Messages les plus consultés

mercredi 22 août 2012

22 août 2012 Super, Roms et sous-préfectures

Je ne sais si le 22 août 2012 fera date dans l'histoire de France mais c'est en tout cas en ce jour de canicule finissante que ce tient le premier conseil des ministres de Jean-Marc Ayrault après les vacances, mais surtout c'est celui où, pour la première fois, me semble-t-il, à Paris,  le litre de super sans plomb 95 a franchi de la barre des deux euros. Pompidou et son essence à dix balles a dû faire un bond dans sa tombe!

Deux détails à propos de notre Premier Ministre. En prévision du conseil interministériel de l'après-midi sur les Roms, il faudrait tout de même lui dire que la Roumanie et la Bulgarie ne sont pas ENCORE dans l'espace Schengen car à l'entendre ce matin sur RMC, il l'ignore.
Second détail. Curieusement, alors que les prix du carburant crèvent le plafond, le PM semble renoncer à l'idée du candidat-président de limiter la hausse de ces prix. Étrange! Les prix ont grimpé de près de 25% mais personne n'y trouve son compte. Je ne parle pas bien sûr des cochons de payants d'automobilistes  mais des pétroliers dont le porte-voix, Monsieur Machinsky ferait pleurer un seau à charbon par ses propos désespérés sur la limitation de leurs marges. Il faudrait vérifier tous les circuits car il y a certainement une fuite quelque part.

L'autre sujet du jour, dans le cadre des économies, est une réflexion que le ministère de l'intérieur entendrait engager sur le problème des sous-préfectures. Il y a là, avec la baguette et le béret basque, une vieille spécificité de la France qui n'en compte pas moins de 238 !

En tout cas, il y a des Français qui sont résolument contre cette suppression  : les sous-préfets. Contre toute attente, j'entends que le salaire d'un sous-préfet s'établirait aux alentours de 7.000 euros par mois (ce qui semble dépasser le plafond de rémunération des fonctionnaires, ce qui est pour le moins une curiosité). Plus encore, si l'on prend en compte que ces fonctionnaires sont en général logés ; il y en a même un qui dispose d'un logement de fonction de 1000 m² pour une sous-préfecture qui ne compte que 400 m² de locaux administratifs !

Si l'on compte qu'une sous-préfecture coûte, à la louche, 1 million d'euros par an, cela fait donc sans doute près de 250 millions chaque année, ce qui rend l'heure sous-préfectorale très chère surtout si l'on prend en compte que les heures d'ouverture de ces établissements sont en général très limitées.

Ajoutons, pour celles et ceux qui commencent à se tordre les mains sur la disparition du service public qu'une sous-préfecture ne sert à peu près à rien et qu'elle n'est, en fait, qu'une simple boîte à lettres puisqu'elle n'a pratiquement aucune autonomie administrative ; tout se décide et se fait à la préfecture elle-même, le passage à la sous-préfecture ne sert, en général, qu'à retarder d'une bonne quinzaine de jours la démarche. Pour moi qui habite Aix-en-Provence, ville qui dispose d'une fort jolie sous-préfecture en centre-ville (donc impossible de se garer), je crois bien n'y avoir jamais mis les pieds ; toutes les fois qu'une affaire doit se régler efficacement et rapidement, il faut évidemment se rendre à Marseille. Je conçois en revanche que M. le sous-préfet d'Aix-en-Provence soit tout à fait hostile à la disparition de ce service public qui lui est bien utile à lui.

Il serait temps que la réflexion aussi pure et simple que bête et méchante, sur les économies à faire se double ou, pour être plus précis, soit précédée d'une réflexion sur l'adaptation de l'administration aux réalités du moment, qu'elles soient administratives ou techniques.

