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lundi 14 mai 2012

"Franchement..."

Je ne sais plus quel haut dirigeant nazi (peut-être Goebbels ?) disait que lorsqu'il entendait le mot "culture", il sortait son revolver. Vous pouvez en faire autant si vous entendez un homme politique commencer une de ses phrases par : « Franchement... ».

J'ai eu ces derniers jours (et ce matin encore...) de multiples occasions de vérifier la chose.

Il est vrai que nous sommes passés, un peu brutalement, des présidentielles aux législatives et que le ton et le registre ont bien changé. Aux présidentielles, dans chacun des deux camps, on nous jouait « Embrassons-nous Folleville ». Aux législatives, on est à mi-chemin entre « On purge bébé » et les Atrides.

Tout politique (je devrais dire "politicien" avec la connotation que ce terme a dans notre langue) jette désormais le masque et révèle ses ambitions mesquines comme ses calculs sordides, le tout sous couvert de "Franchement...". Les seules exceptions (et encore) sont constituées par ceux et celles à qui on garantit une élection de maréchal, dans des circonscriptions mitonnées à l'avance, comme Messieurs Guéant ou Guaino, même si des élus locaux, de leur parti évidemment, qu'on vire pour leur faire place, renâclent un peu. Rassurez-vous toutefois on saura leur trouver quelque prébende ici ou là, aux frais de la République. L'amour de la patrie et la défense de la France ont cédé la place au maintien des sinécures et des avantages en place. Ce n'est plus le temps de chanter la Marseillaise, on passe à Dutronc "Et moi et moi et moi!";  la main, naguère  sur le coeur, l'est désormais sur le portefeuille car il faut défendre son bifteck électoral. Chacun s'y emploie avec férocité, tout en niant l'évidence de la démarche avec la plus parfaite impudence : " Franchement... ».

Une des exceptions notables me paraît constituer par le jeu (sans risque, car il reste député européen!) de Jean-Luc Mélenchon, à qui le soudain et inattendu  vedettariat de la précédente campagne électorale semble avoir tourné la tête. Encore un mois de gloire Monsieur le bourreau! Il ne peut plus désormais se passer des applaudissements et ce n'est pas à Strasbourg qu'il pourra s'en gaver, vu le peu d'enthousiasme comme d'assiduité des membres du Parlement européen.

En revanche, un dernier succès électoral n'est pas pour lui déplaire, même s'il n'a pas plus de chances de sortir vainqueur de cette opération que sa rivale (ou son compère) en dépit de la déconfiture locale du parti socialiste. Pour cet ultime tour de piste, Mélenchon s'est même trouvé un Monsieur Loyal avec le patron local du Parti communiste, formation qui ne compte plus que pour du beurre dans la onzième circonscription du Pas-de-Calais. En revanche, les socialistes locaux, assurés de vaincre, dans des élections "normales", font la gueule et déplorent le cirque gaucho-national qui attire vers le Pas-de Calais une attention nationale dont ils se passeraient bien.

Tout cela est évidemment consternant ou du plus haut comique, comme on veut ! Le spectacle des duettistes Jean-Luc et Marine est, en tout cas, bien plus amusant que les modestes rivalités clochemerlesques qui, ici ou là, se font jour entre les écolos et  les socialistes (dissidents ou pas), en dépit du fameux accord d'avant le fatal  2% (que n'y a-t-on mis une clause de résiliation!) ou entre UMP certifiés conformes et ceux qui ne sont pas ou plus, ou qui auraient voulu ou dû l'être, sans parler de la parité, si commode à invoquer ici ou là.

Une fois de plus, la grande perdante de l'affaire est la démocratie elle-même car apparaissent à plein, en dépit de leurs « Franchement... », les véritables motivations de la plupart de nos aspirants à la vie politique.

Prochain épisode avec le cumul des mandats...si on en reparle. Franchement...

samedi 12 mai 2012

Après Merkozy Françangela ?

À lire, à écouter ou à regarder les journalistes français, je me demande toujours ce qui, chez nombre d'entre eux, l'emporte de l'ignorance et de la sottise.

L'épisode du départ éclair pour Berlin de notre président, à peine entré en fonction, afin d'y rencontrer Angela Merkel fait couler beaucoup d'encre et de salive, et ce n'est pas fini. Certains ont même leurs hypothèses, d'autres leurs conseils sur ce que l'un dira ou devrait dire à l'autre; des organes de presse ont même fait appel à des spécialistes de l'économie, de la finance, la politique, pour imaginer, en particulier, les arguments de notre président qu'ils jugent sans doute trop fraîchement émoulu pour trouver lui-même des fondements à ses points de vue.

