perfide (car je pense que la fuite vient, comme toujours, de mon bord) m'a épinglé dans sa livraison du mercredi 9 février 2011.
Naturellement, je l’ai su car mes services sont toujours occupés, le mardi après-midi (ce libelle sort le mercredi) à lire l’édition du journal qui doit paraître le lendemain. Ils m’ont donc prévenu et j'ai alors dû, à la hâte, pour couper l'herbe sous les pieds de mes prévisibles détracteurs, prendre les devants en révélant moi-même ce voyage et les conditions si agréables dans lesquelles nous avons pu le faire grâce à toi.
Tu imagines facilement les choses, même si tu n'es naturellement pas habitué, fort heureusement, à ce genre de situation, puisque, chez toi, les journalistes ne manquent jamais de soumettre à tes services les articles qu'ils envisagent d'écrire à ton propos et qui ne sortent jamais, fort heureusement, du registre de l’hagiographie. Pour rien au monde, ils ne se permettraient à ton égard pareils comportements. Il est vrai que, malheureusement pour toi, et cela n'a pas arrangé nos communes affaires, les choses sont en train de changer. J’ai vu à la télévision, aujourd’hui même, des pancartes que, même en France les manifestants n'ont pas encore osées, du style « Moubarak dégage ! » ! Certes, je pourrais me réjouir de ce que de tels écrits témoignent que la francophonie égyptienne n’est pas encore tout à fait morte, mais le moment n’est guère propice à ce genre de plaisanterie !
J'avais pensé, ces derniers jours, que tu avais repris les choses en mains et que tu allais pouvoir être un peu tranquille jusqu'au mois de septembre, et peut-être au-delà si les esprits finissaient par retrouver le chemin du bon sens. La CIA t’a fait un mauvais coup en annonçant ton départ et ton cher ami Barrack a laissé faire. En plus les opposants égyptiens sont plus forts que les nôtres. Chez nous, c’est du simple au double mais, au Caire, on a compté chez tes adversaires 1,5 million de manifestants quand on en trouvait par ailleurs que 0,2 !
Hélas ! Trois fois hélas ! Comme on dit chez nous ! Voilà que la situation se tend à nouveau et même qu'on parle de ton départ imminent d'Egypte. Depuis midi, c’est le sujet dont traitent toutes nos radios et nos médias. Le comble du malheur est que l'Égypte et toi-même revenez sur le devant de la scène, ce 10 février 2011, au moment même où notre président avait programmé son grand show médiatique du moment avec une brochette de Français et de Françaises. Je vais encore me faire engueuler car les services de communication de la présidence planchaient depuis des semaines sur cette intervention et voilà que les bruits de ton départ mettent par terre tout ce beau plan de communication.
Je suis le coupable idéal. Non seulement ton éventuel départ détourne les esprits et les feux de la rampe de l’intervention du Président qui va être furieux, mais, en plus, il contribue à remettre fâcheusement sur le tapis mon escapade égyptienne que j'espérais voir oubliée le plus rapidement possible.
Tout cela réjouit naturellement la meute socialo-communiste qui fort heureusement est en train de bronzer à Dakar. Néanmoins, la seule pensée de les voir attachés à mes basques me gâte le si agréable souvenir de ce voyage lui-même, qui restera merveilleusement présent dans mon esprit comme dans celui de Pénélope et des enfants. Je pense ici surtout à cette superbe promenade en bateau sur le Nil et à la magnifique visite d’Abou-Simbel, où nous avons pu nous rendre, sans avoir à subir la horde des touristes et les tracas des déplacements habituels, puisque tu avais été assez prévenant pour nous réserver le site après nous avoir offert le voyage entre Assouan et Abou-Simbel dans ton avion personnel.
Je dois te remercier aussi, au nom de la France cette fois, pour les conditions favorables que tu nous as fait accorder tant pour le stationnement de l'avion qui nous avait transportés de France à Assouan, où il nous a attendus, que pour le logement de l'équipage pour lequel nous avons pu bénéficier de tarifs préférentiels dans le magnifique hôtel cinq étoiles que tu avais prévu pour lui.
Les circonstances font que je ne puis guère, comme on le fait toujours en pareil cas, te remercier une fois encore de l'accueil que tu nous as réservé et surtout te promettre de te recevoir, de la même façon, lorsque tu auras l'occasion de venir nous voir en France, comme nous l'avions prévu. Pour ce qui me concerne, les présents événements et les cantonales font que mon propre avenir devient des plus incertains !
À entendre les derniers bruits qui nous parviennent d’Egypte, je crains que quelques généraux sexagénaires ne commencent à s’impatienter. Tes prédécesseurs Nasser et Sadate avaient libéré plus vite que toi le fauteuil de Rais et, dans le cas du second, on l’y avait un peu aidé! Trente ans d'attente font qu'ils doivent commencer à trouver le temps long et je redoute pour toi que certains ne soient en train de se préparer à manquer aux promesses qu'ils n’ont pas manqué de te faire récemment encore. Chez vous comme chez nous, on n’est trahi que par les siens !
Encore mille mercis pour la chaleur et l'amitié de ton accueil. Permets à ton fidèle ami François de te souhaiter bonne chance dans les jours qui viennent et qui risquent d'être difficiles. Pénélope et les enfants t’envoient leur meilleur souvenir.
François
TRES IMPORTANT
A l’attention du service chargé du repérage des diffamations à l’égard des personnes chargées d’un mandat public, ceci est une blague. L’auteur de cette lettre n’est pas François Fillon mais Usbek et c’est pour rire un peu, si l’on en a encore le droit dans notre belle démocratie qui n’est ni la Tunisie ni l’Egypte.
Cher Hosni
Voici plusieurs jours que je veux écrire pour te remercier de la chaleur amicale de l'accueil que tu m'as réservé ainsi qu'à ma famille. Comme tu l’as sans doute appris, ce voyage, qui avait si bien commencé et qui s'était si admirablement déroulé, m’a causé pour finir quelques soucis inattendus, depuis qu'un hebdomadaire qui porte le nom et l’emblème d’un volatile déplumé, prévenu probablement par quelque ami perfide (car je pense que la fuite vient, comme toujours, de mon bord) m'a épinglé dans sa livraison du mercredi 9 février 2011.
Naturellement, je l’ai su car mes services sont toujours occupés, le mardi après-midi (ce libelle sort le mercredi) à lire l’édition du journal qui doit paraître le lendemain. Ils m’ont donc prévenu et j'ai alors dû, à la hâte, pour couper l'herbe sous les pieds de mes prévisibles détracteurs, prendre les devants en révélant moi-même ce voyage et les conditions si agréables dans lesquelles nous avons pu le faire grâce à toi.
