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dimanche 22 juillet 2012

Nos députés sont des marrants!

Il ne vous a pas échappé qu'un amendement présenté par un député, masochiste et/ou honnête, a fait l'objet d'un vote de nuit (la nuit tous les députés sont gris). Il portait  sur "l'indemnité de frais de mandat" de nos représentants (6214 euros par mois) et demandait non sa suppression, mais l'obligation pour les bénéficiaires de justifier l'utilisation de cette somme. Tout indique en effet qu'ils en font un usage qui ne concerne que de loin à leur mandat, l'un évoquant la construction d'une terrasse ou d'une piscine tandis que d'autres parlent des vacances de leurs enfants.

Le résultat a été un échec cuisant de cette proposition, mais les chiffres surtout sont intéressants et riches de sens, puisque sur les 477 députés que compte l'Assemblée Nationale (je me trompe peut-être mais je n'ai ni le temps ni le goût de vérifier), il n'y en avait que 120 en séance et que, sur les 120, seule une petite vingtaine a voté en faveur de la justification de l'utilisation de la somme de 6214 €.

Je vous accorde volontiers que nos députés ne vivent pas sur un très grand pied puisqu'au fond ils ne sont payés que comme un fonctionnaire de classe exceptionnelle au dernier échelon et perçoivent de ce fait mensuellement 5189,27 euros ; s'ajoutent à cette somme (sans parler des indemnités plafonnées, il est vrai à 50% de cette dernière somme, que leur accordent les fonctions de maire, conseiller général etc.) les fameux 6412 euros auxquels s'ajoutent également, en outre, 9138 euros par mois pour le paiement d'un collaborateur éventuel.

Je laisse tomber les broutilles du type "facilité de circulation" (gratuité du métro et du chemin de fer en première classe,  pour les provinciaux 80 voyages en avion entre Paris et leur ville, sans compter une douzaine de voyages gratuits hors de France dont ils n'ont pas à justifier davantage la nécessité).

Je vous accorde que ce n'est pas le Pérou à côté de Zlatan et de quelques PDG de sociétés nationales ou privées ; ce n'est tout de même pas si mal et, après tous, s'ils jugent la chose très insuffisante, personne ne les oblige à se présenter aux élections!

Le drôle de l'histoire est que j'ai tant entendu, l'autre jour, l'un de nos députés (je ne citerai pas son nom de peur d'un procès en diffamation, même si les faits sont parfaitement exacts et qu'il est aisé de vérifier ses propos) nous dire qu'il ne pouvait pas s'offrir un collaborateur car la somme allouée à cette fin était très insuffisante. Ce propos est sans intérêt, je vous l'accorde, mais il montre quand même que ces gens-là vivent dans un monde qui n'est pas tout à fait le nôtre.

Avec 9138 euros, on doit tout de même pouvoir s'offrir les services d'un collaborateur, fût-ce à temps partiel (car un député n'a pas à l'utiliser comme une secrétaire ou un garde du corps) ; si l'on coupe la poire en deux vu les charges sociales, ça fait tout de même 4000 à 4500 € par mois.

Il y a un certain nombre de Français, Monsieur le député, qui VIVENTen gagnant moins de 4000 à 4500 euros par mois! Renseignez-vous, Monsieur le député, vous verrez que je ne vous raconte pas d'histoire.

Bien le bonjour chez vous Monsieur le député.

dimanche 15 juillet 2012

Un boulot sympa en France : ancien Président de la République.

Un boulot sympa en France : ancien Président de la République. Ne parlons même pas ici  de la maigre rétribution (12.000 euros) attachée à la qualité de membre du Conseil Constitutionnel       (acquise de droit) ; les avantages en nature (non imposables) sont bien plus intéressants. En effet, l'Etat français fournit à chacun de ses anciens Présidents de la République jusqu'à leur mort :
1. Un bureau-appartement (les charges et le téléphone sont au frais du contribuable ; quant au terme de "bureau-appartement", ne nous y trompons pas, les bénéficiaires actuels ont un '"bureau-appartement" de 250 à 300 mètres carrés dans un beau quartier parisien!) (les pauvres ; en être réduits à la modeste condition de travailleur à domicile, ce que la pléthore de personnel qu'on va voir dans la suite rend peu crédible!)
2. Deux employés de maison (l'un d'entre eux en a même sollicité et obtenu un troisième!)
3. Deux gardiens de la paix devant leur domicile (en permanence, donc 3 x 2 = 6!)
4. Une voiture avec deux chauffeurs (en fait 3 pour les mêmes raisons)
5. Deux gardes du corps
6. Un directeur de cabinet
7. Deux secrétaires particuliers
8. Un employé des archives nationales (!!?!)
9. Trois secrétaires.

