Messages les plus consultés

jeudi 7 avril 2011

Haïti : les thèses d'Aristide (suite)




Commençons par une citation d’« haïtinet »
« Quand un fils d'Haïti est honoré, c'est le peuple haïtien et le pays tout entier qui est à l'honneur!

Le 25 avril 2007, au cours d'une cérémonie officielle marquée par la présence du Président Thabo M'béki et de son épouse, d' autres membres de son Cabinet privé, de Mme Mildred Trouillot-Aristide et de ses enfants, du Ministre de l'Education, de diplomates, du Dr Maryse Narcisse membre du Comité Exécutif National de Fanmi Lavalas et porte parole du Président Jean-Bertrand Aristide, et d'une trentaine de haut cadres professionnels et dirigeants de l'Université, le Président Aristide recevait le titre académique de Docteur en Littérature et Philosophie. ».

La suite est une traduction par « Haitinet » de propos (tenus en anglais) du Professeur Dave Mutasa, membre du jury de la thèse :

« Son projet de recherche de 456 pages sur les langues africaines, qui sera prochainement publié par l'Université, a utilisé une approche multidisciplinaire pour démontrer que le créole haïtien et le isizulu sud-africain sont connectés sur un terrain commun lié à notre psychodynamique ancestrale. Dans son étude, Dr Aristide montre aussi l'échec des missionnaires et maîtres d'esclaves en cherchant à imposer leur propre langue, leur culture et en ignorant les références linguistiques et théologiques des esclaves africains. Ses recherches ont été conduites sur le terrain de manière à approfondir la dimension sociologique, théologique et psychologique des langues étudiées.
Docteur Aristide, Félicitations! ».

On lit aussi que « Dr Aristide parle plusieurs langues dont le zoulou qu'il maîtrise parfaitement et qu'il apprend le swahili. Dr Aristide travaille actuellement sur un projet de recherche où il développe des méthodes psychologiques qui permettront à un polyglotte d'apprendre une autre langue rapidement. Il est train de codifier le temps nécessaire pour apprendre une langue additionnelle avec les méthodes qu'il a développées comparées aux autres méthodes. Haïti a besoin de professionnels qualifiés en éducation. Doktè Aristide, nap tann ou san pèdi tan! ».

Comme je l’ai dit, la question des deux thèses demeure posée et pas très claire, même pour les dates. Ni l’une ni l’autre n’a été publiée et je n’ai eu accès personnellement qu’à la version électronique de Umoya Wamagama, (2006) qu’a dirigée le Professeur N. Saule et qui a été soutenue à l’UNISA.

Cette thèse à suscité très vite, en Afrique du Sud, une vive controverse dans laquelle N. Saule s’est trouvé engagé et dont s’est fait l’écho l’Afrikaans Sunday Rapport . En effet, trois professeurs sud-africains, tous spécialistes des langues africaines, le Professeur Lionel Posthumus de Université de Johannesburg, le Professeur Louis Louwrens de l’UNISA (en retraite) et le Professeur Arnett Wilkes de l’Université de Pretoria (en retraite) ont soutenu que Umoya Wamagama était, selon leur propre terme, « a mockery of Africain languages » (j’hésite à traduire le mot anglais, hésitant entre « travestissement », « farce », « parodie », etc.), le chapitre sur la « théologie » étant un désastre (« disaster »). Ils ont aussi relevé des erreurs graphiques dans des mots zoulou qui affaiblissent la démonstration, en dépit des corrections qui auraient faites par le directeur de la thèse lui-même.

Sans entrer dans le fond du débat, N. Saule a affirmé, en forme de réponse, que ces « opinions étaient un signe du type de préjudice que les étudiants noirs avaient à subir du fait des enseignants blancs qui s’estiment experts en langues africaines ». Cette controverse n’a pas toutefois entraîné une remise en cause du doctorat décerné.

La suite demain!

mercredi 6 avril 2011

Haiti : J-B Aristide un miracle académique !


Même si on l’a oublié, le parcours religieux de Jean-Bertrand Aristide a été été chaotique, déjà quelque peu à l’image de ce que devait être, dans la suite, sa carrière politique. Sa vie, « par sauts et gambades », comme disait Montaigne, n’a pas rompu avec ces habitudes, le faisant passer de la « bourrique » à la Cadillac !