Tu imagines facilement les choses, même si tu n'es naturellement pas habitué, fort heureusement, à ce genre de situation, puisque, chez toi, les journalistes ne manquent jamais de soumettre à tes services les articles qu'ils envisagent d'écrire à ton propos et qui ne sortent jamais, fort heureusement, du registre de l’hagiographie. Pour rien au monde, ils ne se permettraient à ton égard pareils comportements. Il est vrai que, malheureusement pour toi, et cela n'a pas arrangé nos communes affaires, les choses sont en train de changer. J’ai vu à la télévision, aujourd’hui même, des pancartes que, même en France les manifestants n'ont pas encore osées, du style « Moubarak dégage ! » ! Certes, je pourrais me réjouir de ce que de tels écrits témoignent que la francophonie égyptienne n’est pas encore tout à fait morte, mais le moment n’est guère propice à ce genre de plaisanterie !
J'avais pensé, ces derniers jours, que tu avais repris les choses en mains et que tu allais pouvoir être un peu tranquille jusqu'au mois de septembre, et peut-être au-delà si les esprits finissaient par retrouver le chemin du bon sens. La CIA t’a fait un mauvais coup en annonçant ton départ et ton cher ami Barrack a laissé faire. En plus les opposants égyptiens sont plus forts que les nôtres. Chez nous, c’est du simple au double mais, au Caire, on a compté chez tes adversaires 1,5 million de manifestants quand on en trouvait par ailleurs que 0,2 !
Hélas ! Trois fois hélas ! Comme on dit chez nous ! Voilà que la situation se tend à nouveau et même qu'on parle de ton départ imminent d'Egypte. Depuis midi, c’est le sujet dont traitent toutes nos radios et nos médias. Le comble du malheur est que l'Égypte et toi-même revenez sur le devant de la scène, ce 10 février 2011, au moment même où notre président avait programmé son grand show médiatique du moment avec une brochette de Français et de Françaises. Je vais encore me faire engueuler car les services de communication de la présidence planchaient depuis des semaines sur cette intervention et voilà que les bruits de ton départ mettent par terre tout ce beau plan de communication.
Je suis le coupable idéal. Non seulement ton éventuel départ détourne les esprits et les feux de la rampe de l’intervention du Président qui va être furieux, mais, en plus, il contribue à remettre fâcheusement sur le tapis mon escapade égyptienne que j'espérais voir oubliée le plus rapidement possible.
Tout cela réjouit naturellement la meute socialo-communiste qui fort heureusement est en train de bronzer à Dakar. Néanmoins, la seule pensée de les voir attachés à mes basques me gâte le si agréable souvenir de ce voyage lui-même, qui restera merveilleusement présent dans mon esprit comme dans celui de Pénélope et des enfants. Je pense ici surtout à cette superbe promenade en bateau sur le Nil et à la magnifique visite d’Abou-Simbel, où nous avons pu nous rendre, sans avoir à subir la horde des touristes et les tracas des déplacements habituels, puisque tu avais été assez prévenant pour nous réserver le site après nous avoir offert le voyage entre Assouan et Abou-Simbel dans ton avion personnel.
Je dois te remercier aussi, au nom de la France cette fois, pour les conditions favorables que tu nous as fait accorder tant pour le stationnement de l'avion qui nous avait transportés de France à Assouan, où il nous a attendus, que pour le logement de l'équipage pour lequel nous avons pu bénéficier de tarifs préférentiels dans le magnifique hôtel cinq étoiles que tu avais prévu pour lui.
Les circonstances font que je ne puis guère, comme on le fait toujours en pareil cas, te remercier une fois encore de l'accueil que tu nous as réservé et surtout te promettre de te recevoir, de la même façon, lorsque tu auras l'occasion de venir nous voir en France, comme nous l'avions prévu. Pour ce qui me concerne, les présents événements et les cantonales font que mon propre avenir devient des plus incertains !
À entendre les derniers bruits qui nous parviennent d’Egypte, je crains que quelques généraux sexagénaires ne commencent à s’impatienter. Tes prédécesseurs Nasser et Sadate avaient libéré plus vite que toi le fauteuil de Rais et, dans le cas du second, on l’y avait un peu aidé! Trente ans d'attente font qu'ils doivent commencer à trouver le temps long et je redoute pour toi que certains ne soient en train de se préparer à manquer aux promesses qu'ils n’ont pas manqué de te faire récemment encore. Chez vous comme chez nous, on n’est trahi que par les siens !
Encore mille mercis pour la chaleur et l'amitié de ton accueil. Permets à ton fidèle ami François de te souhaiter bonne chance dans les jours qui viennent et qui risquent d'être difficiles. Pénélope et les enfants t’envoient leur meilleur souvenir.
François
TRES IMPORTANT
A l’attention du service chargé du repérage des diffamations à l’égard des personnes chargées d’un mandat public, ceci est une blague. L’auteur de cette lettre n’est pas François Fillon mais Usbek et c’est pour rire un peu, si l’on en a encore le droit dans notre belle démocratie qui n’est ni la Tunisie ni l’Egypte.
jeudi 10 février 2011
Les dockers de Marseillle
N'allez pas croire que c'est là le titre d'une chansonnette inédite de Vincent Scotto ou d’un nouveau film de Robert Guédiguian.
La lecture de ce post ne vous apprendra peut-être rien sur la question, mais il a l'avantage, sur d'autres écrits traitant du même sujet, d'être relativement objectif et surtout bien informé, aux sources les plus directes.
Mme Parisot du MEDEF s'est lancée, sur les antennes nationales, dans des tirades dignes de Sarah Bernhardt pour expliquer que les dockers de Marseille assassinaient l'économie française et en particulier Marseille, son port et sa région. Cette prise de position a entraîné, du coup, une réplique tout aussi ridiculement véhémente de la part de Bernard Thibault, qui a essayé, par là, de se faire refaire une virginité comme secrétaire général, très contesté au plan interne, de la CGT.
Tout cela est à peu près sans intérêt car les faits sont établis et connus depuis très longtemps ; on ne peut donc qu’être stupéfait que ni le MEDEF ni la CGT n’aient pas été, depuis des décennies, parfaitement informés de ces affaires et surtout de leurs fâcheuses conséquences.
La ruine du port de Marseille et de pans entiers de l’économie régionale, par les multiples et successives grèves des dockers locaux, a commencé il y a plus d'un demi-siècle. Je n'irai pas jusqu'à dire, bien que je le pense, qu'elle a commencé avec la loi-statut de 1947 de Ramadier et du PCF, à laquelle nul n’a osé toucher, un demi-siècle durant.
L’information qui suit, comme la plupart de celles qui figurent dans ce texte, est personnelle et de première main. À partir de 1958 et, plus ou moins dans le cadre du Plan de Constantine auquel le général De Gaulle ne croyait guère mais qu'il a néanmoins mis en oeuvre, Berliet a lancé à Rouiba-Reghaia, près d'Alger, la construction d'une usine de camions qui d’ailleurs existe toujours. Déjà à cette époque, les responsables de la construction de cette usine (dont était mon propre frère) faisaient systématiquement venir tous les matériaux nécessaires (et il y en avait beaucoup !) par le Havre, jugeant que passer par Marseille comportait trop de risques et d'aléas.