L'Etat français magnanime offre aussi :
10. Le gardiennage, par des gendarmes, des propriétés des anciens Présidents (Authon, Bity, etc.)
11. Un service de sécurité : deux gendarmes en tenue de combat, deux gardiens de la paix, deux gendarmes sur les toits de la résidence
12. Une place de parking pour la voiture de fonction (Il n'y a pas de petits profits!).

Je vous laisse le soin de calculer le coût annuel de tout cela ...et nous n'avons, par chance, que trois bénéficiaires. Je dirais, à la louche, 5 millions d'euros au moins ! Il serait intéressant de comparer avec le sort fait aux anciens présidents américains.
Au fait, tout cela est récent (une "lettre" de L. Fabius, alors Premier Ministre, en 1985!). Pensait-il à son cher Tonton, qu'on voyait mal alors repiquer au truc en 1988, ou plutôt à lui-même au cas où ...?

samedi 14 juillet 2012

Les Universités françaises les meilleures du monde ?

Dans le climat général d'amnésie, se souvient-on encore de la conférence de presse de Nicolas Sarkozy qui, si ses promesses s'étaient réalisées, aurait bien mérité son titre de Président-Magicien ? Le Président y déclarait sans rire qu'avec les 11 milliards du "grand emprunt", la France aurait les meilleures universités du monde. J'en avais fait un blog et l'un de mes fidèles lecteurs m'avait envoyé le commentaire suivant que je ne prendrai même pas la peine d'actualiser tant les chiffres sont significatifs.
"Pour bien m'assurer qu'il divaguait quelque peu [nous avons frôlé là le procès en diffamation], je suis allé voir, sur leurs sites Internet, ce qu'il en était des universités de Californie, Stanford en particulier, et de celle d'Harvard :.
Stanford : 18.000 étudiants (je pense que Sarko entend par « taille critique » des universités de plus de 50 000 étudiants) ;  budget consolidé :3,7 milliards de dollars pour 2009-2010 (dont 53% pour les salaires; mais il en reste pas mal pour tout le reste); en 2007-2008, Stanford a "levé", comme disent les spécialistes, 785 millions de dollars apportés par 72.217  donateurs.
Université de Californie à San Diego : 27.500 étudiants ;  budget : 2,4 milliards de dollars  dont, en 2007, 714 millions affectés à la recherche.
Harvard : 25.000 étudiants, 2497 professeurs ; dotation : 34,7 milliards de dollars en 2007 qui génèrent 560 millions d'intérêts par an. Il est vrai que les  frais d’inscription se situent entre 22.000 et 50.000 dollars.
[...]
Pour chacun des dix campus d'élite prévus en France [car les 75 universités françaises ne seront pas concernées !], si elles se partagent équitablement les 11 milliards et les capitalisent, sans en faire quoi que ce soit d’autre, les intérêts générés ne dépasseront pas 40 millions d'euros. »
Quand on songe au battage qu'on a fait à propos de cette loi, dite Pécresse, sur l'autonomie des universités qui serait le grand succès du mandat de Nicolas Sarkozy, on ne peut s'empêcher de se demander quel jugement il faut porter sur le reste !

On le constate d'ailleurs dès maintenant quand on voit la situation financière de la plupart des universités françaises, y compris celles qui sont censées avoir été les lauréates et les bénéficiaires majeures de cette loi.

Comme le soulignait mon commentateur, on met toujours en avant les 11 milliards d'euros d'entendre, sans préciser que ce dont disposent les universités pour mettre en place cette fabuleuse réforme, n'est constitué que par les intérêts, soit, comme le souligne le texte cité, une quarantaine de millions d'euros. Ajoutons que lorsqu'on voit par qui et comment ont été faits les choix des universités qui doivent en être les bénéficiaires, on ne peut que s'interroger, même si cette démarche n'est pas vraiment nécessaire quand on examine de plus près les conditions de cette répartition (on peut bien sûr faire une lecture POLITIQUE de toute cette affaire!).

