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jeudi 7 février 2013

"Honte à qui peut chanter pendant que Rome brûle".


La France donne actuellement un spectacle qui doit plonger tous ses voisins dans l'hilarité ou l'indignation, suivant leur tempérament et leur humeur.

Quand on songe que dans la situation économique et sociale où nous nous trouvons, les 577 députés de notre Assemblée nationale osent s'occuper, au su et au vu de tous, sans rire (sauf pour les interventions de Madame Taubira, elle-même morte de rire, Dieu sait pourquoi, à réciter du L.G. Damas) depuis deux semaines, à tenter de faire passer le temps, en écoutant des centaines d'amendements inutiles et stupides à une loi sans intérêt sur le mariage homosexuel !

Cela ne fait qu'augmenter le désastre de nos finances publiques, puisque la foule des mille deux cents fonctionnaires employés de l'Assemblée nationale, déjà grassement payés (de trois à onze mille euros mensuels), font des heures supplémentaires et souhaitent donc que ça dure le plus longtemps possible.

Les députés, contraints de rester en séance ou à portée de SMS en cas de nécessité de vote sur un amendement (mais on peut toujours retarder un vote par une procédure bidon) s'occupent à jouer au morpion, au scrabble, à lire le journal, à faire leur courrier ou la sieste, ce que les téléphones portables de leurs adversaires politiques personnels peuvent aisément photographier et diffuser.

Comment nos politiques pourraient faire de façon plus efficace et plus radicale le lit des partis extrêmes, du Front National à Lutte ouvrière (je ne veux pas dire qu'ils seront dans le même lit!). Pour qui voter aux prochaines élections quand les partis classiques ont donné de telles preuves de leur total désintérêt voire de leur mépris pour la cause nationale et les vrais problèmes qui devraient les mobiliser, alors qu'ils nous démontrent par là même qu'ils s'en foutent?

La responsabilité initiale est certes clairement du côté de l'UMP et de la droite qui ont fabriqué cette masse stupide d'amendements imbéciles à une loi sans intérêt. Reconnaissons-le toutefois c'est une vieille tradition de la vie politique française et la gauche en a fait tout autant, me semble-t-il, au moment du vote de la loi sur les retraites.

La complicité des médias leur est d'avance acquise ; ils ont enfin quelque chose à dire en dehors des chiens écrasés et des plus plates banalités qui sont leur pain quotidien et qu'ils baptisent "sujets de société", comme si le mariage homosexuel pouvait être de quelque intérêt pour qui que ce soit. Que quiconque épouse qui ou même ce qu'il veut, de son chien, à sa mobylette ou à son lave-vaisselle.

La gauche ne vaut pas mieux ; certes, ce n'est pas elle qui a pris la responsabilité de rédiger ces centaines d'amendements, aussi imbéciles que répétitifs, mais elle a choisi de ne pas utiliser la procédure qui permet de les écarter de la discussion proprement dite pour se donner de faux-airs de "démocratie". Elle a choisi, en réalité, d'agir ainsi, par calcul et lâcheté, à la fois pour se donner trois semaines de répit face à la gravité de la situation socio-économique sur laquelle est incapable d'agir et pour discréditer la droite en lui faisant porter la responsabilité de cette inertie bavarde et inutile.

Encore une fois, on verra, je pense, aux prochaines élections les résultats de tels agissements à la fois dans l'abstention et les avancées des extrêmes ; les Français ont toutefois la mémoire si courte qu'on peut aussi penser qu'ils auront déjà oublié l'année prochaine ces consternantes pitreries politiques de l'année 2013.

La leçon nous est venue, une fois de plus, de l'autre côté de la Manche où la Chambre anglaise a voté, en une journée, ce que nous mettrons nous-mêmes trois semaines
à ne pas décider puisque les choses sont réglées d'avance dans la mesure où le parti socialiste, initiateur de cette réforme majeure, a la majorité absolue dans cette assemblée où ses députés n'ont même pas la liberté de vote.

On n'en tirera pas, hélas, la conclusion qui s'impose pourtant : virer la moitié de ces 577 députés et la totalité des sénateurs, pour les renvoyer dans leurs provinces et à leurs chères études ... s'ils en ont jamais faites.