Naturellement, comme chacun le comprend aisément, cette dégringolade marseillaise, suite aux incessantes grèves en particulier, a fait les affaires de Gênes comme de Barcelone. Quant au Havre, l'extension des comportements syndicaux des dockers français a fait que ce port lui-même n’est guère aujourd'hui en meilleure position que Marseille, même s'il demeure un peu mieux placé ce qui n'est vraiment pas difficile. Le trafic de Marseille est, en effet, en réalité, à 95 % celui de Fos-sur-Mer et est constitué essentiellement par les transports pétroliers.
Tout à fait par hasard, j'ai connu, dans les années 80, un consultant juridique qui était chargé en particulier des négociations avec les dockers sur le port de Marseille. Ce n’était pas triste ! J'ai donc pu avoir par lui les meilleures des informations à la fois sur les salaires des dockers (à cette époque, un contremaître touchait environ 3500 fr. par mois) et sur les modalités et conditions de leur travail.
Scène de genre vécue par moi, à de multiples reprises lors de vacances en Corse. A l’embarquement des véhicules dans les ferries de la SNCM, le spectacle était tout différent de celui qu’on avait ailleurs. En effet, si l'on avait eu l'occasion d'emprunter les ferries grecs par exemple, on pouvait aisément juger de la différence de la nature du travail des dockers entre Marseille et n'importe quel port grec. Dans ce second cas, l'embarquement à bord du ferry était souvent opéré par deux employés (ou même un seul), tandis qu'à Marseille, s'il y avait effectivement aussi quelques personnes pour s'occuper de l'embarquement proprement dit des véhicules, il y avait toujours aussi une bonne demi-douzaine de dockers goguenards qui, sur le pont du ferry, penchés à la rambarde, s’occupaient à lorgner les minettes et à blaguer entre eux. Ils étaient là en application des règlements locaux qui exigeaient leur présence, naturellement sans qu’ils ne fassent rien, sauf, les manoeuvres d'embarquement finies, remonter les haussières ! On peut juger par là de la pénibilité de leur tâche, au moins pour ce type de fonction.
Je pourrais accumuler les anecdotes là-dessus en particulier sur la procédure d'attribution des tours journaliers de travail. Les dockers étant en nombre plus important que le service d'un jour donné n’en demandait, on donnait, le matin, les noms de ceux qui auraient à travailler ce jour là. Ceux qui n'étaient pas retenus allaient alors taper le carton au bistrot du coin, parfois rejoints, quelque minutes plus tard, par d'autres qui, quoique devant aller au travail, avaient recruté sur place un travailleur (clandestin bien sûr) pour les remplacer, moyennant le versement d’une part, très modeste, de leur rémunération du jour. Naturellement personne ne se souciait de vérifier l'identité d'un docker qui venait travailler sur le port. Un tel flicage n’aurait pas manqué de déclencher aussitôt une grève générale !
Faut-il s'étonner que l'activité du port de Marseille ait décliné sans cesse, avant de s'éteindre quasi complètement. Les dockers, en revanche, sont toujours là eux; non seulement ils ont une garantie d'emploi, mais il fut un temps où (mais je ne sais pas où en est cette juste revendication) ils voulaient que leur charge fût, en quelque sorte, héréditaire, réclamant pour leurs enfants le droit à la priorité absolue dans les recrutements (un peu comme naguère à Air-France). On peut toutefois en conclure que les dockers ne sont pas de bons parents, puisqu’ils veulent réserver à leurs enfants le sort misérable d’un travail pénible pour toute une vie aussi lamentable que la leur dans les douleurs d’un métier exténuant.
Je pourrais continuer dans le même registre, mais cela me paraît inutile, car tout le monde dans la région et même bien au-delà, sait parfaitement à quoi s'en tenir là-dessus. C'est d'ailleurs pourquoi l’une des rares activités qui demeuraient à Marseille, le passage vers la Corse, a baissé dans des proportions considérables. Pour être sûrs de partir comme de revenir, les voyageurs de la région préfèrent désormais de beaucoup emprunter les ferries italiens, quitte à partir de Toulon, de Nice, de Gênes ou d'ailleurs, les départs de Marseille étant naturellement interdits par ces mêmes dockers aux autres compagnies que la leur !
Le rapport de la Cour des Comptes qui va faire grand bruit s’il paraît (car, à ma connaissance, il n'est pas encore publié) n'apprend pas grand-chose à qui connaissait un peu la situation. Les salaires mensuels, autour de 4000 euros, ont déjà été souvent divulgués. La CGT les avait niés, publiant à l'appui de ses dénégations, une feuille de paye de dockers. Le seul problème est que la CGT, étourdie ou mal informée, avait omis de préciser dans son document qu'au salaire figurant sur la fiche de paye s'ajoutaient d’autres rémunérations comme la Cour des comptes le confirme. En effet, les dockers, payés par le Port, perçoivent, en plus de leur salaire de base, « des rémunérations additionnelles des entreprises de manutention » ainsi que des « gratifications illégales ». Sans compter les primes...L’addition de ces sommes conduit donc à peu près exactement au chiffre contesté.
C'est sans doute pourquoi la CGT, dans le document qu'elle vient de publier, n'est pas revenue sur ce problème des salaires et des horaires, sans contester désormais les chiffres qui ont circulé. Elle se borne, sur un air mieux connu d’elle, à souligner que « la colère légitime des portuaires français s'est mise en marche [...] Indignation colère et trahison sont les mots qui sont le plus souvent venus lors des interventions.... etc. ». Aucune contestation en revanche des chiffres et des conditions de travail qui ont fait l'objet des articles de presse qui faisaient, d’ailleurs, référence au peu contestable rapport de la Cour des Comptes.
On évoque sans cesse, et la CGT en a fait son nouveau cheval de bataille, la « pénibilité » du métier. Bien entendu comme dans le cas des primes de charbon à la SNCF, on fait référence à l'époque, bien lointaine, où les dockers plantaient leur croc dans les sacs de sucre pour les transporter sur leur dos. Le métier a quelque peu évolué, ce que nul ne peut sérieusement nier !
Les dockers (grutiers ou portiqueurs) travaillent, en général, en deux bordées, l'une du matin (finissant à 15:00) l'autre de l'après-midi (commençant à 15:30) ; le portiqueur travaille en « binôme », avec un collègue qui, le plus souvent, demeure à proximité pour accomplir, éventuellement, des « tâches annexes » ; s'il n’en a pas, le second demeure en "salle de repos". Il résulte d’un tel système que le temps de travail effectif dans la journée est, en gros et en moyenne, d'environ 3 heures, ce qui ne caractérise pas une pénibilité extrême.
En outre, un élément important de l'activité des dockers, à Marseille ou en Chine, tient à la « cadence » des mouvements c’est-à-dire au nombre d’opérations de chargement ou de déchargement opérées en une heure. À titre indicatif, en France (au Havre par exemple pour ne pas citer le cas de Marseille) les dockers locaux ont une cadence de 22 mouvements par heure, alors qu'à Anvers ou à Rotterdam, on effectue 30 mouvements à l'heure ; dans les ports asiatiques la norme est de 40 mouvements par heure. On peut facilement imaginer que la pénibilité, dans ces contextes non marseillais, doit être doit être tout à fait différente.