En 1988, le Vatican l’exclut de la congrégation des Salésiens en raison de ses activités politiques mais, un peu plus tard, ce même Vatican l’autorise, en revanche, à retourner à l’état laïc et à épouser, en 1996, une avocate, Mildred Trouillot, d’origine haïtienne mais de nationalité américaine.

Elu à deux reprises président de la République d’Haïti (de 1991 à 1995 puis de 2001 à 2004), son second mandat s’achève de façon rocambolesque, sans qu’on sache si les soldats américains, qui lui font alors quitter le pays, l’enlèvent (c’est sa version des faits) ou lui évitent les conséquences funestes d’un coup d’Etat !

Réfugié en République Sud-Africaine, J-B Aristide va curieusement reprendre dans ce pays, à plus de cinquante ans, des études universitaires qu’il avait interrompues depuis bien longtemps. Elles l’avaient occupé jusqu’au début des année 80 (il est ordonné prêtre en 1982) et sont alors aussi sérieuses que diverses. Lors de son noviciat, en 1975-1977, à la section de philosophie du Grand Séminaire Notre-Dame, il se consacre à la scholastique, avant de se vouer de 1978 à 1979 à la psychologie dans le cadre d’une licence passée à l’Université d’Etat d’Haïti. Curieusement, il achèvera sa formation universitaire sacerdotale en Israël où il se tourne vers les études théologiques. Il complétera sa formation universitaire dans la suite en 1985, en soutenant un Master of Arts en théologie biblique à l’université de Montréal.

Jean-Bertrand Aristide arrive en RSA en mars 2004 ; on ne sait pas non plus très bien quelles y seront ses conditions d’existence ; on le dit hébergé par l’Etat (on ne trouve trace que d’une bourse de recherche au « College of Human Sciences » de Université d'Afrique du Sud (UNISA) en octobre 2004), tandis que d’autres sources laissent entendre qu’il disposerait d’un trésor de guerre (il reviendra en Haïti en 2011 en jet privé !).

En tout état de cause, à son arrivée, mi-2004, il ne connaît naturellement rien ni au zoulou ni aux langues bantoues. Or, dès 2006, il obtient un doctorat en littérature et philosophie (DLitt et Phil) de l’UNISA, pour avoir soutenu une thèse: Umoya Wamagama (L’esprit des mots), qui vise à mettre en évidence des relations linguistiques, inattendues et insoupçonnées jusqu’alors, entre le zoulou et le créole haïtien.

Les choses sont peu claires car on parle de deux thèses, l’une en 2006 , l’autre en avril 2007. L’une est celle de 2006 qu’on mentionne le plus souvent à son propos ; il s’agit d’un Doctorat en Littérature et Philosophie (DLitt et Phil) de cette même université, Umoya Wamagama , cette étude démontrant une relation linguistique entre le zoulou et le créole haïtien. L’autre, de 2007, serait un doctorat en langues africaines de cette même Université d'Afrique du Sud (UNISA), et il y démontrerait une solide connaissance du zoulou ce qui semble le moins qu'on puisse exiger d'un doctorat en linguistique!

On ne peut que constater que la thèse de linguistique (sur le zoulou) ne figure pas dans les références de la thèse de 2006, détail qui donne à penser qu’elle a été soutenue dans la suite, donc en 2007. En tout état de cause, tout cela est un peu étonnant. En Europe et en Amérique du Nord en effet, on admet que la préparation d’une thèse de doctorat prend au minimum trois ans. JB Aristide lui, sur des sujets dont il ignorait tout (y compris la principale langue en cause) aurait fait DEUX thèses en moins de trois ans, ce qui, compte tenu des procédures d’inscription, de réalisation technique et de soutenance, est proprement miraculeux.

On nage en plein mystère. La suite demain!

mardi 5 avril 2011

Haïti : Michel Martelly Président !

Depuis cette nuit (j'ai entendu la nouvelle à trois heures et demie sur France-Infos) Michel Martelly a remporté l'élection présidentielle en Haïti avec 67,57% des suffrages exprimés, selon les résultats préliminaires du Conseil électoral provisoire (CEP). Ces résultats, quoique attendus puisqu'il avait lui-même annoncé sa victoire avec un score voisin, a donné lieu à des manifestations de joie à Port-au-Prince.

A Pétionville, des centaines de partisans de "Tèt kale", dont le nom de scène est "Sweet Micky", se sont rassemblés, après que le CEP a annoncé vers 18 heures locales les résultats, toujours provisoires sous réserve de contestations, du second tour de l'élection présidentielle.