mercredi 6 février 2013

Honni soit qui Mali pense (N° 3) : la guerre des mots


En ce matin du 6 février 2013, sur Europe 1, dialogue hilarant entre l'intervieweur de service à cette heure matinale, Jean-Pierre Elkabbach et notre ministre de la défense, le bon Monsieur Le Driant qui est en service quasi permanent sur tous les médias avec, en mains, tout frais pondus, ses "éléments de langage".
Le caractère amusant de ce dialogue ne tient pas à son contenu qui est assez insignifiant en raison du secret défense ("les oreilles ennemies nous écoutent"); toutes les questions un peu délicates sont d'emblée écartées par le ministre français au prétexte de la préservation de nos otages, ce qui est bien commode mais peu convaincant. En revanche, partie de ping-pong lexical entre les deux protagonistes, Monsieur Le Driant ne parlant que de "terroristes" pour désigner Aqmi, Ansardine et Munjao), alors que Jean-Pierre Elkabbach s'obstine à lui répondre "djihadistes" à propos des mêmes groupes, ni l'un ni l'autre bien entendu ne voulant céder et moins encore s'expliquer sur ce différend lexical.
Vous l'aurez observé en effet le politiquement correct, comme la politique pure en la circonstance, imposent, depuis peu, à la partie française l'interdiction absolue d'user des termes "islamistes" ou " djihadistes"» qui étaient les seuls en usage il y a quelques semaines encore dans le discours français pour dénoncer la mainmise étrangère sur le Nord Mali. Subitement, ces "islamistes" et ces "djihadistes" se sont mués en "terroristes", ce qui, à mon sens, est passablement inexact puisque, à ma connaissance, terroristes sur le territoire malien. Mais comme l'immense majorité de la population malienne est il n'y a eu, sur le territoire malien, aucun acte qu'on pourrait, en d'autres lieux, à proprement parler, qualifier de "terroriste". Sans doute a-t-on découvert que 90% de la population du Mali est musulmane (même si c'est à sa façon) et, comme soudain elle nous est désormais toute acquise (pour un temps au moins), force nous est de bannir les termes qui pourraient offenser ses sentiments religieux. C'est le cas de ceux qui peuvent évoquer l'islam ; le mot "terroristes" est donc bien commode, pour le Mali comme pour les Etats Unis et l'UE, car il n'a guère de couleur idéologique ou religieuse.
L'étrange ping-pong lexical entre " djihadistes " et "terroristes" a duré jusqu'à la fin de l'interview de Monsieur Le Driant sans que nul ne cède sur le choix qu'il avait fait ni ne s'en explique, ce qui vous l'aurez compris ne trompe personne.
Le mot "malien" lui-même devient queque peu suspect et est également employé avec précaution. On a pu le voir dans l'affaire de Kidal que j'ai rappelée précédemment. Le MLNA (Tamasheq), qui est très loin d'être en odeur de sainteté à Bamako mais qui le rend bien à la capitale du Sud, a refusé que les troupes françaises libératrices se fassent accompagner par des troupes maliennes dans l'occupation de cette ville. La France a cédé sur ce point mais, pour ne pas perdre tout à fait la face, on a profité, à ce moment-là, de l'arrivée, fort heureuse et surtout opportune, de quelques dizaines de soldats tchadiens pour les mettre aux côtés des Français. Ainsi, tout le monde était content, et, à la télé et vu de Paris, allez donc distinguer un Malien d'un Tchadien !
Le problème tamasheq, tant dans les négociations actuelles autour de Kidal que dans le règlement ultérieur du problème malien, sera, à n'en pas douter, un gros caillou dans la chaussure de l'amitié franco malienne et cela d'autant que tout bon Malien vous dira qu'un Tamasheq n'a pas de parole !
J'ai pu entendre, je ne sais où le chargé de communication du MLNA, qui, dans un français quasiment parfait, nous expliquait, d'une part le virage lof pour lof de sa formation qui est désormais l'alliée le plus sûr de la France, comme le prouve son action contre les terroristes. Sans les lui livrer, n'autorise-t-elle pas la France à interroge) de personnalités importantes des groupes "terroristes" (dans le lexique MLNA qui est aussi le nôtre on l'a vu)) qu'elle a elle-même capturés, ce qui démontre à la fois son implantation locale, son efficacité et sa bonne foi. Au Mali, on l'a vu, la tradition veut qu'on ne puisse jamais se fier à la parole d'un Tamasheq et ils semblent effectivement  en avoir donné une illustration par leurs revirements politiques successifs dans leur rapport avec les autres groupes "terroristes".
Comme je l'ai rappelé, dans le post sur l'émission de Calvi à propos du Mali, le seul moment véritablement intéressant mais il n'a guère duré, a été celui où a été évoquée l'exclusion dont, à les entendre, les Tamasheq seraient l'objet de la part de l'Etat malien. Le fait intéressant a été alors la réaction extrêmement vive voire violentes d'Aminata Traoré qui, par des mimiques d'abord puis par un propos rapide, a signalé, au contraire, que, dans cette affaire, c'étaient les Tamasheq qui étaient les racistes et non pas les maliens du Sud, rappelant au passage que les premiers, de toute éternité, ontt toujours réduit en esclavage des noirs qu'ils se procuraient par les "rezzous" ( comme la pratique, le mot est de la région) qu'ils lançaient dans dans les zones situées au Sud de leur propre territoire. Bien entendu, on a très vite glissé sur cette affaire, mais il y a là pourtant des éléments historiques et sociaux qu'on ne pourra pas éternellement passer sous silence dans les négociations ultérieures même si les politiques et les commentateurs s'obstinent à les cacher ou à les ignorer.

mardi 5 février 2013

Fana (Mali) ou "mili fana"


Quelques explications liminaires de ce titre, sans doute indispensables, pour mon lectorat étranger (Et vive la Pologne!).

Fana : ville du Mali, dans la région de Koulikoro (ce détail est sans importance !).

"Mili fana" (par abréviation de "militaire fanatique") : individu passionné par le métier militaire (j'ai autrefois appris cette expression de la bouche des "Cyrards" dont la salle de classe, au Lycée du Parc à Lyon, était voisine de celle de la "khâgne).

Grande décision de ma part, hier à 17h50, en regardant l'émission d'Yves Calvi (qui pas fou, s'était mis en vacances pour la circonstance) consacrée au Mali : dès qu'apparaîtront dans une émission les binettes de Christophe Barbier et de Pierre Servent, j'éteindrai aussitôt la télévision et passerai à une autre activité. Ces deux individus, dont les discours sont aussi insipides l'un que l'autre, sont là essentiellement pour faire des "piges" et tenter de vendre leurs salades.

Le premier essaye de fourguer son Express qui n'est plus ce qu'il était depuis bien longtemps (comme le Nouvel Observateur d'ailleurs, ce qui pose et illustre, de façon évidente et dramatique, le problème de la dégringolade de notre presse écrite française). Barbier, qui n'est point sot mais chlorotique et malingre, ne me paraît pas avoir une grande expérience et pratique de la chose militaire, ce qui évidemment ne l'empêche pas d'en parler. Je serais curieux de l'interroger, à brûle pourpoint et sans préparation, sur la FCB et la CFCB qui sont le B A-BA du bidasse, mais doivent lui être des notions tout à fait étrangères ! Ne parlons pas non plus de la géographie du Sahel et même simplement du Mali qui ne semblent pas lui être extrêmement familières.

