Les états-majors sont décidément, dans nos sociétés modernes, le dernier refuge des poètes.
Ainsi comme vous l'avez sans doute constaté, le plus difficile dans toute opération militaire est le choix, premier et indispensable, du nom de code qui servira à la désigner. Nous avons ainsi eu la « tempête du désert » d’Irak puis le « plomb durci » de Gaza ; voici qu’en Lybie se lève, sans qu'on sache si elle est « aux doigts de roses », comme celle du bon Homère, « l’aube de l'Odyssée ». La formule est jolie mais des plus inattendues, ce qui me donne à penser que les militaires qui l'ont choisie, ignorent ou ont oublié que l'Odyssée a duré dix ans, ce qui n’est pas de très bon augure. J'ose toutefois espérer qu'ils n'ont pas prévu la même durée pour l'opération qu'ils ont entamée en Libye.
Cela dit, dans la dénomination des opérations à venir, il sera assurément, pour ce qui est de l'inopportunité, voire de l’indécence, du nom choisi, de dépasser ce que l'on avait obtenu, en 1999, en baptisant « Dresde » les actions de bombardements programmées sur la Serbie. Certes, le nom se justifiait en ce sens qu’on visait à une destruction aussi complète que possible des capacités de défense de la Yougoslavie. Cette action fut dès lors désignée par certains diplomates du nom d’« opération Dresde » par une fine allusion aux fameux bombardements massifs de cette ville allemande en 1945 : 3900 tonnes de bombes incendiaires sur une ville de l’Allemagne quasi vaincue l’anéantirent totalement, y faisant plus de 100.000 victimes.
On a pu constater, dans les derniers jours, les mêmes petits jeux politiques qui caractérisent toujours les relations internationales. La France, dont la diplomatie n'avait brillé ni en Tunisie et en Égypte et qui voulait se refaire une santé, voire une virginité, a cru trouver dans l'affaire de Libye une occasion de redorer son blason, même si la neutralisation de l'espace aérien libyen était, à l'origine, me semble-t-il, une idée de l'assemblée européenne, restée vaine, comme la plupart de ses idées lorsque, par hasard, elle en a.
Le principal événement de l'affaire est qu'on a cru un moment, chez nous, que Bernard-Henri Lévy avait soudain succédé à Alain Juppé au Quai d'Orsay ; seul le départ inopiné de ce dernier pour participer au Conseil de sécurité de l'ONU à New York a pu rassurer à cet égard le bon peuple de France.
Cette réunion a été elle-même un monument d'hypocrisie puisque la moitié de l'humanité (en la circonstance la Russie, la Chine, l'Inde, le Brésil et... L'Allemagne) a eu le courage exceptionnel de s'abstenir, les deux premiers manifestant quasi immédiatement leur opposition aux premières mesures prises, même si elles étaient conduites dans le strict respect de la décision du Conseil de sécurité de l'ONU auquel ces deux nations assistaient. La Ligue arabe, qui était venue à Paris samedi 19 mars 2011 à la réunion tripartite sans enthousiasme excessif (seul le Qatar, formidable puissance militaire comme on sait, étant censé s’engager réellement dans l’affaire), a aussitôt saisi l’occasion d’emboîter le pas à la Russie et à la Chine en désapprouvant dès dimanche 20 mars des actions approuvées la veille.
Lees militaires Américains ne faisant pas mystère de leurs réserves (l’Afghanistan, l’Irak, l’Iran voire le Pakistan suffisant à les occuper), Obama comme Hillary Clinton nous ont gentiment proposé, tout aussi courageusement, le « siège arrière » du char de guerre, en pressant les deux gogos que sont la France et la Grande-Bretagne de foncer dans le brouillard.
Engagés du bout de lèvres, les Américains désengagent déjà leur centre de commandement de Stuttgart, d’abord proposé pour la coordination des opérations vers la Lybie. Pas fous !
Ayant vaguement parcouru, écouté ou vu la plupart des informations sur le sujet, je suis stupéfait de constater que nul n’a songé, en la circonstance, a évoquer, à propos de ce couple de va- t-en-guerre franco-anglais, belliqueux mais comique et bientôt isolé, et de son intervention dans le monde arabe, la fameuse expédition de 1956.
Petit mais indispensable rappel. Pour prendre ma remarque liminaire, le nom exotique d’« opération Kadesh » fut donné par Israël, en 1956, aux opérations militaires dans le Sinaï contre l'Egypte. Ce nom était celui de plusieurs toponymes dont celui d’un lieu où s’était déroulée une célèbre bataille du XIIIème siècle av. J.-C. Nous-autres nommons plutôt cet événement la « guerre de Suez » ou plutôt la « campagne de Suez » car le terme de « guerre » paraît un peu excessif, vu le caractère et la brièveté (moins de deux semaines) des opérations en cause.
Le conflit éclate en octobre 1956 ; il oppose l'Égypte et les signataires du protocole de Sèvres qui unit Israël, la France et la Grande Bretagne à la suite de la nationalisation du canal de Suez. Dans un jeu très complexe de bluff et de poker menteur, en pleine guerre froide, l’URSS et les Etats-Unis imposeront l'arrêt du conflit (A. Eden et G. Mollet devront manger leur chapeau, la chose étant plus rude pour l'élégant Antony, coutumier du port du huit-reflets) et obligeront les troupes d’élite françaises et britanniques victorieuses à mettre l'arme au pied avant de rentrer au pays l’oreille basse en novembre 1956.
On me dira naturellement, ce que je sais parfaitement, que la situation était très différente puisque ce sont alors précisément la Russie surtout et les États-Unis, à un degré moindre, qui ont arrêté les velléités belliqueuses de la France et de la Grande-Bretagne en octobre-novembre 1956, alors qu’elles les suscitent ou les tolèrent aujourd’hui. Dans le cas présent, la France et la Grande-Bretagne ne semblent nullement isolées (mais pour combien de temps ?) puisque s’engagent à leurs côtés des alliés considérables, dont en particulier le Canada, la Belgique et le Danemark. Voilà qui doit faire trembler Kadhafi !
Combien de temps durera cette belle unanimité qui n’aura même pas survécu aux 48 premières heures? A votre avis quels seront les dindons de la farce ?
lundi 21 mars 2011
samedi 19 mars 2011
Haïti : vers un tsunami électoral ?
Dans quelques heures (j’écris cette note le vendredi 18 mars 2011 à 10 heures du matin, à l’heure française, donc au moment même où, à l’heure d’Haïti (donc avec six heures de décalage) l’avion qui ramène dans son pays Jean-Bertrand Aristide (localement surnommé Titid), ancien président de la la République haïtienne est en plein vol, quelque part au-dessus de l’Atlantique. Je ne donne cette précision qu’après avoir appris que Cécile Duflot, titulaire, à ce que je lis, d’un DEA de géographie, a, dans une interview sur BFMTV, situé le Japon dans l’hémisphère sud !
"Titid est arrivé" va peut-être chanter "Tèt kale", en parodiant la rengaine de Zorro! Un mot de présentation du personnage pour celles et ceux qui ne sont pas familiers des réalités haïtiennes.
Avant d’être un « ex-président », Aristide a été un ex-prêtre, ce premier état étant à l’origine de sa carrière et la seconde mutation ayant succédé à sa montée au firmament politique local.
La carrière politique de Titid s’inscrit au départ dans la « théologie de la libération », venue d’Amérique latine et symbolisée par la figure d’Helder Camara. Titid et sa « bourrique » (il n’en était pas encore aux Cadillacs) ont été une figure marquant de la chute du duvaliérisme en 1986. Aristide échappera de justesse en 1988 à un massacre dont on attribue la responsabilité à d’anciens « macoutes » du précédent régime.
Son rôle dans le « déchoucage » des Duvalier et son charisme font qu’en 1990, il est choisi comme candidat à la présidence par le FNCD (Front National pour le Changement et la Démocratie ; ce qui ne constitue pas un programmé électoral particulièrement original !). Il est élu, avec plus de 67% des voix contre Marc Bazin, qui passe pour le candidat des Etats-Unis. Son mandat durera moins d’un an car le coup d’Etat est, avec la « borlette », une spécialité haïtienne ! Il doit alors s’exiler et est remplacé par un militaire, le général Cédras.
Il s’en suit une période de plus de trois ans de troubles politiques, de misère encore accrue par un embargo et qui suscite le départ d’une foule de boat-peoples. Aristide est revenu en faveur auprès des Etats-Unis qui, empétrés qu’ils sont dans les affaires somaliennes, veulent calmer le jeu en Haïti et faire cesser les afflux de réfugiés. Fin 1994, Cedras s’exile à son tour, tandis qu’après le débarquement d’une force américano-internationale sans trop de casse (10 morts à Cap-Haïtien) Aristide revient au pouvoir en reprenant son mandat !
Fin novembre 1995, lors de la campagne des nouvelles élections présidentielles, Aristide, qui, selon la constitution, ne peut exercer deux mandats consécutifs, annonce, deux jours avant le vote, son soutien à la candidature de René Préval qui est élu en février 1996. En janvier 1997, Titid crée un nouveau parti politique, « Fanmi lavalas » ( = famille l'avalasse ; « lavalas » est, en créole comme en français, une « avalasse », une pluie torrentielle qui emporte tout). Il entend ainsi damer le pion à l'« Organisation politique lavalas » qui soutient René Préval. En décembre 2000, Aristide qui « a remis le compteur à zéro » est donc , à nouveau, élu président de la République par 93% des voix, mais une participation de 5% !
En 2003, une rébellion débute à la suite de l'assassinat par le pouvoir en place, près de Gonaïves, d'un leader de l’opposition. Le mouvement gagne du terrain et une opposition armée se regroupe dans une nouvelle coalition, le « Front pour la Libération et la Reconstruction Nationales ». Le 29 février 2004, le président Aristide quitte Haïti à bord d'un avion américain, accompagné (ou « enlevé ») par le personnel de sécurité de l'armée américaine.