Mirlande Manigat, a obtenu 31,74% des suffrages exprimés. Les résultats définitifs doivent être annoncés le 16 avril 2011, à l'issue d'une période au cours de laquelle les deux candidats peuvent contester ces résultats. Il semble peu probable que Mirlande Manigat, qui a repris, à l'université Quisqueya, ses enseignements de droit constitutionnel fasse un recours.

lundi 4 avril 2011

Election présidentielle, rumeurs et bruits de rangers en Haïti.

Comme on pouvait le redouter, les multiples et incessants délais apportés à la proclamation des résultats du second tour de l'élection présidentielle sont une cause majeure de perturbations et pourraient être, une fois encore, à l'origine d'incidents infiniment plus graves.

La leçon du premier tour fin novembre début décembre 2010 n'a assurément pas été tirée. On se souvient que l'annonce que le candidat Michel Martelly, le populaire « tèt kale », n'arrivait qu'en troisième position, avait déclenché des violences qui avaient fait plusieurs morts. La solution imaginée (procéder à des recomptages amenant à écarter de la deuxième place Jude Célestin au profit de Michel Martelly), était, d'une certaine façon, un mal potentiel puisqu'elle donnait à penser qu'il suffisait de jeter quelques milliers de manifestants dans les rues pour amener à modifier les résultats proclamés en première instance. On comprend aussi que cela jetait, du même coup, comme en Côte d’Ivoire, un sérieux doute sur la validité des dépouillements et des comptages.

Le deuxième tour de l'élection présidentielle a remis la politique haïtienne dans la même ornière ; les résultats du vote du 20 mars, qui devaient être proclamés fin mars, ont été d’abord différés au 4 avril ; il semble maintenant que les résultats définitifs ne sont attendus que pour le 16 avril 2011. Comment peut-on prendre au sérieux de tels atermoiements, sauf à penser qu’ils permettent d’accommoder les résultats à des volontés occultes dont on ne perçoit pas très bien ni la nature ni l’origine ni les buts?

Michel Martelly et ses partisans, instruits par les événements du premier tour, ont pris les devants et annoncé, depuis plusieurs jours, leur victoire, précisant même qu'elle était obtenue avec plus de 64 % des voix. De cette façon, ou bien ils auront eu raison et les résultats définitifs confirmeront leur victoire ; ou bien ils auront eu tort et naturellement ils seront alors d'autant plus portés à crier à la fraude ou à la tricherie et à déclencher des incidents qui conduiront, sans doute, à nouveau, à des violences.

Il semble bien qu'on le craigne comme le montrent différentes mesures d'ordre public qui vont du retrait des machettes des magasins spécialisés au contrôle des réunions publiques. Le bruit a même récemment couru que des troupes américaines allaient débarquer en Haïti, sans qu'on sache trop à quelle fin exacte elles étaient acheminées. Si l’on se réfère sur ce point à Frantz Duval et au Nouvelliste qui demeurent la meilleurs source d’information, cette rumeur vient d’être confirmée par l'arrivée, dimanche 3 avril 2011 au matin, par un vol de Delta Air Lines, d'un groupe de soldats américains. Officiellement, ils constituent les premiers contingents d'une Task Force nommée « Bon vwazen » qui devrait être déployée dans le pays dans le cadre d'une mission humanitaire. Elle devrait réunir, en tout, 500 soldats et comprendre des militaires d'autres pays que les États-Unis dont en particulier le Canada.

On allègue dans les milieux officiels que ces militaires sont envoyés en particulier pour intervenir, à titre préventif, en cas de cyclone. On ne manque pas toutefois de faire observer sur ce point que la saison cyclonique ne commence guère qu'au mois de juin et que nous ne sommes qu'au tout début du mois d'avril. En revanche a été démentie officiellement la rumeur de la présence d'un bateau de l'US Navy au large de Port-au-Prince.

Il n’empêche que, dans le contexte actuel, ces « bruits de rangers » ne contribuent pas à calmer les esprits et donnent à penser qu’on redoute que les résultats du second tour de l’élection présidentielle ne soient pas publiés dans le calme, mais, une fois de plus, dans « dans le bruit et la fureur ».

