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jeudi 14 février 2013

L'école 2013 (N° 1) : Choses vues (ou presque)


Pour aborder, sans trop de sérieux et d'angoisse, les problèmes de l'école en 2013
pourquoi ne pas partir d'une "étude du milieu" en forme de "chose vue" ?

Mes enfants, vous vous souvenez sans doute que, l'an dernier, pour tous les candidats à la Présidence de la République, l’éducation était l’enjeu collectif majeur ; nous devons donc, par tous les moyens, aider à restaurer l’école de la République.

Pour cela, nous avons deux armes, la première est l’enseignement de la grammaire comme l’ont montré les rapports successifs sur le sujet rédigés par des gourous à la solde des éditeurs scolaires ; distinguer l’attribut du sujet de l’attribut du complément d’objet et savoir conjuguer et surtout orthographier les verbes pronominaux réfléchis sont les meilleurs moyens d’éradiquer la violence de nos écoles.

Toutefois l’éducation citoyenne doit absolument compléter, voire précéder  la grammaire. Sur ce point, les nouvelles instructions ministérielles précisent que cet enseignement doit prendre un tour vivant et concret. Nous allons donc partir de situations précises et imaginer que l’un ou l’autre d’entre vous occupe une fonction politique importante dans notre ville. Nous verrons ensuite ce qu’il fait et pourquoi il le fait.

Voyons Croquemol par exemple ; supposons que tu aies été élu maire de notre cité ; te voilà installé dans ton beau bureau à l’Hôtel de ville ; tu viens juste de prendre tes fonctions. A quoi penses-tu ? Quelles sont tes intentions ? Réfléchis un peu.

Non, Croquebol, ne dis pas " C'est tout réfléchi" et d’autre part, on ne dit pas, comme tu viens de le faire "Je vais me faire un max de thune" ; même si tu devais le penser, ce qu’à Dieu ne plaise, tu devrais dire plutôt, quoique ça revienne au même : "Je vais essayer de gagner le plus d’argent possible ". En dépit de quelques fâcheux précédents dont vous avez pu avoir à connaître, sachez que le rôle d’un maire n’est pas de s’enrichir aux dépens de sa commune et de ses concitoyens, mais de se dévouer, au contraire, pour leur bien-être, sans en retirer jamais le plus minime avantage personnel. Vous allez écrire sur vos cahiers cette fin de phrase qu’on devrait graver dans le marbre au fronton de tous les édifices publics.

Pourquoi ris-tu Mabrouck? "Bouffon" n’est pas une réponse et je ne vois pas d’autre part à qui s’adresse cette apostrophe. Explique-toi. Le maire ne va pas se faire encore plus de "thune" comme tu dis en faisant graver cette phrase sur les monuments. Mais non ! Cela n’a rien à voir avec les ronds-points qui, je vous l’accorde, se sont multipliés, inexplicablement et certes au-delà du raisonnable dans notre commune. Quel rapport entre ces ronds-points et la piscine de notre maire ? Que ce soit la même société qui ait construit les uns et creusé l’autre ne prouve rien. C’est sans doute une coïncidence!

De toute façon, un élu ne peut pas et ne doit pas tirer un avantage personnel de l’exercice de sa fonction ; c’est un délit et il a un nom. Vous allez l’écrire sur vos cahiers, cela s’appelle de la " pré-va-ri-ca-tion ".


Non, ça n'est pas "après" quoi que ce soit et cela n’a rien à voir avec les " varices" de Madame votre grand'mère ! La prévarication est une faute grave qui est sévèrement punie par la loi. Que notre maire ait été avant son élection un petit agent commercial et qu’il possède maintenant deux villas, des appartements et un commerce n’est pas, en soi, un délit. Il a peut-être gagné au loto ou fait un gros héritage.

Qu’est-ce-que tu dis, Moussa ? Tu le connais et il est orphelin? Bon alors, si cette seconde explication est à écarter, la première demeure envisageable.

Mais revenons à Croquemol, bien installé dans son bureau de l’Hôtel de ville et méditant déjà ses premiers actes administratifs.


Quoi ? Tu vas faire embaucher ta famille et tes amis par la Mairie. Quelle horreur! Où peux-tu prendre pareilles idées? Voilà un autre grave délit, dont vous allez noter illico le nom sur vos cahiers. C’est du "né-po-tis-me "!

Mais non je ne vous ai pas dit que c'est "illico". Vous allez le noter ; "illico" ne fait pas allusion à la notation graphique du mot, mais à l'obligation pour vous de le noter immédiatement, donc "illico", ce treme nouveau. Restons en là et notez "népotisme", du latin "nepos" qui veut dire "neveu ".

Qu’est-ce-qu’il y a encore Mabrouck ? Je sais bien qu'on n'a jamais parlé de n'embaucher à la Mairie que ses "neveux" et je prends acte que tu n’en as pas ; le terme s’applique à tous les cas où un homme politique favorise volontairement ses parents, ses amis ou ses proches.

Quoi encore ? Toute la famille de notre maire travaille déjà à la Mairie, dis-tu, et il a même fait embaucher ses colleurs d’affiches comme employés municipaux ou pompiers? Ne généralisons pas à partir d’un exemple, certes regrettable mais probablement isolé.