Par ailleurs pour permettre de comprendre quel est le travail d'un grutier ou d’un portiqueur, on peut dire que leur tâche s'apparente un peu au maniement d'une PlayStation ou d’un jeu video. Le principal problème dans ce métier est de ne pas avoir le vertige puisqu'on peut se trouver dans cette fonction à 30 ou 40 mètres de haut, ce qui ne constitue pas, toutefois, un élément décisif pour mettre en évidence la pénibilité du métier de « docker ».
La lecture de ce post ne vous apprendra peut-être rien sur la question, mais il a l'avantage, sur d'autres écrits traitant du même sujet, d'être relativement objectif et surtout bien informé, aux sources les plus directes.
Mme Parisot du MEDEF s'est lancée, sur les antennes nationales, dans des tirades dignes de Sarah Bernhardt pour expliquer que les dockers de Marseille assassinaient l'économie française et en particulier Marseille, son port et sa région. Cette prise de position a entraîné, du coup, une réplique tout aussi ridiculement véhémente de la part de Bernard Thibault, qui a essayé, par là, de se faire refaire une virginité comme secrétaire général, très contesté au plan interne, de la CGT.
Tout cela est à peu près sans intérêt car les faits sont établis et connus depuis très longtemps ; on ne peut donc qu’être stupéfait que ni le MEDEF ni la CGT n’aient pas été, depuis des décennies, parfaitement informés de ces affaires et surtout de leurs fâcheuses conséquences.
La ruine du port de Marseille et de pans entiers de l’économie régionale, par les multiples et successives grèves des dockers locaux, a commencé il y a plus d'un demi-siècle. Je n'irai pas jusqu'à dire, bien que je le pense, qu'elle a commencé avec la loi-statut de 1947 de Ramadier et du PCF, à laquelle nul n’a osé toucher, un demi-siècle durant.
L’information qui suit, comme la plupart de celles qui figurent dans ce texte, est personnelle et de première main. À partir de 1958 et, plus ou moins dans le cadre du Plan de Constantine auquel le général De Gaulle ne croyait guère mais qu'il a néanmoins mis en oeuvre, Berliet a lancé à Rouiba-Reghaia, près d'Alger, la construction d'une usine de camions qui d’ailleurs existe toujours. Déjà à cette époque, les responsables de la construction de cette usine (dont était mon propre frère) faisaient systématiquement venir tous les matériaux nécessaires (et il y en avait beaucoup !) par le Havre, jugeant que passer par Marseille comportait trop de risques et d'aléas.
Naturellement, comme chacun le comprend aisément, cette dégringolade marseillaise, suite aux incessantes grèves en particulier, a fait les affaires de Gênes comme de Barcelone. Quant au Havre, l'extension des comportements syndicaux des dockers français a fait que ce port lui-même n’est guère aujourd'hui en meilleure position que Marseille, même s'il demeure un peu mieux placé ce qui n'est vraiment pas difficile. Le trafic de Marseille est, en effet, en réalité, à 95 % celui de Fos-sur-Mer et est constitué essentiellement par les transports pétroliers.
Tout à fait par hasard, j'ai connu, dans les années 80, un consultant juridique qui était chargé en particulier des négociations avec les dockers sur le port de Marseille. Ce n’était pas triste ! J'ai donc pu avoir par lui les meilleures des informations à la fois sur les salaires des dockers (à cette époque, un contremaître touchait environ 3500 fr. par mois) et sur les modalités et conditions de leur travail.
Scène de genre vécue par moi, à de multiples reprises lors de vacances en Corse. A l’embarquement des véhicules dans les ferries de la SNCM, le spectacle était tout différent de celui qu’on avait ailleurs. En effet, si l'on avait eu l'occasion d'emprunter les ferries grecs par exemple, on pouvait aisément juger de la différence de la nature du travail des dockers entre Marseille et n'importe quel port grec. Dans ce second cas, l'embarquement à bord du ferry était souvent opéré par deux employés (ou même un seul), tandis qu'à Marseille, s'il y avait effectivement aussi quelques personnes pour s'occuper de l'embarquement proprement dit des véhicules, il y avait toujours aussi une bonne demi-douzaine de dockers goguenards qui, sur le pont du ferry, penchés à la rambarde, s’occupaient à lorgner les minettes et à blaguer entre eux. Ils étaient là en application des règlements locaux qui exigeaient leur présence, naturellement sans qu’ils ne fassent rien, sauf, les manoeuvres d'embarquement finies, remonter les haussières ! On peut juger par là de la pénibilité de leur tâche, au moins pour ce type de fonction.
Je pourrais accumuler les anecdotes là-dessus en particulier sur la procédure d'attribution des tours journaliers de travail. Les dockers étant en nombre plus important que le service d'un jour donné n’en demandait, on donnait, le matin, les noms de ceux qui auraient à travailler ce jour là. Ceux qui n'étaient pas retenus allaient alors taper le carton au bistrot du coin, parfois rejoints, quelque minutes plus tard, par d'autres qui, quoique devant aller au travail, avaient recruté sur place un travailleur (clandestin bien sûr) pour les remplacer, moyennant le versement d’une part, très modeste, de leur rémunération du jour. Naturellement personne ne se souciait de vérifier l'identité d'un docker qui venait travailler sur le port. Un tel flicage n’aurait pas manqué de déclencher aussitôt une grève générale !
Faut-il s'étonner que l'activité du port de Marseille ait décliné sans cesse, avant de s'éteindre quasi complètement. Les dockers, en revanche, sont toujours là eux; non seulement ils ont une garantie d'emploi, mais il fut un temps où (mais je ne sais pas où en est cette juste revendication) ils voulaient que leur charge fût, en quelque sorte, héréditaire, réclamant pour leurs enfants le droit à la priorité absolue dans les recrutements (un peu comme naguère à Air-France). On peut toutefois en conclure que les dockers ne sont pas de bons parents, puisqu’ils veulent réserver à leurs enfants le sort misérable d’un travail pénible pour toute une vie aussi lamentable que la leur dans les douleurs d’un métier exténuant.
Je pourrais continuer dans le même registre, mais cela me paraît inutile, car tout le monde dans la région et même bien au-delà, sait parfaitement à quoi s'en tenir là-dessus. C'est d'ailleurs pourquoi l’une des rares activités qui demeuraient à Marseille, le passage vers la Corse, a baissé dans des proportions considérables. Pour être sûrs de partir comme de revenir, les voyageurs de la région préfèrent désormais de beaucoup emprunter les ferries italiens, quitte à partir de Toulon, de Nice, de Gênes ou d'ailleurs, les départs de Marseille étant naturellement interdits par ces mêmes dockers aux autres compagnies que la leur !