En février 2006, René Préval est candidat pour un second mandat ; il l’emporte dès le premier tour avec 51,15 % et est proclamé vainqueur après accord entre le gouvernement intérimaire et la commission électorale. Investi le 14 mai 2006, il est toujours en fonction aujourd’hui, en principe jusqu’au 14 mai 2011. Titid, lui, s’est réfugié en Afrique du Sud et il est employé depuis à l’université de Prétoria et s'est initié au zoulou.
Parti, jeudi 17 mars au soir de l’aéroport de Lanseria , près de Johannesburg, Titid est arrivé, ce vendredi 18 mars à dix heures locales ; son parti « Fanmi lavalas » a invité à un grand rassemblement à l’aéroport de Port-au-Prince. Un tract, en créole annonce : "Enfin, les carottes sont cuites, demain (vendredi) 8 heures. Dites-le à tout le monde, à l'aéroport nous allons attendre le président Titid dans la solidarité". Les choses se sont passées calmement.
Les Etats-Unis et la France ayant tenté de retarder cette arrivée (prévue pour l’avant-veille du second tout de l’élection présidentielle, le 20 mars). Titid n’est pas arrivé par un vol régulier mais « en avion privé » (celui d’un ami peut-être), comme l’avait annoncé Maryse Narcisse son porte-parole.
Même si ses partisans officiels s’emploient à tenter d’ôter à son retour des visées politiques en affirmant : « Il a clairement fait savoir que son but est de s'impliquer dans le secteur éducatif ». L’avenir éducatif des jeunes Haïtiens est donc assuré car ce point figure aussi dans le programme des deux candidats. Ces derniers, tout en se gardant de conteste la légitimité de son retour, ont néanmoins clairement fait savoir qu’ils auraient préfére que ce retour ait lieu après l’élection.
On peut en effet redouter que ce second tour, quel qu’en soit l’issue, ne donne lieu à nouveau à des violences. Le chanteur hip-hop Wyclef Jean, qui vit aux Etats-Unis et qui avait tenté d’être candidat lors du premier tour, dit craindre « des fraudes aux dépens du chanteur populaire Michel Martelly », ce qui peut aider à les susciter, à défaut de les prévenir. Il a ajouté : « Haïti est la terre des surprises et, soyons clairs, l'endroit le plus corrompu au monde. Ils sont en train de planifier le vol de l'élection de Martelly, c'est évident ».
Il y a en Haïti près de 4,7 millions d’électeurs mais le vote aura lieu, dans des conditions que les destructions et les 230.000 morts du séisme du 12 janvier 2010, rendent pour le moins incertaines. Les résultats du premier tour n’ont jamais été donnés, puisqu’on s’est borné, après le déclassement de Jude Célestin, annoncé d’abord comme second, à admettre pour le deuxième tour Mirlande Manigat (une juriste constitutionnaliste) et Michel Martelly (« Sweet Micky » dit aussi en créole « tèt kale » à cause de son crâne rasé). Un sondage publié début mars par un institut haïtien a placé Michel Martelly en tête des intentions de vote avec 50,8% contre 45,2% à sa rivale, alors qu’au premier tour elle semblait avoir, en gros, 10% d’avance sur Martelly, le pourcentage de la participation demeurant inconnu.
Dans la mesure où les résultats ne seront donnés que le 16 avril 2011, soit près d’un mois après le vote, on a tout lieu de craindre des flambées de violences voire un tsunami social!
Post scriptum ; le point le plus récent :
Extraits de l’article de Valéry Daudier dans le Nouvelliste du 18 mars 2011
"Malgré ses sept ans d'exil en Afrique du Sud, le leader de Lavalas, Jean-Bertrand Aristide, a confirmé sa popularité dans le pays. Son retour sur le sol natal, ce vendredi, l'a bien prouvé. Très tôt, plusieurs dizaines de ses partisans s'étaient déjà massés devant l'aéroport Toussaint Louverture à Port-au-Prince où allait atterrir le jet privé qui le transporte lui et sa famille. Banderoles de « Bienvenue » à l'ancien président étaient remarquées un peu partout. Annoncé pour 10H00 (heure locale), l'avion a cependant atteri avec près d'une heure d'avance, soit à 9h07 locales (14h07 GMT). Les journalistes étaient déjà sur place, mais cette avance a visiblement pris de court la majorité des partisans de « Titide » qui se préparaient à venir accueillir leur leader.
[ ...]
« Pa pale nou de Tèt kale (en référence au candidat à la présidence Michel Martely), papa nou vini kounye a », (Ne nous parlez plus de « Tèt kale », notre père est revenu », lance un jeune homme, dans la vingtaine, portant un t-shirt frappé à l'effigie de Jean-Bertrand Aristide et brandissant aussi des photos du leader en toge, prise lors de sa graduation comme docteur.
[...]
Les mini-restaurants situés dans les parages de l'aéroport se transforment en salles de cinéma pour les supporteurs de l'ancien prêtre catholique. Un public de tout âge se presse pour voir Aristide parler en direct à la télévision. Ceux qui ne peuvent rien voir se contentent d'écouter le discours de l'ancien président à la radio. Autant le discours les pénètre, autant ils lancent des propos témoignant leur divorce d'avec les deux candidats à la présidence qui s'affronteront au second tour le dimanche 20 mars. « Tèt kale pouse cheve jodi a » (Le crâne n'est plus rasé aujourd'hui), ironise un groupe de jeunes dans la foule.
« Michel Martelly a contribué au départ d'Aristide; pas question d'appuyer sa candidature à la présidence. Nous avons vécu sept ans de misère. Pas de Martelly ni de Manigat. Ban nou Titid », enchaîne un homme, portant des photos d'Aristide accrochés à ses habits.
Après une quinzaine de minutes, l'ancien président termine son discours et s'apprête à se rendre chez lui à Tabarre.
[...]
Un embouteillage monstre règne entre le boulevard Toussaint Louverture et le boulevard 15 octobre où se trouve la résidence privée de l'ancien président revenu d'exil du pays de Nelson Mandela. Une foule en liesse poursuit le cortège. Les gens dansent, crient, fument...Une fois arrivée devant la maison de l'ancien président, la police nationale a dû faire usage de gaz lacrymogène, à plusieurs reprises pour frayer un passage au cortège. Le président rentre enfin chez lui, mais la foule le suit. Des centaines de personnes arrivent à entrer avant qu'on parvienne à fermer la barrière principale. La barrière fermée, la passion ne s'estompe pas pour autant. Les gens grimpent sur les murs d'enceinte et se jettent dans la cour. Ils arrivent même à monter sur le toit de la maison. Certains d'entre eux cueillent des mangues...Le phénomène Aristide est reparti! ».
"Titid est arrivé" va peut-être chanter "Tèt kale", en parodiant la rengaine de Zorro! Un mot de présentation du personnage pour celles et ceux qui ne sont pas familiers des réalités haïtiennes.
Avant d’être un « ex-président », Aristide a été un ex-prêtre, ce premier état étant à l’origine de sa carrière et la seconde mutation ayant succédé à sa montée au firmament politique local.
La carrière politique de Titid s’inscrit au départ dans la « théologie de la libération », venue d’Amérique latine et symbolisée par la figure d’Helder Camara. Titid et sa « bourrique » (il n’en était pas encore aux Cadillacs) ont été une figure marquant de la chute du duvaliérisme en 1986. Aristide échappera de justesse en 1988 à un massacre dont on attribue la responsabilité à d’anciens « macoutes » du précédent régime.
Son rôle dans le « déchoucage » des Duvalier et son charisme font qu’en 1990, il est choisi comme candidat à la présidence par le FNCD (Front National pour le Changement et la Démocratie ; ce qui ne constitue pas un programmé électoral particulièrement original !). Il est élu, avec plus de 67% des voix contre Marc Bazin, qui passe pour le candidat des Etats-Unis. Son mandat durera moins d’un an car le coup d’Etat est, avec la « borlette », une spécialité haïtienne ! Il doit alors s’exiler et est remplacé par un militaire, le général Cédras.
Il s’en suit une période de plus de trois ans de troubles politiques, de misère encore accrue par un embargo et qui suscite le départ d’une foule de boat-peoples. Aristide est revenu en faveur auprès des Etats-Unis qui, empétrés qu’ils sont dans les affaires somaliennes, veulent calmer le jeu en Haïti et faire cesser les afflux de réfugiés. Fin 1994, Cedras s’exile à son tour, tandis qu’après le débarquement d’une force américano-internationale sans trop de casse (10 morts à Cap-Haïtien) Aristide revient au pouvoir en reprenant son mandat !
Fin novembre 1995, lors de la campagne des nouvelles élections présidentielles, Aristide, qui, selon la constitution, ne peut exercer deux mandats consécutifs, annonce, deux jours avant le vote, son soutien à la candidature de René Préval qui est élu en février 1996. En janvier 1997, Titid crée un nouveau parti politique, « Fanmi lavalas » ( = famille l'avalasse ; « lavalas » est, en créole comme en français, une « avalasse », une pluie torrentielle qui emporte tout). Il entend ainsi damer le pion à l'« Organisation politique lavalas » qui soutient René Préval. En décembre 2000, Aristide qui « a remis le compteur à zéro » est donc , à nouveau, élu président de la République par 93% des voix, mais une participation de 5% !
En 2003, une rébellion débute à la suite de l'assassinat par le pouvoir en place, près de Gonaïves, d'un leader de l’opposition. Le mouvement gagne du terrain et une opposition armée se regroupe dans une nouvelle coalition, le « Front pour la Libération et la Reconstruction Nationales ». Le 29 février 2004, le président Aristide quitte Haïti à bord d'un avion américain, accompagné (ou « enlevé ») par le personnel de sécurité de l'armée américaine.
En février 2006, René Préval est candidat pour un second mandat ; il l’emporte dès le premier tour avec 51,15 % et est proclamé vainqueur après accord entre le gouvernement intérimaire et la commission électorale. Investi le 14 mai 2006, il est toujours en fonction aujourd’hui, en principe jusqu’au 14 mai 2011. Titid, lui, s’est réfugié en Afrique du Sud et il est employé depuis à l’université de Prétoria et s'est initié au zoulou.
