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samedi 12 janvier 2013

Un gagnant parisien à l'Euromillion


Le bruit court qu'un certain François H. habitant rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris, aurait touché le jackpot politique de l'Euromillion !

Notre président a dû enfin passer une bonne nuit, illuminée qu'elle était par deux bonnes nouvelles, même si l'une d'entre elles peut faire l'objet de quelques appréciations divergentes.

La première a été qu'en dépit des bruits alarmistes qu'on avait eu soin de répandre hier durant la journée pour donner plus d'éclat à l'issue heureuse des 48 heures d'entretiens sociaux, le texte a été adopté. Comme prévu et comme on le savait, le texte proposé par le Medef a été refusé par la CGT et FO. L'astuce a donc consisté jusqu'au bout à entretenir le suspense et à faire croire à la défaite pour pouvoir crier victoire avec plus de force et d'éclat. La recette est vieille comme le monde ! Ça ne mange pas de pain mais je ne pense pas, hélas, que ça permettra d'inverser la courbe du chômage avant la fin de l'année, ce qu'on nous promet et ce que je souhaite comme tout le monde bien entendu.

La seconde prétendue bonne nouvelle d'hier a été l'entrée effective de la France dans le conflit malien, ce que, il y a peu de temps encore, notre président semblait vouloir éviter à tout prix. Certes, nous avons la bénédiction du conseil de sécurité de l'ONU, qui en est à sa troisième résolution dont on a vu dans le passé ce qu'elles valent. Tout le monde, en restant sur son séant bien entendu, nous encourage ; les États-Unis nous félicitent et iront jusqu'à nous prêter quelques drônes d'observation (moins visibles que des Marines !) avec leur mode d'emploi, Les Européens, Anglais et Allemands en particulier, nous adressent tous leurs vœux de succès sans pour autant bouger ; il paraît même que deux Etats de l'Afrique de l'Ouest (dont l'exemplaire Nigéria!) suivent avec beaucoup d'intérêt les choses et sont même prêts à nous envoyer quelques soldats nigérians dont ils ont pourtant bien besoin chez eux.

J'entendais ce matin sur France-Info deux grands experts en matière d'intervention militaire : Monsieur Longuet, ex-ministre de la Défense nationale et grand connaisseur en stratégie militaire de ce simple fait et Madame Guigou, qui préside de la commission des affaires étrangères, plus habituée aux robes d'avocat et de magistrats qu'aux battle-dress. L'un et l'autre ont causé dans le poste pour ne rien dire, ce qui n'est pas trop grave.

J'ai même entendu l'envoyé spécial de France Info qui avait la prudence lui aussi de nous entretenir depuis Bamako sur les combats de Konna, à 500 km au Nord-Est, dont il ne savait manifestement pas grand-chose, car, comme en Syrie, les "envoyés spéciaux" sont de plus en plus prudents, ce qui rend leur témoignage de plus en plus aléatoire et par là inutile !

Pour faire bonne mesure, on a même essayé, semble-t-il, de glisser la Somalie sous le Mali et d'y libérer l'agent de la DGSE qui avait y été capturé. Cette action aurait, semble-t-il, causé trois victimes du côté français dont l'otage lui-même; en principe, en Azawad, vu la densité de la population, on ne risque guère  les "dommages collatéraux".

Nous ne sommes pas sortis de l'auberge sahélienne comme je l'ai dit à diverses reprises dans mes blogs « Honni qui Mali pense ».. Je n'y reviens donc pas.

Un moment pittoresque toutefois dans la radio du matin, l'interview d'une brave Réunionnaise, belle-sœur de l'otage du Nigéria, à qui on a omis sans doute d'expliquer que le Nigéria n'est pas le Mali ni même le Niger. Chacun sait que les Français ignorent la géographie et qu'au Nigéria l'enlèvement des otages est une petite activité artisanale, couramment pratiquée puisque des sociétés d'assurances se chargent de les racheter à prix abordables, ce qui crée une situation totalement différente de celle que connaissent nos otages du Mali et du Niger. Mais on ne peut pas demander quand même aux journalistes, en plus de prendre des risques au bar du Hilton ou de l'Intercontinental, de connaître un peu la géographie.