DERNIERE MINUTE (d'après le Nouvelliste en version internet)

"Le gouvernement haïtien a lancé un appel au calme lundi [aujourdhui] avant l'annonce des résultats préliminaires du second tour de l'élection présidentielle, redoutant des violences comme celles qui avaient suivi les résultats du premier tour en décembre dernier.

Le secrétaire d'Etat à la Sécurité publique, Aramick Louis, a demandé aux candidats d'inviter leurs partisans "à ne pas manifester violemment dans les rues" quel que soit le résultat.

[...]

Interrogé par l'AFP, le Conseil électoral haïtien n'a pas voulu préciser l'heure à laquelle les résultats seraient annoncés. "Les résultats seront proclamés au cours de la journée" s'est borné à déclarer un fonctionnaire du Conseil électoral provisoire (CEP).

Le CEP avait annoncé la semaine dernière que la consultation avait été entachée de fraudes et que plusieurs centaines de procès-verbaux envoyés par différents centres de vote avaient été annulés."

dimanche 3 avril 2011

Encore la Côte d’Ivoire.

Je suis trop souvent porté à faire la critique de la presse française pour ne pas lui rendre justice, voire hommage, lorsqu'elle produit une information de qualité. C'est le cas de l'article de ce matin, dimanche 3 avril 2011, dans la livraison de « Marianne2 » où l’on peut lire un article d'Alain Léauthier sur la situation en Côte d'Ivoire, intitulé « Quatre leçons et quelques illusions sur la chute de Gbagbo ». Objectif, pertinent et surtout bien informé, ce texte dispense de répéter ce qu'il dit lui-même excellemment; je n'insisterai donc ici que sur des points annexes que me suggèrent une certaine connaissance du terrain et la consultation des médias électroniques africains qui sont de bien meilleures sources que nos propres médias.

La presse française s'est en effet extasiée sur la percée rapide, apparemment sans problème et quasi triomphale que les forces « républicaines » de Ouattara (désormais par abbréviation ADO, comme on l'appelle familièrement là-bas ) ont fait, en une petite semaine, en direction d'Abidjan. Même un très fin connaisseur de l'Afrique comme Antoine Glaser a souligné avec admiration la rapidité de l'avance de ces troupes, bien équipées et organisées, en direction du sud. Cette analyse faisait irrésistiblement penser aux dithyrambes sur les premiers succès des « révolutionnaires libyens » en Cyrénaïque. C'était, en Côte d’Ivoire, oublier un peu trop que cette marche à travers le Nord du pays se faisait dans la région où dominait ADO et où il avait obtenu, lors du second tour de l'élection présidentielle, des scores si étonnants que Gbagbo avait pu y trouver les motifs à faire annuler une bonne partie des votes obtenus par ADO.

Il n’était donc pas étonnant que la marche de ses troupes ait été facile et rapide dans une zone qui lui était acquise et où se trouvent, en outre, la plupart des musulmans qui constituent un gros tiers de la population du pays. Les problèmes ont commencé surtout lorsque ces troupes sont sorties de cette zone. Du côté de Yamoussoukro, la capitale fantôme de l'État, choisie en 1983 par Houphouët-Boigny pour cette fonction dans la mesure où elle l'avait vu naître ((fantasme courant chez les potentats africains), les choses ne sont pas trop mal passées. En revanche il a été tout autrement du côté de Duékoué, carrefour stratégique de l'Ouest ivoirien ; les combats y ont été très durs et surtout y ont eu lieu des « violences intercommunautaires » qui auraient fait de 300 à 1000 victimes. Des accusations sont portées contre les deux camps mais elles sont majoritairement adressées aux troupes d’ADO et paraissent mieux fondées. L'O.N.G catholique Caritas parle d'un millier de tués ou disparus sans désigner clairement de responsables tandis que l'ONU, dont les chiffres de victimes sont inférieurs, met en cause clairement les troupes d’ADO. Ce dernier se défend toutefois en affirmant s’en être pris à des « miliciens » et non à des civils, la distinction n'étant pas toujours aisée à établir en pareil cas.

Même si des spécialistes comme A. Glaser contestent formellement qu’il y ait là, en quoi que ce soit, des élements d’affrontements à caractère ethnico-religieux, on ne peut écarter totalement et définitivment de telles hypothèses.