Parti, jeudi 17 mars au soir de l’aéroport de Lanseria , près de Johannesburg, Titid est arrivé, ce vendredi 18 mars à dix heures locales ; son parti « Fanmi lavalas » a invité à un grand rassemblement à l’aéroport de Port-au-Prince. Un tract, en créole annonce : "Enfin, les carottes sont cuites, demain (vendredi) 8 heures. Dites-le à tout le monde, à l'aéroport nous allons attendre le président Titid dans la solidarité". Les choses se sont passées calmement.
Les Etats-Unis et la France ayant tenté de retarder cette arrivée (prévue pour l’avant-veille du second tout de l’élection présidentielle, le 20 mars). Titid n’est pas arrivé par un vol régulier mais « en avion privé » (celui d’un ami peut-être), comme l’avait annoncé Maryse Narcisse son porte-parole.
Même si ses partisans officiels s’emploient à tenter d’ôter à son retour des visées politiques en affirmant : « Il a clairement fait savoir que son but est de s'impliquer dans le secteur éducatif ». L’avenir éducatif des jeunes Haïtiens est donc assuré car ce point figure aussi dans le programme des deux candidats. Ces derniers, tout en se gardant de conteste la légitimité de son retour, ont néanmoins clairement fait savoir qu’ils auraient préfére que ce retour ait lieu après l’élection.
On peut en effet redouter que ce second tour, quel qu’en soit l’issue, ne donne lieu à nouveau à des violences. Le chanteur hip-hop Wyclef Jean, qui vit aux Etats-Unis et qui avait tenté d’être candidat lors du premier tour, dit craindre « des fraudes aux dépens du chanteur populaire Michel Martelly », ce qui peut aider à les susciter, à défaut de les prévenir. Il a ajouté : « Haïti est la terre des surprises et, soyons clairs, l'endroit le plus corrompu au monde. Ils sont en train de planifier le vol de l'élection de Martelly, c'est évident ».
Il y a en Haïti près de 4,7 millions d’électeurs mais le vote aura lieu, dans des conditions que les destructions et les 230.000 morts du séisme du 12 janvier 2010, rendent pour le moins incertaines. Les résultats du premier tour n’ont jamais été donnés, puisqu’on s’est borné, après le déclassement de Jude Célestin, annoncé d’abord comme second, à admettre pour le deuxième tour Mirlande Manigat (une juriste constitutionnaliste) et Michel Martelly (« Sweet Micky » dit aussi en créole « tèt kale » à cause de son crâne rasé). Un sondage publié début mars par un institut haïtien a placé Michel Martelly en tête des intentions de vote avec 50,8% contre 45,2% à sa rivale, alors qu’au premier tour elle semblait avoir, en gros, 10% d’avance sur Martelly, le pourcentage de la participation demeurant inconnu.
Dans la mesure où les résultats ne seront donnés que le 16 avril 2011, soit près d’un mois après le vote, on a tout lieu de craindre des flambées de violences voire un tsunami social!
Post scriptum ; le point le plus récent :
Extraits de l’article de Valéry Daudier dans le Nouvelliste du 18 mars 2011
"Malgré ses sept ans d'exil en Afrique du Sud, le leader de Lavalas, Jean-Bertrand Aristide, a confirmé sa popularité dans le pays. Son retour sur le sol natal, ce vendredi, l'a bien prouvé. Très tôt, plusieurs dizaines de ses partisans s'étaient déjà massés devant l'aéroport Toussaint Louverture à Port-au-Prince où allait atterrir le jet privé qui le transporte lui et sa famille. Banderoles de « Bienvenue » à l'ancien président étaient remarquées un peu partout. Annoncé pour 10H00 (heure locale), l'avion a cependant atteri avec près d'une heure d'avance, soit à 9h07 locales (14h07 GMT). Les journalistes étaient déjà sur place, mais cette avance a visiblement pris de court la majorité des partisans de « Titide » qui se préparaient à venir accueillir leur leader.
[ ...]
« Pa pale nou de Tèt kale (en référence au candidat à la présidence Michel Martely), papa nou vini kounye a », (Ne nous parlez plus de « Tèt kale », notre père est revenu », lance un jeune homme, dans la vingtaine, portant un t-shirt frappé à l'effigie de Jean-Bertrand Aristide et brandissant aussi des photos du leader en toge, prise lors de sa graduation comme docteur.
[...]
Les mini-restaurants situés dans les parages de l'aéroport se transforment en salles de cinéma pour les supporteurs de l'ancien prêtre catholique. Un public de tout âge se presse pour voir Aristide parler en direct à la télévision. Ceux qui ne peuvent rien voir se contentent d'écouter le discours de l'ancien président à la radio. Autant le discours les pénètre, autant ils lancent des propos témoignant leur divorce d'avec les deux candidats à la présidence qui s'affronteront au second tour le dimanche 20 mars. « Tèt kale pouse cheve jodi a » (Le crâne n'est plus rasé aujourd'hui), ironise un groupe de jeunes dans la foule.
« Michel Martelly a contribué au départ d'Aristide; pas question d'appuyer sa candidature à la présidence. Nous avons vécu sept ans de misère. Pas de Martelly ni de Manigat. Ban nou Titid », enchaîne un homme, portant des photos d'Aristide accrochés à ses habits.
Après une quinzaine de minutes, l'ancien président termine son discours et s'apprête à se rendre chez lui à Tabarre.
[...]
Un embouteillage monstre règne entre le boulevard Toussaint Louverture et le boulevard 15 octobre où se trouve la résidence privée de l'ancien président revenu d'exil du pays de Nelson Mandela. Une foule en liesse poursuit le cortège. Les gens dansent, crient, fument...Une fois arrivée devant la maison de l'ancien président, la police nationale a dû faire usage de gaz lacrymogène, à plusieurs reprises pour frayer un passage au cortège. Le président rentre enfin chez lui, mais la foule le suit. Des centaines de personnes arrivent à entrer avant qu'on parvienne à fermer la barrière principale. La barrière fermée, la passion ne s'estompe pas pour autant. Les gens grimpent sur les murs d'enceinte et se jettent dans la cour. Ils arrivent même à monter sur le toit de la maison. Certains d'entre eux cueillent des mangues...Le phénomène Aristide est reparti! ».
vendredi 18 mars 2011
Enfin un témoin compétent sur Fukushima
Extrait du blog d’Olivier dans nouvelobs.com
"Fukushima /explosions multiples - mercredi 16 mars 2011, 20 h 12
Les nouvelles de ce soir ne sont pas meilleures que celles de ce matin .
L' exploitant montre ses efforts mais ne réussit pas à enrayer la progression des destructions. C' est peut-être par les moyens de l'armée américaine qu'on arrivera a éviter le dénoyage des assemblages dans les piscines : amener de l'eau par tous moyens intelligents et possibles ….et essayer de l'introduire à l'intérieur par les brèches des bâtiments-piscines sans irradier « trop » les intervenants ….J’aimerais aussi que la puissance des moyens des USA se montre dans la gestion de refroidissement des cuves par injection tous azimuts d’eau de mer pour éviter leur percement par le corium.
TEPCO cherche apparemment à éviter qu'il y ait des morts par sacrifice héroïque (à la kamikaze) parmi le personnel. Les prochaines 24 heures montreront si le martyre de cette région va continuer et même s’amplifier.
Il est bon quelquefois de savoir reconnaître ses dettes intellectuelles : si ce que je vous ai raconté vous a intéressé : c’est à mon collègue Mr Bernard Sautiez , ancien chef du réacteur OSIRIS à Saclay puis d'OSIRAK et à tous les conseils qu' il m’a prodigués lors de nos inspections des centrales françaises que je dois mes compétences. Il était plus âgé que moi. Je ne sais s'il est encore en vie mais je le remercie de tout cœur pour tout ce qu il m’a appris et qui me sert aujourd’hui.
Ce soir à 23 heures 30, certains points vont dans le sens que j’espérais sur le développement des moyens. Toutefois, je viens d'apprendre que (copier-coller) « l'Agence internationale de l'énergie atomique vient de donner les températures des bassins de refroidissement pour le 16 mars. La piscine du réacteur 4 est à 84 °C (données datant du 15 mars), celle du réacteur 5 à 62,7 °C, et celle du réacteur 6 à 60 °C. En temps normal, elles ne devraient pas dépasser 25°C. L'Agence annonce aussi que ces températures augmentent régulièrement. »"
Ecrit par : Olivier | 17.03.2011
"Les réacteurs étaient privés de courant et donc dans le noir la nuit ! mais la situation va changer : (copier-coller) « Mercredi 0h16 : TEPCO annonce qu'une ligne électrique de remplacement est sur le point d'être achevée à Fukushima 1. Elle permettrait de réactiver les systèmes de refroidissement des réacteurs. L'électricité est coupée depuis le tsunami ». Il y a encore des choses a sauver .
Ecrit par : XYZ [un commentateur du blog d'Olivier] | 17.03.2011
« Je suis allé lire votre C.V [celui d’Olivier Harmenschenne] sur le site indiqué .
On pourrait vous reprocher que votre carrière au CEA vous rende juge et partie, si vous n’aviez pas aussi été ensuite membre de l’IRSN et de l’inspection nucléaire.
Je lis vos bulletins ou commentaires, mais vous restez plus ingénieur que journaliste : ce n est pas toujours très facile de suivre bien que rédigé sobrement et sans effet de manches!
Je me risque à vous poser une interrogation pour laquelle vous allez encore me traiter de « redoutable questionneur » :
comment cela va-t-il finir ? »
Le sort de Fukushima ? Réponse d’Olivier à ce lecteur curieux (XYZ)[cette réponse éclaire sur la carrière et les compétences d'Olivier]
"Aujourd’hui votre question n’est pas seulement redoutable mais elle est aussi embarrassante !