Le rapport de la Cour des Comptes qui va faire grand bruit s’il paraît (car, à ma connaissance, il n'est pas encore publié) n'apprend pas grand-chose à qui connaissait un peu la situation. Les salaires mensuels, autour de 4000 euros, ont déjà été souvent divulgués. La CGT les avait niés, publiant à l'appui de ses dénégations, une feuille de paye de dockers. Le seul problème est que la CGT, étourdie ou mal informée, avait omis de préciser dans son document qu'au salaire figurant sur la fiche de paye s'ajoutaient d’autres rémunérations comme la Cour des comptes le confirme. En effet, les dockers, payés par le Port, perçoivent, en plus de leur salaire de base, « des rémunérations additionnelles des entreprises de manutention » ainsi que des « gratifications illégales ». Sans compter les primes...L’addition de ces sommes conduit donc à peu près exactement au chiffre contesté.
C'est sans doute pourquoi la CGT, dans le document qu'elle vient de publier, n'est pas revenue sur ce problème des salaires et des horaires, sans contester désormais les chiffres qui ont circulé. Elle se borne, sur un air mieux connu d’elle, à souligner que « la colère légitime des portuaires français s'est mise en marche [...] Indignation colère et trahison sont les mots qui sont le plus souvent venus lors des interventions.... etc. ». Aucune contestation en revanche des chiffres et des conditions de travail qui ont fait l'objet des articles de presse qui faisaient, d’ailleurs, référence au peu contestable rapport de la Cour des Comptes.
On évoque sans cesse, et la CGT en a fait son nouveau cheval de bataille, la « pénibilité » du métier. Bien entendu comme dans le cas des primes de charbon à la SNCF, on fait référence à l'époque, bien lointaine, où les dockers plantaient leur croc dans les sacs de sucre pour les transporter sur leur dos. Le métier a quelque peu évolué, ce que nul ne peut sérieusement nier !
Les dockers (grutiers ou portiqueurs) travaillent, en général, en deux bordées, l'une du matin (finissant à 15:00) l'autre de l'après-midi (commençant à 15:30) ; le portiqueur travaille en « binôme », avec un collègue qui, le plus souvent, demeure à proximité pour accomplir, éventuellement, des « tâches annexes » ; s'il n’en a pas, le second demeure en "salle de repos". Il résulte d’un tel système que le temps de travail effectif dans la journée est, en gros et en moyenne, d'environ 3 heures, ce qui ne caractérise pas une pénibilité extrême.
En outre, un élément important de l'activité des dockers, à Marseille ou en Chine, tient à la « cadence » des mouvements c’est-à-dire au nombre d’opérations de chargement ou de déchargement opérées en une heure. À titre indicatif, en France (au Havre par exemple pour ne pas citer le cas de Marseille) les dockers locaux ont une cadence de 22 mouvements par heure, alors qu'à Anvers ou à Rotterdam, on effectue 30 mouvements à l'heure ; dans les ports asiatiques la norme est de 40 mouvements par heure. On peut facilement imaginer que la pénibilité, dans ces contextes non marseillais, doit être doit être tout à fait différente.
Par ailleurs pour permettre de comprendre quel est le travail d'un grutier ou d’un portiqueur, on peut dire que leur tâche s'apparente un peu au maniement d'une PlayStation ou d’un jeu video. Le principal problème dans ce métier est de ne pas avoir le vertige puisqu'on peut se trouver dans cette fonction à 30 ou 40 mètres de haut, ce qui ne constitue pas, toutefois, un élément décisif pour mettre en évidence la pénibilité du métier de « docker ».
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mercredi 9 février 2011
Islam et islam.
Chacun sait, ou devrait savoir, que le mot « arabe », appliqué à la langue, peut désigner des réalités linguistiques très sensiblement différentes qu’on tend trop à confondre.
L'arabe dit « coranique » est celui dans lequel est rédigé le Coran, mais on le trouve mais aussi dans d'autres textes, préislamiques ou islamiques, qui ne sont pas religieux et qui rendent quelque peu ambiguë la formule « arabe coranique »; l'arabe « littéral », qu'on appelle parfois de façon quelque peu inexacte « littéraire » (impropriété soulignée par la précédente remarque sur des textes de l'époque coranique qui sont littéraires et non pas religieux) est l'arabe standard moderne dont usent les grands médias et l'enseignement général ; restent enfin les arabes dialectaux, qui sont les parlers vernaculaires des différentes régions où cette langue est en usage et qui souvent sont, entre eux, difficilement compréhensibles et même parfois non intercompréhensibles.
C'est ce qui explique que lorsque l'Algérie indépendante, censée être arabophone, a décidé de faire de l'arabe la langue de son école, en lieu et place du français, le nouvel État s'est trouvé devant un manque criant d'enseignants ; on a dû faire venir des maîtres étrangers (on cite toujours le cas de chauffeurs de taxis du Caire devenus instituteurs ) pour enseigner dans les écoles algériennes.
Anecdote personnelle vécue : me trouvant un jour à Beyrouth en compagnie de deux professeurs d'université algériens et, ayant commis, au service de la police des frontières, je ne sais quelle erreur, je me suis exposé à un discours véhément d'un policier libanais ; mes collègues algériens ont été incapables de me faire connaître la teneur exacte des reproches, faute de bien comprendre l'arabe du gabelou local. Je pourrais donner bien d'autres exemples du même genre, au Maroc par exemple où j'ai connu des situations un peu voisines, en compagnie d’amis tunisiens cette fois.
Il en est un peu de même pour l'islam lui-même, et je ne parle pas là de la différence toujours citée entre Sunnites et Chiites. Comme l'arabe du Liban n'est pas celui du Maroc, de même l’islam du soufisme n'est pas non plus, d’une certaine façon, celui du salafisme.
J'ai eu cent fois l'occasion, en particulier en Afrique (car je ne connais pas l’islam d'Asie ou d’Indonésie) de constater que l'islam africain était, jusqu'à une période récente, en tout cas, beaucoup plus tolérant et ouvert que l’islam du Golfe et des émirats que ses infinis moyens financiers ont érigé en référence.
Il en est de même, par exemple, pour l'archipel des Comores. Je devrais peut-être mettre tout cela au passé, car je ne suis pas retourné depuis vingt ans à Moroni. Là-bas, invité à dîner chez un ami comorien, au tout début des années 90, j'avais pu constater que les femmes étaient à table avec les hommes ; je savais que le plus haut responsable religieux de l'archipel avait résisté farouchement aux propositions des émirats, visant, en particulier à créer aux Comores une université islamique. Je ne sais pas ce qu'il en est actuellement, mais, comme, de façon étonnante, ce blog est parfois lu aux Comores, je serais heureux d'être informé sur l'évolution et sur l'état actuel de la situation.
Partout où existent des communautés musulmanes, il y a depuis 40 ans des offensives, puissantes, permanentes et efficaces, de l'intégrisme islamique en direction des pays du Sud, de l'océan Indien comme de l'Afrique subsaharienne.
L’un des promoteurs les plus actifs de cette offensive a été le colonel Kadhafi qui, a moment, avait, ainsi, entrepris de convertir l'île Maurice à l'islam et qui y donnait des primes pour susciter et récompenser les conversions à l’islam. Le gouvernement mauricien a fini par mettre un terme à cette tentative d’invasion religieuse de l’île, mais on sait que ce même colonel Kadhafi a aussi, un moment, lancé tout un programme de primes à la conversion à l'islam en direction des responsables politiques africains. Je crois me souvenir que, pour un chef d'État le tarif était d'un million de dollars ; c’est à ce prix qu'Albert Bongo est devenu El Hadj Omar Bongo ; pour les Premiers Ministres le tarif était de moitié et il diminuait encore, au fur et à mesure qu'on descendait dans la hiérarchie administrative et politique.