Toujours est-il que la marche des forces « républicaines » d’ADO qui avait été sans problème et quasi triomphale dans le Nord et dont on avait pensé qu'elles ne feraient qu'une bouchée des troupes favorables à Gbagbo qui occupaient Abidjan a brusquement ralenti et a même cessé lors de l'entrée dans la métropole ivoirienne qui regroupe un tiers de la population nationale. Des combats très rudes ont alors eu lieu et un lieu stratégique comme la télévision nationale, qui avait d'abord été prise par les troupes d’ADO, a été, semble-t-il, reprise par les partisans de Gbagbo, à moins que les émissions soient assurées par des installations mobiles, selon une hypothèse qui a été avancée.

Pour Gbagbo, le principal problème et la raison majeure du commencement de sa fin tient à ce que, depuis les derniers mois, le paiement des fonctionnaires (la masse salariale se situe aux alentours de 60 à 70 milliards de francs CFA) a été ralenti ou retardé. Si, fin 2010, tout le monde avait encore été payé régulièrement, dès janvier 2011, il y a eu des retards voire des suspensions dans le paiement des salaires des enseignants et des pensions des retraités. En dépit des promesses qui ont été faites, les fonctionnaires s'impatientent et bon nombre d'entre eux commencent à souhaiter la victoire d’ADO dont ils espèrent fermement qu'elle rétablira, sinon la démocratie, du moins le paiement de leurs salaires ou de leurs retraites.

Cet aspect est sans doute essentiel dans l'évolution actuelle des choses. Il est en tout cas plus important que la prise ou la perte de tel ou tel bâtiment public, qui peut changer de mains en quelques heures sans que la chose ait une grande importance. C’est probablement, en amont, la raison majeure du déclenchement de l’offensive des troupes d’ADO qui compte désormais plus sur le lâchage de Gbagbo par des partisans et des troupes qui ne sont plus payés, que sur une réelle victoire militaire sur le terrain.

samedi 2 avril 2011

La politique à la Réunion : myopes ou presbytes?

La Réunion a basculé à gauche dit la presse française (je devrais dire métropolitaine ou « zoreille » !) à la suite de l’élection à la présidence du conseil général de Nassimah Dindar qui, il faut le préciser, était DEJA présidente du précédent conseil général, ce qui limite assurément la portée du prétendu « basculement » !

Quelques mots sur la présidente qui éclairent sa personnalité et sa carrière mais aussi le climat politique réunionnais.

Carrière-éclair ! Nassimah Dindar née Mangrolia (femme et musulmane comme son nom l’indique) entre en politique comme conseillère régionale en 1998 sur la liste de Margie Sudre. Elle devient ensuite secrétaire départementale adjointe du RPR - puis troisième adjointe à la mairie de Saint-Denis sur une liste d'union. En 2004, elle devient la première femme présidente d’un conseil général.
Proche de N. Sarkozy, elle est pressentie, en 2005, comme secrétaire d'État à l'intégration lors de la constitution du gouvernement de Villepin. En juillet 2007, N. Dindar est nommée conseillère politique chargée de la diversité auprès de N. Sarkozy.
En 2008, aux cantonales, elle est réinvestie par l'UMP comme candidate à Saint-Denis, mais elle est exclue de la liste UMP par René-Paul Victoria pour les municipales !
En mars 2008, le leader de l’UMP, Victoria, est le seul candidat à la présidence mais le quorum n'est pas atteint le jour de l'élection. Finalement, N. Dindar est réélue présidente du conseil général par une majorité singulière regroupant une droite dite « sociale » (une petite partie de l’UPM dont N. Dindar, tandis que le reste fait sécession et se constitue en un nouveau parti « Objectif Réunion » et le MoDem), « Alliance » (formée par le Parti communiste réunionnais et Free-DOM) et le parti socialiste. Le bon peuple réunionnais baptisera cette majorité « zanbrokal » , du nom créole d’un plat local à base de riz ou parfois de maïs mais où entrent toutes sortes d’ingrédients divers.

On voit déjà le tableau ! Reportons-nous, pour rire un peu, au commentaire du journal du PCR, Témoignages (dans sa version singulièrement baptisée « on-ze-wéb » !) à propos de l’élection de 2011, au cours de laquelle la même majorité « zanbrokal » a renouvelé N. Dindar dans sa fonction de présidente de ce singulier conseil général réputé « de gauche » :

« Le résultat de cette confrontation est le renforcement de la majorité sortante du Conseil général, et malgré les succès ou les échecs rencontrés ici et là, ces résultats se traduisent par l’égalité mathématique des trois groupes de la majorité du Conseil général : le PCR/Alliance ; le PSD ; la troisième composante, regroupant jusqu’à maintenant le MoDem et la Droite Sociale, qui a marqué clairement sa solidarité pour continuer la politique engagée par le Conseil général et qui, pour l’avenir, se fixe comme objectif de lutter contre la politique du gouvernement et, ainsi, gagner, avec ses alliées, les élections présidentielles de 2012 » (Témoignages).