Il est certain que les choses ont bien changé, et de façon très inattendue pour la plupart de ces augures patentés, depuis le moment où l'on saluait unanimement le règne de Merkozy sur l'Europe. La chancelière (ce mot, au féminin, m'amuse toujours par les évocations sémantiques qu'il suscite inévitablement) a perdu de ses superbes certitudes qui ravalaient notre président au rôle de bambin, quêtant sans cesse, d'un oeil inquiet, l'approbation de la maîtresse ; désormais, en dépit des apparences, les élections qui se profilent en RFA "sapent les fondements encore mal assurés" d'Angela!.

Par ailleurs, contre toute attente aussi, le "pacte de croissance" de notre futur président réunit désormais nombre de sectateurs, même si tout le monde n'est pas d'accord sur le sens à donner à ce terme de "croissance" qui est effectivement un peu ambigu.

Toutefois, mon propos est tout autre et, pour ce qui me concerne, je cherche pas un instant à imaginer ce que se diront François Hollande et Angela Merkel pour deux raisons dont chacune est suffisante seule.

La première est que je m'en fous complètement car cette rencontre est sans la moindre importance réelle ; ce voyage précipité est, à un tel moment et dans un tel contexte politique dans les deux Etats (élections décisives à venir), aussi diplomatique qu'inutile (excusez la tautologie) !

La seconde raison est que, comme souvent en pareil cas, Angela et Nicolas ne se diront à peu près rien (je reviendrai ensuite à la fin de ce blog sur leur impossible dialogue mais laissons pour le moment ce point).
Chacun sait ou devrait savoir que, dans ce genre de réunion, et surtout si elle est sérieuse, (ce qui n'est pas le cas ici), lorsque les protagonistes majeurs se rencontrent, tout est déjà arrêté et écrit à la virgule près. Les sherpas sont là pour ça ; les déclarations "finales" n'ont de "finale" que l'adjectif et on ferait mieux de les considérer comme "liminaires".

Il en est de même dans toutes les réunions internationales, qu'elles soient à deux, à trois, à sept ou à vingt . En pareil cas, on pourrait assurément faire l'économie du voyage aller-retour du "Air François One" à Berlin, à la vive satisfaction de celui ou sans doute de celle qui sera déjà, à ce moment-là, notre ministre de l'écologie (et peut-être des transports).

Le dialogue qu'on imagine entre Mme Merkel et M. Hollande ne fait irrésistiblement penser à une vieille interrogation de linguistes qui consiste à se demander dans quelle langue ont bien pu se parler Jésus-Christ et Ponce Pilate lorsque ce dernier a conclu leur entretien en se lavant les mains.

Il est, en effet, clair que François Hollande (même si à la différence de son prédécesseur, il connaît tout de même assez d'anglais pour ne pas confondre "weather" et "time"!) n'a pas un anglais qui lui permette d'affronter une discussion diplomatique et financière (je l'ai entendu parler anglais !). Cette circonstance interdit donc l'usage de l'anglais dont Mme Merkel a assurément, elle, une excellente pratique. En revanche, elle ne connaît pas plus le français que François Hollande l'allemand. Il leur est donc impossible d'avoir le dialogue direct que certains imaginent.

Revenons au lavage de mains de Ponce Pilate. Le procurateur romain ne connaissait assurément pas l'araméen qui était la langue de Jésus et ce dernier ne parlait évidemment pas le latin était la langue de Ponce Pilate. Cependant, plus chanceux que la chancelière et le président, ils ont pu toutefois s'entretenir en grec, car cette langue était, en ces lieux et ces temps, la plus répandue et la plus utilisée (bien plus que le latin) dans la zone orientale du bassin méditerranéen ; elle était en outre familière à beaucoup de Romains, connue qu'elle était de l'aristocratie (Jules César avait appris, en même temps, dès l'enfance, le latin et le grec) comme du peuple, car elle était la langue quotidienne de communication dans la communauté servile de Rome.

jeudi 10 mai 2012

La loi d'airain des démocraties.