"Wait and see" comme disent nos amis anglais qui nous encouragent de loin..

Passé le moment de l'euphorie, attendons la suite car le texte approuvé hier sur la "flexisécurité" risque fort d'être amendé à l'Assemblée nationale par quelques députés de la majorité qui veulent faire valoir à la tribune et par des amendements l'éclat de leur rositude. Quant au Mali, les pilotes de nos hélicos et nos avions d'observation seront bien inspirés de se souvenir qu'on en est plus aux antiques pétoires des Tamasheq et qu'on a rapporté de Libye des missiles sol-air dernier cri dont on pourrait bien faire usage dans les rangs des Islamistes.

Pour nous, ça va Mélanronchonner, mais on commence à y être habitué et c'est "Pour la France !" comme on dit (mais pour combien de temps ?) à l'UMPSUDI.

 

vendredi 11 janvier 2013

A bas la gérontocratie !


Comment, au moment où l'on déplorait en France la montée incessante du chômage et le non emploi des "seniors" (entendre par là les quinquagénaires) a-t-on pu, en 2009, prendre une mesure aussi stupide que celle qui consiste à permettre le cumul d'une retraite avec un emploi rémunéré dans des conditions qui rendaient cette alliance contre nature beaucoup plus facile et courante que précédemment ? Ce ne peut être à mon sens qu'un mauvais coup de plus de la gérontocratie!
Jusqu'en 2008, en effet, les salariés ou non-salariés qui prenaient leur retraite ou commençaient à percevoir une pension (car les fonctionnaires n'ont pas de retraite !) ne pouvaient cumuler les revenus d'une activité avec leur pension de vieillesse, que sous certaines conditions et dans certaines limites. Or la loi de financement de la sécurité sociale de 2009 a largement assoupli ce régime et permis plus facilement de cumuler emploi et retraite.
Je ne parle pas ici de nos assemblées qui ont sans doute joué un rôle décisif dans cette réforme et en particulier du Sénat ; ces instances sont encombrées de septuagénaires, d'octogénaires voire de nonagénaires qui ne se résignent pas à passer la main, ce que l'on comprend aisément vu le tarif des rémunérations et l'intensité de l'activité qu'ils déploient dans les enceintes où ils s'incrustent.

Je pense plutôt ici à notre paysage audiovisuel où continuent à figurer des binettes dont on a perdu jusqu'au souvenir du jour où on a pu les voir apparaître, quand on est assez âgé soi-même pour l'avoir connu.

La chose est d'ailleurs consternante d'abord pour eux-mêmes, car ils ne semblent pas se rendre compte de la décrépitude physique et intellectuelle dont ils nous donnent de si fâcheux exemples. Par crainte des procès, car ils doivent être en outre, j'imagine, procéduriers et vindicatifs pour s'accrocher tant de férocité égoïste à leurs privilèges, je ne les citerai que par des initiales, ce qui devrait rendre plus piquant mon propos ; ce sont évidemment, et ce ne sont là que des exemples, les PB, JPE, JCC, YL, MD, WL et consorts qui encombrent de leurs tristes figures ( même retapées, recapillarisées et botoxées le cas échéant) comme de leur sempiternel verbiage micros et écrans et dont seule la Grande Faucheuse pourra nous débarrasser.

Le pire dans cette affaire est que non seulement ils s'incrustent dans des places qu'ils auraient dû quitter depuis dix, quinze ou vingt ans, mais qu'en outre, pour se faire leur propre publicité et améliorer encore leurs revenus, ils viennent vanter leurs produits ou leurs activités dans d'autres émissions où ils en font la promotion de leurs affaires, souvent en étant en outre rétribués pour ces misérables piges purement mercantiles.