Tous ceux qui versent des larmes sur la disparition éventuelle des bonnes vieilles petites sous-préfectures des zones rurales ou peu peuplées devraient réfléchir qu'une permanence EFFECTIVE et EFFICACE, tenue deux jours par semaine par deux ou trois fonctionnaires munis de téléphones, de fax et d'ordinateurs serait beaucoup plus utile et même précieuse pour les administrés que le régime actuel. Sans se déplacer davantage, ils pourraient voir leurs problèmes réglés de façon bien plus rapide et plus efficace qu'ils ne le sont actuellement dans la quiétude et l'incurie somnifères qui sont celles de la plupart des actuelles sous-préfectures.

mardi 21 août 2012

La Syrie du savon

Ce matin, j'entends, pour la dixième fois, sur l'une des radios jumelles  (je zappe régulièrement dans le vain espoir d'échapper à l'enfer de la répétition infinie des bulletins d'information) que le président François Hollande, dans son soudain désir d'action, reçoit le nouveau négociateur chargé par l'ONU des affaires de Syrie. Il remplace dans ce vain emploi, M. Koffi Annan, ex-secrétaire général, senior retraité désormais sans emploi, qui avait trouvé quand même là une position et sans doute un contrat juteux. Que ce pauvre homme se rassure, on lui trouvera sûrement autre chose ailleurs, car les conflits ne manquent pas dans le monde et il finira bien par réussir quelque part.

En écoutant cette nouvelle, je jette un coup d'oeil sur mon ordinateur pour y prendre connaissance des courriels arrivés pendant la nuit. Je tombe lors sur  l'un de ces textes parasites, surgis on ne sait d'où, et que nos chers Québécois, qui causent français eux, appellent si joliment des "pourriels". Il s'agit là d'une publicité qui, en la circonstance, m'a paru tout à fait opportune concernant le savon d'Alep. Vu la conjoncture politico-militaire, elle prend, si l'on peut dire, tout son sel quoiqu'il s'agisse d'un produit dont on nous vante l'exquise douceur.

Le savon est, avec les "farcis" (comme on les nomme dans notre Midi) et les pâtisseries feuilletées, l'une des spécialités de la ville d'Alep, métropole du Nord-Ouest de la Syrie qui occupe aujourd'hui tous les médias par les combats qui s'y livrent.

Ces événements donnent donc un sel particulier à ce produit d'Alep dont, pour nous en vanter les charmes, on nous précise, avec gourmandise, qu'il offre "un parfum délicat agréable, si différent du savon d'Alep conventionnel" , sans doute quand la ville est calme.

On ajoute que " l'extrême douceur d'utilisation [fait que]  la peau ne tiraille pas" C'est plutôt dans tous les coins de cette grande ville et non dans la peau que ça tiraille dur actuellement. Si la peau des utilisatrices du savon en ressent les effets adoucissants, on risque fort, en revanche, de se faire faire la peau dans les rues d'Alep, avec ou sans savon!

Cette si opportune publicité recommande également l'utilisation de la loofa, « un gant de toilette en courge séchée », "l'accessoire indispensable de votre savon d'Alep". Comme les forces spéciales de Bachar, " elle nettoie en profondeur". Peut-être les événements actuels conduiront-ils à créer une nouvelle forme de loofa, en peau de sunnite cette fois, pour un traitement ferme, expéditif et définitif de la peau : " En Orient, il est impensable de se savonner sans la loofa".

Si graves que soient les circonstances, comment ne pas s'amuser un peu de la conjonction inattendue des événements et de la publicité ? Comme, il y a quelques années, quand la SNCF avait mis en place une énorme campagne publicitaire sur l'exactitude des horaires de ses trains au moment même où commençait l'une des plus grandes grèves qu'elle ait connue.

Je ne sais pas si les Wahabites (sans moustache je vous le rappelle) utilisent le savon d'Alep. Souhaitons-le et puissent la douceur et le parfum délicat de ce savon leur donner l'idée d'épargner la ville qui l'a vu naître.