En gros et pour faire court. On prend la même équipe, toujours aussi hétéroclite (Un bout d’UMP + PCR + Free DOM + MoDem + PS) et on recommence. Le folkore électoral est cependant toujours présent et un proverbe local disait, au bon vieux temps des fraudes électorales « Koul ti poul, sort ti kanar » (= tu mets dans l’urne un poulet, il en sort un canard ! ». « Objectif Réunion », l’opposition (UMP) à la coalition « zanbrokal » comprenant 16 membres, son candidat, Hamicaro (« Nouveau centre »), comptait sur 16 voix, mais n’en a eu que 15, ce qui a conduit à s’interroger sur le seizième bulletin qui était un blanc. Le monde politique réunionnais s’interroge donc sur l’identité du conseiller général qui l’a « coulé », Hamilcaro, contre tout bon sens, ayant prétendu qu’il était lui-même l’auteur de cet étrange suffrage.

Le plus pittoresque se trouve toutefois dans les explications, un peu embarrassées on le devine, que le PCR donne de ce scrutin grâce à la plume, qu’il juge adroite, de G. Géraud-Legros. Je vous laisse juges :

« Deux éléments majeurs peuvent expliquer la longévité de la majorité du Conseil général [toute relative : trois ans !] : d’une part, la radicalisation de la politique inspirée par Nicolas Sarkozy, de l’autre, les caractéristiques objectives des formations qui composent la majorité plurielle, qui, malgré d’évidentes différences [Certes ! Mais l’accès à l’assiette au beurre départementale ( le budget du conseil général réunionnais est l’un des premiers de France) permet de passer aisément sur les divergences idéologiques !], rendent possibles une coopération et l’exercice du pouvoir ».

La réunion de ces élus, issus du PCR, du PS et de formations identifiées à droite, répondait à une tentative de prise de pouvoir organisée en coulisse par Didier Robert [devenu président du conseil régional en lieu et place de Paul Vergès, patron du PCR, à cause de la rebellion du PS local] et menée, au grand jour, par Jean-Louis Lagourgue [qu’il ne faut pas confondre avec son cousin Michel Lagourgue, du MoDem ; ce dernier est dans le camp Vergès, pour des raisons aussi anciennes qu’insolites et qui remontent aux patriarches des deux familles, tous deux « fils de la Veuve »].

L’analyse marxiste n’est pas tout à fait morte, en tout cas pas à la Réunion comme le montre la suite :

« Historiquement, le PCR, plus vaste formation politique réunionnaise, est au confluent de forces sociales issues du monde ouvrier et de la paysannerie.». Le PCR est donc, dans le « zanbrokal » en, cause, le riz qui est le fond de l’affaire !

Lentilles, « pois » et haricots (qui en la circonstance ne sont pas rouges, couleur éminemment révolutionnaire) sont les ingrédients entrant dans le zambrokal. En la circonstance, ce sont « les composantes revendiquées de la droite « sociale » ou « centristes » susceptibles de s’allier aux forces de gauche [ces forces doivent, dans ce zanbrokal, constituer le « safran » - qui, à la Réunion, est, en fait, le curcuma ou « safran de terre » - jaune comme le vrai safran. On sait que cette couleur est traditionnellement celle des traîtres (dans les grèves)... et des cocus (dans la vie courante) !] [ces forces de droite] se composent, quant à elles des porte-paroles de la classe [sic] des entrepreneurs et commerçants réunionnais, dont les intérêts matériels et moraux sont profondément ancrés dans l’Histoire [notez la majuscule flatteuse] et le marché réunionnais ».

C’est donc une logique profonde [Ben voyons !] qui commande tant le rassemblement que la confrontation. Inscrite dans le courant de l’histoire [qui a perdu son H] économique, politique et sociale de notre pays, elle dépasse les questions individuelles auxquelles on assigne souvent les évolutions du jeu politique réunionnais »[Qui oserait penser une chose pareille !].