Lorsque j'ai voulu quitter la Division de Chimie que Claude Fréjacques quittait lui-même pour la présidence du CNRS et l’Académie des Sciences, je suis allé lui demander s'il pouvait me faire entrer à l'Institut de protection et de sûreté nucléaire à Fontenay aux Roses. Il m'a répondu que certes cet Institut avait intérêt a prendre de vieux briscards, mais qu il avait encore besoin de moi pour le suivi du démarrage d EURODIF. Ce n’ est donc que quatre ans plus tard, quand les gros soucis ont été réglés, que j’ai rejoint l’IPSN que Tanguy puis Cogne dirigeaient.
A l’époque, l’IPSN dépendait du CEA et du ministère de l’industrie et ce n’est qu’après mon départ que les ministères de tutelle ont changé et qu’il est devenu l’ IRSN …..Votre question sur le fait d’être "juge et partie" était donc valide avant la transformation de l’IPSN en IRSN car le CEA se jugeait en effet lui-même ! Ceci étant, la remarque de Frejacques sur la nécessité de connaître à fond le nucléaire avant d’en être l’inspecteur, impartial mais lucide, se justifiait totalement.
Pour répondre à la suite de votre commentaire je vais devoir vous expliquer que les piscines de désactivation, bien que n’étant pas en géométrie nucléaire critique, doivent être refroidies pour évacuer leur potentiel calorifique. A ce propos, je vous signale que vous pourriez avoir des informations complémentaires aux miennes ici même, à partir de l’excellent blog de Mme Dominique Leglu qui est redac-chef de Sciences et Avenir ( « sciences pour vous et moi").
Comme elle l’explique fort bien, ces piscines sont dans des bâtiments de structure confinée mais légère, et le dénoyage des éléments combustibles serait extrêmement lourd de conséquences en particulier radiologiques ( croyez-moi, j ai souvent visité ces piscines et l’aspect brûlé et noirâtre des assemblages fait peur ) ; Remettre ces éléments dans l’eau au bon niveau est une nécessité absolue car les piscines peuvent contenir plusieurs cœurs usagés.
Vont-ils y parvenir ? Avec divers moyens et peut-être en sacrifiant des opérateurs, il me semble que ce serait possible. Quant aux problèmes des cuves réacteurs elles-mêmes, je vous ai déjà répondu : on n'a pas d’expérience de fusion d'assemblages REB puis corrosion par du corium MOX ….Mais je juge improbable le passage du corium à travers les divers niveaux et l’épaisseur du ravier jusqu' au sol : le « syndrome chinois « est un résidu du film de 1979 et j'espère que la remise du courant sur les tranches pourra rendre la possibilité d’un refroidissement des cuves plus efficace.
Je ne peux savoir directement de quelle ampleur de moyens dispose TEPCO et je ne veux pas harceler de questions l'IRSN / ils ont d autres chats à fouetter qu'à répondre à un vieux Papy retraité de 80 berges !"
Ma propre conclusion : Que ne confie-t-on à ce « papy de 80 berges » le soin de nous informer, de façon compétente et intéressante, au lieu de nous faire débiter des niaiseries par des « journalistes professionnels » ? Ce papy, les Américains l'invitent encore à Princeton comme un Michel Serres, un Luc Montagnier et bien d'autres que la France préfère mettre au rencart et qui doivent aller continuer leurs travaux aux Etats-Unis ou en Chine!
"Fukushima /explosions multiples - mercredi 16 mars 2011, 20 h 12
Les nouvelles de ce soir ne sont pas meilleures que celles de ce matin .
L' exploitant montre ses efforts mais ne réussit pas à enrayer la progression des destructions. C' est peut-être par les moyens de l'armée américaine qu'on arrivera a éviter le dénoyage des assemblages dans les piscines : amener de l'eau par tous moyens intelligents et possibles ….et essayer de l'introduire à l'intérieur par les brèches des bâtiments-piscines sans irradier « trop » les intervenants ….J’aimerais aussi que la puissance des moyens des USA se montre dans la gestion de refroidissement des cuves par injection tous azimuts d’eau de mer pour éviter leur percement par le corium.
TEPCO cherche apparemment à éviter qu'il y ait des morts par sacrifice héroïque (à la kamikaze) parmi le personnel. Les prochaines 24 heures montreront si le martyre de cette région va continuer et même s’amplifier.
Il est bon quelquefois de savoir reconnaître ses dettes intellectuelles : si ce que je vous ai raconté vous a intéressé : c’est à mon collègue Mr Bernard Sautiez , ancien chef du réacteur OSIRIS à Saclay puis d'OSIRAK et à tous les conseils qu' il m’a prodigués lors de nos inspections des centrales françaises que je dois mes compétences. Il était plus âgé que moi. Je ne sais s'il est encore en vie mais je le remercie de tout cœur pour tout ce qu il m’a appris et qui me sert aujourd’hui.
Ce soir à 23 heures 30, certains points vont dans le sens que j’espérais sur le développement des moyens. Toutefois, je viens d'apprendre que (copier-coller) « l'Agence internationale de l'énergie atomique vient de donner les températures des bassins de refroidissement pour le 16 mars. La piscine du réacteur 4 est à 84 °C (données datant du 15 mars), celle du réacteur 5 à 62,7 °C, et celle du réacteur 6 à 60 °C. En temps normal, elles ne devraient pas dépasser 25°C. L'Agence annonce aussi que ces températures augmentent régulièrement. »"
Ecrit par : Olivier | 17.03.2011
"Les réacteurs étaient privés de courant et donc dans le noir la nuit ! mais la situation va changer : (copier-coller) « Mercredi 0h16 : TEPCO annonce qu'une ligne électrique de remplacement est sur le point d'être achevée à Fukushima 1. Elle permettrait de réactiver les systèmes de refroidissement des réacteurs. L'électricité est coupée depuis le tsunami ». Il y a encore des choses a sauver .
Ecrit par : XYZ [un commentateur du blog d'Olivier] | 17.03.2011
« Je suis allé lire votre C.V [celui d’Olivier Harmenschenne] sur le site indiqué .
On pourrait vous reprocher que votre carrière au CEA vous rende juge et partie, si vous n’aviez pas aussi été ensuite membre de l’IRSN et de l’inspection nucléaire.
Je lis vos bulletins ou commentaires, mais vous restez plus ingénieur que journaliste : ce n est pas toujours très facile de suivre bien que rédigé sobrement et sans effet de manches!
Je me risque à vous poser une interrogation pour laquelle vous allez encore me traiter de « redoutable questionneur » :
comment cela va-t-il finir ? »
Le sort de Fukushima ? Réponse d’Olivier à ce lecteur curieux (XYZ)[cette réponse éclaire sur la carrière et les compétences d'Olivier]
"Aujourd’hui votre question n’est pas seulement redoutable mais elle est aussi embarrassante !
Lorsque j'ai voulu quitter la Division de Chimie que Claude Fréjacques quittait lui-même pour la présidence du CNRS et l’Académie des Sciences, je suis allé lui demander s'il pouvait me faire entrer à l'Institut de protection et de sûreté nucléaire à Fontenay aux Roses. Il m'a répondu que certes cet Institut avait intérêt a prendre de vieux briscards, mais qu il avait encore besoin de moi pour le suivi du démarrage d EURODIF. Ce n’ est donc que quatre ans plus tard, quand les gros soucis ont été réglés, que j’ai rejoint l’IPSN que Tanguy puis Cogne dirigeaient.
A l’époque, l’IPSN dépendait du CEA et du ministère de l’industrie et ce n’est qu’après mon départ que les ministères de tutelle ont changé et qu’il est devenu l’ IRSN …..Votre question sur le fait d’être "juge et partie" était donc valide avant la transformation de l’IPSN en IRSN car le CEA se jugeait en effet lui-même ! Ceci étant, la remarque de Frejacques sur la nécessité de connaître à fond le nucléaire avant d’en être l’inspecteur, impartial mais lucide, se justifiait totalement.
Pour répondre à la suite de votre commentaire je vais devoir vous expliquer que les piscines de désactivation, bien que n’étant pas en géométrie nucléaire critique, doivent être refroidies pour évacuer leur potentiel calorifique. A ce propos, je vous signale que vous pourriez avoir des informations complémentaires aux miennes ici même, à partir de l’excellent blog de Mme Dominique Leglu qui est redac-chef de Sciences et Avenir ( « sciences pour vous et moi").
Comme elle l’explique fort bien, ces piscines sont dans des bâtiments de structure confinée mais légère, et le dénoyage des éléments combustibles serait extrêmement lourd de conséquences en particulier radiologiques ( croyez-moi, j ai souvent visité ces piscines et l’aspect brûlé et noirâtre des assemblages fait peur ) ; Remettre ces éléments dans l’eau au bon niveau est une nécessité absolue car les piscines peuvent contenir plusieurs cœurs usagés.
Vont-ils y parvenir ? Avec divers moyens et peut-être en sacrifiant des opérateurs, il me semble que ce serait possible. Quant aux problèmes des cuves réacteurs elles-mêmes, je vous ai déjà répondu : on n'a pas d’expérience de fusion d'assemblages REB puis corrosion par du corium MOX ….Mais je juge improbable le passage du corium à travers les divers niveaux et l’épaisseur du ravier jusqu' au sol : le « syndrome chinois « est un résidu du film de 1979 et j'espère que la remise du courant sur les tranches pourra rendre la possibilité d’un refroidissement des cuves plus efficace.
Je ne peux savoir directement de quelle ampleur de moyens dispose TEPCO et je ne veux pas harceler de questions l'IRSN / ils ont d autres chats à fouetter qu'à répondre à un vieux Papy retraité de 80 berges !"
Ma propre conclusion : Que ne confie-t-on à ce « papy de 80 berges » le soin de nous informer, de façon compétente et intéressante, au lieu de nous faire débiter des niaiseries par des « journalistes professionnels » ? Ce papy, les Américains l'invitent encore à Princeton comme un Michel Serres, un Luc Montagnier et bien d'autres que la France préfère mettre au rencart et qui doivent aller continuer leurs travaux aux Etats-Unis ou en Chine!