Il est certain que ces erreurs reposent, pour une bonne part, sur l'ignorance à la fois du fonctionnement réel du système français mais surtout de l'université des États-Unis qui a manifestement servi de modèle. Il y a trois ans une université d'État de l'Illinois, Champaign, a ainsi levé 1 milliard de dollars auprès de ses "alumni" c'est-à-dire de ses anciens étudiants (en latin "nourissons"). Cette circonstance est un détail capital, car, aux États-Unis, il existe un très grand attachement à l'université d'où l'on est originaire, sentiment qui n'existe absolument pas en France. On le trouve éventuellement pour certaines grandes écoles, mais jamais pour l'université. En revanche, toute grande université américaine organise chaque année une journée de fêtes, sportives en particulier, où se réunit une bonne partie des anciens étudiants de l'établissement. Elle se marque par des festivités et, faut-il le dire aussi, souvent, par des collectes de fonds.

Rien de tel en France et le système des fondations sottement mis en place est totalement inadapté ; à ma connaissance, aucune des fondations universitaires françaises ne s'est vue véritablement alimentée par ses anciens étudiants ; la seule exception serait la Fondation HEC ce qui confirme ma remarque car HEC n'est pas une université mais une grande école.

Cette loi sur la prétendue autonomie des universités est donc une erreur et surtout une vaste blague ; elle a permis à la fois de gonfler, mais en apparence seulement, les budgets des universités en y adjoignant les crédits permettant de payer le personnel (bien entendu pré-affectés et incompressibles), mais surtout de satisfaire les voeux absurdes des présidents d'université ce qui a permis de se les gagner et ainsi de faire passer le texte.

Mieux encore l'ignorance crasse de ceux qui l'ont rédigé est telle qu'ils n'ont apparemment pas songé que, dans les frais de personnel qui étaient désormais gérés par l'université, il aurait fallu inclure des augmentations quasi automatiques qui tiennent aux changements d'échelon et aux promotions des enseignants. De ce fait non seulement ces crédits sont incompressibles, mais ils ne permettent pas, en général, de faire face aux dépenses qui, statutairement, augmentent inévitablement chaque année pour les raisons que je viens d'évoquer.

Autre bévue ou ignorance majeures des auteurs de cette loi : l'obsession qu'ils ont eue de la prise en compte du fameux classement de Shanghai qui non seulement est très discutable mais qui a été très mal compris. On a fait preuve d'une véritable obsession quant au nombre d'étudiants, alors que les meilleurs établissements du monde ont rarement plus de 25.000 étudiants (cf. supra)! Pour prendre un exemple précis et actuel qui est celui des universités d'Aix-Marseille. On a réuni les trois universités en une seule dont le nombre d'étudiants va probablement dépasser les 50 ou 60 000 à la rentrée 2012, sans que cela ait le moindre sens, puisque se trouve maintenue, en même temps, l'existence, à Marseille, de trois facultés de sciences (Saint-Charles, Saint Jérôme et Luminy). Il y là une absurdité politico-historique qui est d'abord et surtout un gouffre financier. Par ailleurs comme toujours, on s'est borné à ajouter une assiette sur la pile, en augmentant inévitablement par là les frais de fonctionnement qui se trouvent par ailleurs alourdis et rendus plus coûteux par des circulations internes supplémentaires, chacun entendant bien garder son pré carré.

Tout cela est absurde ; le pire est toutefois peut-être, dans cette loi, la satisfaction aberrante des revendications égoïstes de la conférence des présidents d'université ; tous voulaient, d'abord et surtout, le droit d'exercer un second mandat, ce qui ne fera inévitablement augmenter encore le clientélisme, d'autant qu'on leur a donné aussi, du même coup, la maîtrise quasi totale des recrutements!

Cette loi est l'une des choses les plus absurdes qu'on pouvait imaginer et l'on va sans doute devoir réformer, une fois de plus. Mais comme disait ma bonne grand-mère : " Faire et défaire, c'est toujours travailler !".

mercredi 11 juillet 2012

Sociologie des prénoms : la science en marche.

Même si les grenouilles et les services de Météo France ne sont pas d'accord, il est clair pourtant que nous sommes en été!

La preuve : depuis le 1er juillet, toutes les grosses nuques et tous les gros bras de la télévision, de Leymergie à Denisot en passant par Ardisson ont pris leurs quartiers d'été à Saint Trop ou à Biarritz et on a ressorti les doublures et les troisièmes couteaux des placards.

Quand je pense qu'on daube sur les vacances des enseignants sans dire un mot de celles de l'odieux-visuel.

La différence, majeure et coûteuse, est que quand les enseignants sont en vacances, on ferme les écoles, tandis qu' à la télé, on continue, selon les errements antérieurs, quitte à nous gaver de best-offs et de redifs.