Je crois avoir déjà fait observer, dans un précédent blog sur un tout autre sujet, combien est inexacte l'expression "règle d'or" dont on use tant à propos des finances des Etats européens. L'or est, en effet, l'un des métaux les plus mous et la règle de limitation des déficits nationaux à 3% l'a bien montré, puisque cette "règle d'or" a été tordue dans tous les sens par les Etats dans la dernière décennie. Aussi suis-je conduit ici à préférer la "loi d'airain" à la "règle d'or".

Cette loi que je veux mettre en évidence ici semble, en effet, inexorable, elle ; elle est illustrée par deux élections présidentielles quasi contemporaines, celle du président français qui vient de s'achever et celle du président américain qui aura lieu dans quelques mois.

Je m'explique.

Lors de la campagne électorale de son élection, le succès de Barack Obama a tenu à ce qu'il avait présenté un vaste programme, social en particulier, dont il n'a réalisé ensuit qu'une faible partie, quelles que soient les causes qui l'ont conduit à renoncer à une bonne part de ses ambitions électorales. Les Américains lui en font grief aujourd'hui et il ne fait pas de doute que son bilan sera à l'origine d'une des difficultés majeures de son éventuelle réélection.

Comme on peut facilement l'imaginer, ce sont là des souvenirs qu'il ne rappellera pas ; il faut donc qu'il se lance sur de nouvelles idées dont la première vient d'apparaître de sa part sur le marché électoral américain. Il s'agit du mariage des homosexuels qui constitue une question dont l'importance est sans grand rapport avec celle, par exemple, de la mise en place d'un système social de santé généralisé qui avait été déclarée une des priorités par Obama lors de sa première campagne présidentielle.

Je pense que ça vous rappelle déjà quelque chose et que vous commencez à me voir venir avec ma loi d'airain des démocraties.

En 2007 Nicolas Sarkozy, qui se voulait et se proclamait "le président de la rupture", avait agité, lui aussi, de grands programmes sociaux (le chômage, le "travailler plus pour gagner plus", etc.) ; on a vu le résultat ! La croissance qu'il avait promis d'aller chercher "avec les dents" n'était pas au rendez-vous ; elle s'est dérobée et il n'a même pas pu en mordre la queue! On n'a donc eu à se mettre sous la dent que la viande halal !

Il semble donc y avoir une loi d'airain qui fait que tout président candidat à sa propre réélection est, par nécessité, conduit à renoncer et même à tenter de faire oublier toutes les promesses qu'il a faites et qu'il n'a pas tenues. Naturellement, la première fois, elles touchaient toujours à des problèmes de société importants et graves qu'il n'a pas réussi à résoudre.

S'il est assez inconséquent pour solliciter tout de même une réélection (mais tous le sont car les Cincinatus sont rares et ce dernier est mort depuis bien longtemps!) ; il ne lui reste donc fatalement à proposer que des broutilles qui ne visent en réalités qu'à détourner l'attention. En ce qui nous concerne, ce furent la viande halal, la réforme du permis de conduire, la date de versement des pensions de retraite, etc. ! Les électeurs américains ont déja eu droit au mariage homosexuel et Dieu seul (et les "sondeurs" et "communicateurs" d'Obama) sait ce que seront les autres thèmes de sa campagne (je parie, en tout cas, pour l'oubli de Guantanamo et de la dette).

Vous voyez donc déjà que la seule solution pour garder un peu de sérieux à la démocratie est d'interdire aux présidents en exercice de solliciter un second mandat.