Libellés :
Fukushima,
informations fausses,
témoin compétent
jeudi 17 mars 2011
« Nous sommes tous des Japonais »
« Nous sommes tous des Japonais ».
Bernard Kouchner, hier chez Elkabach sur Europe 1 à 8 heures et quart, n’était pas peu fier de sa formule, même s’il ne peut pas ignorer qu’elle a déjà beaucoup servi et que, dans l’année précédente, un clou chassant l’autre, nous étions déjà tous des Haïtiens après les 230.000 morts du séisme de Port-au-Prince, en janvier 2012, car si les Haïiens n’ont pas eu de menaces nucléaires, un ou deux cyclones sans compter une épidémie de choléra ne les ont pas empêchés de sombrer dans l’oubli. Sur le registre plus personnel mais dans le même esprit, J.F. Kennedy avait déjà manifesté sa solidarité avec les Berlinois lors du blocus soviétique de la ville par son fameux « Ich bin ein Berliner !).
A ma connaissance, le plus ancien usage d’une telle formule se trouve dans la tradition orale française, reprise dans le monde créole. Dans l’océan Indien, dans la série des contes de « Petit Jean » (localement « Ti zan ») se trouve un récit qui illustre déjà cette formule. Le récit est quelque peu mâtiné de Petit Poucet, puisque Petit Jean y a huit frères, de telles osmoses étant courantes dans les récits oraux créoles. Poursuivi par un méchant ogre qui veut le dévorer, ce dernier persuade leur hôtesse de faire porter à Petit Jean un « langouti » (vêtement indien) rouge pour qu’il puisse le distinguer des autres avant de le manger. Petit Jean, le « trickster » rusé et méfiant, coupe en dix le langouti rouge et en donne un morceau à chacun des frères. L’ogre venant le lendemain dévorer sa victime désignée et cherchant « Ti zan langouti rouz » voit tous les enfants porteurs du même langouti rouge et s’entend alors répondre, « Nou tous Ti Zan langouti rouz ! » (= nous sommes tous Petit Jean au langouti rouge).
Impatiente lectrice et impétueux lecteur, je vous entends déjà maugréer en vous demandant où je veux en venir en sautant ainsi de Bernard Kouchner à Petit Jean (sans faire, je le jure, la moindre allusion à la taille de ces deux héros).
Je veux simplement en venir au sujet du jour, l’état de la centrale nucléaire japonaise et les conséquences imprévisibles du séisme et du tsunami.
Comme toujours, on nous abreuve d’images repassées en boucle et souvent données comme originales après une bonne demi-douzaine de (re-)diffusions. J’entendais récemment regretter par un/une de nos journalistes, l’absence de vues des cadavres (je vous jure que c’est vrai !). Ce sont des images que s’interdisent, paraît-il, (hélas pour nous) les Japonais. Nous ne sommes donc pas tout à fait des Japonais, car nos télés, en revanche, sont très friandes de tels spectacles, même si elles nous préviennent toujours de leur horreur, avant de les diffuser, comme toutes les publicités, obsédantes et racoleuses, pour les aliments gras ou sucrés, l’alcool et les jeux, ne manquent jamais de nous prévenir des graves dangers de la consommation de ces produits dont elles font néanmoins, sans états d’âme ni remords, la « réclame » !
Le plus clair est que l’on entend guère, dans nos médias, que des journalistes, totalement ignorants des questions en cause, ou des responsables administratifs ou commerciaux (secrètement ravis, en fait, d’une catastrophe lointaine qui devrait gravement compromettre la production japonaise sur le marché très concurrentiel du nucléaire), mais très rarement de vrais spécialistes qui pourraient nous apporter des informations intéressantes qui souvent d’ailleurs ne sont pas communiquées par les autorités japonaises.
Je me limiterai donc à un seul point, indéfiniment ressassé et qui est la comparaison entre Tchernobyl et Fukushima, comparaison à propos de laquelle je serai ravi d’ouvrir mon espace éditorial à Olivier s’il veut bien faire ici un effort.
A propos du fameux « nuage », dont on nous menace pour la suite, et qui avait circulé, après Tchernobyl au-dessus de l’Europe (en évitant toutefois la France grâce à la vigilance de nos autorités de l’époque et à l’anticyclone des Açores) j’ai entendu un vrai savant dire que les deux catastophes était très différentes, ce qui rendait leurs conséquences très différentes aussi à cet égard.
Dans le cas de Tchernobyl (26 avril 1986), le programme soviétique mis en place là-bas relevait de la filière de réacteurs RBMK-1000, réacteurs à eau ordinaire modérés par du graphite ; ce modèle, dont l’usage remontait aux années 70, était utilisé exclusivement dans les républiques de l'ex-URSS (Tchernobyl, rappelons-le, est en Ukraine, au Nord de Kiev). Le fameux « nuage » de Tchernobyl, si j’ai bien compris (mais l’avis d’Olivier serait précieux), était formé surtout de particules de graphite radioactives, suceptibles d’une durée de vie et d’action très supérieures à celle des particules d’eau qui forment les « nuages » de Fukushima.
On parle de « nuages » dans tous les cas, mais on doit sans doute distinguer ceux qui sont formés d’eau de ceux qui, comme dans le cas de Tchernobyl, sont constitués de particules solides, du graphite dans ce cas ou de particules volcaniques (sans danger pour le coup même si ces nuages sont fort gênants) dans le cas de l’éruption du volcan islandais qui a mis en émoi naguère le ciel européen.
Ne pourrait-on nous traiter comme des adultes au lieu de ne nous offrir que de scoops éculés et des interviews insipides de voyageurs qui n’ont rien d’autre à nous dire que leurs préoccupations personnelles ?
Bernard Kouchner, hier chez Elkabach sur Europe 1 à 8 heures et quart, n’était pas peu fier de sa formule, même s’il ne peut pas ignorer qu’elle a déjà beaucoup servi et que, dans l’année précédente, un clou chassant l’autre, nous étions déjà tous des Haïtiens après les 230.000 morts du séisme de Port-au-Prince, en janvier 2012, car si les Haïiens n’ont pas eu de menaces nucléaires, un ou deux cyclones sans compter une épidémie de choléra ne les ont pas empêchés de sombrer dans l’oubli. Sur le registre plus personnel mais dans le même esprit, J.F. Kennedy avait déjà manifesté sa solidarité avec les Berlinois lors du blocus soviétique de la ville par son fameux « Ich bin ein Berliner !).
A ma connaissance, le plus ancien usage d’une telle formule se trouve dans la tradition orale française, reprise dans le monde créole. Dans l’océan Indien, dans la série des contes de « Petit Jean » (localement « Ti zan ») se trouve un récit qui illustre déjà cette formule. Le récit est quelque peu mâtiné de Petit Poucet, puisque Petit Jean y a huit frères, de telles osmoses étant courantes dans les récits oraux créoles. Poursuivi par un méchant ogre qui veut le dévorer, ce dernier persuade leur hôtesse de faire porter à Petit Jean un « langouti » (vêtement indien) rouge pour qu’il puisse le distinguer des autres avant de le manger. Petit Jean, le « trickster » rusé et méfiant, coupe en dix le langouti rouge et en donne un morceau à chacun des frères. L’ogre venant le lendemain dévorer sa victime désignée et cherchant « Ti zan langouti rouz » voit tous les enfants porteurs du même langouti rouge et s’entend alors répondre, « Nou tous Ti Zan langouti rouz ! » (= nous sommes tous Petit Jean au langouti rouge).
Impatiente lectrice et impétueux lecteur, je vous entends déjà maugréer en vous demandant où je veux en venir en sautant ainsi de Bernard Kouchner à Petit Jean (sans faire, je le jure, la moindre allusion à la taille de ces deux héros).
Je veux simplement en venir au sujet du jour, l’état de la centrale nucléaire japonaise et les conséquences imprévisibles du séisme et du tsunami.
Comme toujours, on nous abreuve d’images repassées en boucle et souvent données comme originales après une bonne demi-douzaine de (re-)diffusions. J’entendais récemment regretter par un/une de nos journalistes, l’absence de vues des cadavres (je vous jure que c’est vrai !). Ce sont des images que s’interdisent, paraît-il, (hélas pour nous) les Japonais. Nous ne sommes donc pas tout à fait des Japonais, car nos télés, en revanche, sont très friandes de tels spectacles, même si elles nous préviennent toujours de leur horreur, avant de les diffuser, comme toutes les publicités, obsédantes et racoleuses, pour les aliments gras ou sucrés, l’alcool et les jeux, ne manquent jamais de nous prévenir des graves dangers de la consommation de ces produits dont elles font néanmoins, sans états d’âme ni remords, la « réclame » !
Le plus clair est que l’on entend guère, dans nos médias, que des journalistes, totalement ignorants des questions en cause, ou des responsables administratifs ou commerciaux (secrètement ravis, en fait, d’une catastrophe lointaine qui devrait gravement compromettre la production japonaise sur le marché très concurrentiel du nucléaire), mais très rarement de vrais spécialistes qui pourraient nous apporter des informations intéressantes qui souvent d’ailleurs ne sont pas communiquées par les autorités japonaises.
Je me limiterai donc à un seul point, indéfiniment ressassé et qui est la comparaison entre Tchernobyl et Fukushima, comparaison à propos de laquelle je serai ravi d’ouvrir mon espace éditorial à Olivier s’il veut bien faire ici un effort.
A propos du fameux « nuage », dont on nous menace pour la suite, et qui avait circulé, après Tchernobyl au-dessus de l’Europe (en évitant toutefois la France grâce à la vigilance de nos autorités de l’époque et à l’anticyclone des Açores) j’ai entendu un vrai savant dire que les deux catastophes était très différentes, ce qui rendait leurs conséquences très différentes aussi à cet égard.