On nous a bassiné, et ce n'est pas fini, avec le problème des retraites ! La première conséquence de ces lois, qui portent l'âge de la retraite à 60, 61 ou 62 ans, devrait être de virer, dès l'âge retenu atteint, toutes ces vieilles barbes qui continuent à meubler notre paysage des décennies durant.

L'interdiction du cumul des mandats politiques devrait d'ailleurs, dans ce même esprit, être accompagnée de l'interdiction d'être candidat, au-delà du même âge, à toute fonction élective.

 

 

jeudi 10 janvier 2013

Depardieu en Messi(e).


Où diable veut-il en venir avec un titre pareil ? Du calme impatiente lectrice et impétueux lecteur ! Je ne veux pas dire que notre Gégé, national devenu international, songe à embrasser le judaïsme et à nous apparaître, avec le chapeau de Rabbi Jacob et des papillotes, dans l'attente d'une entrée triomphante dans le temple de Salomon enfin reconstruit !

Voilà que je me mets à regretter de ne pas disposer de cet outil (morphing ou morphose) qui permet de mélanger des photos et, de ce fait, de donner à Pierre la tête de Paul tout en lui conservant ses vêtements inversement.

C'était l'occasion ou jamais.

Je ne sais pas si vous avez vu les dernières images de Gérard Depardieu en Mordovie. Mon dragon (logiciel de dictée qui ne regarde pas la télé mais qui est en veine ce matin me propose d'écrire "mort de vie" faute de savoir, comme nous tous il y a deux jours encore, qu'existe une "Mordovie". En l'occurrence plutôt que "mort de vie", c'est plutôt "mort de rire" qu'il faudrait écrire !

J'essayerai de vous reproduire une photo de Depardieu déguisé en koulak mordovien (mon dragon très en forme et inspiré par Depardieu me propose, et je vous jure que c'est vrai, "Bordeaux vient", ce qui montre qu'il connaît le sujet !) car ça n'est effectivement pas triste.

Cela dit sur le plan de l'harmonie des coloris, c'est assez réussi, tout est en rouge et blanc depuis le costume traditionnel, façon Père Noël à brandebourgs, jusqu'à, ton sur ton, la trogne turgescente et rubescente de notre Gérard Depardieu qui vire même parfois au violacé apoplectique. À le voir ainsi, on comprend qu'il se préoccupe de sa succession car son mode n'est sans doute pas des meilleurs ! Il a pourtant trouvé avec le gouverneur de Mordovie (sans costume national) Monsieur Volkov un commensal dont l'embonpoint est encore plus vaste que le sien, mais la trogne moins enluminée.

L'autre photo du jour qui mérite le détour est celle de Lionel Messi qui, pour recevoir son quatrième Ballon d'or et susciter l'intérêt de la presse et des sponsors, avait revêtu un étrange smoking noir constellé de taches blanches. Il est à cet égard fort dommage que Gégé qui était de cette fête n'y soit pas venu en costume mordovien, ce qui m'aurait évité de songer à recourir au morphing.

On a fait toutes les suppositions possibles à ce sujet et imaginé en particulier que ce costume (Dolce et Gabana s'il vous plait!) constituait un hommage vestimentaire, aussi indirect que peu discret, à Diego Maradona qui aimait s'affubler de tels oripeaux à l'époque où il n'avait pas encore les dimensions abdominales de notre Gérard Depardieu.

Personnellement, j'incline à croire que Lionel Messi, superstitieux comme la plupart des sportifs, en évitant de passer sous l'échelle d'une entreprise de peinture, a reçu, à quelque distance de ce fait, un nuage de peinture blanche lâché par un pistolet. On le voit nettement en ce sens que son costume comme son nœud papillon sont constellés de taches blanches mais que la peinture n'a pas tenu sur les revers qui sont satinés.