Avec Servent, dont il partage d'ailleurs plus ou moins les idées politiques et les points de vue, ils se repassent la balle, Barbier, par prudence, rendant hommage de façon discrète aux compétences militaires prétendues de Pierre Servent. Celui-ci, vérification faite, a un CV un peu déconcertant. Il se donne pour "journaliste", ce qui est un peu curieux pour quelqu'un qui par ailleurs se présente comme "lieutenant-colonel (de réserve" ("Chic à Cyr, chic à la tradi..."), ce qui tend à prouver qu'il a fait sous l'uniforme, sa formation de journaliste.

Cela explique, en tout cas, que, dans chacune des émissions où il se trouve, il ne manque jamais de faire la publicité de l'armée ("mili fana") et de souligner l'absolue nécessité de lui donner sans cesse plus de moyens, surtout au moment où l'on rédige le Livre blanc de la défense. Cela ne paraît pas gêner les organisateurs de débats qui le laissent tranquillement faire cette publicité qu'on peut juger discutable. Cela dit, à lire le récit de sa carrière et à voir la litanie des diverses consultations qu'il donne comme les sinécures où il se faufile, on devrait le nommer ministre de la défense car son lobbying serait sans doute plus efficace que celui de Monsieur Le Driant.

Toujours est-il que ces intervenants ont occupé plus de la moitié de cette émission de leur verbiage et en particulier les trente premières minutes. La troisième intervenante, régulière désormais quand il s'agit du Mali, est une charmante jeune femme qui arbore, à chaque passage, des tenues différentes ; comme à Canal+, on finira par nous préciser qu'Aminata Konaté Doune (puisque c'est d'elle qu'il s'agit) est habillée par Machin et coiffée par truc ; Calvi se change en Bellemarre ! Aminata est le témoin principal pour tout ce qui concerne le Mali alors qu'il est bien évident qu'elle est une Malienne d'Évry ou de Montreuil et que lui demander des détails sur le Nord Mali a quelque chose de pittoresque et même de touchant, car de telles questions provoquent chez elle une forme d'embarras et l'obligent à une prudence plus que serpentine.

Reste le quatrième intervenant car c'est lui qui m'a fait demeurer devant mon téléviseur : Antoine Glaser ; comme toujours, il a arboré cet air lointain et distrait, ce qui ne l'a pas empêché pas de faire les réflexions les plus pertinentes, ce qui est bien normal, puisqu'il seul à connaître véritablement les situations africaines et à avoir des idées comme des jugements sur elles. Je ne comprends d'ailleurs pas bien ce qui pousse Antoine Glaser de participer à des émissions de cette nature où ses propos ne rencontrent qu'une indifférence à peine polie, quand ils ne sont pas contredits par l'une ou l'autre des parties qui hésitent d'autant moins à le faire que Glaser est toujours d'une parfaite courtoisie, même face aux pires des sottises, se bornant à son éternel demi-sourire.

Ce fut le cas hier d'ailleurs lorsque "l'expert" Servent, prenant la parole après Antoine Glaser, qui avait souligné l'extrême difficulté de surveiller les frontières dans cette zone (1500 km de désert entre l'Algérie et le Mali, sans parler de celles de la Mauritanie et du Niger), se risqua, pour garder la main et le crachoir, à contester ce point de vue. P. Servent nous a alors ressorti qu'en fait, il n'y a qu'un nombre limité de passes, passages obligés pour les véhicules lourds. Lui, le lieutenant-colonel de réserve, expert en stratégie militaire (Dieu seul sait pourquoi car les lieutenants-colonels sont peu sollicités dans les vraies affaires de stratégie militaire) paraît ne pas connaître la différence entre un véhicule dit lourd et les 4 x 4 Toyota.

Le meilleur moment fut toutefois celui où "l'expert Servent" (le "mili fana"), après nous avoir expliqué, dans le détail et avec émotion, ce qu'étaient les "forces spéciales" nous a infligé un long développement laudatif sur le fait que, au-delà de leurs actions proprement militaires, ces "commandos" avaient à remplir des tâches subtiles de renseignement et d'information ("ces Rambos ont des cerveaux" comme il a précisé en une formule longtemps méditée et que vérifie toutes les occasions qu'on a de voir leurs tronches!) ; dans les zones où ils se trouvent, ils recueillent, en effet, auprès des populations locales, de précieuses informations de toute nature qu'ils transmettent ensuite à la hiérarchie.

De telles réflexions témoignent surtout de la totale ignorance des réalités qu'on évoque, car j'aimerais bien savoir comment, dans un campement tamasheq de la région de Kidal, un commando des forces spéciales, quelque soit l'élévation de son QI, peut bien recueillir quelque information que ce soit auprès de populations, dont il ignore totalement la langue, alors que ces mêmes populations ne parlent pas davantage la sienne.

Mais ce sont là des détails mesquins auxquels ne s'arrête pas un spécialiste éminent de la stratégie militaire.

 

lundi 4 février 2013

Honni soit qui Mali pense N° 2


L'ai-je déjà dit (si c'est le cas, je le répète ; si ça ne l'est pas, je l'avoue) « Je ne suis en rien un spécialiste du Mali".

Je n'ai d'ailleurs pas trop de honte à l'avouer lorsque j'entends ou je lis (plus rarement dans ce second cas car l'écrit oblige, en général, à plus de prudence ou à moins d'impudence) les sottises qu'on profère sur ce malheureux pays.

Ainsi faisais-je remarquer, dans un précédent post, que je n'avais pratiquement jamais entendu le mot "Tamasheq" qui est pourtant la véritable dénomination locale des populations regardées comme autochtones au Nord Mali. Mieux encore hier encore j'ai entendu un "spécialiste" de cette zone évoquer, parmi les principales langues de cet Etat, le "songoy", alors qu'en dépit de l'orthographe du français, le moindre séjour au Mali apprend que le nom de cette langue et de cette ethnie sans parler de l'empire historique)  qui s'écrit "songhaï" se prononce à peu près "sonraille" !