Dans le cas de Tchernobyl (26 avril 1986), le programme soviétique mis en place là-bas relevait de la filière de réacteurs RBMK-1000, réacteurs à eau ordinaire modérés par du graphite ; ce modèle, dont l’usage remontait aux années 70, était utilisé exclusivement dans les républiques de l'ex-URSS (Tchernobyl, rappelons-le, est en Ukraine, au Nord de Kiev). Le fameux « nuage » de Tchernobyl, si j’ai bien compris (mais l’avis d’Olivier serait précieux), était formé surtout de particules de graphite radioactives, suceptibles d’une durée de vie et d’action très supérieures à celle des particules d’eau qui forment les « nuages » de Fukushima.
On parle de « nuages » dans tous les cas, mais on doit sans doute distinguer ceux qui sont formés d’eau de ceux qui, comme dans le cas de Tchernobyl, sont constitués de particules solides, du graphite dans ce cas ou de particules volcaniques (sans danger pour le coup même si ces nuages sont fort gênants) dans le cas de l’éruption du volcan islandais qui a mis en émoi naguère le ciel européen.
Ne pourrait-on nous traiter comme des adultes au lieu de ne nous offrir que de scoops éculés et des interviews insipides de voyageurs qui n’ont rien d’autre à nous dire que leurs préoccupations personnelles ?
vendredi 11 mars 2011
La Marine Nationale et Mémé Lenchon

Les face-à-face entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon sont devenus le must de nos médias. On photographie (il ne s'agit naturellement que de montages !) leur couple « improbable » (pour user de l'adjectif autrefois inévitable dans tout discours de notre Fredo, désormais lui-même « improbable » ministre de la culture) en couverture des hebdomadaires et on les oppose dans des débats qui font autant recette qu’un joli match de poids welters à la salle Wagram.
Je me suis permis de vous offrir, en ouverture de ce post, un logo que, non sans esprit, le Front National s'est approprié pour mettre en scène Marine Le Pen, en empruntant cette jolie image à notre marine nationale (avec un m minuscule) pour symboliser notre « Marine Nationale » – avec majuscules -, du prénom de notre nouvelle héroïne doublement nationale, aux deux sens du terme. Je ne sais pas exactement ce qui a conduit notre Jean-Marie (également national) a nommer avec tant de prescience sa fille « Marine » qui n’était sans doute pour lui que le féminin du prénom « Marin ». Il faudrait consulter sur ce point les hagiographes habituels du FN mais il faut reconnaître que ce choix a été heureux ne serait-ce que pour permettre de reprendre le joli symbole que j'ai reproduit ci-dessus. Il est certes celui de notre « marine nationale » mais il représente aussi joliment, toutes voiles dehors, le vaisseau amiral qui, pour le moment, cingle en tête de la misérable flottille des candidats potentiels à l'élection présidentielle.
Il est de bon ton de qualifier le choc entre Marine et Jean-Luc de rivalité populiste. Le sont-ils tellement plus que les autres ? Je ne saurais le dire car il me semble que le populisme est le caractère premier de tout discours politicien ; j’use, à dessein, de ce terme pour ne pas salir le beau mot « politique » qui me paraît digne d'un tout autre usage, mais je crains qu'on ne juge un tel choix « populiste » !
Mélenchon pose plus de problèmes et suscite plus d’interrogations que Marine Nationale qui, au fond, n'a fait que policer quelque peu le discours paternel. J'ai écrit, il y a deux mois me semble-t-il, un post que j'avais intitulé, d'une façon un peu sibylline, « Mélenchon ou Melanchthon ? ». Que celles et ceux qui l’ont lu et qui s’en souviendraient par hasard me pardonnent d’en reprendre ici quelques mots.
Un mot sur Mélenchon d'abord, en particulier pour expliquer ce titre inattendu. Je ne sais pas quelle est l'origine du patronyme Mélenchon, mais il m’a toujours fait irrésistiblement penser, à celui du grand théologien du protestantisme Melanchthon, grand érudit qui avait hellénisé son nom allemand tout en lui conservant son sens de « terre noire ». Il faut dire que l'évolution actuelle de notre Jean-Luc n'est pas faite pour écarter ce rapprochement un peu douteux.
En effet, de même que Melanchthon (1497-1560), auteur de la Convention d’Augsbourg (1530) se considérait comme le dépositaire de la pensée théologique luthérienne, de même notre Mélenchon est devenu l’augure et l'utilisateur exclusif de la pensée de gauche française. Il faut dire que le bougre a de la verve et que son succès médiatique fait qu'il en use de plus en plus, non sans quelque talent en particulier contre les journalistes qui se risquent à l'interroger.
Il faut reconnaître aussi qu'il a fait des progrès sur le plan de l’information et que ses propos ne sont pas toujours dépourvus de fondements politiques et économiques, depuis qu'il a abandonné la pure et simple vocifération qui fondait ses premiers succès.
Autre flèche que vous fournit gratuitement Usbek Consulting and Co, cher Jean-Luc : si la mère porteuse des 35 heures a bien été Martine Aubry, le géniteur qui a fourni le sperme (dont, dit-on, il n’est pas avare) était Dominique Strauss-Kahn !
Comme j'ai opposé, en titre, la Marine Nationale à Mémé Lenchon, il faut bien que je m'explique sur la seconde partie de ce curieux diptyque. Les « Guignols de l'Info » qui, moins toutefois qu’à l’époque du regretté Bruno Gaccio, demeurent néanmoins parmi les meilleurs analystes politiques de nos médias, ont créé pour Jean-Luc Mélenchon la marionnette de « Mémé Lenchon ». Jean-Luc apparaît sous la forme d'une vieille femme acariâtre et grincheuse, fort occupée par un tricot qui s'apparente au gilet qu'Anémone tricotait pour Thierry Lhermitte dans « le Père Noël est une ordure ». On sent toutefois à entendre et à voir Mémé Lenchon qu'elle préférerait utiliser ses aiguilles à tricoter à d'autres fins que celles de la confection de ce tricot ; elle me fait irrésistiblement penser aux tricoteuses de la Révolution, familières du spectacle de la guillotine.
La Marine Nationale caracole en tête des sondages, ce qui n'est pas pour le moment le cas de Mémé Lenchon qui reste assez loin dans le second peloton mais qui, je pense, n’a pas dit son derrnier mot et aura sans doute à terme un score plus favorable. En revanche, de toute évidence, Mémé Lenchon « cartonne » dans les médias et a même réussi à faire sortir de ses gonds Michel Denisot ce qui est un fait unique dans les annales du PAF ! Tout cela prouve simplement la désaffection des Français, bien compréhensible, pour la classe politique, dont ils ont déjà témoigné lors de la précédente élection présidentielle. Le succès du vote blanc le prouve et notre démocratie ferait bien d’y réfléchir au lieu de mettre à la poubelle électorale les bulletins d’électeurs qui se sont déplacés et dérangés pour venir voter. En effet, ne pas considérer le vote blanc comme un suffrage exprimé est véritablement une honte pour le « pays des droits de l'homme », comme on dit un peu partout avec le moins en moins de raisons de le faire.
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jeudi 10 mars 2011
« Les bonnes recettes de Tatie Christine ».
Une fois de plus, ce vendredi matin 10 mars 2011, notre ministre Christine Lagarde (familièrement dite « Tatie Christine » selon l'usage de nos bons vieux livres de cuisine, depuis Tante Marie) a délaissé ses fourneaux économiques de Bercy pour nous livrer les secrets de sa cuisine d’économie d'énergie.
Elle semble pourtant avoir délaissé sa précédente recommandation de l'usage du vélocipède qu'elle conseillait naguère encore pour ménager le super et le gasoil, mais elle reprend néanmoins quelques-unes de ces bonnes vieilles recettes qui ont fait de notre cuisine la meilleure du monde comme l’UNESCO l’a enfin reconnu.
La première et la plus simple est celle de la mise en concurrence des fournisseurs de carburants. Naturellement, en ministre responsable et patriote ne saurait recommander d'aller faire le plein dans les pays étrangers limitrophes qui, Dieu seul sait comment, fournissent l'essence à de meilleurs prix. Si vous habitez Armentières, il vous est difficile de gagner l'Espagne, de même que si vous êtes à Bayonne, si avantageux que soient les tarifs du carburant en Belgique ou au Luxembourg, mieux vaut n’y pas trop songer.
En revanche dans l'espace hexagonal il faut absolument vous renseigner et ne pas acheter, aveuglément et sottement, votre essence dans les stations proches de votre domicile ; la chose est évidemment commode mais elle peut se révéler économiquement malheureuse. Fort heureusement, vous disposez désormais d'un site où le gouvernement vous donne tous les renseignements indispensables.
Il s’agit de prix-carburants.gouv.fr où, à 9 heures 30 ce jour, je suis allé, par curiosité, faire un tour pour y découvrir que son usage est fort incommode (avec des rubriques inaccessibles remplies de mentions « erreur » ou mieux encore « warning », alors que je croyais l’usage de l’anglais interdit dans les textes administratifs français).
Dès lors, et si plus malin que moi, vous arrivez à vous informer, vous pouvez envisager de vous rendre dans des stations où vous trouverez le super 95 où le gasoil à des prix inférieurs de plusieurs centimes dans certains cas. Si vous prenez en compte l'aspect touristique de votre déplacement et même éventuellement, si vous ne consommez pas trop d'essence, la possibilité de faire ce plein si économique pendant vos vacances, vous pouvez très bien aller passer vos congés tout près de cette si attrayante et économique station-service, en Charente-Maritime, où se trouve, me semble-t-il, la station de France qui vend le moins cher le super 95. Le risque est évidemment que ce plein si économique que vous aurez fait en ce lieu charentais béni soit épuisé par votre trajet de retour chez vous. Cela vous obligera donc inévitablement à faire, derechef, le parcours inverse pour refaire un plein que votre retour épuisera à nouveau, inévitablement, de la même façon. C'est là une sorte de version moderne et automobile du mythe de Sisyphe. Néanmoins vous aurez la satisfaction de vous être inscrit dans la formule favorite de Tatie Christine qui est : « Acheter le plus malin possible ! ».