lundi 20 août 2012

Vacances ro(u)maines

 La question des Roms permet, une fois de plus, aux belles âmes de notre beau pays d'exposer leur point de vue dans les médias et surtout d'y prendre des poses avantageuses en portant, comme disait l'autre, « leur coeur en écharpe ». Comme je n'appartiens pas, vous l'aurez déjà constaté, à cette catégorie supérieure, je m’exprime, une fois encore, sur cette question qui, hélas, revient à nouveau sur le tapis
 Je vous épargnerai le détail des débats marécageux où il ne se dit rien de nouveau, à part que Valls se mettrait dans les pas d'Hortefeux et de Guéant, le pauvre Besson étant, en la circonstance, fort injustement oublié! Les expulsions de Roms, mis à part la brutalité de la destruction de certains de leurs camps illégaux, se font, aujourd'hui comme avant, dans le respect des législations française et européenne, puisque ces populations enfreignent la loi, ne serait-ce (et c’est sans doute le moindre de leurs délits) qu’en enchaînant les visas de séjour de trois mois, à la queue leu leu. Il est probable que certaines des belles âmes, qui suscitent et animent les associations de défense de ces populations, se font complices de ces entreprises, comme l'étaient parfois, naguère, les gens qui fournissaient mais parfois vendaient des certificats d'hébergement à des étrangers qui en avaient besoin. Dans une petite commune de Haute Savoie, un mien cousin, conseiller municipal PS, qui s’occupait de ces questions, avait ainsi compté qu’une belle âme de sa commune avait établi, en une seule année, 54 certificats d’hébergement !

Si la gauche marche dans les pas de la droite, le coût total et réel de ces expulsions (3000 € par personne disait-on autrefois) et de ces contrats prétendument de « réinsertion sur place » (3500 € par contrat disait-on alors) aurait diminué, puisque actuellement le tarif, transport non compris, est de 300 euros par adulte et de 100 euros par enfant ce qui, pour les PECO, est encore considérable et par là même attractif.

Tout cela ne sert donc évidemment à rien et les expulsés reviennent quelques semaines voire quelques jours plus tard, au terme de leurs "vacances roumaines", comme le reconnaissent d'ailleurs ouvertement, dans les médias, les belles âmes que j'évoquais.

Naturellement, on ne parle guère de la situation des Roms en Roumanie que j'entendais décrire, ce matin même, par la présidente d'une association caritative en termes quasi rousseauistes, ces pauvres gens ayant quitté leurs coquettes demeures roumaines pour les caravanes et les bidonvilles de France. Autant en rire! Si généreuse qu'elle soit, cette brave dame doit ignorer l'histoire des Roms . Je lui rappellerai donc, ou plutôt je lui apprendrai, que  ce  n'est qu'en 1864 que l'esclavage et le servage des Roms ont été définitivement abolis en Roumanie!

On se garde aussi d'évoquer la politique officielle roumaine qui, dans les faits, suscite au moins, à défaut de l'organiser, la migration des Roms vers l'Europe de l'Ouest, en dépit des milliards d'euros que verse, en toute innocence ou sottise (à vous de choisir), la Communauté européenne pour favoriser l'intégration de ces Roms en Roumanie. L'UE, qui nous donne des leçons sur ce terrain, comme sur bien d'autres, serait bien inspirée de balayer devant sa porte et de s'enquérir de ce que deviennent, réellement, les milliards qu'elle verse à la Roumanie pour intégrer les Roms. Sans doute servent-ils au moins à payer le salaire, le train de vie et les multiples voyages du Secrétaire d'État roumain à l'intégration des Roms (Si! Si! ça existe!). 

Pour en revenir à nos belles âmes, du moins à celles qui apparaissent sur les écrans et causent dans les postes, on pourrait aisément en esquisser une typologie sommaire. En gros, cela va du pédago en retraite (cheveux et barbe blanches, lunettes et look post soixante-huitard, le genre ponte de la MAIF ou de la MGEN) à la chaisière (vieille fille quelque peu racornie, le cheveu long et sale, lunettes en bataille). Je serais assez d'avis de mettre en oeuvre pour ces belles âmes une mesure très simple et qui permettrait rapidement, dans ce domaine, de trier le bon grain de l'ivraie.