Je le répète donc ; "Je ne suis en rien un spécialiste du Mali" mais j'y suis allé assez souvent depuis une vingtaine d'années et je me suis intéressé à la situation de cet Etat. J'en ai souvent parlé avec des amis, maliens ou français ; l'un de mes vieux amis est d'ailleurs Gérard Dumestre, naguère encore professeur de bambara à l'INALCO et, de l'avis unanime, le meilleur spécialiste de cette langue dont il a fait un monumental dictionnaire (bambara-français) paru en 2011 chez Karthala. J'aimerais d'ailleurs bien que G. Dumestre, qui réside au Mali une partie de l'année, s'exprime dans mon blog qui lui est largement ouvert, mais je le crois plus occupé que quand il enseignait encore !

Bref retour sur le titre un peu étrange de cette série de blogs qui m'a été inspiré au départ, moins par la devise de l'Ordre de la Jarretière que par les réserves qui me paraissaient indispensables lorsque la France, à peine sortie du guêpier ivoirien, (en attendant le tchadien!) s'est vue pressée d'intervenir dans le conflit entre le Nord et le Sud du Mali. Le sens de  cette formule était évidemment si on la développe : « Honte à celui qui songe au Mali c'est-à-dire qui pense que la France doit intervenir au Mali ». Je l'avais éclairé un peu en disant que, quelle que soit l'issue de ce conflit dont la solution, on le verra dans la suite, n'est pas simple, tout ce qu'il pourrait y avoir de mauvais sera assurément porté au compte de l'ancienne puissance colonisatrice car, en dépit de l'hystérie francophile qui a marqué la visite de François Hollande à Ouagadougou et Bamako, les sentiments populaires sont des plus versatiles et i'anticolonialisme est bien loin d'avoir totalement disparu.

Le Mali comme beaucoup d'Etats africains (et un simple coup d'œil à la carte de l'Afrique le démontre assez) repose sur des découpages coloniaux, souvent arbitraires et parfois absurdes, qui ont conduit à réunir des populations qui n'avaient rien en commun et à séparer, au contraire, des populations relativement homogènes.

Le sablier géographique malien sépare donc deux zones qui, sans être elles-mêmes être homogènes, le sont tout de même dans une certaine mesure ; ce n'est pas un hasard d'ailleurs si la zone d'étranglement du sablier a marqué, durant l'année qui vient de s'écouler, la frontière non institutionnelle entre le Nord et le Sud. Depuis l'indépendance du Mali, la population tamasheq du Nord avait toujours marqué, sous des formes et avec des intensités diverses, ce désir d'indépendance ou en tout cas d'autonomie. Les années 90 furent particulièrement violentes avec toutes sortes d'exactions et de massacres de part et d'autre, cette situation conduisant à un "Pacte national" signé à Bamako le 11 avril 1992. Quoiqu'il consacre certaines évolutions vers des formes partielles d'autonomie pour les Tamasheq, les problèmes sont très loins d'être réglés.

On comprend tout à fait que les enjeux géopolitiques (sans même parler des questions économiques et stratégiques) soient d'importance car à Addis-Abeba, après les Indépendances, on avait pris une résolution extrêmement sage qui était de rendre intangibles les frontières des Etats nés de la décolonisation ; il était, en effet, tout à fait évident que ne pas se ranger à cette sage décision, si paradoxale qu'elle soit, conduisait immédiatement à mettre l'Afrique à feu et à sang.

Le Mali, sans être en mesure de régler un problème qu'il avait été dans l'incapacité de traiter durant le précédent demi-siècle et qui, loin de là, devenait de plus en plus violent, ne pouvait donc évidemment que solliciter l'appui de la France dans cette affaire, même s'il n'était pas sûr que l'intérêt de la France fut d'y intervenir. Je laisse de côté pour le moment les intérêts stratégiques ou économiques qui sont évidemment un élément important du problème même si on s'abstient en général d'en parler. Il est évident, en effet, que la France ne peut se désinteresser de la zone nigéro-ùalienne alors que le Niger est le principal sinon l'unique pourvoyeur d'un uranium indispensable à la fois à sa propre industrie nucléaire et à celles qu'elle développe dans des pays étrangers qui lui achètent des centrales et à qui elle garantit, avec assez d'imprudence, la livraison du combustible indispensable. Il est, par ailleurs, évident aussi la France n'est pas seule en cause et qu'il est peu probable que les immenses gisements de gaz et de pétrole du Sahara qu'exploite l'Algérie s'arrêtent pile à la frontière algéro-malienne A ce propos, les étranges frontières des Etats témoignent souvent des intentions cachées dans leurs tracés ; un bel exemple est constitué par l'Algérie dont l'énorme ventre désertique et pétrolier avait été bien entendu enflé par la France pour s'approprier les ressources de l'Algérie à une époque où on croyait encore que ce pays resterait la France !

Les populations du Nord Mali sont donc ethniquement, linguistiquement et culturellement différentes de celles du Sud sous la tutelle de laquelle elles ont été mises alors qu'elles les ont souvent dominées et exploitées dans le passé. Un aspect pourtant tout à fait évident et dont on ne parle guère car il est politiquement incorrect est que les Tamasheq sont issus de populations qui n'étaient sans doute pas les premiers occupants de cette zone, mais qui étaient là, en tout cas, bien avant les Arabes. En outre ces Tamasheq, que nous appelons Touarèg (les deux mots ont d'ailleurs une vague analogie) ont une langue qui s'apparente au groupe de langues dites "amazigh" (le mot est aussi proche de tamasheq ) qui sont d'origine chamito-sémitique (comme le berbère) et qui n'ont donc rien à voir avec les langues "africaines" du centre et du Sud du Mali.

Les populations elles-mêmes sont également différentes ; pour dire les choses de façon simple et un peu caricaturale vu les mélanges de populations depuis des siècles, les Tamasheq sont," en gros", des blancs (comme les Arabes), alors que les populations majoritaires du Mali sont des "mélanodermes" c'est-à-dire des noirs. Ce point, on le devine, n'est pas sans importance !