Il m'a semblé déceler dans les recettes de Tatie Christine une faille épistémologique que j'hésite à qualifier de contradiction interne voire de « double bind ». Elle nous a affirmé en effet, confirmant la question de la journaliste, que le prix de l'essence est libre en France. Toutefois, dans le même mouvement, la ministre nous a précisé que des meutes de contrôleurs étaient lancées sur la piste des pompistes indélicats qui pratiquent des prix trop élevés. J'avoue ne pas bien comprendre comment on peut sanctionner des prix dans la mesure où ces prix sont réputés libres. Va comprendre Charles! Mais enfin tout s grand chef de cuisine a, comme elle, ses petits secrets qu'il se (la)garde de nous révéler.
Il y a une solution très simple et immédiate mais Tatie Lagarde l'a écartée d'emblée. Elle serait de baisser les taxes que sont la TIPP (25 milliards annuels de recette) mais aussi la TVA puisqu'elles forment de très loin, à elles deux, la majeure partie du prix de l'essence à la pompe. Je reviendrai sur cette question pour avoir entendu hier des spécialistes des questions pétrolières affirmer que l'essence devrait être en gros vendue aux alentours d'un euro le litre et non pas, comme on constate chaque jour, à 1,50 € ou davantage, alors qu’elle coûte, en gros, deux fois moins aux Etats-Unis par exemple.
Tatie Lagarde, parodiant Guillaume d’Orange après Tante Marie, nous a sorti la fameuse formule « Je maintiendrai ». Il me semblait pourtant que cette taxe est perçue sur les volumes, et non sur le prix de vente du produit. C'est le super qui supporte la TIPP la plus élevée : 0,6069 euro pour un litre de sans plomb en 2008. Or, on avait créé la TCP/IP précisément pour maintenir les prix des carburants à des niveaux raisonnables en cas d'augmentation du prix du pétrole.
Mais je m'écarte des bonnes recettes de Tatie Christine. Proche de la France d'en bas en dépit des apparences et soucieuse du moindre détail, Tatie Christine nous livre quelques recettes d'une grande simplicité et l'application facile auquel on ne songe pas nécessairement toujours. Ainsi conseille-t-elle au bon peuple des automobilistes français de gonfler davantage leurs pneus, d’éviter de conduire de « manière saccadée » (j’avoue ne pas avoir compris en quoi consiste ce mode de conduite), de rouler plus lentement (ça j’y avais pensé) et surtout de couper le moteur longtemps avant de s'arrêter ! Quoique Tatie Christine se soit limitée à ces quatre conseils, on serait tenté d'en rajouter quelques-uns, parfois un peu difficiles à mettre en oeuvre, comme, par exemple, d'installer des voiles sur le toit de sa voiture ou, plus simple et plus radical encore, de laisser sa voiture au garage et de rester chez soi.
Une piste plus intéressante et sans doute plus efficace, que Tatie Christine n’a fait qu’évoquer en conclusion et en passant (encore un des chers zeugmas). Christine Lagarde nous a appris, en effet, que le gouvernement va s'intéresser enfin à la manière dont les prix sont formés et aux marges qui sont celles de chacun des intervenants. La question est d'importance et on l’a gardée de ce fait pour la bonne bouche, car on pourrait s'étonner que Christine et notre gouvernement n'y aient pas songé plus tôt. Il est vrai que sans doute, comme pour toute question que l'on veut noyer, depuis Clémenceau, la démarche consistera à créer une commission. Or, dans les circonstances présentes, vu l'augmentation du prix de l'essence, les membres de cette commission auront la plus grande difficulté à se déplacer pour se réunir, d'autant que tous le font toujours dans de puissantes voitures, dont les pneus sont souvent mal gonflés et dont les chauffeurs, à la conduite rendue fatalement saccadée par la vitesse, ne songent guère à ralentir leurs véhicules puisqu'il leur faut bien suivre le train d’enfer des motards qui leur ouvrent la route.
On peut se référer à mon post d'hier pour voir qu’une fois encore, Tatie Christine s'est muée en fin de discours en Tatie Coué et nous a annoncé des lendemains qui chantent, même si, pour le moment, les accents du présent sont plutôt moroses.
Elle semble pourtant avoir délaissé sa précédente recommandation de l'usage du vélocipède qu'elle conseillait naguère encore pour ménager le super et le gasoil, mais elle reprend néanmoins quelques-unes de ces bonnes vieilles recettes qui ont fait de notre cuisine la meilleure du monde comme l’UNESCO l’a enfin reconnu.
La première et la plus simple est celle de la mise en concurrence des fournisseurs de carburants. Naturellement, en ministre responsable et patriote ne saurait recommander d'aller faire le plein dans les pays étrangers limitrophes qui, Dieu seul sait comment, fournissent l'essence à de meilleurs prix. Si vous habitez Armentières, il vous est difficile de gagner l'Espagne, de même que si vous êtes à Bayonne, si avantageux que soient les tarifs du carburant en Belgique ou au Luxembourg, mieux vaut n’y pas trop songer.
En revanche dans l'espace hexagonal il faut absolument vous renseigner et ne pas acheter, aveuglément et sottement, votre essence dans les stations proches de votre domicile ; la chose est évidemment commode mais elle peut se révéler économiquement malheureuse. Fort heureusement, vous disposez désormais d'un site où le gouvernement vous donne tous les renseignements indispensables.
Il s’agit de prix-carburants.gouv.fr où, à 9 heures 30 ce jour, je suis allé, par curiosité, faire un tour pour y découvrir que son usage est fort incommode (avec des rubriques inaccessibles remplies de mentions « erreur » ou mieux encore « warning », alors que je croyais l’usage de l’anglais interdit dans les textes administratifs français).
Dès lors, et si plus malin que moi, vous arrivez à vous informer, vous pouvez envisager de vous rendre dans des stations où vous trouverez le super 95 où le gasoil à des prix inférieurs de plusieurs centimes dans certains cas. Si vous prenez en compte l'aspect touristique de votre déplacement et même éventuellement, si vous ne consommez pas trop d'essence, la possibilité de faire ce plein si économique pendant vos vacances, vous pouvez très bien aller passer vos congés tout près de cette si attrayante et économique station-service, en Charente-Maritime, où se trouve, me semble-t-il, la station de France qui vend le moins cher le super 95. Le risque est évidemment que ce plein si économique que vous aurez fait en ce lieu charentais béni soit épuisé par votre trajet de retour chez vous. Cela vous obligera donc inévitablement à faire, derechef, le parcours inverse pour refaire un plein que votre retour épuisera à nouveau, inévitablement, de la même façon. C'est là une sorte de version moderne et automobile du mythe de Sisyphe. Néanmoins vous aurez la satisfaction de vous être inscrit dans la formule favorite de Tatie Christine qui est : « Acheter le plus malin possible ! ».
Il m'a semblé déceler dans les recettes de Tatie Christine une faille épistémologique que j'hésite à qualifier de contradiction interne voire de « double bind ». Elle nous a affirmé en effet, confirmant la question de la journaliste, que le prix de l'essence est libre en France. Toutefois, dans le même mouvement, la ministre nous a précisé que des meutes de contrôleurs étaient lancées sur la piste des pompistes indélicats qui pratiquent des prix trop élevés. J'avoue ne pas bien comprendre comment on peut sanctionner des prix dans la mesure où ces prix sont réputés libres. Va comprendre Charles! Mais enfin tout s grand chef de cuisine a, comme elle, ses petits secrets qu'il se (la)garde de nous révéler.
Il y a une solution très simple et immédiate mais Tatie Lagarde l'a écartée d'emblée. Elle serait de baisser les taxes que sont la TIPP (25 milliards annuels de recette) mais aussi la TVA puisqu'elles forment de très loin, à elles deux, la majeure partie du prix de l'essence à la pompe. Je reviendrai sur cette question pour avoir entendu hier des spécialistes des questions pétrolières affirmer que l'essence devrait être en gros vendue aux alentours d'un euro le litre et non pas, comme on constate chaque jour, à 1,50 € ou davantage, alors qu’elle coûte, en gros, deux fois moins aux Etats-Unis par exemple.
Tatie Lagarde, parodiant Guillaume d’Orange après Tante Marie, nous a sorti la fameuse formule « Je maintiendrai ». Il me semblait pourtant que cette taxe est perçue sur les volumes, et non sur le prix de vente du produit. C'est le super qui supporte la TIPP la plus élevée : 0,6069 euro pour un litre de sans plomb en 2008. Or, on avait créé la TCP/IP précisément pour maintenir les prix des carburants à des niveaux raisonnables en cas d'augmentation du prix du pétrole.
Mais je m'écarte des bonnes recettes de Tatie Christine. Proche de la France d'en bas en dépit des apparences et soucieuse du moindre détail, Tatie Christine nous livre quelques recettes d'une grande simplicité et l'application facile auquel on ne songe pas nécessairement toujours. Ainsi conseille-t-elle au bon peuple des automobilistes français de gonfler davantage leurs pneus, d’éviter de conduire de « manière saccadée » (j’avoue ne pas avoir compris en quoi consiste ce mode de conduite), de rouler plus lentement (ça j’y avais pensé) et surtout de couper le moteur longtemps avant de s'arrêter ! Quoique Tatie Christine se soit limitée à ces quatre conseils, on serait tenté d'en rajouter quelques-uns, parfois un peu difficiles à mettre en oeuvre, comme, par exemple, d'installer des voiles sur le toit de sa voiture ou, plus simple et plus radical encore, de laisser sa voiture au garage et de rester chez soi.