Il suffirait de créer une nouvelle décoration (on sait que les Français en sont friands). On pourrait la nommer « le mérite manouche » ou « la légion d'honneur tsigane» et elle serait accordée à tout défenseur des Roms qui prendrait en charge (logement, nourriture, etc.) un Rom ou éventuellement une famille rom. Le nombre de personnes prises en charge de cette façon déterminerait l'accès à des grades de plus en plus élevés dans l'ordre ainsi créé (chevalier, officier, grand officier, grand croix, etc.). Pour les belles âmes qui, pour des raisons diverses et personnelles, ne pourraient ou ne souhaiteraient pas loger un Rom ou une famille rom, on établirait, par équivalence, une contribution fiscale volontaire (de 5000 à 20000 € par exemple) qui permettrait, dans les mêmes conditions d'accès aux divers grades de ces ordres, de s’y voir intégrer. Naturellement, l'attribution de telles décorations, s’assortirait du droit de porter l’insigne de l’ordre, soit à la boutonnière (en liséré ou en rosette selon les cas), soit en décoration pendante pour ceux et celles qui souhaitent manifester de façon plus claire et plus visible leur soutien aux Roms. Ne restent à fixer que le nom de l'ordre, la couleur du ruban et le dessin de la médaille mais je pense qu'il ne manquera pas de suggestions à la solution de ces questions, de toute évidence mineures, une fois que ma proposition aura été adoptée.

Cela dit, où sont les vrais responsables? A Paris ou à Bucarest ?

mardi 14 août 2012

Méditation pileuse

Lorsque, il y a bien longtemps déjà, j'ai passé le concours général d'anglais (Dieu seul et mon professeur d'anglais de l'époque, qui n'avait désigné pour cette épreuve, savent pourquoi), nous nous sommes vus proposer, pour le traduire et le commenter, un texte dont je n'ai plus le moindre souvenir, mais dont j'ai retenu le titre, un peu insolite « Moral meditation about a spider » (fort heureusement je connaissais le sens de ce dernier terme !). Est-ce en souvenir de cette circonstance que j'ai intitulée mon blog du jour "Méditation pileuse" (mais j'aurais pu tout aussi bien l'intituler avec plus de précision " Méditation sur la barbe"), je ne saurais le dire?

En écoutant, je ne sais quand, je ne sais quelle émission à propos de la Syrie, au cours de laquelle étaient tenus des propos aussi pertinents qu'intéressants, non par l'un ou l'autre de nos journalistes si peu professionnels qu'ils font leurs missions de terrain depuis le Liban ou la Turquie (pas fous les bougres!), mais par un Syrien vivant en France, fort bien informé des choses de son pays, j'ai appris que lorsqu'on a affaire à des Musulmans, il faut porter la plus grande attention à leur système pileux facial.

Ce témoin a attiré l'attention sur le fait, essentiel à ses yeux, que bon nombre d'opposants au régime syrien actuel, partisan de ce que l'on entend encore nommer (mais pour combien de temps ?) la "révolution" syrienne et "combattants de la liberté" arboraient la barbe mais ne portaient pas la moustache. J'avoue que ce détail ne m'avait guère frappé, même si dans les Etats plus ou moins "laïques" (Irak, Turquie, Egypte), la moustache semblait plus en faveur que la barbe, du moins aux époques où j'y suis allé.

Selon ce témoin, la moustache est pourtant de la plus grande importance ; la disposition pileuse, qui la supprime en maintenant la barbe, signale en effet, selon lui, les salafistes. Dans le contexte syrien, ce détail est, à l'en croire (et je le crois volontiers pour ce qui concerne l'avenir de ce pays qu'annonce cette absence de moustache) de la plus haute importance car il montre que les salafistes sont en fait les animateurs (et les financiers, mais ça on le sait) du changement prétendument démocratique dans ce pays. Après la révolution du jasmin et les printemps arabes aurons-nous en Syrie l'automne ou l'hiver de la moustache?

Sans l'appliquer toujours, je défends le principe qu'il faut tenter d'apprendre au moins une chose par jour. J'avais donc, pour cette journée, rempli mon contrat, mais je suis néanmoins allé vérifier ce point. Il semble bien que cette assertion soit exacte, aussi bien sur le plan religieux que syrien. Toutefois j'ai découvert, à cette occasion, que la coexistence de la barbe et de la moustache est, dans la religion musulmane, un point doctrinal de la plus haute importance et l'objet de controverses exégétiques, ce que je ne soupçonnais pas.