Pour finir sur une vieille blague qu'on raconte dans ces régions. Après l'indépendance de l'Algérie, à la frontière algéro-malienne, une patrouille militaire malienne rencontre une patrouille algérienne ; ils échangent quelques propos (en français sans doute grâce à la Francophonie qui n'est donc pas si inutile que certains le disent) , les Maliens de s'étonner en leur demandant depuis quand ils sont indépendants. Les Algériens de répondre : "Depuis 1972". Étonnement des Maliens : « Et vous êtes déjà si blancs ! ».

dimanche 3 février 2013

Honni soit qui Mali pense N° 1 : "Ce chameau est le plus beau jour de ma vie!"


Ce texte n'est en rien le premier que je publie dans ce blog sous ce titre mais je n'ai ni le goût ni le courage de chercher combien j'ai pu en écrire auparavant et je considère, non sans quelque arbitraire, que le discours de François Hollande à Bamako ouvre une ère nouvelle dans les relations afro-françaises (je suis loin d'en être sûr) dont il est le premier de mes écrits.

 Brazzaville 1947 ; Bamako 2013.

Pour les historiens du futur, le parallèle sera peut-être tentant entre le discours du général De Gaulle à Brazzaville en 1947 (qui demeurera, dans la suite, une référence historique majeure jusqu'à l'indépendance de l'Algérie) et le discours de François Hollande à Bamako, le 2 février 2013, à l'occasion de la "libération" du Mali.
Je rediute toutefois que le rapprochement ne soit quelque peu hardi voire hasardeux et je crains que le second ne disparaisse beaucoup plus vite que le premier de la mémoire, pour toutes sortes de raisons.

On a sans doute jugé habile dans l'entourage militaire présidentiel de présenter l'action de la France au Mali ( une forme de « libération » du Nord-Mali de l'oppression djihadiste), comme un juste retour des choses, après le rôle que des contingents africains (sans doute, en fait, plus "soudanais" - donc plus ou moins "maliens" que sénégalais!) ont joué dans les deux grandes guerres. Jugé habile, cet argumentaire pourrait toutefois susciter de la part des Africains une forme d'étonnement, car, sur ce plan de la reconnaissance, la France aurait été mieux inspirée de céder, depuis un demi-siècle, aux légitimes revendications des anciens "tirailleurs sénégalais" qui n'ont cessé de réclamer une revalorisation de leurs pensions militaires. Il est vrai que, comme ils ont désormais sans doute tout passé l'arme à gauche (si j'ose dire), on ne risque plus grand-chose à prendre une telle position.

Lors de la soudaine décision de notre président de la République d'intervenir militairement au Mali, j'avais émis l'hypothèse, sans preuve, que la rapidité de sa décision tenait sans doute à la pression des hauts dignitaires de notre armée qui n'avaient pas dû être très satisfaits des suites de l'intervention en Côte d'Ivoire et plus généralement de la poursuite de la réduction de notre présence militaire dans cette Afrique, qui est pour eux le dernier pré carré de la France. Peut-être y avait-il de leur part (chez les "mili fana") la croyance sincère que l'intervention militaire immédiate était indispensable (on observe toutefois que les quelques centaines d'hommes prévus au départ, en appui logistique exclusif, sont devenues 3500 soldats français en intervention directe), mais on ne peut s'empêcher de penser qu'ils défendaient aussi par là à la fois le budget de l'armée (ne perdons pas de vue l'élaboration actuelle du Livre blanc de la défense qui semble impliquer la poursuite des réductions de crédits), mais aussi et peut-être surtout, des intérêts personnels, car notre présence en Afrique assure, à ceux qui y sont, de très sensibles avantages en matière de rémunération comme d'ancienneté.

Ne parlons pas de la reconnaissance de « Papa Hollande » qui a enfin connu en Afrique la chaleur extravagante d'un accueil populaire délirant et des applaudissements qu'il ne rencontre guère en France, lors de ses visites aux usines qu'on ferme ! Il a d'ailleurs lui-même choisi la ligne un peu médiane qu'il affectionne entre une sensible émotion qu'il a volontiers exprimée et une prudence dans les paroles que la situation rend indispensable. "La France restera au Mali le temps qu'il faudra". Notre Président revient là à un registre plus "normal" ; moins gaullien, il est ici plus proche de Fernand Raynaud et de son fameux "affût du canon"!

Le terme "franco-malien" qui était le mot-clé du discours des préludes de l'intervention est devenue aujourd'hui tabou comme j'ai pu le montrer dans mon post d'hier et tous les propos de François Hollande ont confirmé cette impression ; je ne l'illustrerai que par les derniers mots de son discours que je cite de mémoire ; il s'y adresse au(x) peuple(s) malien(s) (et notre belle langue orale, à la différence de quelques autres, ne permet pas de savoir s'il s'agit là d'un singulier ou d'un pluriel, ce qui ménage opportunément l'avenir) ; la péroraison est la suivante : « Vive le Mali ! Vive la France ! Vive l'amitié entre le Mali et la France!". Réféchissez-y!

J'ai déjà été long et, sur le plan général qu'il faudra bien finir par aborder, je ne mentionnerai ici que le propos d'un journaliste qui est sans doute, à mes yeux, le meilleur et le plus fin connaisseur de l'Afrique et que, de ce fait, on n'entend guère, Antoine Glaser, l'ancien rédacteur en chef de la Lettre du continent. Je l'entendais dire que la conception de François Hollande pour l'avenir des relations entre le Mali et la France évoquait une "Françafrique vertueuse". J'en suis moins sûr que lui (qui est par ailleurs très prudent) car sur le Mali comme sur bien d'autres choses, "on ne nous dit pas tout" mais en revanche nombre de sottises !  Nous y reviendrons.