Il y a, quelques années, dans un certain nombre de pays du Sahel, (je pense en particulier ici au Burkina Faso), des femmes pouvaient s’assurer un revenu mensuel, modeste mais facile à acquérir, en portant le voile, ce qui, quinze ans auparavant, n’était guère dans les habitudes du pays.
J'entendais récemment à propos de l'Égypte que la stratégie des Frères musulmans, en direction des populations, consistait essentiellement dans de nombreuses aides sociales de toutes natures. Cela n'a rien de très original et le prosélytisme islamique politico-religieux emprunte, très souvent et un peu partout, ces mêmes voies. Je n'ai pas remarqué toutefois, à ce propos, que les journalistes qui rapportaient ces faits, se soient interrogés sur l'origine des immenses fonds ainsi utilisés par les Frères musulmans, comme ailleurs par le Hezbollah ou le Hamas. Vous me direz sans doute que leur origine est évidente, mais, comme souvent, ce qui va sans dire va encore mieux en le disant.
S'agissant de l'Afrique, j'ai souvent tenu à propos de l'enseignement des propos qui, en général, étaient ignorés ou mal compris. Je disais, en effet, que, du côté français, on aurait dû s'efforcer d'aider l'enseignement des « medersas » traditionnelles, où était diffusé l'islam africain traditionnel, dont je persiste à penser qu'il est ouvert et tolérant. Le problème, depuis quelques décennies, est que cet enseignement africain est concurrencé très fortement et même éclipsé, par un enseignement coranique intégriste importé qu’on a même essayé, au Tchad comme au Niger, avec le soutien massif de la Banque Islamique, d’intégrer à l’enseignement public. Naturellement, cela s’opère à coup de milliards car cette stratégie dispose, on le devine, de moyens de séduction considérables et, en tous cas, très supérieurs à celui des médersas traditionnnelles, tant sur le plan de l'accueil des enfants et de l'équipement que sur celui des bourses qui peuvent être attribuées dans la suite pour les universités du Golfe.
Puisque j'ai commencé avec une ou deux anecdotes, je conclurai également sur un souvenir. Dans le début des années 90, je me suis trouvé à Moroni invité à un repas organisé par le représentant local de l’Union européenne. Je me trouvais, par hasard, aux côtés d'un expatrié français du service culturel (attaché linguistique ou culturel) avec lequel, naturellement, j'ai fini par converser sur les problèmes de l'enseignement. Mon voisin n’était pas depuis très longtemps aux Comores (une dizaine de mois me semble-t-il). Il m’est apparu néanmoins très au fait des activités sociales locales, en particulier pour ce qui concernait le tennis et le bridge. En revanche, lorsque nous avons parlé des problèmes de l'enseignement et que je me suis préparé à lui servir mon couplet sur l'encouragement qu'on devrait donner aux medersas traditionnelles, j'ai constaté avec stupeur qu'il ignorait le sens de ce terme et qu’il ne savait même pas qu'existait, dans cet archipel, un enseignement coranique. Faut-il en dire plus ?
L'arabe dit « coranique » est celui dans lequel est rédigé le Coran, mais on le trouve mais aussi dans d'autres textes, préislamiques ou islamiques, qui ne sont pas religieux et qui rendent quelque peu ambiguë la formule « arabe coranique »; l'arabe « littéral », qu'on appelle parfois de façon quelque peu inexacte « littéraire » (impropriété soulignée par la précédente remarque sur des textes de l'époque coranique qui sont littéraires et non pas religieux) est l'arabe standard moderne dont usent les grands médias et l'enseignement général ; restent enfin les arabes dialectaux, qui sont les parlers vernaculaires des différentes régions où cette langue est en usage et qui souvent sont, entre eux, difficilement compréhensibles et même parfois non intercompréhensibles.
C'est ce qui explique que lorsque l'Algérie indépendante, censée être arabophone, a décidé de faire de l'arabe la langue de son école, en lieu et place du français, le nouvel État s'est trouvé devant un manque criant d'enseignants ; on a dû faire venir des maîtres étrangers (on cite toujours le cas de chauffeurs de taxis du Caire devenus instituteurs ) pour enseigner dans les écoles algériennes.
Anecdote personnelle vécue : me trouvant un jour à Beyrouth en compagnie de deux professeurs d'université algériens et, ayant commis, au service de la police des frontières, je ne sais quelle erreur, je me suis exposé à un discours véhément d'un policier libanais ; mes collègues algériens ont été incapables de me faire connaître la teneur exacte des reproches, faute de bien comprendre l'arabe du gabelou local. Je pourrais donner bien d'autres exemples du même genre, au Maroc par exemple où j'ai connu des situations un peu voisines, en compagnie d’amis tunisiens cette fois.
Il en est un peu de même pour l'islam lui-même, et je ne parle pas là de la différence toujours citée entre Sunnites et Chiites. Comme l'arabe du Liban n'est pas celui du Maroc, de même l’islam du soufisme n'est pas non plus, d’une certaine façon, celui du salafisme.
J'ai eu cent fois l'occasion, en particulier en Afrique (car je ne connais pas l’islam d'Asie ou d’Indonésie) de constater que l'islam africain était, jusqu'à une période récente, en tout cas, beaucoup plus tolérant et ouvert que l’islam du Golfe et des émirats que ses infinis moyens financiers ont érigé en référence.
Il en est de même, par exemple, pour l'archipel des Comores. Je devrais peut-être mettre tout cela au passé, car je ne suis pas retourné depuis vingt ans à Moroni. Là-bas, invité à dîner chez un ami comorien, au tout début des années 90, j'avais pu constater que les femmes étaient à table avec les hommes ; je savais que le plus haut responsable religieux de l'archipel avait résisté farouchement aux propositions des émirats, visant, en particulier à créer aux Comores une université islamique. Je ne sais pas ce qu'il en est actuellement, mais, comme, de façon étonnante, ce blog est parfois lu aux Comores, je serais heureux d'être informé sur l'évolution et sur l'état actuel de la situation.
Partout où existent des communautés musulmanes, il y a depuis 40 ans des offensives, puissantes, permanentes et efficaces, de l'intégrisme islamique en direction des pays du Sud, de l'océan Indien comme de l'Afrique subsaharienne.
L’un des promoteurs les plus actifs de cette offensive a été le colonel Kadhafi qui, a moment, avait, ainsi, entrepris de convertir l'île Maurice à l'islam et qui y donnait des primes pour susciter et récompenser les conversions à l’islam. Le gouvernement mauricien a fini par mettre un terme à cette tentative d’invasion religieuse de l’île, mais on sait que ce même colonel Kadhafi a aussi, un moment, lancé tout un programme de primes à la conversion à l'islam en direction des responsables politiques africains. Je crois me souvenir que, pour un chef d'État le tarif était d'un million de dollars ; c’est à ce prix qu'Albert Bongo est devenu El Hadj Omar Bongo ; pour les Premiers Ministres le tarif était de moitié et il diminuait encore, au fur et à mesure qu'on descendait dans la hiérarchie administrative et politique.