Bref, la seule chose intéressante en cette affaire serait de pouvoir mettre la tête de Messi sur la tenue de Depardieu et inversement. Bien sûr il y a un problème de format car Depardieu mesure vingt bons centimètres de plus que l'autre et surtout doit peser un quintal de plus, ce qui rendrait le troc réel un peu délicat, mais que permet le morphing.

Avec un peu d'imagination et de technique, on peut s'en sortir et de toute façon soyez sûrs que, s'il est naturalisé belge, notre Gérard Depardieu n'hésitera pas à aller à Binche et à y revêtir la tenue des Gilles binchois, Messi pourrait alors tenir le rôle du tambour qui en est l'accompagnateur obligatoire de ces figures traditionnelles!

 

mercredi 9 janvier 2013

Encore Mayotte...

Par hasard, j'entendais ce matin, sur Europe1, Natacha Polony, habituellement mieux inspirée, dénoncer au passage le néo-colonialisme de la France qui, lors du referendum sur l'indépendance, s'était arrangée pour séparer Mayotte des trois autres îles de l'archipel et garder ainsi une base dans la zone. C'est là une grosse sottise et, pour tenter, sans doute en vain, de la corriger, je reprends ici un de mes anciens textes de la fin du mois de mars 2009, au moment du referendum sur la départementalisation.
 
 
"Referendum à Mayotte : la chéchia et le béret.

L’annonce du referendum sur la départementalistion de Mayotte, qui ne devait avoir lieu qu’en avril, provoque, dans les médias,  une avalanche de sottises assez réjouissante, quand on connaît un tant soit peu la situation locale.

L’ineffable ministricule Yves Jego est transporté par le simple fait de ne pas être accueilli, là-bas, par des injures et des pancartes. Il faut dire qu’il n’a ni tardé ni hésité pour annoncer la couleur, brandissant non pas le drapeau tricolore, mais la bannière du RMI qui émeut bien plus ces braves populations mahoraises

Je le cite (en français et non en shimaore) : « On va dire clairement tout ce qui va changer, tout ce qui va bouleverser la vie des Mahorais", notamment "quand on pourra toucher le RMI à Mayotte ». Voilà qui est parler politique !

Je suis moins sûr de la pertinence de certaines autres de ses déclarations. Ainsi, quand il a déclaré à des agriculteurs locaux, qui lui parlaient de leurs retraites, sans avoir bien compris, semble-t-il, le fonctionnement du système français et qui jugeaient, sans doute, inépuisablement ouverte  la corne d’abondance de la future Mère Patrie : «  Il est scandaleux que, sur un même territoire, à Mayotte ou à La Réunion, il y ait des fonctionnaires de l’Etat qui bénéficient de très gros revenus et qui empochent des primes en plus de leurs retraites et qu’il y ait, par ailleurs, des agriculteurs qui n’aient pas de retraites ». Le remaniement annoncé devient de plus en plus urgent !

Sur la toile circulent, en la circonstance, quelques libelles ou pétitions contre ce referendum, émanant de quelques groupuscules d’illuminés plus ou  moins tiers-mondistes.
 
Le plus pittoresque est le « Collectif des Associations et Amis des Comores », le CAAC, dont la plume et chargée de presse est Stéphanie Dubois de Prisque, dont le patronyme combine délicieusement la simplicité ancillaire de « Dubois » avec le charme distingué de la particule et la désuétude du nom de Prisque.
 
La charmante Stéphanie (je ne l’ai jamais vue, mais comment ne pas être charmante avec un nom pareil ) entonne le couplet classique sur la séparation déchirante de Mayotte des trois autres îles de l’archipel, mais surtout tente de tirer des larmes à ses éventuels lecteurs en évoquant les dangers de la mer auxquels la France expose les pauvres immigrants clandestins. Je la cite : « En tout état de cause, la départementalisation renforcerait l’annexion pure et simple de Mayotte par la France [pourquoi diable ?], une situation humaine des plus dramatiques : de nombreuses familles séparées par la « frontière française » autour de Mayotte, les traversées clandestines sur de frêles embarcations au prix de nombreuses noyades (des milliers de morts depuis l’introduction du visa Balladur-Pasqua en janvier 1995) ».