mercredi 9 mai 2012

Carpes et lapins


Rassurez-vous je ne suis pas ici le modèle absurde de la manie du titre qui, depuis deux ou trois décennies; (cette mode est venue, je crois, de Libé) est l'une des plaies de la presse française.  Je résisterai, de la même façon, à la dénonciation des mauvais traitements que notre pauvre langue française se voit infliger par ceux-là mêmes qui, porteurs, inattendus et indignes, de la parole publique qu'on les croirait chargés de défendre, en font, au contraire, un si mauvais usage (j'entendais, ce matin encore, l'un de ces crétins confondre "paradoxe" et "paradigme", alors que la nullité même de son propos aurait dû l'éloigner du recours à l'un et l'autre de ces termes).
Je fais bien entendu ici allusion, par ce titre,  aux mariages de la carpe et du lapin, aussi insolites que nombreux.
Entre de multiples exemples et de façon très différente, j'ai traité l'un d'entre eux avec le commentaire que j'ai fait de la soirée électorale du 6 janvier 2012, où, pendant deux heures d'horloge, on nous a évoqué "l'insupportable suspense" concernant l'issue d'un scrutin que tout le monde connaissait déjà depuis longtemps. D'un autre point de vue, il y a, dans nos lois électorales, le mariage inattendu entre une carpe (nos journalistes étaient, deux heures durant, aussi muets que cet animal sur les résultats d'un scrutin qu'ils connaissaient, par ailleurs, depuis longtemps) et un lapin qui, en la circonstance, était l'argument, parfaitement stupide et inattendu (quoiqu'on ne le tire pas d'un chapeau), que révéler les estimations de résultats faites à partir  des bureaux fermant à 18 heures risquait d'influencer les résultats des bureaux qui ne fermaient qu'à 20 heures.
Quoique je sois très sceptique sur ce point (car je ne vois guère d'électeurs assez stupides pour attendre de connaître les estimations de 18 heures afin d'en changer le cours final par leur seul vote entre 18 et 20 heures), force est d'admettre que si ces estimations peuvent avoir une influence sur le vote, qu'en est-il alors des centaines de sondages qu'on a faits et publiés entre le début de la campagne électorale et le 5 mai 2012? La différence tient évidemment à ce que la presse comme les instituts de sondages constituent un secteur économique qu'il est impérieux de ménager, sans se préoccuper réellement de l'influence qu'il peut avoir et moins encore des conditions fort discutables dans lesquelles s'exerce son industrie.
Second mariage de carpe et du lapin, certes  relié par un fil ténu au précédent.
Il se trouve que, pour des raisons dont le détail importe peu ici, j'écoute beaucoup plus la radio que je ne le faisais auparavant ; sur le poste miniature dont j'use, RMC, Europe et France-Info étant très proches,  je tends à zapper très souvent afin de tenter de mon mieux d'échapper aux publicités (ce qui est bien difficile) comme aux âneries qui sont y débitées, sans parler, sur France-Info, de la répétition infinie des mêmes zones discours.
Une des radios les plus curieuses est RMC-BFM dans laquelle se trouve mariés la carpe de BusinessFM et le lapin de Radio-Monte-Carlo. Je crois que cette curieuse union a été décidée par Alain Weil qui a acheté, il y a quelques années, Radio-Monte-Carlo qui passait pour la radio des bignoles et qui était en perdition ; il en est résulté une alliance des plus bizarres entre une radio populaire et une télé que feu Georges Marchais aurait définie comme celle du grand capital.
Pire encore, on a marié une carpe radiophonique et une portée de lapins. Le premier d'entre eux est l'auto-exaltation permanente de la radio en cause où les intervenants de la station  ne cessent d'en vanter les mérites (je ne me suis jamais amusé à compter, sur une demi-heure, combien de fois revient cette auto-exaltation, mais il vaudrait la peine de le faire pour une approche scientifique !). Le second lapin est la répétition incessante du nom et de la qualité des intervenants, le record étant détenu, naturellement et de très loin, par Jean-Jacques Bourdin, ancien journaliste sportif, ce qui est tout un symbole on va le voir. Le troisième lapin est l'évocation permanente de tous les lieux où est censée être écoutée cette radio, en particulier au plan de la météorologie.  Il s'agit d'éviter le reproche de parisianisme qui caractérise souvent notre météorologie nationale; on cite donc toujours, lors des bulletins, et à de multiples reprises, les températures où le climat de lieux inconnus tapis au fond des plus lointaines de nos provinces, le but étant naturellement de caresser dans le sens du poil les ennemis bien français du monopole universel de Paris.
Mais le mariage de la carpe et du lapin le plus curieux à RMC-BFM est celui de la carpe sportive (je fais ce choix métaphorique pour avoir souvent entendu des discours des sportifs qui auraient été mieux inspirés de montrer muets comme elle dans bon nombre de leurs déclarations) et du lapin politique (le politique ne peut être que bavard!) . L'exprime et le symbolise  un slogan bizarre sans cesse répété ("RMC , la chaîne de l'info donc du sport" ).
Ce choix aurait été, semble-t-il, celui d'Alain Weil qui, ayant commencé modestement dans les radios libres, a fini aujourd'hui dans le Top cent des fortunes françaises, ce qui est assurément un joli parcours sportif dans la communication. RMC se flatte, au moins cent fois par jour, d'être à la fois la radio de l'information politique et du sport, avec à ses micros quelques carpes sportives qui seraient mieux dans un aquarium que dans un studio de radio.  Une des gloires de RMC est de celle de posséder ce qu'on y  appelle sa "Dream Team", formée de has beens sportifs ( d'ailleurs désormais plus branchée dans les paris sportifs que dans le sport lui-même) qui réunit quelques belles figures de "l'intelligentsia sportive". Mais je m'arrête ici, crainte de me voir à nouveau traîner en justice pour diffamation, même si j'ai eu la sagesse et la prudence de citer personne

lundi 7 mai 2012

Cerné par les analphabètes.