Il y a, quelques années, dans un certain nombre de pays du Sahel, (je pense en particulier ici au Burkina Faso), des femmes pouvaient s’assurer un revenu mensuel, modeste mais facile à acquérir, en portant le voile, ce qui, quinze ans auparavant, n’était guère dans les habitudes du pays.
J'entendais récemment à propos de l'Égypte que la stratégie des Frères musulmans, en direction des populations, consistait essentiellement dans de nombreuses aides sociales de toutes natures. Cela n'a rien de très original et le prosélytisme islamique politico-religieux emprunte, très souvent et un peu partout, ces mêmes voies. Je n'ai pas remarqué toutefois, à ce propos, que les journalistes qui rapportaient ces faits, se soient interrogés sur l'origine des immenses fonds ainsi utilisés par les Frères musulmans, comme ailleurs par le Hezbollah ou le Hamas. Vous me direz sans doute que leur origine est évidente, mais, comme souvent, ce qui va sans dire va encore mieux en le disant.
S'agissant de l'Afrique, j'ai souvent tenu à propos de l'enseignement des propos qui, en général, étaient ignorés ou mal compris. Je disais, en effet, que, du côté français, on aurait dû s'efforcer d'aider l'enseignement des « medersas » traditionnelles, où était diffusé l'islam africain traditionnel, dont je persiste à penser qu'il est ouvert et tolérant. Le problème, depuis quelques décennies, est que cet enseignement africain est concurrencé très fortement et même éclipsé, par un enseignement coranique intégriste importé qu’on a même essayé, au Tchad comme au Niger, avec le soutien massif de la Banque Islamique, d’intégrer à l’enseignement public. Naturellement, cela s’opère à coup de milliards car cette stratégie dispose, on le devine, de moyens de séduction considérables et, en tous cas, très supérieurs à celui des médersas traditionnnelles, tant sur le plan de l'accueil des enfants et de l'équipement que sur celui des bourses qui peuvent être attribuées dans la suite pour les universités du Golfe.
Puisque j'ai commencé avec une ou deux anecdotes, je conclurai également sur un souvenir. Dans le début des années 90, je me suis trouvé à Moroni invité à un repas organisé par le représentant local de l’Union européenne. Je me trouvais, par hasard, aux côtés d'un expatrié français du service culturel (attaché linguistique ou culturel) avec lequel, naturellement, j'ai fini par converser sur les problèmes de l'enseignement. Mon voisin n’était pas depuis très longtemps aux Comores (une dizaine de mois me semble-t-il). Il m’est apparu néanmoins très au fait des activités sociales locales, en particulier pour ce qui concernait le tennis et le bridge. En revanche, lorsque nous avons parlé des problèmes de l'enseignement et que je me suis préparé à lui servir mon couplet sur l'encouragement qu'on devrait donner aux medersas traditionnelles, j'ai constaté avec stupeur qu'il ignorait le sens de ce terme et qu’il ne savait même pas qu'existait, dans cet archipel, un enseignement coranique. Faut-il en dire plus ?
mardi 8 février 2011
Tiercé, quarté ou quinté explosifs au Moyen Orient ?
Comme je le fais quelquefois, je reprends ici, en forme de bilan, le débat qui s’est ouvert, après la lettre de Rica publiée hier et les commentaires d’Expat et de Marc qui l’ont suivie. Par expérience, je sais que les commentaires ne sont pas toujours lus, soit qu’on les négligent, soit, plus fréquemment encore, qu’ils échappent, fatalement, à des lecteurs qui ont visité le blog avant que ces commentaires soient mis en ligne.
Dans le présent cas ; non seulement ces textes, écrits par des lecteurs anciens et fidèles, sont fort intéressants, mais, en outre, ils abordent un aspect du problème que j’avais volontairement évité, comme Rica lui-même qui, de ce fait même, m’avait suivi dans ce choix.
Marc a écrit :
« J'ai le plaisir de constater que nos analyses convergent, tant sur l'Egypte que sur Gaza. Je serai un peu moins affirmatif que vous en disant que Moubarak a parfaitement joué le coup et sera tranquille jusqu'en septembre. Il reste à mesurer l'impact de l'influence de la RII sur les couches populaires et à valider si le Hamas intervient ou non en Egypte.
J'ai parlé sur mon blog d'alliance objective Egypte-Israël basée sur la lutte anti-fondamentaliste et terroriste et je réitère que le point d'achoppement entre le pouvoir égyptien (donc l'armée) et les manifestants réside dans le positionnement futur avec Israël. ».
Expat, quant à lui, écrit :
« Je souhaiterais apporter quelques nuances aux propos de Rica.
Concernant Gaza, il est vrai qu'une partie de la population vit dans le dénuement. ce qui n'empêche pas effectivement de voir une autre partie de la population vivre dans l'opulence. Peut-on ou doit-on imputer cet état de fait au fameux blocus israélien qui n'empêche pas en tout cas, et au moins, l'aide alimentaire d'entrer à Gaza ? Ou peut-on se permettre une comparaison avec ce qui se passe dans d'autres pays arabes, mais pas seulement ? En fait est-ce que le blocus ne constituerait pas un alibi destiné à masquer des pratiques assez largement répandues dans la région et au-delà, et parfois, de type mafieux ?
Car c'est tout de même bien le Hamas qui contrôle l'aide internationale et en assure la répartition, comme pour toutes les autres ressources d'ailleurs. Donc imputer des inégalités de conditions au seul blocus me semble un peu facile.
Il faudrait d'ailleurs se rappeler les raisons de ce bouclage de Gaza et bien comprendre qu'il ne s'agit pas pour Israël de tracasser les habitants de Gaza, mais d'assurer sa sécurité. Et les résultats dans ce domaine, depuis le bouclage et depuis la construction du mur en Cisjordanie, ont été probants.
La judéité du père de Hessel (d'ailleurs le père de Hessel n'était pas juif, mais protestant, bien qu'issu d'une famille juive) ne suffit pas à le dédouaner de toute hostilité vis-à-vis d'Israël. En tout cas, on le sent bien plus proche du Hamas, dont il prétend qu'il veut la paix, que d'Israël qui semble être pour lui un point de fixation. Car l'indignité de Hessel est pour le moins sélective et laisse de côté des atteintes aux droits de l'homme qui paraissent bien plus graves et dommageables que celles dont on accable les Palestiniens.