Rassurons Monsieur Balladur ! Si Stéphanie Dubois de Prisque est assurément une grande amie des Comores, elle me paraît mal les connaître ; elle sous-estime en effet gravement les talents de marins des Comoriens. Pour leurs galawas, dans des conditions normales, la soixantaine de kilomètres qui sépare Anjouan de Mayotte ne pose guère de problèmes.

Le vote de Mayotte contre l’Indépendance et pour la séparation d’avec le reste de l’archipel, je crois l’avoir expliqué dans un post déjà ancien, loin d’être le résultat de manoeuvres de services secrets français, s’est fait contre les souhaits mêmes de la France. La cause du choix des Mahorais est pourtant évidente, à condition toutefois de connaître l’histoire et l’anthropologie de Mayotte, ce qui , clairement, n’est pas le cas de Stéphanie de Prisque et de tous ceux qui parlent de cette affaire. La raison des choix de Mayotte, depuis le vote sur l’indépendance jusqu’à l’actuel referendum, tient à trois éléments dont chacun pourrait être suffisant à soi-seul.

1. La population de Mayotte est différente de celle des trois autres îles ; à 60% environ, il y a 30 ans, mais les choses ont changé vu les immigrations massives venues du reste de l’archipel. La langue spécifique de Mayotte, le shimaore, n’est pas un dialecte comorien. Population et langue mahoraises (de Mayotte en plus clair) sont marquées par l’influence malgache.

2. Durant des siècles, les Mahorais ont vécu sous la coupe (j'allais dire la botte!) des Grands Comoriens de Moroni, le vote sur l’independance, avec un score de 64% de « non », qui n’est pas dû au hasard puisque c’est le pourcentage même de la population non comorienne de l'île, leur a permis enfin de s’affranchir de cette domination de Moroni.

3. La rupture avec les autres îles ouvrait la voie à une marche, plus ou moins longue, vers une départementalisation, dont la Réunion offrait déjà dans la zone le modèle idéal ; on en atteint aujourd’hui le dernier stade avec, au bout, la carotte du RMI et de tous les avantages sociaux offerts par la France pour un tel statut. On a vu que, dans les dernières années, la voisine de Mayotte, Anjouan, a quasiment ouvert les hostilités contre Moroni, pour demander son indépendance et, au delà, une éventuelle départementalisation à la française, sans que nos services secrets y soient pour quoi que ce soit!

Chère Stéphanie de Prisque, les peuples n’auraient-ils plus le droit de disposer d’eux-mêmes, surtout quand il s’agit de se séparer d’oppresseurs ancestraux?

Un épisode comique dans tout cela, mais hélas, une fois de plus, je ne sais pas vous reproduire la photo qui a immortalisé ce grand moment d’histoire. On y voit, en effet, côte-à-côte et coiffés du couvre-chef traditionnel de leur terroir respectif, Abdoulatifou Aly et Jean Lassalle que distinguent certes la chéchia du premier (j’ignore le nom shimaore de cette calotte comorienne ) et le béret basque du second, mais que réunit leur appartenance commune au MODEM. Un exceptionnel moment à tous points de vue. Sur une même photo, deux députés MODEM (espèce fort rare, on le sait) et et les deux coiffures que, je l’espère, nos deux députés échangeront le jour de leur première entrée au Palais-Bourbon, une fois acquis le vote du 29 mars 2009.

mardi 8 janvier 2013

« Sans compter les femmes et les petits enfants... »


Vous vous souvenez sans doute de cette ritournelle du bon Rabelais qui ajoutait souvent cette formule à un nombre, de préférence énorme, qu'il venait d'énoncer. Nous avons gardé quelque chose de cela dans la précision, insolite, voire extravagante, d'un certain nombre de chiffres, qu' il s'agisse de pourcentages (pour les taxes, par exemple, 19, 87 % et jamais 20% ) ou de remboursement d'actes médicaux par exemple (36, 02 euros et non 36 !).