Jdanov et Thorez ne sont décidément pas morts... du moins à la Réunion et à Témoignages !

Le PCR a toutefois fait deux jolis coups.

Le premier a consisté à berner l’UNESCO en faisant inscrire au patrimoine de l’humanité la Réunion au titre du « PCR ». Ce sigle veut dire « Pitons.Cirques.Remparts » ce qui est évidemment non seulement absurde mais inintelligible, puisque ces trois mots, dont la signification est spécifiquement réunionnaise, ont un tout autre sens dans le français standard en usage à l’UNESCO et ailleurs. Je vois d’ici les pauvres touristes cherchant à photographier les « remparts » médiévaux réunionnais ! On s’est évidemment gardé de dire aux experts de l’UNESCO, peu au fait des réalités locales, que PCR veut dire d’abord et surtout pour ne pas dire exclusivement « Parti Communiste Réunionnais » !

Second joli coup du PCR qui aime tant à fricoter avec la « droite » désormais sociale ! L’éviction d’Huguette Bello. Dans la tribu Vergès, les filles ne comptent que pour du beurre et le pauvre Pierre Vergès (« Petit Pierre ») ne tient guère la route devant Huguette Bello.
Les désaccords entre Huguette Bello et Paul Vergès, longtemps cachés, sont présents depuis très longtemps, mais ils ont été accrus encore par le déclin physique de Paul Vergès. Avérés dès le moment où Popaul voulait soutenir la candidature Sarkozy à la présidentielle de 2007, ils ont éclaté au grand jour à l'occasion des régionales, mais aussi et surtout depuis la décision du toujours patron du PCR d'imposer la présence de Joseph Sinimalé au sein de la majorité départementale.

Un signe clair ? Si vous voulez être au courant de l’actualité politique réunionnaise au sein du PCR, allez donc lire le blog d’Huguette Bello dans Témoignages. La dernière livraison date de septembre... 2009 ! A la trappe Huguette !

Le conseil général de la Réunion ne serait-il pas un modèle, voire un exemple, pour la France en 2012 ?

vendredi 1 avril 2011

Blogspot. Le détective et la « journaliste »

Dans mon enfance, en passant devant les kiosques à journaux, je jetais toujours un oeil curieux à la une d'un magazine qui ne manquait jamais d'attirer les regards. Cet hedomadaire, que je crois n’avoir jamais lu mais dont le contenu était clairement affiché par la couverture, avait pour titre Détective. Il offrait toujours en couverture quelque drame horrible, de préférence sanglant, avec parfois une légère touche sexuelle, le tout accompagné d'un titre qui devait attirer les regards et susciter la convoitise du client. C'était donc du genre « Il coupe sa femme en morceaux et la donne à manger à leur chien », « Il a violé toutes les grands-mères du quartier » ou toute autre accroche de la même farine.
A l’époque, les illustrations du thème, toujours pertinentes, hyper-réalistes et, par là-même, expressives, étaient faites à la main par un artiste spécialisé.

Il me semble que, dans la suite, Détective a cessé de paraître et lui a succédé un rival du même tonneau dont le titre était, si je me souviens bien, « Qui Police ? », ce qui est à la fois clair et sibyllin ! Tous ces hebdomadaires ont tour à tour disparu. Leur a succédé, car le genre semble indestructible, une autre publication dont le titre est Le nouveau détective, dont le contenu et la forme ne sont en revanche pas très nouveaux. Je vous donne le titre du dernier numéro, sans pouvoir hélas, par crainte d’un procès de plus, vous reproduire les images de la couverture : « Nancy : derrière la porte, on assassine ses deux enfants, une maman crucifiée ». Le tout est illustré par la photo (on est passé du dessin à la photo !) d’une brune capiteuse (car l’horreur n’interdit pas le glamour) qui hurle en découvrant une superbe denture dont la taille et l'éclat témoignent de l'immensité de son désespoir.

Je laisse aux sociologues spécialistes du journalisme et de la presse en général, (si, si, ça existe !) le soin de se pencher sur les destins, funestes et successifs, de ces magazines. Je pense, en ce qui me concerne, qu'ils ont subi, de plein fouet, la concurrence de nos médias audiovisuels majeurs qui leur offrent, à la maison et souvent à table, la matière richement illustrée de tels faits divers qui faisaient la fortune de ces publications spécialisées. Je ne parle pas ici des multiples « enquêtes » qui se régalent de faits divers, si possible croustillants ou graveleux, mais des journaux télévisés.