Cette méditation pileuse m'a conduit, ce matin, à porter plus d'attention aux propos tenus sur Europe1 par Pierre Moscovici, centenaire en jours comme ministre. Je ne sais pas exactement où il en est présentement dans ses ornements pileux qui varient, mais j'avoue que j'aimais assez l'époque où il portait cette barbe de satyre qui lui convient si bien et lui permet de passer, sans mal, du rôle de Machiavel à celui de Savonarole (dans mon imagination du moins, car je n'ai pas vérifié les iconographies en cause). Comme cet "y" que Rabelais affectionnait dans le mot "dyable", car, disait-il, il donnait au terme un supplément de diablerie, la barbe ajoute un surcroît de ruse à notre Mosco, à défaut d'en accroître l'autorité, même si, à en croire, Arnolphe: "Du côté de la barbe est la toute-puissance ». Actuellement, elle serait plutôt du côté de Bercy, mais il faut reconnaître que, dans ces circonstances où, en dépit des prouesses rhétoriques et matinales du ministre, se cumulent l'accroissement du chômage et la baisse de notre taux de croissance, il aurait bien besoin de sa barbe, non pour se cacher derrière elle, mais pour pouvoir argumenter avec plus de pertinence et de force.

Merlin l'enchanteur portait-il la barbe ?

lundi 13 août 2012

Fraude sociale (4)

Après cette interruption, sportive et dominicale, j'en reviens à la fraude sociale.

Comme j'ai déjà eu l'occasion de dire et comme cela se fait toujours, on s'en prend toujours aux petits plutôt qu'aux gros ; dans le même ordre d'idées, on culpabilise les millions d'assurés sociaux, qui; il est vrai, coûtent très cher à la Sécurité sociale (ce qui est parfaitement exact précisément car ils sont des millions), sans s'en prendre réellement aux véritables responsables et/ou bénéficiaires d'une bonne partie des fraudes.

J'ai essayé avant-hier de montrer comment le système déclaratif de certains professionnels de santé semble être conçu pour empêcher tout contrôle et, par là même, pour les encourager à la fraude, s'ils jugent leur rémunération insuffisante (mais qui n'est pas de cet avis!) et s'ils ne sont pas parfaitement honnêtes. Je ne parle même pas ici de l'incurie et de la gabegie des services de la Sécurité sociale, qui peuvent facturer trois, quatre ou cinq fois la même activité pour un professionnel de santé, sans même s'en apercevoir. Ce détail ne gêne personne, à moins que l'on ne suppose une complicité entre le dit personnel de santé et les employés de la SS qui sont chargés de la facturation. Dans notre belle région marseillaise rien n'est impossible dans ce domaine, comme on a pu le constater à propos d'autres cas.

Toutefois l'affaire des infirmières de la Gironde, que j'ai citée à partir du site infoSecu qui lui-même reprenait des informations parues dans la presse, montre qu'on est là un autre niveau que le simple bricolage sur le nombre de déplacements, l'heure des visites ou le cumul des indemnités. Comme disait Fernandel dans Topaze à propos des pissotières à roulettes : "Tout ça, c'est pas des affaires, c'est de la poésie !".

Le fin du fin pour deux ou trois infirmier(e)s qui veulent vivre sur un grand pied sans s'embêter dans le va-et-vient matutinal et vespéral des visites à domicile, il y a une solution élégante et radicale qui est celle qu'avaient adoptée les infirmières girondines mais qui semble fort loin d'être un cas unique.

Il suffit de créer une société anonyme à responsabilité limitée (une SARL) qui, en fait, ne s'intéressera qu'aux cas graves de longue maladie (à 100%) ou de soins palliatifs, car on ne va pas s'embêter à bricoler pour deux tubes d'aspirine ou trois bandes Velpeau. Le principal problème en la circonstance est sans doute de s'assurer l'amicale complicité d'un ou deux médecins (petit pourcentage sur les affaires ?) qui vous remettront des ordonnances vierges, sur lesquelles vous pourrez établir les commandes qui seront essentielles dans ce genre  de commerce.

Sans que cela soit vous qui assurez les soins à domicile (trop peu rémunérateur ou pénible), vous allez vous occuper uniquement des commandes, non pas des médicaments (trop surveillé) mais de ce que les documents de la Sécurité sociale nomment pudiquement « accessoire" (au singulier ce qui est pour le moins curieux vu les quantités et les tarifs). Ce seront là des seringues, des gants, des sacs poubelles, des tubulures, etc. ; tous ces accessoires sont, en général, peu coûteux, mais si vous les commandez pas en énormes cartons eux-mêmes en nombre important, cela finit par faire du chiffre. Pour vous donner un exemple réel et précis, pour trois mois, 18 000 € !