En des circonstances moins dramatiques et s'agissant de personnages moins importants, j'aurais suggéré à François Hollande, suite au cadeau qui lui a été fait à Ouagadougou (plus encombrant que les diamants de Bangui!), pour parodier Joseph Prudhomme, une formule quelque peu adaptée : "Ce chameau est le plus beau jour de ma vie !".

samedi 2 février 2013

Honni soit qui Mali pense (suite...sans fin)


Sur le simple plan du PAF français, les événements du Mali illustrent mieux que tout autre sujet la caractéristique principale de notre information audiovisuelle : on y parle essentiellement pour ne rien dire, surtout lorsque l'on a rien à montrer.

Quel meilleur exemple que l'émission "Envoyé spécial" (au titre des plus étranges en la circonstance, diffusée sur France 2, jeudi 31 janvier 2013 au soir, avec en plat de résistance un reportage sur la guerre au Mali ? Je parle ici surtout de sa première partie, qui avait mobilisé une importante équipe d'"envoyés très spéciaux" (dans le septième arrondissement de Paris pour l'essentiel) dont, m'a-t-il semblé, l'une des productrices de l'émission que l'on a même entrevue (sans doute volontairement, même si elle feignait la confusion de se trouver dans le champ de la caméra) ; la seconde partie, tournée à Ouagadougou pendant l'occupation djihadiste, quoique faite par un amateur, était infiniment plus intéressante, car si l'information était manifestement biaisée, il y avait au moins, de temps en temps, un certain nombre de choses à voir.

Ce n'était pas, en revanche, le cas de la première partie du sujet central qui a été réalisée pour l'essentiel à l'Hôtel de Brienne, ce qui a rendu bien commodes les déplacements des "envoyés spéciaux" et des "correspondants de guerre".

Tout cela est, au fond, symbolisé et personnifié en même temps, par Monsieur Le Driant, vieux briscard des campagnes de Solférino, qui est notre ministre de la guerre, des armées ou de la défense. Je ne sais plus de quoi au fond mais mon goût prononcé pour les mauvaises plaisanteries m'incite à opter pour la défense puisqu'il est clair que la consigne de silence (Défense d'y voir) conduit logiquement à attribuer ce maroquin à l'un des éléphants du PS).

J'exagère (comme souvent) en disant que tout a été tourné à Paris, puisqu'une brève séquence, un peu inattendue s'agissant du Mali et l'heure étant grave, nous a montré Monsieur Le Driant à Lorient (sa ville natale, me semble-t-il) en train de faire la bise au maire de cette belle cité et d'aller prendre son café, le lendemain matin, au bistrot du coin, curieusement désert. Tout cela justifiait tout à fait bien entendu le déplacement de cette escouade de correspondants de guerre.

Il faut reconnaître que trente ans de parti socialiste ont formé définitivement Monsieur Le Driant dans l'art de parler pour ne rien dire ; en revanche, nous avons longuement visité ses bureaux et nous avons même assisté à une réunion de l'équipe chargée de la conduite des opérations guerrières au Mali ; elle avait été manifestement inspirée et mise en scène sur le modèle de la désormais fameuse réunion à la Maison-Blanche au cours de laquelle Barak Obama avait appris, en principe du moins, la mort de Ben Laden. La seule différence est qu'en cette circonstance, on ne nous a rien annoncé de saillant.

J'exagère en disant que rien n'était notable dans cette affaire puisqu'on a pu y constater à la fois que le chef de nos opérations militaires était un amiral, ce qui; compte tenu du fait que le théâtre des opérations se situe en plein Sahara, ne manque pas de pittoresque, même si l'on se souvient que ce désert fut autrefois effectivement une mer (mais c'était il y a bien longtemps) et que la marine y était fort présente. Au moment où on nous informe, au sein de la perfide droite, que le président de la République place ses amis à tous les postes importants de l'Etat, on a pu constater, à une échelle plus modeste, que l'amiral qui dirige nos armées et cette affaire, fait un peu la même chose dans son équipe puisque la plupart des militaires qu'on a pu entrevoir dans ce bunker situé au quatrième ou cinquième sous-sol de l'Hôtel de Brienne, portaient sur l'épaulette l'ancre de marine.

Ce qui est plus amusant est la stratégie déployée au Mali ; tout, dans les propos au moins, vise à donner à penser qu'il y a là une opération conjointe du Mali et de la France, la seconde intervenant qu'à la demande du premier voire sur ses brisées. Comme il faut bien illustrer cette subtilité diplomatique à usage externe, peu crédible dans les faits, chaque colonne motorisée française amène, dans son sillage, deux ou trois 4 X 4 sur lesquels on a empilé des soldats maliens, dont les caméras du service des armées ne cessent de filmer, avec une insistance à la longue pesante, l'écusson national malien placé sur le biceps de ces bidasses. Arrive-t-on près d'une ville ou d'un village, on fait aussitôt passer ces vaillants guerriers en tête de colonne et ce sont ces hardies troupes maliennes qui délivrent l'agglomération en cause. La ficelle est certes un peu grosse mais, après distribution de friandises et de drapeaux français et une fois mises en place les caméras dont les négrillons et négrillonnes sont toujours très friands, on peut filmer la chose pour le service d'information aux armées et le bon peuple de Bamako ou de Paris.

Tout s'est passé selon ce scénario à Gao puis à Ouagadougou, mais il s'est posé un petit problème à Kidal.

Il y a même un problème d'abord et surtout lexical. Il se situe en amont de cette affaire car s'il est facile de parler d'une action de troupes franco maliennes, il est beaucoup plus compliqué au plan lexical de donner la première place aux Maliens ; "maléo" ou "malayo" sont déjà pris par les Malais (le malgache est ainsi une langue malayo-polynésienne) ; Monsieur Le Driant, en souvenir de sa chère Bretagne, opterait sans doute volontiers pour "Malo", mais ce "malo" en français peut facilement être équivoque pour ne pas dire insultant. Je suggérerais donc volontiers au ministre de renouer avec la tradition créée autrefois par le regretté Coluche et de proposer, comme prix la traditionnelle tringle à rideaux, à celui ou celle qui résoudra ce délicat problème lexical.