Rien d'étonnant donc à ce que France Télévision compte par milliers son personnel, quand on voit que le moindre journal télévisé, fût-il celui de la minable Trois, exige des centaines de "journalistes-sic" et qu'on a pour présenter le moindre JT merdique, quatre ou cinq présentateurs au moins pour faire face aux week-ends, aux soirées, aux congés (plus longs que ceux des scolaires) et aux inévitables pannes des uns ou des autres.

Et je ne parle évidemment pas ici des inévitables et innombrables "spécialistes", de multiples domaines (ils vont de la médecine chinoise à la micro-informatique) qui, pour la plupart d'entre eux, ne font guère que des apparitions trisannuelles de deux minutes. Inutile de vous dire qu'à France Télévision les couloirs et la cafétéria sont extrêmement fréquentés!

Le signe le plus clair de l'été est, en la matière, incontestablement, l'étiage de l'information. On n'a plus grand-chose à se mettre sous la dent et, une fois passé le buzz créé par les propos d'un Mohamed Merah, que reste-t-il à se mettre sous la sous la dent?

Ainsi entend-on aujourd'hui, sur les radios en particulier mais les télévisions ramèneront sûrement leur fraise dans la foulée, des propos sur une nouvelle qui, pour ne pas être importante, est néanmoins de circonstance : la corrélation récemment découverte entre les succès au bac et les prénoms des candidats. Fort heureusement, nous avons au CNRS un spécialiste de ce que j'ai entendu désigner comme "la sociologie des   prénoms".

Pas besoin ici de vous faire un dessin ; je résume : des études approfondies ont démontré en effet que vous avez plus de chances d'avoir une mention au bac si vous vous prénommez Hildegarde, Ombeline, Jean Stéphane ou Pierre-André que Kevin ou Samantha. Dixit l'éminent chercheur du CNRS spécialiste de la sociologie des prénoms ! Je vous entends déjà vous esclaffer et dire qu'il aurait été mieux inspiré d'établir une corrélation entre les dits prénoms et la feuille d'impôts ou le niveau socio-culturel des parents qui ont choisi les prénoms pour leurs enfants, la corrélation étant alors sans doute plus évidente et plus aisément  interprétable encore.

J'espère toutefois que ce chercheur distingué ne travaille pas en solitaire mais au sein d'une équipe nombreuse, bien dotée en crédits et qui regroupe au moins une bonne demi-douzaine de chercheurs, sans parler des techniciens et des "ingénieurs-sic", car, au CNRS, on n'est vraiment considéré que si l'on fait nombre!

Comme disait l'autre : « Et dire qu'on les paye pour faire ça ! ».

lundi 9 juillet 2012

Merah à la une

La diffusion d'une partie des enregistrements de Mohamed Merah, dimanche soir sur TF1, a relégué au second plan la grande réunion sociale que le Président de la République et le gouvernement ont commencé à tenir ce matin même.

Pas de quoi fouetter un chat sur le principe, mais cette émission a mis en évidence et présenté des bizarreries que, curieusement, les médias ne sont ne sont guère employés à souligner et moins encore à chercher à expliquer.

J'ai entrevu hier l'émission de reportages d'abord, puis très vaguement dans la suite un extrait des entretiens de l'assassin de Toulouse avec la police. Sur le fond de ses propos, pas grand-chose à dire. Coincé dans son cagadou, il roulait des mécaniques, en clair appétit de martyre, faute d'une autre perspective. En revanche, j'ai été très étonné du ton d'une partie de cet enregistrement où il causait, sur le ton le plus amical avec un policier qu'il avait eu l'occasion de connaître déjà dans le passé ; le tout avec une grande familiarité. Voici d'ailleurs à peu près ce que lui disait à un moment le dit policier dont les propos m'ont tant frappé que je les ai retenus et notés aussitôt : "On reprend la discussion qu'on a eue en novembre, et là bon, sur de bonnes bases, quoi, avec un peu plus de sincérité. Parce que, là, bon, tu m'as bien roulé dans la farine, hein, avoue-le. T'as été bon sur ce coup-là."

Tout cela, y compris le tutoiement réciproque, me paraît tout de même un peu étonnant, même si la loi du genre est de créer un climat de confiance entre le terroriste et ceux qui sont chargés de lui faire la conversation.