Y'en a marre d'être en permanence cerné par les analphabètes, ceux de l'administration s'ajoutant désormais à ceux de nos médias. Ce blog rageur est suscité par une crise que je prends en lisant dix fois par jour des textes qui démontrent que l'immense majorité des Français employés par notre administration ignorent désormais le sens du verbe "renseigner" pourtant des plus clairs et des plus simples . Je croyais jusqu'à présent à l'existence de concours administratifs visant à vérifier au moins chez les candidats, à défaut d'autres compétences ou mérites, une connaissance minimale de la langue française.

Je cite ici le dernier usage de ce pauvre verbe, rencontré il y a cinq minutes et qui a suscité ma juste colère « Votre numéro de mobile n'est pas renseigné dans la rubrique mon compte utilisateur de l'espace client ». Je passe sur l'étrangeté d'une telle formule qui figure dans la rubrique qui permet en principe d'accéder à sa facture Orange.

Cet emploi stupide et scandaleux du verbe "renseigner'" est en effet constant dans le jargon officiel et figure hélas dans la plupart des documents administratifs, car le petit-fils Soupe ignore le français que son grand-père connaissait encore ; on lit donc partout désormais l'ordre, fermement exprimé mais absurde, de « Renseigner la rubrique X. ». Cet emploi, naguère encore occasionnel, est devenu systématique et je soupçonne les ânes qui en usent de le juger plus élégant que le modeste et désuet  "Remplir".

On devrait, de ce fait, inclure dans les épreuves des concours administratifs l'usage du Petit Larousse où les rédacteurs de tels textes pourraient trouver aisément la signification réelle du verbe "renseigner". On "renseigne", en effet, une personne ; on ne "renseigne" pas un document qui est une chose. Tout cela est aussi inepte qu'exaspérant !

Je suggérerais également  à un très grand nombre de personnes qui souvent, d'un air autorisé et compétent, pérorent dans nos médias de vérifier, dans les pages jadis roses de ce même dictionnaire, la lettre et le sens de l'abréviation « etc. ».

La plupart de nos commentateurs radio et télévision disent en effet « eK cætera » ce qui démontre, à l'évidence, qu'ils ignorent l'origine de cette expression et par conséquent son sens originel pourtant fort simple. La formule développée est en effet "et cetera" (et non pas le "et cætera" que me proposent, à tort, les rédacteurs de mon logiciel Dragon) qui est la vraie formule latine qui veut dire "et les autres choses" , "et tout le reste". Les utilisateurs du "eK cetera" que je dénonce n'ont même pas pris la peine de lire l'abréviation de la formule dont ils usent car elle est sur ce point parfaitement claire.

Vous allez me dire qu'une fois de plus, je pinaille ; j'en conviens mais je le fais d'autant plus que ces mêmes personnes, qui ignorent le sens de "renseigner" et usent de leurs chers "eK cetera", sont parfois les mêmes qui se tordent les mains de désespoir au sujet de la baisse du niveau des élèves de nos écoles. Comment pourrait-il en être autrement et comment les enfants pourraient-ils avoir une pratique du français correct quand on les expose sans cesse, à la télévision comme à la radio, et pis encore dans les documents officiels, à des attentats permanents contre la langue qui ne témoignent au fond que de l'ignorance crasse de ceux qui parlent dans ces médias ou qui rédigent ces documents officiels?

dimanche 6 mai 2012

Du grotesque électoral

Le comble du grotesque journalistique a été atteint et même sans doute largement dépassé lors de la soirée électorale de ce dimanche 6 mai 2012.

Pauvres journalistes! Pauvres présentatrices! Pauvres envoyés spéciaux!

À partir de 18:00, tout le monde était sur le pont dans les rédactions ; les présentatrices avaient revêtu leurs plus beaux atours ; les envoyés spéciaux piaffaient d'impatience dans le froid ou sous la pluie.