On peut avoir eu un passé digne de tous les éloges, il n'en reste pas moins que ce passé ne peut jamais justifier les actes et les paroles présentes. Sinon vivent Pétain et Darnand ! Et c'est pour cela qu'il faut cesser de regarder Hessel à travers un prisme destiné à occulter toute critique de sa personne. Parce que le personnage est aussi critiquable dans ses prises de position. Juste un exemple : Hessel qui voit dans le Hamas un mouvement qui veut la paix, malgré sa charte et ses actions passées et présentes, minimise naturellement les tirs de roquettes, fussent-elles artisanales, sur le Sud d'Israël, en déclarant qu'ils n’ont eu pour conséquences que d’obliger « quelques enfants à courir très vite dans les abris ». Certains y verront peut-être de l'humour. Bof ! Imaginons juste que, sorti de déportation, on ait dit à Hessel que son séjour avait été bénéfique pour sa silhouette ; je ne pense pas que ça aurait été pris comme tel. Pourtant c'est à peu près du même acabit. ».
Je laisse de côté la situation et les propos de Stéphane Hessel à qui je reproche, d’abord et surtout, de s’être laissé affubler de ce bonnet phrygien ridicule, cadeau empoisonné et pavé de l’ours des militants pro-palestiniens ! Sur le plan géopolitique, on peut facilement passer du quarté que proposait Rica à un quinté. Il suffit d’y ajouter Israël dont je m’étais volontairement et soigneusement abstenu de parler.
A cela deux raisons parmi d’autres. La première est que je doute que l’exploision redoutée au Moyen Orient vienne d’une initiative d’Israël lui-même. La deuxième est, même si Israël,, par la voix de son Premier Ministre, a réagi, au départ, trop vite et trop fort, aux événements d’Egypte, avant de comprendre que, comme souvent, le silence était d’or, surtou en la circonstance.
Un des aspects les plus intéressants (même si la presse française en a peu parlé) de l’affaire Wikileaks a tenu aux révélations touchant les contacts entre les Palestiniens et Israël, en particulier pour ce qui concerne les « colonies » israëliennes. Ces nouvelles sont importantes et intéressantes, mais si Netanyahou a vite compris, dans les événements d’Egypte, les vertus du silence, en revanche, on peut tout redouter du ministre israëlien des affaires étrangères, l’imprévisible Lieberman.
Dans le présent cas ; non seulement ces textes, écrits par des lecteurs anciens et fidèles, sont fort intéressants, mais, en outre, ils abordent un aspect du problème que j’avais volontairement évité, comme Rica lui-même qui, de ce fait même, m’avait suivi dans ce choix.
Marc a écrit :
« J'ai le plaisir de constater que nos analyses convergent, tant sur l'Egypte que sur Gaza. Je serai un peu moins affirmatif que vous en disant que Moubarak a parfaitement joué le coup et sera tranquille jusqu'en septembre. Il reste à mesurer l'impact de l'influence de la RII sur les couches populaires et à valider si le Hamas intervient ou non en Egypte.
J'ai parlé sur mon blog d'alliance objective Egypte-Israël basée sur la lutte anti-fondamentaliste et terroriste et je réitère que le point d'achoppement entre le pouvoir égyptien (donc l'armée) et les manifestants réside dans le positionnement futur avec Israël. ».
Expat, quant à lui, écrit :
« Je souhaiterais apporter quelques nuances aux propos de Rica.
Concernant Gaza, il est vrai qu'une partie de la population vit dans le dénuement. ce qui n'empêche pas effectivement de voir une autre partie de la population vivre dans l'opulence. Peut-on ou doit-on imputer cet état de fait au fameux blocus israélien qui n'empêche pas en tout cas, et au moins, l'aide alimentaire d'entrer à Gaza ? Ou peut-on se permettre une comparaison avec ce qui se passe dans d'autres pays arabes, mais pas seulement ? En fait est-ce que le blocus ne constituerait pas un alibi destiné à masquer des pratiques assez largement répandues dans la région et au-delà, et parfois, de type mafieux ?
Car c'est tout de même bien le Hamas qui contrôle l'aide internationale et en assure la répartition, comme pour toutes les autres ressources d'ailleurs. Donc imputer des inégalités de conditions au seul blocus me semble un peu facile.
Il faudrait d'ailleurs se rappeler les raisons de ce bouclage de Gaza et bien comprendre qu'il ne s'agit pas pour Israël de tracasser les habitants de Gaza, mais d'assurer sa sécurité. Et les résultats dans ce domaine, depuis le bouclage et depuis la construction du mur en Cisjordanie, ont été probants.
La judéité du père de Hessel (d'ailleurs le père de Hessel n'était pas juif, mais protestant, bien qu'issu d'une famille juive) ne suffit pas à le dédouaner de toute hostilité vis-à-vis d'Israël. En tout cas, on le sent bien plus proche du Hamas, dont il prétend qu'il veut la paix, que d'Israël qui semble être pour lui un point de fixation. Car l'indignité de Hessel est pour le moins sélective et laisse de côté des atteintes aux droits de l'homme qui paraissent bien plus graves et dommageables que celles dont on accable les Palestiniens.
On peut avoir eu un passé digne de tous les éloges, il n'en reste pas moins que ce passé ne peut jamais justifier les actes et les paroles présentes. Sinon vivent Pétain et Darnand ! Et c'est pour cela qu'il faut cesser de regarder Hessel à travers un prisme destiné à occulter toute critique de sa personne. Parce que le personnage est aussi critiquable dans ses prises de position. Juste un exemple : Hessel qui voit dans le Hamas un mouvement qui veut la paix, malgré sa charte et ses actions passées et présentes, minimise naturellement les tirs de roquettes, fussent-elles artisanales, sur le Sud d'Israël, en déclarant qu'ils n’ont eu pour conséquences que d’obliger « quelques enfants à courir très vite dans les abris ». Certains y verront peut-être de l'humour. Bof ! Imaginons juste que, sorti de déportation, on ait dit à Hessel que son séjour avait été bénéfique pour sa silhouette ; je ne pense pas que ça aurait été pris comme tel. Pourtant c'est à peu près du même acabit. ».
Je laisse de côté la situation et les propos de Stéphane Hessel à qui je reproche, d’abord et surtout, de s’être laissé affubler de ce bonnet phrygien ridicule, cadeau empoisonné et pavé de l’ours des militants pro-palestiniens ! Sur le plan géopolitique, on peut facilement passer du quarté que proposait Rica à un quinté. Il suffit d’y ajouter Israël dont je m’étais volontairement et soigneusement abstenu de parler.
A cela deux raisons parmi d’autres. La première est que je doute que l’exploision redoutée au Moyen Orient vienne d’une initiative d’Israël lui-même. La deuxième est, même si Israël,, par la voix de son Premier Ministre, a réagi, au départ, trop vite et trop fort, aux événements d’Egypte, avant de comprendre que, comme souvent, le silence était d’or, surtou en la circonstance.
Un des aspects les plus intéressants (même si la presse française en a peu parlé) de l’affaire Wikileaks a tenu aux révélations touchant les contacts entre les Palestiniens et Israël, en particulier pour ce qui concerne les « colonies » israëliennes. Ces nouvelles sont importantes et intéressantes, mais si Netanyahou a vite compris, dans les événements d’Egypte, les vertus du silence, en revanche, on peut tout redouter du ministre israëlien des affaires étrangères, l’imprévisible Lieberman.
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