De là à penser que notre Mérah était un agent double ou un illuminé qu'on essayait de manipuler à diverses fins, il n'y a pas loin. Le principe même de la conduite personnelle d'un agent double et son plus sûr moyen de survie est évidemment de tromper chacune des deux parties qui croient ou espèrent le manipuler. Qu'en est-il dans son cas, on ne le saura de toute façon jamais car, lui, il ne pourra écrire son livre et ce genre de révélation ne peut venir des services en cause.

On a beaucoup glosé sur cet entretien que j'ai personnellement trouvé sans grand intérêt, même si, comme prévu et souhaité, il a fait le buzz au-delà même du raisonnable. En revanche, j'ai été extrêmement choqué, non par les propos de Mohamed Mérah, mais par les illustrations dont on a orné ses propos car à la télévision, on ne pouvait se contenter du son et il fallait bien des images pensait-on. Or les images fournies étaient en contraste violent et même scandaleux avec les faits évoqués ; à plusieurs reprises, on y voyait Merah tout sourire, voire franchement rigolard ; il se livrait même à un moment à quelques joyeux entrechats devant la caméra. Je ne sais pas quelle étais l'intention exacte de ceux qui ont monté ce reportage, mais on peut dire qu'il y avait là véritablement, plus que dans les propos, de quoi choquer les familles des victimes.

Deux enquêtes sont, paraît-il, ouvertes car on soupçonne des fuites. Diable! Je trouve que le mot est très inadéquat car il est certain que des gens qui avaient accès à ces documents les ont purement et simplement vendus, certainement à un très un bon prix quand on voit le tarif auquel se négocient désormais deux ou trois photos merdiques prises avec un téléphone. Il est certain que ces enregistrements ont dû rapporter gros à celui qui a eu l'idée et l'occasion d'en faire ce petit commerce, peut-être avec des bénédictions venant de plus haut. Il ne devrait pas être très difficile de découvrir de qui il s'agit, même si les journalistes sont très sensibles aux problèmes de protection de leurs sources mais, en la circonstance, il ne s'agit en rien d'information mais purement et simplement d'un vol de documents.

Si les enregistrements ont pu être négociés à très bon prix, qu'en sera-t-il, dans la suite des films, que Mohamed Merah avait pris au cours des assassinats auxquels il se livrait ? Si le coup est en revanche plus politique que journalistique, l'intérêt d'une telle vente risque d'être bien moindre !

samedi 7 juillet 2012

De Péguy à Pinay

" La mystique républicaine, c’était quand on mourait pour la République, la politique républicaine, c’est à présent qu’on en vit.". La formule de Péguy (dans Notre jeunesse) est, comme bien d'autres, percutante. Au risque de me "brouiller avec la République", comme dit Prusias dans le Nicomède du Père Corneille, je rappellerai aussi un autre mot de Péguy qu'on applique parfois, par extension, au socialisme et à Jaurès avec lequel il romp des lances vers 1905 : « Le kantisme a les mains pures, mais il n’a pas de mains » (Victor-Marie, comte Hugo).

Pour citer un autre témoin beaucoup moins illustre, je me souviens qu'Antoine Pinay (le père du nouveau franc) observait, non sans justesse, qu'autrefois on ne s'enrichissait pas dans la politique. Ce devraient être toujours le cas (mais on ne vérifie guère l'évolution des patrimoines), du moins si l'on en croit les déclarations de nos hommes politiques ; leurs indemnités officielles, même en cas de cumul (nous ne sommes plus au temps de Lecanuet qui fut, un moment, le recordman de France en la matière) ne peuvent plus désormais dépasser, pour les indemnités légales proprement dites, le seuil de 50 % au-dessus de l'indemnité parlementaire ; souvent elles ne sont que la partie émergée de l'iceberg des rémunérations ou mieux des profits des politiques. Je ne pense pas tant ici aux avantages en nature, modestes en somme, comme la carte de libre circulation SNCF ou les prêts à taux très réduits mais plutôt aux sommes, non imposables, qui sont allouées, en principe, pour l'exercice de la fonction et sur l'usage desquelles on ne se montre pas trop regardant. À cet égard il semble qu'il vaille mieux être député à Strasbourg qu'à l'assemblée nationale, même si par ailleurs la fonction de maire, qui accompagne souvent celle de député, peut ouvrir la source à bien d'autres rémunérations de natures extrêmement diverses.