Dans la mesure où vous avez des ordonnances vierges, nul besoin de passer réellement par le médecin et vous êtes totalement maître des commandes passées. Il faut, en revanche, que votre malade dispose d'un espace suffisant pour stocker les énormes et multiples cartons où se trouvent les produits en cause, cartons qui sont d'autant plus gros et grands que ces produits, peu coûteux, sont volumineux.

Pas besoin de vous faire un dessin sur le fonctionnement du système que personne ne contrôle puisque les factures sont réglées rubis sur l'ongle par la SS qui ne regarde pas plus loin que le bout de son ordinateur.

Le fin du fin est que si votre malade en soins palliatifs passe l'arme à gauche ou si celui qui est en longue maladie voit son état s'améliorer au point que le traitement devient inutile, vous ne manquez pas, à ce moment là, de récupérer (sans inventaire de retour!) tous les cartons pleins d'accessoires, stockés d'avance mais inutilisés, que la Sécurité sociale vous a déjà payés et que vous pouvez, sans le moindre problème, revendre à d'autres malades; en faisant payer à nouveau ses articles déjà payés par la SS. Simple mais efficace non ?

C.Q.F.D. : non pas ce qu'il fallait démontrer, mais ce qu'il faudrait dénoncer !

dimanche 12 août 2012

Marathon des JO : Kiprotich ou quiproquo ?

Enfin les Jeux Olympiques de Londres sont finis.

J'ai tort de formuler cette remarque ainsi, car ces jeux ont été, à bien des égards, forts intéressants et de très haut niveau dans les grandes disciplines. J'en ai suivi nombre d'épreuves avec beaucoup de plaisir. En revanche, et c'est ce que je voulais dire, quel bonheur d'être enfin débarrassé de la présence obsédante des commentateurs sexagénaires de France-Télévision, tous plus insupportables les uns que les autres d'ignorance, de bavardages, de clichés (le champion toutes catégories étant incontestablement Patrick Montel) et de chauvinisme stupide.

Il faut reconnaître que ces loustics ont fini dans une apothéose de gloire comparable, comme disait le regretté Pierre Dac dans son immortel "Nocturne", à celle de la Sécurité sociale que l'actualité me fait très provisoirement abandonner aujourd'hui en faveur de France Télévision.

Le coup d'éclat final de nos journaleux a été de nous infliger, durant une bonne vingtaine de minutes, après la victoire de la France sur la Suède dans la finale pour la médaille d'or du handball, le spectacle, un moment réjouissant mais à la longue insupportable, des embrassades infinies de nos joueurs ; on comprenait certes leur satisfaction mais on s' expliquait mal qu'elle fût partagée par les prétendus journalistes de France Télévision, alors qu'au même moment, dans ce même quart d'heure, se déroulait le dernier quart-temps de la finale du basket-ball qui opposait les États-Unis à l'Espagne dans un match de très haut niveau et palpitant jusqu'au bout.

Il a fallu attendre le bon plaisir de ces messieurs et la fin des embrassades des handballeurs français pour qu'on passe enfin (en attendant leurs interviews qui devaient suivre nous a-t-on précisé avec gourmandise), les quatre ou cinq dernières minutes du match États-Unis Espagne que les Américains ont fini par gagner, non sans mal.

Peut-on être aussi franchouillard et stupide ? Question inutile car la réponse est évidemment oui et qu'ils nous en ont infligé la preuve !

Toutefois la fine équipe de nos commentateurs, pilotée comme toujours par ce Patrick Montel qui a la particularité étrange d'être aussi phraseur qu'amateur d'abréviations (il ne parle qu'"athlé", déca" ou "kilo" ). Avec son compère du moment, qui se présente portant comme un spécialiste de la course de fond, ils ont l'un et l'autre, pendant une bonne partie du marathon, vanté la suprématie kenyane, puisque les trois premiers coureurs qui dominaient largement cette épreuve étaient tous, à les entendre, originaires du Kenya. Ce n'est qu'à quelques kilomètres de l'arrivée que l'un d'entre eux (je ne sais pas auquel des deux revient le mérite) s'est soudain avisé que le maillot de celui qui faisait la course en tête portait la mention Ouganda et non pas Kenya !