Le problème est que de telles précisions, qui vont toujours jusqu'au centime, n'ont même pas la justification psycho-mercantile qu'on trouve dans les magasins de fringues (avec la robe à 89,99 €) ou de chaussures (la paire à 19,99 ou 49,99 € selon le standing). La finalité de telles précisions qui évitent, avant tout d'arriver, au centime supérieur, qui faisant changer de dizaine, pourrait traumatiser l'acheteur (qu'on considère volontiers comme un(e) imbécile) est tout à fait évidente. Il est donc inutile qu'on s'y arrête.

En revanche, à ma connaissance, sauf dans les déclarations de revenus où l'on tolère qu'une somme déclarée soit arrondie à l'euro supérieur ou inférieur (le Père Soupe est alors et pour une fois magnanime), dans tous les cas, on nous accable de précisions de centimes, alors même que, par ailleurs, on sait que l'usage de ces pièces revient finalement beaucoup plus cher que leur suppression, sans parler des problèmes de rendus de monnaie qui feront que, comme autrefois en Italie, on finira par distribuer, en leur lieu et place, des bonbons!

Un ami, expert-comptable de son état, qui avait une longue expérience professionnelle puisqu'il est maintenant en retraite, me disait que jamais le pourcentage d'une nouvelle taxe (au millième près), qui venait s'ajouter à un total, précédemment issu lui-même de l'addition de nombreux pourcentages préalables, n'était arrondi, ce qui compliquait singulièrement son travail par la multiplication non seulement des taxes établies au millième près mais par leur addition incessante et perpétuelle. Même si aujourd'hui les ordinateurs facilitent singulièrement la tâche en ce domaine, tout cela coûte nécessairement mais surtout est ridicule et traduit, à mon sens, une infirmité majeure et gravissime de notre administration et plus généralement peut-être de l'esprit français.

A l'occasion du "retoquage" (et ce terme, d'une manifeste impropriété, a offert aux médias un de ces mots à la mode dont ils raffolent) de la mesure fiscale proposée par le gouvernement, j'ai eu la curiosité de regarder un peu les choses à propos du Conseil constitutionnel et en particulier de la rémunération de ses conseillers. J'ai constaté que, hors avantages en nature (ceux-ci en effet échappent à la connaissance du public, ce qui est pour le moins stupéfiant et surtout scandaleux, s'agissant d'un organisme de cette nature), le rémunération est de 6388,88 €. Pour une somme pareille, la précision au centime près, est pittoresque. Je suggérerais volontiers, respectueusement bien sûr, à notre Président de la République, qui envisage de ne plus donner place dans ce conseil constitutionnel aux anciens présidents de la République de porter, du même coup, la rémunération des membres à 6389 €. J'espère que les futurs conseillers constitutionnels me seront gré de cette augmentation mensuelle de deux cents que couvrira largement la disparition de trois indemnités à taux plein.

Notre administration, je crois l'avoir déjà dit je ne sais où, semble née de l'union fertile de la Mère Ubu et du Père Soupe ! Un dernier exemple, la feuille de paie d'un salarié. Elle comporte aux Etats Unis 4 lignes, 7 en Allemagne, 8 en Italie. En France, ...elle en a 24 ! Vous en faut-il davantage ?

vendredi 4 janvier 2013

Le bêtisier 2013 des journalistes audiovisuels.


Le record sera décidément difficile à battre et cela d'autant qu'il a été établi dès le 4 janvier 2013 à 8h30 sur Europe1.