À cet égard, les gestes symboliques du Président de la République et des ministres sont sans doute une bonne chose, au moins sur le plan de la communication et des principes, même si les incidences budgétaires seront, sans aucun doute, très modestes. En effet, c'est ailleurs qu'il faudrait porter le fer, me semble-t-il, car le train de vie d'État supporte des charges qui, pour être moins importantes et visibles, sont infiniment plus nombreuses et, par là même, infiniment plus coûteuses.

Je me souviens des confidences d'un ami qui, au hasard de quelque remaniement, était devenu modeste conseiller dans je ne sais quel cabinet ministériel ; nouveau dans la fonction, il avait été stupéfait du changement intervenu soudain, de ce fait, dans sa vie quotidienne. Il s'agissait moins en fait de revenu proprement dit (les crédits qui sont alloués à un ministre pour les compléments de rémunération des membres de son cabinet sont distribuées de façon extrêmement diverse et certains ministres ont toujours été connus pour s'en réserver l'usage quasi exclusif, suivez mon regard du côté de la rue de Valois !) que de ce qu'on pourrait appeler des avantages quotidiens. Ils vont du non-paiement des contraventions (et donc de la possibilité de stationner à Paris à peu près n'importe où) à des accueils luxueux et gratuits dans tous les déplacements en province ou à l'étranger (logements en préfecture ou à l'ambassade, voiture à disposition, etc.). Je dois ajouter que, si grand qu'ait été, au départ, son émerveillement, il a très rapidement pris l'habitude de la chose et au bout de quelques semaines il la trouvait normale voire parfois même un peu insuffisante.

Si la réduction du traitement des hauts personnages de l'État est une bonne chose (qu'on vienne pas me chicaner sur le mot traitement), l'entretien sur un pied extravagant (2 millions d'euros par an à la louche) des anciens Présidents de la République (de plus en plus nombreux) est une folie à laquelle il faudrait le plus rapidement possible mettre un terme, la mort ne semblant plus s'en charger, en prenant tout simplement exemple sur les autres Etats ou un tel traitement n'est nullement réservé aux personnalités de cette nature. On ne peut, en effet, sur ce point, espérer les voir se comporter comme un De Gaulle !

Comme dit la sagesse populaire : " Il n'y a pas de petites économies" ; comme les petites économies que l'on pourrait faire en la matière sont infiniment plus nombreuses que les grosses auxquelles on a bien du mal à se résoudre, elles amèneraient, à terme et par leur masse même, des économies budgétaires infiniment plus importantes, selon le même principe qui conduit à faire payer les riches plutôt que les pauvres car ces derniers sont de très loin les plus nombreux.


vendredi 6 juillet 2012

Vérité au nord de la Méditerranée, erreur au Sud.

J'écoutais ce matin, sur France Info, l'inénarrable mais insubmersible BHL, à peine remis, semble-t-il, du bide de la sortie de son film sur la Lybie mais en rien instruit par cette affaire.

Toujours disert notre expert ès-révolutions arabes répondait aux questions, fort pertinentes de la journaliste qui opère à cette heure sur cette chaîne. Elle lui demandait, non sans raison, s'il n'était pas inquiet quant à la situation là-bas et surtout aux résultats des élections qui se tiennent ce jour même en Libye et qui risquent fort, comme ailleurs, de porter au pouvoir des islamistes.

Et BHL de se féliciter que cette journaliste lui pose cette question (c'est la loi du genre!) et de souligner finement qu'après tout il ne faut pas trop s'affoler puisque l'islamiste élu en Egypte auquel elle faisait allusion, n'avait guère été élu que par 25 % des Égyptiens. Ce n'est pas faux mais, par là, notre brillant philosophe s'avère plus à l'aise avec la politologie qu'avec l'arithmétique.

En effet si, en Égypte, le nouveau chef de l'État n'a été élu qu'avec 25 % des voix, qu'en est-il dans notre beau pays où 40 % des électeurs se sont abstenus à la présidentielle? Si l'on admet que les deux candidats du second tour ont recueilli, chacun, à peu près la moitié des suffrages exprimés (laissons de côté le scandale permanent du traitement du vote blanc !), sommes-nous si loin, pour le candidat vainqueur, de ces fatidiques 25 % que BHL stigmatise avec ironie dans l'élection égyptienne?

Mais tout cela est sans importance et le plus remarquable chez notre BHL me paraît le virage lof pour lof de notre Talleyrand philosophe. Il trouve soudain désormais des charmes et des talents, aussi vastes  qu'inattendus, chez notre nouveau Président de la République comme chez son tout aussi nouveau ministre des affaires étrangères. Reconnaissons que, sous le précédent régime, il aimait moins le second que premier !