Une piste plus intéressante et sans doute plus efficace, que Tatie Christine n’a fait qu’évoquer en conclusion et en passant (encore un des chers zeugmas). Christine Lagarde nous a appris, en effet, que le gouvernement va s'intéresser enfin à la manière dont les prix sont formés et aux marges qui sont celles de chacun des intervenants. La question est d'importance et on l’a gardée de ce fait pour la bonne bouche, car on pourrait s'étonner que Christine et notre gouvernement n'y aient pas songé plus tôt. Il est vrai que sans doute, comme pour toute question que l'on veut noyer, depuis Clémenceau, la démarche consistera à créer une commission. Or, dans les circonstances présentes, vu l'augmentation du prix de l'essence, les membres de cette commission auront la plus grande difficulté à se déplacer pour se réunir, d'autant que tous le font toujours dans de puissantes voitures, dont les pneus sont souvent mal gonflés et dont les chauffeurs, à la conduite rendue fatalement saccadée par la vitesse, ne songent guère à ralentir leurs véhicules puisqu'il leur faut bien suivre le train d’enfer des motards qui leur ouvrent la route.
On peut se référer à mon post d'hier pour voir qu’une fois encore, Tatie Christine s'est muée en fin de discours en Tatie Coué et nous a annoncé des lendemains qui chantent, même si, pour le moment, les accents du présent sont plutôt moroses.
mercredi 9 mars 2011
Les conseils et les exemples.
Le grand et perspicace La Rochefoucauld disait : « Les vieillards aiment à donner de bons conseils pour se consoler de ne plus pouvoir donner de mauvais exemples ».
En matière d'économie comme de politique, nous-autres Français, qui sommes, vous le savez comme moi, les meilleurs, nous nous entendons à donner à la fois de bons conseils et de mauvais exemples, ce qui montre notre immense supériorité sur les vieillards qu'évoquait La Rochefoucauld.
Il faut dire qu'on nous confie parfois des rôles, dans l’UE, au G8 ou au G20, qui nous encouragent dans cette voie et nous amènent à nous ériger en exemples dans des domaines où nous devrions, au contraire, chercher un trou de souris pour tenter de nous y cacher.
Ainsi sommes-nous amenés à nous citer en exemples en matière d'économie et j'entendais Mme Christine Lagarde le faire encore, sans rire, tout récemment en face de journalistes dont on ne sait pas s’ils sont ignorants ou complices, à moins qu’ils ne soient les deux.
Le problème est que la comparaison qu'elle établissait alors ne se faisait pas avec la Grèce ou l'Irlande, États auprès desquels nous pouvons faire encore, en apparence du moins, assez bonne figure, mais avec l'Allemagne qui est, en matière industrielle et économique, le must. Que ce soit pour le chômage (qui a baissé de 2 % en RFA, alors qu'il a plutôt augmenté chez nous), pour le commerce et l'industrie (l'excédent commercial allemand est colossal alors que notre déficit est gigantesque) ou encore pour les salaires. Sur ce dernier point, on constate en Allemagne une augmentation par des primes, de 3000 à 6000 euros dans l’automobile, alors que le docte JC Trichet affirme publiquement qu’augmenter les salaires serait « la pire des choses ». Ce propos va sans doute apporter soulagement et consolation aux smicards français ; Môssieu Trichet, directeur de la BCE, lui, est un exemple, pour eux comme pour nous. Est-ce qu’il se plaint lui avec ses pauvres 350.000 euros annuels auxquels s'ajoutent , à vrai dire et fort heureusement, des indemnités de logement et de représentation?
Tenter, comme notre Madame Lagarde, d'établir une comparaison entre la France et l'Allemagne est une démarche assurément hardie mais fondamentalement absurde, si elle n’est pas fallacieuse.
Mais laissons l'économie sur laquelle chacun d'entre nous sait que les gouvernements ne peuvent pas grand-chose, puisqu'ils ont les mains liées tant par les banques que par la spéculation. En revanche, pour la politique et tout particulièrement pour la morale politique, nous pensons être incontestablement les meilleurs du monde, au moins sur le plan des conseils à défaut de l'être sur celui des exemples, car notre démocratie apparaît de plus en plus branlante à bien des égards, le plus grand scandale étant celui de la liberté d’expression qui fut longtemps un privilège français.
Je ne reviendrai pas sur les événements du Maghreb qui sont très loin d'être achevés, on le voit chaque jour, et dont je ne suis pas sûr que nos politiques aient véritablement déterminé la nature (plusieurs ne la soupçonnaient guère au moment de leurs vacances d'hiver) et, moins encore, l'évolution ultérieure.
Au milieu du concert unanime d'applaudissements pour la marche de ces Etats vers la démocratie, aucun des experts qui entourent nos dirigeants ne semble avoir pressenti un instant que les Tunisiens, par exemple, au lieu de songer à se complaire enfin dans cette démocratie en marche, s'embarqueraient en masse dans des raffiots pour gagner Lampedusa, Vintimille et au-delà la France, sans songer un instant à jouir de la démocratie enfin instaurée sous leurs palmiers.
De la même façon, nous nous manquons pas de dénoncer dans la justice mexicaine des comportements scandaleux qui tiennent surtout à la condamnation d’une Française dont on déplore avec la plus grande vigueur le sort incontestablement malheureux, sans avoir pourtant la moindre certitude réelle en ce qui concerne son innocence. La justice mexicaine, selon nous, a le tort majeur de condamner à 60 ans de prison une innocente ! Que ne suit-elle notre bel exemple français, nous qui nous employons actuellement, dans un procès passablement ridicule qui occupe tous nos médias, à faire considérer comme « PRESUME innocent » un accusé qui, lui-même, a déjà, de toute évidence et publiquement, reconnu sa culpabilité, en acceptant de compenser ou de faire compenser les dommages subis du fait de ses agissements illégaux !
Les grands Etats comme la France peuvent donc, à la différence des vieillards de la Rochefoucauld, délivrer de bons conseils tout en donnant de mauvais exemples.
En matière d'économie comme de politique, nous-autres Français, qui sommes, vous le savez comme moi, les meilleurs, nous nous entendons à donner à la fois de bons conseils et de mauvais exemples, ce qui montre notre immense supériorité sur les vieillards qu'évoquait La Rochefoucauld.
Il faut dire qu'on nous confie parfois des rôles, dans l’UE, au G8 ou au G20, qui nous encouragent dans cette voie et nous amènent à nous ériger en exemples dans des domaines où nous devrions, au contraire, chercher un trou de souris pour tenter de nous y cacher.
Ainsi sommes-nous amenés à nous citer en exemples en matière d'économie et j'entendais Mme Christine Lagarde le faire encore, sans rire, tout récemment en face de journalistes dont on ne sait pas s’ils sont ignorants ou complices, à moins qu’ils ne soient les deux.
Le problème est que la comparaison qu'elle établissait alors ne se faisait pas avec la Grèce ou l'Irlande, États auprès desquels nous pouvons faire encore, en apparence du moins, assez bonne figure, mais avec l'Allemagne qui est, en matière industrielle et économique, le must. Que ce soit pour le chômage (qui a baissé de 2 % en RFA, alors qu'il a plutôt augmenté chez nous), pour le commerce et l'industrie (l'excédent commercial allemand est colossal alors que notre déficit est gigantesque) ou encore pour les salaires. Sur ce dernier point, on constate en Allemagne une augmentation par des primes, de 3000 à 6000 euros dans l’automobile, alors que le docte JC Trichet affirme publiquement qu’augmenter les salaires serait « la pire des choses ». Ce propos va sans doute apporter soulagement et consolation aux smicards français ; Môssieu Trichet, directeur de la BCE, lui, est un exemple, pour eux comme pour nous. Est-ce qu’il se plaint lui avec ses pauvres 350.000 euros annuels auxquels s'ajoutent , à vrai dire et fort heureusement, des indemnités de logement et de représentation?
Tenter, comme notre Madame Lagarde, d'établir une comparaison entre la France et l'Allemagne est une démarche assurément hardie mais fondamentalement absurde, si elle n’est pas fallacieuse.
Mais laissons l'économie sur laquelle chacun d'entre nous sait que les gouvernements ne peuvent pas grand-chose, puisqu'ils ont les mains liées tant par les banques que par la spéculation. En revanche, pour la politique et tout particulièrement pour la morale politique, nous pensons être incontestablement les meilleurs du monde, au moins sur le plan des conseils à défaut de l'être sur celui des exemples, car notre démocratie apparaît de plus en plus branlante à bien des égards, le plus grand scandale étant celui de la liberté d’expression qui fut longtemps un privilège français.
Je ne reviendrai pas sur les événements du Maghreb qui sont très loin d'être achevés, on le voit chaque jour, et dont je ne suis pas sûr que nos politiques aient véritablement déterminé la nature (plusieurs ne la soupçonnaient guère au moment de leurs vacances d'hiver) et, moins encore, l'évolution ultérieure.
Au milieu du concert unanime d'applaudissements pour la marche de ces Etats vers la démocratie, aucun des experts qui entourent nos dirigeants ne semble avoir pressenti un instant que les Tunisiens, par exemple, au lieu de songer à se complaire enfin dans cette démocratie en marche, s'embarqueraient en masse dans des raffiots pour gagner Lampedusa, Vintimille et au-delà la France, sans songer un instant à jouir de la démocratie enfin instaurée sous leurs palmiers.
De la même façon, nous nous manquons pas de dénoncer dans la justice mexicaine des comportements scandaleux qui tiennent surtout à la condamnation d’une Française dont on déplore avec la plus grande vigueur le sort incontestablement malheureux, sans avoir pourtant la moindre certitude réelle en ce qui concerne son innocence. La justice mexicaine, selon nous, a le tort majeur de condamner à 60 ans de prison une innocente ! Que ne suit-elle notre bel exemple français, nous qui nous employons actuellement, dans un procès passablement ridicule qui occupe tous nos médias, à faire considérer comme « PRESUME innocent » un accusé qui, lui-même, a déjà, de toute évidence et publiquement, reconnu sa culpabilité, en acceptant de compenser ou de faire compenser les dommages subis du fait de ses agissements illégaux !
Les grands Etats comme la France peuvent donc, à la différence des vieillards de la Rochefoucauld, délivrer de bons conseils tout en donnant de mauvais exemples.
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