L'heure du bulletin d'information étant arrivée, une « journaliste-sic » (et non pas sikh... comme me le suggère mon Dragon...encore que à l'écouter...) comme disait autrefois le Canard enchaîné, nous a annoncé gravement que la mise en liquidation judiciaire des magazines Virgin allait mettre sur le pavé mille employés.

J'ai été un peu interloqué, sans doute comme tous les auditeurs, d'entendre mentionner un important éditeur de magazines dont le nom et l'activité m'étaient parfaitement inconnus. Le probable Bruce Toussaint de service, sans piper mot, sans doute pour ménager l'amour-propre de la prétendue journaliste, a, sans autre forme de procès, choisi de répéter l'information mais en disant non pas les "magazines" Virgin mais, bien entendu, les "magasins" Virgin !

Nous avons ainsi pu constater que, dans cette profession où l'essentiel du travail consiste à lire les dépêches d'agence, ces "journalistes-sic", dont je souligne très souvent qu'ils ne savent pas parler français et dont j'ai montré qu'ils ne savent pas non plus compter, à propos du « retoquage » de la mesure fiscale concernant le prélèvement de 75 % au-delà d'un million d'euros de revenus annuels, ne savent même pas lire et sont, en outre, d'une ignorance et d'une paresse confondantes !

A ce propos, petite anecdote ; dans le zapping de l'année, j'ai pu revoir une scène mémorable et qui vaut la peine d'être vue entre Jean-Michel Apathie et Nicolas Dupont-Aignan. Ce dernier, un peu agressif pour une fois, car les hommes politiques, craignant, bien à tort, de ne plus se voir invités, sont en général doux comme des moutons, a demandé à Monsieur Apathie : "Pouvez-vous nous dire votre salaire ?". Bien entendu ce dernier a refusé (on ne sait pourquoi d'ailleurs) et, le ton montant, ils ont fini par en venir à un échange des plus violents et par là des plus réjouissants, Apathie refusant jusqu'au bout de céder sur ce point. Mieux informé ou plus perfide, Dupont-Aignan aurait pu dire VOS salaires car dans cette profession, on multiplie les employeurs, y compris, dans ce cas précis, les plus inattendus!

Le même jour ou le lendemain, par hasard, en zappant sur les radios du matin, j'avais entendu, sur RMC, deux rédacteurs en chef de notre presse écrite, Bruno Jeudy et Renaud Dely, venir dans "les grandes gueules" vers 12 heures 30 parler de je ne sais quoi. J'ai écouté jusqu'au bout leurs discussions sans grand intérêt; car il est d'usage, dans cette émission, de demander à la fin aux personnes interviewées leurs revenus ou leur salaire.

Je me doutais un peu à vrai dire que les responsables de l'émission allaient, pour une fois, oublier cette question, car, comme Apathie, les journalistes sont très discrets sur ce point. La plupart ont en effet plusieurs employeurs, sans compter les "ménages", les piges, les travaux de "nègres" et les avantages en nature sur lesquels ils sont carrément muets, ... sans parler de leur scandaleux avantage fiscal.

La chose n'a pas manqué de se réaliser et à la différence de ce qui s'était passé à Canal+ entre Apathie et Dupont-Aignan, tous nos journalistes se sont quittés bons amis et sans avoir évoqué, bien entendu, la fâcheuse question de leur salaire.

jeudi 3 janvier 2013

A propos des morts opportunes...


Il est des morts opportunes et parmi celles qui le sont le plus, on doit sans doute compter celles qui mettent un terme à l'action de la justice et jettent un voile définitivement pudique sur des affaires douteuses.

On se souvient combien la mort subite de Richard Descoings, survenue dans un hôtel de New York et dans d'étranges circonstances, le 3 avril 2012, a suscité bien des commentaires et s'est entourée de beaucoup de mystères et de non-dits.