Il faut dire à leur décharge (si je puis dire) qu'il y avait, parmi les participants à ce marathon, deux coureurs nommés Kiprotich ; le premier (qui a gagné) se prénomme Stéphen) et le second, qui a fini troisième, a pour prénom Wilson. Le problème est que le premier est ougandais comme l'indiquait clairement son maillot, tandis que le second est kényan comme le signalait, de la même façon, sa tenue. Ce détail rendait évidemment stupides les longs et savants commentaires de mos deux loustics sur la suprématie kenyane ; s'il y avait bien deux Kényans dans le trio de tête, le futur vainqueur était, lui, Ougandais ce qui la diminuait sensiblement.

Naturellement nos deux glosateurs ont très rapidement glissé sur cette bévue, inimaginable chez de prétendus spécialistes qui non seulement disposent de la liste des concurrents avec leur nationalité, mais doivent être en mesure de lire ce qui est inscrit sur les maillots des coureurs, même si les couleurs des deux Etats sont voisines, s'il fait chaud et si c'est l'heure de l'apéro!.

En tout cas pas d'excuses auprès des téléspectateurs pour cette énorme bévue de la part de nos deux "spécialistes", qui sont effectivement de vrais  spécialistes ...de ce genre d'erreurs !

La fraude sociale (3)

Dans mes divagations sur la fraude sociale, j'ai erré dans Google et je suis tombé, par chance, sur une fort intéressante publication, La lettre de Galilée, que je me permets de vous recommander car elle allie l'humour et la qualité de l'information, ce qui est rare chez nous ! Vous trouverez sans problème cette publication dont je vous donne néanmoins ici la notice de présentation de ses auteurs :
"Rémy Fromentin, consultant en organisation et santé, et Jean-Pol Durand, journaliste,  conjuguent chaque semaine leur vision de l’actualité et des grand débats qui animent la vie politique et sociale de la santé dans La Lettre de Galilée".
Suis tombé aussi sur le site, pageSecu, tout aussi accessible et qui comporte de fort intéressantes rubriques dont celle-ci " Fraudes et autres questions de régulation" et en particulier sa rubrique : "Faits (presque) divers". J'en ai extraites quelques unes, les plus récentes et qui concernent les infirmières et infirmiers :
"Affaires en cours d'instruction ou jugées, constats de tous ordres sur lesquels la presse réagit, c'est ici.
16/02/2012 - Autre activité gonflée chez une infirmière du Val-de-Marne, avec un préjudice évalué à 450.000€.
08/03/2012 - Actes fictifs et surfacturations : 644.239€ détournés par cette infirmière, près de Lyon.
16/03/2012 - Procès reporté en septembre pour l'infirmière du Val-de-Marne suspectée d'avoir détourné 450.000€ (voir 16/02).
13/06/2012 - Surfacturation d'un infirmier du Var : huit mois de prison avec sursis et remboursement des sommes indues.
17/06/2012 - Deux ans de prison (mais avec sursis) pour une infirmière de Seine-Maritime cumulant faux, usage de faux et escroquerie.
06/08/2012 - Mise en examen de trois infirmières en Gironde pour des fraudes apparemment très importantes.".
C'est cette dernière affaire (qui porterait sur un million d'euros) qui m'a amené à examiner cette question dont des événements familiaux m'ont fait percevoir la nature et l'étendue.
Dans sa quête éperdue de ressources supplémentaires, le gouvernement s'attaque à la fraude sociale. Il n'est ni le premier ni le dernier à le faire, mais, comme tous ses prédécesseurs et ses successeurs, il s'en prend aux petits plutôt qu'aux gros. "Indulgente aux grands, dure aux petits", on connaît la formule et la justice fiscale opère à l'instar de toute justice. Vieille et immuable règle de tous les gouvernements, de gauche comme de droite : mieux vaut ne pas faire payer les pauvres que les riches ! Ces derniers risquent de protester et en ont les moyens, mais surtout ils sont infiniment moins nombreux que les pauvres. Faire payer les pauvres sera donc toujours et partout la recette favorite de tous les gouvernements.