Revenons au problème ethnico-politico-militaire inattendu que nous impose Kidal. Rappelons d'un mot que Kidal, à quelque 200 km de la frontière algérienne, a été, pour finir, récemment occupée par les forces du MLNA (Tamasheqs indépendantistes) qui y ont remplacé les djihadistes après s'être brouillés et battus avec eux (sur ce point voir les textes précédents sur le Mali dans ce même blog). Le MLNA, qui tient désormais Kidal, a donc fait savoir aux forces françaises qu'il était tout disposé à les accueillir, mais qu'il refusait absolument qu'entrent avec les ,rançais des soldats maliens et donc, moins encore; que ces derniers précèdent les Français dans l'arrivée triomphale à Kidal (avant la distribution des petits drapeaux tricolores et la mise en place du service cinématographique). La France a mis les pouces et on a débarqué les militaires maliens quelque part avant l'arrivée à Kidal qui a été libérée, de ce fait, par les seuls Français.

Je ne commenterai pas, pour moment, cet aspect des choses (assez évident d'ailleurs) car j'ai l'intention d'y revenir, mais on voit déjà que la solution diplomatique dont on rêve ne sera pas facile à trouver.

vendredi 1 février 2013

Made in France, Merde in France, MDR in France (suite et heureusement fin !)

Un mot sur le mot "ouvraison" cher à nos gabelous, surtout à l'intention des lecteurs étrangers dont ceux de Pologne. L'écrit français juridico-administratif est, en effet l'un des plus mauvais modèles linguistiques qu'on puisse imaginer pour notre langue. Un exemple avec ce terme "ouvraison" qui ne fait même pas l'objet d'une entrée particulière dans le Trésor de la langue française (dit TLF, en 16 volumes, avec désormais une version informatisée aisément accessible sur internet bien commode sous TLFi dans Google) ; on n'en trouve qu'une modeste mention dans les dérivés du verbe "ouvrer", mais dans le vocabulaire du travail de la soie surtout, ce qui n'est guère le cas qui nous occupe :

" DER. Ouvraison, subst. fém., text. Mise en oeuvre des soies consistant à les tordre ou à les mouliner. Ouvraison italienne, française. Aussi la soumet-on [la soie grège] dans des manufactures appelées moulines à des torsions, à des doublages qui en augmentent la solidité (moulinage de la soie ou encore ouvraison) (DORESSE, Tissus fém., 1949, p.29). [ ]. 1res attest. 1845 «action ou manière de mettre en oeuvre les matières premières» ouvraison des soies (BESCH.); p. méton[nymie]. 1893 « la matière ouvrée» acheter, vendre des ouvraisons (DG); de ouvrer, suff. -aison*.".

Revenons au problème général du "made in France" qui tourne de plus en plus au "merde in France".

Comment se détermine l’origine d’un produit ? Sans reprendre le verbiage administratif insupportable, contentons-nous ici quelques exemples qui vont vous montrer comme c'est simple, chez nous, en France (comme à peu près tout du reste).

Je cite : "A titre d’illustration figurent ci-après trois cas concrets de détermination de l’origine sur la base de ces trois critères.

1 - Le critère du changement de position tarifaire : importation d’assiettes de porcelaine classées à la position tarifaire 6913 fabriquées en Chine puis décorées au Pakistan où y est incorporé un dispositif d’accrochage [je vois mal comment on peut "incorporer" à une assiette "un dispositif d'accrochage". Tout au plus peut-on l'y ajouter ou l'en pourvoir].

La suite est encore plus étrange : "Direction Générale des Douanes et Droits Indirects – Bureau E1 - 20/04/2011. Pour déterminer l’origine de ces assiettes importées, et établir si elles ont subi une transformation substantielle au sens de l’article 24 du CDC, il convient de mettre en oeuvre les règles d’origine non préférentielle et de consulter l’annexe 11 des dispositions d’application du Codes des Douanes Communautaire (DAC)."

Fermez le ban... si vous avez compris quelque chose à ce jargon.

"Mais c'est pas tout, mais c'est pas tout..." comme chantait autrefois Bourvil...dans ce qui serait, en la circonstance la tactique non pas du gendarme mais du douanier.

"L’ouvraison [Ils y tiennent !]qui confère l’origine à ce type d’articles est la décoration pour autant que celle-ci entraîne le classement des marchandises obtenues dans une position tarifaire autre que celle couvrant les matières utilisées. La présence d’un dispositif d’accrochage sur les assiettes décorées importées indique qu’il y a lieu de les distinguer de la vaisselle et autres articles de ménage ou d’économie domestique en porcelaine classés aux positions tarifaire 6911 et 6912 et dont l’usage est à caractère essentiellement utilitaire. A cet égard et en application des notes explicatives du système harmonisé utilisées, dans la mesure où le caractère ornemental de la vaisselle importée l’emporte nettement sur le caractère réellement utilitaire, ces articles d’ornementations sont classés à la position tarifaire 6913.

Les opérations de décoration effectuées au Pakistan sur les articles de porcelaine fabriqués en Chine sont donc considérées comme substantielles en application des dispositions figurant à l’annexe 11 des DAC du CDC pour conférer l'origine pakistanaise aux assiettes importées. Ces marchandises peuvent donc porter un
marquage « Made in Pakistan ».

Dans le cas d’importation d’assiettes de porcelaine à des fins utilitaires (vaisselle de table) fabriquées en Chine et décorées au Pakistan, les produits seraient classés aux positions tarifaires 6911 et 6912. En effet, en l’absence de fixation d’un dispositif d’accrochage, il ne pourrait s’agir de vaisselle à caractère ornemental et il n’y aurait donc pas de changement de position tarifaire. Dans ces conditions, rien ne permet de considérer que la décoration peut constituer une ouvraison substantielle par rapport à la fabrication et conférer une origine pakistanaise aux assiettes. Dans ce cas, la mention « Made in China » sera retenue."