Sur le moment, le pouvoir et le gouvernement français en place, qui en avait fait un héros de l'ouverture de Sciences-po vers les banlieues et avait failli, dit-on, en faire un ministre, a presque envisagé les funérailles nationales, voire mieux si affinités.

On a cependant rapidement déchanté et battu en retraite, vu les conditions un peu étranges de sa mort : présence dans sa chambre de jeunes gens subitement disparus, local dans le plus grand désordre avec son ordinateur et son téléphone jetés par la fenêtre, etc.

La police scientifique américaine qui, en 52 minutes, résout, chaque semaine, une bonne demi-douzaine d'affaires, bien plus simples, à la télévision il est vrai, a donné sa langue au chat (formule sans doute très impropre en la circonstance) et s'est déclarée impuissante à définir la cause du décès. Il a fallu des semaines avant qu'on nous déclare, sans autre forme de procès, que Richard Descoings était mort, le plus banalement du monde, d' une crise cardiaque.

Les amateurs de théories du complot, s'ils ont la plume facile et disponible, pourraient tout à fait trouver dans tout cela la matière d'une énigme policière dont la solution résiderait dans la découverte de "Mais qui a tué Richard Descoings ?" (ils ont déjà le titre) ; les suspects ne manquent pas, dans des genres différents en outre ; cette mort arrange beaucoup de gens...y compris et surtout Richard Descoings lui-même.

En effet, la figure de feu le directeur de Sciences-po Paris a bien changé ; elle avait déjà quelque peu pâlie, vu les circonstances étranges de son trépas, mais s'est avérée virer carrément au gris et même au noir quand, par malheur, la Cour des Comptes a commencé à laisser entrevoir le contenu de son rapport sur l'Institut d'études politiques de Paris et les curieuses mœurs financières et professionnelles qui y avaient cours.

Certes, on a aussitôt cherché à rester entre soi pour régler tout ça, en élisant, au plus vite et à la sauvette, un remplaçant au directeur mort, mais, dès le mois de juillet, le ministère a mis un frein à ces ardeurs électorales un peu suspectes, en imposant que cette élection n'ait pas lieu avant que soit publié le rapport de la Cour des Comptes, publication qui ne devait intervenir en principe qu'en novembre 2012. Toutefois dès le 9 juillet, Le Monde publiait quelques éléments essentiels de ce rapport dont le plus étonnant était la rémunération faramineuse que s'était attribuée lui-même le directeur de Sciences-po, en arrosant généreusement autour de lui pour ne pas trop faire de jaloux (pour les détails, le plus souvent savoureux, on peut se reporter aux précédents posts que j'ai faits sur ce sujet ici-même). Il est clair, en tout cas, qu'un directeur, issu de la précédente équipe, aurait tenté, de toute façon, de réduire l'effet dévastateur qu'on pouvait prévoir lors de la publication du rapport intégral et définitif.

Il est, en tout état de cause, sûr et c'est en ce sens que sa mort est fort utile voire miraculeuse, que Richard Descoings n'aura pas à répondre devant la Cour de discipline budgétaire de ses manquements aux règles administratives et financières que la Cour des Comptes a relevées en foule dans sa gestion. On pourra donc lui offrir tout un magasin de chapeaux !

Toutefois, Jean-Claude Casanova et Michel Pébereau sont, à travers la Fondation nationale des sciences politiques, atteints par les vagues du scandale, puisque, en particulier, le premier que F. Hollande a nommé en juillet 2012 dans sa nouvelle "Commission sur la rénovation et la déontologie de la vie publique", aurait dû s'aviser, en tant que président du conseil d'administration de l'IEP, des initiatives et des acrobaties budgétaires de Monsieur Richard Descoings.

Quelles seront les suites de cette affaire ? Il est difficile d'en juger ; tout au plus assistera-t-on à quelques démissions spectaculaires, mais il n'empêche que la mort de Richard Descoings est admirablement et curieusement opportune.