Pour gagner trois sous, on va donc obliger une pauvre vieille à faire l'avance sur coût qu'entraînent son attachement (d'ailleurs vain et inutile) à son médicament ancien et son absurde refus d'un générique moins cher, l'un et l'autre venant de Chine et étant vendus par les labos dix, vingt ou cent fois leur prix d'achat On ne poursuit pas les grands labos, on les décore!.

On va culpabiliser tout le monde et faire payer des bricoles à tout un chacun sur n'importe quoi, alors que la fraude sociale sur le travail est gigantesque. On sait que la Défense ou le  Stade de France ont été construits par des grandes entreprises, elles-mêmes blanc-bleu, mais qui sous-traitaient les travaux à d'obscures sociétés qui disparaissaient tous les trois mois et qui n'employaient, elles, que du personnel au noir ; celles-ci, qui ont fait tout le boulot, ont depuis longtemps disparu dans la nature.

J'ai tout récemment découvert par hasard deux choses inouïes ;  d'une part, l'absence de contrôle et même une forme de facilitation officielle de la fraude ; d'autre part, l'anarchie et l'incurie qui règnent dans le fonctionnement de la sécurité sociale.

J'ai reçu récemment des documents qui montrent qu'un même infirmier (que je ne mets d'ailleurs pas en cause) aurait été payé CINQ FOIS (il figure en tout cas comme tel dans les "relevés de prestations" qu'on m'a envoyés) pour une période d'activité qui va du 18 avril au 26 juin 2012, sans que les services de facturation ou de comptabilité aient été alertés par le fait que, à quatre reprises, en arrivant à la date du 26 juin, on repartait, toutes les fois, pour un tour nouveau, au 18 avril 2012.

Le résultat est que, pour ce seul, 18 avril, il aurait reçu, à lire ces documents, 395,95 euros pour deux visites de 6 ou 7 minutes. De ce fait aussi, il se voir consacrer, pour lui seul, dans les documents reçus, 113 pages! Tout cela n'aurait-il donc pas dû alerter le moindre employé!  On ne peut même pas, dans un cas comme ça, invoquer  l'erreur factuelle et la folie de l'ordinateur puisque les chiffres correspondants aux divers actes ne sont pas les mêmes dans les cinq versions rendant compte de la même activité quotidienne de la même personne.

Il faut dire qu'on a le sentiment que tout est organisé pour faciliter la fraude et même y inciter. Ainsi lorsque un infirmier ou une infirmière intervient chez vous, vous pouvez aisément savoir le temps qu'ils passent à votre domicile et ce qu'ils y ont fait, comme leurs heures d'arrivées et de départs. En revanche vous ne savez EN RIEN ce qu'ils déclarent eux-mêmes à la Sécu! Pour la sécurité sociale, par exemple, la nuit (donc la "majoration nuit" de 9,151 euros) commence à 20:00 ; la nuit tombe bien plus tôt pour le personnel de santé qui, dès 18:00 ou 19:00, opère au tarif de nuit, ce que nul ne vérifie naturellement. S'il procède à trois actes dans la même visite, il compte trois déplacements (que les plombiers se le disent!) ; il cumule souvent aussi les indemnités de "jour férié" et de "nuit" ce qui est, je crois, interdit par le règlement ; et tout est à l'avenant.

Dans la mesure où l'intervenant, avec la carte vitale qu'il introduit dans son boîtier personnel sur lequel il procède au recensement et à la qualification de ses actes, vous êtes, comme la Sécu, hors de mesure de vérifier quoi que soit;  il peut donc, à sa guise, déclarer n'importe quoi. Il faut une confiance aveugle dans l'honnêteté scrupuleuse de l'humanité pour mettre en place de tels procédés, dont il est si tentant d'abuser comme le montrent les affaires qui se révèlent, en nombre infime il est vrai, quotidiennement. Il y en a probablement une sur cent qui arrive à la connaissance de la justice puisque la sécurité sociale elle-même, professe la plus grande indifférence aux signalements qu'on peut lui faire faire dans ce domaine, pour essayer de comprendre, et que tout est rendu, a priori et volontairement, invérifiable.

Mais le pire est à venir!