Pauvres journalistes qui nous ont répété, deux heures durant et sur tous les tons, que le suspense était insoutenable, alors que le résultat était, à bien des égards, manifeste sur leurs écrans mêmes! Tous et toutes l'ont fait sans rire, ce qui, il faut bien le dire n'est pas un mince mérite, car tout le monde savait depuis longtemps le résultat des courses.

Bien sûr, au premier chef, ceux qui, comme moi, avaient consulté les médias belges ou suisses qui ont mis plus de deux heures dans la vue à toute la presse française, au mépris, affiché voire triomphant, de nos dispositions législatives franchouillardes dont ils se moquent bien, mais aussi tous ceux qui, tout simplement, ont constaté que, dès 18 heures, Nicolas Sarkozy annulait le meeting prévu à la Concorde. A cause du mauvais temps ont glissé quelques UMP, fins connaisseurs de la météorologie parisienne, qui savent bien que, comme le dit le vieux proverbe de la rive droite, "Pluie à la Concorde, soleil à la Bastille".

En effet, au même moment, les grues et les engins socialistes s'affairaient Place de la Bastille pour y construire les podiums pour la célébration de la victoire de Hollande, sur les instructions du PS qui, bien entendu, était informé depuis longtemps de l'issue de cet insoutenable suspense qui régnait dans nos seuls médias

Et pendant ce temps, les jeunes beautés de nos médias s'efforçaient de faire assaut de sourires et d'oeillades pour maintenir leur pauvre public devant les écrans. Elles ne les regardaient assurément pas leurs écrans car les envoyés spéciaux, rue de Solférino ou au Conseil général de Tulle étaient bien obligés de constater la joie délirante et les gestes de victoire des supporters de François Hollande, tandis qu'à l'UMP, à la Mutualité, les mines étaient tristes et défaites, et le public aussi rare que les drapeaux. Tout au plus, de temps en temps, les préposés en réunissaient une demi-douzaine devant la caméra du service de communication pour essayer de faire croire aussi bien à la présence d'une foule nombreuse qu'à l'enthousiasme de ladite foule.

Le seul moment rigolo, vu par hasard en "zappant" sur Canal + qui, délaissant le foot dominical, s'essayait au genre, fut, quand étant annoncée l'intervention depuis Tulle du Président élu, s'afficha, à la consternation de Denisot, l'image d'Omar Sy et le début de ce qu'on pouvait imaginer comme une parodie de discours inaugural ! Sy Président ? Le suspense fut un instant insoutenable !

Tout cela est lamentable ! Et dire qu'on les paye pour faire ça tandis que nous, cochons de payants, devons nous farcir ce spectacle aussi ridicule que lamentable. Le premier devoir du nouveau président (François pas Omar!) sera sans doute de changer ces règles stupides et d'adapter enfin notre système électoral à l'ère de l'internet et de la modernité.

Irrévérence.


La sarkozie étant réputée toucher à sa fin, peut-être la France va-t-elle enfin retrouver le droit à l'humour, voire à l'irrévérence et les humoristes ne seront plus chassés des institutions officielles faute de pouvoir être d'emblée expédiés directement à Cayenne ?

Une originalité du premier tour de cette élection présidentielle que peu de gens ont sans doute remarquée tient à ce que, pour la première fois, les personnes qui souffrent d'un handicap mental, ont été admises à prendre part au scrutin.

Dans le passé, les handicapés mentaux ne pouvaient être inscrits sur les listes électorales et prendre part au vote que dans des conditions particulières dont la principale était qu'ils fussent admis à y figurer par une décision du juge des tutelles. La loi sur le handicap de février 2005 a changé le code électoral et, depuis 2009, une personne handicapée mentale sous tutelle peut voter sans l'accord du juge.

Oserai-je affronter à nouveau les foudres de la censure, en supposant notre pays enfin libéré des ciseaux de l'Anastasie précédente, quoiqu'il ne soit encore que midi?

Certains aspects de la campagne et surtout certains discours d'un certain candidat (notez le singulier singulier) qui prend clairement les citoyens pour des demeurés dans ses palinodies me donnent à penser que si, par malheur, il l'emporte, une nouvelle étape devra être nécessairement franchie.

Non seulement les handicapés mentaux seront admis à voter, mais ils seront même désormais les seuls à pouvoir le faire!