 Ouf ! Respirez fort, ça va passer !

Foutre j'en reste coi! Voilà qui devrait inspirer nos théoriciens actuels de l'dentité nationale. Donnez un coup de peiture au Pakistan à une assiette chinoise et posez là sur votre buffet de salle à manger et la voilà devenue pakistanaise ! Pourquoi ne pas faire ça pour les Roms ?

Et au fait à quoi toute cette logorrhée délirante peut-elle bien servir et qui peut bien la lire ?

2 - "Le critère de valeur ajoutée". Exemple " Importation de magnétophones (code SH 8520) fabriqués à Taiwan à partir de différents composants tels qu’indiqués ci-dessous : Composants Origine Valeur (USD) ; pièces mécaniques Taïwan 36,5 ; condensateurs Singapour 15,5 ; amplificateur Malaisie 45 ; tuner Taïwan 19,6 ; transformateurs Corée du sud 10,5 ; circuits intégrés Malaisie 16, antenne Taïwan 2 ; haut-parleurs Malaisie 5 ; transistor, diodes, résistances Taïwan 6 ; divers 8,9 ; valeur totale des composants 165 ; valeur main d'oeuvre Taïwan 13 ; bénéfice 5 ; valeur totale de l’appareil 183".

Si vous avez survécu à cette lecture, deux petites remarques.

Que se passe-t-il si, dans l'usine taïwanaise, travaillent des Chinois et des Malais. Le pourcentage de leurs salaires respectifs, le total de leurs poides de corps et éventuellement le tour de tête du contremaître et son âge ne doivent-ils pas être également intégrés aux calculs ? Non ! Je déconne et c'est pour rire (je précise ce détail à l'intention des douaniers qui pourraient pas hasard me lire).

Plus sérieusement, supposons un appareil à 100$ dont un tiers de la valeur ajoutée vient de Taïwan, le deuxième tiers du Bélouchistan et le troisième tiers de Mongolie Extérieure, quel tiers l'emportera sur les autres ? Version douanière de l'âne de Buridan mais avec trois seaux !

Toutes ces balivernes ne viennent pas, comme aurait dit Pierre Dac (le vrai), Du côté d'ailleurs, mais elles émanent, en HUIT CENT PAGES, de la "Direction Générale des Douanes et Droits Indirects". On comprend par là qu'il y ait toujours autant de fonctionnaires dans ces services occupés à de telles rédactions alors qu'il n'y a quasiment plus de frontières et que tout circule librement!

 Voilà qui explique aussi pourquoi, par millier d'habitants, l'Allemagne peut n'avoir que 55 fonctionnaires quand la France en a 88. Si vous connnaissez Monsieur Hollande faites lui lire ça.

"Mais c'est pas tout, mais c'est pas tout..."

3 - "Le critère de l’ouvraison spécifique" est admirablement illustré par "les pantalons (code SH 6204) en provenance d’Indonésie". Un vrai conte de fée géographico-industriel-identitaire que je ne puis hélas que vous résumer.

"Des pantalons sont confectionnés en Indonésie avec du tissu importé de Thaïlande (5209) et avec des boutons (9606) [ à cinq trous selon la vieille tradition chinoise ; je pense que 9.606 n'est pas ici le nombre de boutons, en dépit des apparences mais la référence à un article de la DAC] et des fermetures à glissière (9607) importés de Taiwan.
En vertu des dispositions d’application du code des douanes communautaire (DAC) (annexe 10), la confection complète des pantalons en Indonésie leur confère l’origine Indonésie. En effet, l’expression « confection complète » utilisée dans la liste de l’annexe 10 des DAC s’entend de toutes les opérations qui suivent la coupe des tissus ou l’obtention directement en forme des étoffes de bonneterie.

Toutefois, de petites opérations de finition accessoires telles que le placement de boutons et/ou d’autres types d’attaches, la confection de boutonnière, la finition des bas de pantalons et des manches ou ourlets du bas des jupes et des robes, le placement de garnitures et accessoires tels que poches, étiquettes, insignes, etc, le repassage et d’autres préparations de vêtements destinés à être vendus en prêt-à-porter, ne remettent pas en cause la notion de « confection complète » et la détermination de l’origine.".

Je vous jure que tout cela est VRAI!

Et d'ailleurs on l'illustre aussitôt.

Premier exemple : un pantalon provenant de Thaïlande et sur lequel les finitions accessoires ont été faites en France possède l’origine thaïlandaise.

Deuxième exemple : un pantalon fabriqué au Maroc avec du tissu français et pour lequel les finitions accessoires ont été faites en France possède l’origine marocaine. Une mention du type « made in France » serait trompeuse, en revanche des mentions telles que « tissu tissé en France et pantalon confectionné au Maroc » ou « pantalon confectionné au Maroc » ou encore « pantalon confectionné au Maroc à partir de tissu tissé en France » peuvent être acceptées. Elles sont, en effet, plus explicites sur le détail des opérations effectuées en France et ne sont pas susceptibles d’induire en erreur le consommateur".
 
Certes mais quid d'un pantalon provenant de Thaïlande, fabriqué au Maroc avec du tissu français dont le coton vient du Mali, pour lequel les finitions accessoires ont été faites en Inde par des réfugiés du Bangladesh, tandis que le placement des boutons (du modèle chinois à 5 trous) et la finition des bas de pantalons ( façon AQMI) ont été faits à Madagascar, alors que la pose des étiquettes "made in France" et le repassage ultime ont été assurés "au black" par des Chinois du 13ème dans un atelier clandestin de Paris ?

Tout cela ne fait-il pas, pour finir, un excellent pantalon français ?