Vous pensez que, comme toujours, j'exagère ? Et bien prenons l'exemple du jour en examinant, rapidement je vous l’assure, le journal télévisé de France2, la chaîne nationale, en ce jeudi 31 mars 2011.

Je reconnais que la tâche de la rédaction n'était pas simple. Allait-on ouvrir le journal de 13 heures sur la crise politique française à propos du débat sur la laïcité ? Sur la catastrophe nucléaire du Japon qui, quoique déjà un peu éloignée, s'est néanmoins remise au premier plan puisque notre Président de la République est aujourd'hui même au Japon ? Sur la Libye et les mouvements internationaux qui se succèdent dans la recherche de solutions militaires et/ou politiques ? Sur la Côte d'Ivoire où la situation est grave puisque désormais les troupes de Laurent Gbagbo et celle de Ouattara s'affrontent militairement et probablement vont finir par le faire, ce qui est pire encore, à Abidjan même ? Sur la Syrie puisque Bachar el-Assad, mettant un terme à toutes ses prétendues promesses sur la réforme du régime, a décidé de ne rien faire et de maintenir dans son intégralité l’extravagant régime policier local ? Bref, j’admets qu’il n'était pas facile d'ouvrir le journal télévisé de 13 heures, alors que tant de sujets graves se bousculaient au portillon.

Madame Lucet a fini par choisir et il faut reconnaître que ce choix, pour inattendu qu'il est, mérite qu'on s'y arrête.

Le sujet d'ouverture (le choix le plus délicat) a été la plainte déposée par une mère de famille contre un buraliste qui avait vendu un paquet de cigarettes à sa fille âgée de moins de 16 ans. Elle a déposé officiellement plainte et espère obtenir, je crois, 30.000 euros de dommages-intérêts. Diable, cela met à un prix très élevé le profit de la vente illégale d'un paquet de cigarettes à une fille que son papa avait peut-être chargée de cet achat.

Après un sujet d'une telle importance, il était difficile d'aborder un deuxième sujet. Fort heureusement, une autre mère de famille (elles sont décidément à l'honneur) porte plainte, elle, contre l’établissement scolaire que fréquente son fils. En effet, dans des circonstances encore mal élucidées (mais la police scientifique est sur le coup et la « scène de crime » a été bouclée), il y avait dans la trousse de son fils, enveloppée dans du papier d'aluminium, une barrette de shit (mon imbécile de logiciel Dragon a écrit « chiite » au risque de me faire taxer de racisme !) que le gamin a dévoré en croyant, à l’en croire, que c'était du chocolat. La mère de famille a illico porté plainte contre l'établissement, scandalisée qu'elle est qu’une fouille systématique et totale de tous les cartables et de toutes les trousses de tous les élèves ne soit pas organisée chaque jour, matin et soir, dans cet établissement (sans oublier les poches bien entendu).

On comprendra qu’après ces deux sujets majeurs, il ait été difficile de retenir un troisième sujet. Fort heureusement, on a retrouvé d'abord et identifié ensuite la joggeuse qui avait disparu, il y a trois semaines, dans notre Sud-Ouest. On manque encore un peu de détails sur sa tenue, ses blessures et surtout les sévices qui lui ont été infligés, mais cette ignorance ne durera assurément pas !

Je crains fort que devant une concurrence aussi redoutable, « le nouveau détective » ne soit à son tour, comme ses prédécesseurs, contraints de fermer boutique ; il faut reconnaître qu'il est difficile de rivaliser sur ce terrain avec Mme Elise Lucet. Ces sujets majeurs une fois traités dans leur détail, on a pu dire, en passant, quelques mots de la politique nationale et internationale, qui sont, vous en conviendrez, des sujets mineurs par rapport aux trois dossiers qui ont permis d'ouvrir « votre » journal, comme se plaît à dire Mme Lucet.

En tout cas, je conteste tout à fait l’usage de ce possessif de deuxième personne qu’elle croit habile mais qui me met directement en cause. Je ne voudrais en aucun cas qu’un pareil ramassis de propos lamentables soit, en quoi que ce soit, « mon » journal. C'est, de toute évidence, le « sien » et je lui interdis donc le droit de m’associer à pareille entreprise et d'affirmer que ce prétendu journal pourrait être le « mien » !