Mes enfants, mesurez vos propos et n’allez pas noircir un innocent. Peut-être s’agit-il de coïncidences, fâcheuses, je vous le concède, mais qui ne doivent pas vous avancer à des propos diffamatoires. Non, non, vous n’écrivez pas "famatoires" sur vos cahiers; il ne s'agit pas là du nombre "dix" (les "famatoires" étant au nombre de 10 et, en outre, cela ne fait pas partie de la leçon du jour.

Alors Croquemol, toujours installé dans ton bureau, n’as-tu pas, dans ton programme municipal quelque dessein plus honorable que ceux de t’enrichir au plus vite ou de faire recruter par la Mairie tes parents et tes amis? ... Qu’est-ce-tu dis ? Tu es nul en dessin ? Qu’est ce que cela vient faire ici ? Le rôle d’un maire n’est pas de peindre des fresques sur les murs de la salle du conseil ou de faire les portraits de ses adjoints. Comment ? C’est moi qui ai dit qu’il fallait être bon en dessin pour être maire?


Ah, ...je comprends! Tu m’as mal compris, faute de connaître la différence entre le mot "dessein" ...e-i-n ...qui veut dire "projet" et le terme  "dessin" ...i-n... qui seul vous est familier. Nous allons les écrire au tableau pour vous éclairer....Qu’est-ce qu’il y a encore ? Souria, qu’est-ce-que tu fais debout près de la porte ? Tu vas allumer la lumière ? Moi, j’ai dit d’éclairer ? Ah... encore un malentendu, nous ne parlons décidemment pas la même langue. "Je dois vous éclairer" ne veut pas dire "Allumez les lampes", mais je dois "vous faire comprendre", "éclairer votre lanterne".

Du calme, je sais bien qu’il n’y a pas de lanterne, c’est une image. Il n’y a pas d’image non plus ... D’accord. laissons cela car nous n’en sortirons pas.

Soyons donc plus simple et plus direct. Croquemol, à quoi penses-tu donc dans ton fauteuil de maire sous la photo de notre Président de la République? A la secrétaire qui, selon tes propres termes, serait "canon", que tu "kiffes grave" et que tu rêves de "niquer" ? ... Je suppose que, dans ta bouche, "canon" veut dire “ très belle ” ? ... Le maire n’embauche que des “ super-nanas ” pour reprendre tes propres termes? ... En dehors de ses recrutements intra-familiaux, je suppose, car j’espère qu’il ne joint pas à la lubricité que tu lui prêtes, un penchant pour l'inceste ; il y a là aussi grave délit dont on parle beaucoup, le " harcèlement sexuel".


Du calme! Du calme! D’accord, il y a eu un film...oui...avec Michaël Douglas d’accord... Je constate, non sans quelque déplaisir, que vous êtes plus versés dans le cinéma américain que dans l’orthographe du français.

Mais l’heure avance et certes notre bilan du jour n’est pas très réjouissant : "prévarication"..., "népotisme" ... "harcèlement sexuel"...


Pauvre France! Enfin, il faut bien faire le programme d’éducation citoyenne. La semaine prochaine, nous verrons, dans un autre volet de l’activité politique, l’ingérence, la corruption de fonctionnaire et l’abus de biens sociaux.

mercredi 13 février 2013

Information : un clou chasse l'autre.


On commençait à s'inquiéter pour les chargés de communication et les journalistes, après quelques semaines bien remplies sur le mariage gay, devant l'étiage informationnel qui semblait devoir s'installer. Fort heureusement le hasard, toujours aussi vigilant que malicieux, est venu suppléer cette carence légitimement redoutée.

Le Mali s'avérant moins triomphal que prévu (mais on pouvait le prévoir comme je l'ai fait dans ma série de blogs "Honni soit qui Mali pense"), les haridelles roumaines, subrepticement substituées à nos charolais dodus, dans nos plats dits "cuisinés", ont fourni, quarante-huit heures durant, la pitance quotidienne indispensable à notre insatiable Moloch journalistique, ce qui devait permettre d'attendre, sans trop de mal, la grève des instit', manifestement (ou grèvistement ?) peu soucieux de voir rétablie la matinée de classe du mercredi.

Patatras ! Voilà que le Pape fait soudain des siennes, en décidant, sans crier gare ni pouce, de se retirer des affaires divines dès la fin du mois de février, provoquant par cette décision inopinée et faute de croustillant scandale qui y serait lié, des recherches immédiates au sein de l'histoire de la papauté et même déjà des spéculations au sujet du conclave où l'on ne voit guère de candidats susceptibles de provoquer d'emblée le panache de fumée blanche que guettera toute la chrétienté.
 
Je n'ai pas entendu citer Prévert, un peu adapté. Petit coup de main aux ignorants de nos médias : "Le Pape démissionne, un nouveau Pape est appelé à régner. Araignée ! Quel drôle de nom, pourquoi pas  libellule ou papillon ?"
 
Merci Bon Dieu ! Le PAF est provisoirement sauvé (d'autant que commencent les phases finales de la Coupe d'Europe de foot!), mais l'abondance de biens, on le sait, nuit autant que leur raréfaction.

Parmi tant de sujets d'une aussi totale inconsistance les uns que les autres, on ne voit guère la réflexion s'orienter vers les VRAIS problèmes de l'éducation qui sont, avec ceux de la crise économique qui nous frappe, les plus sérieux, et même les seuls sérieux, que nous ayons à affronter alors que les autres n'ont pas d'autre finalité que de nous en détourner.

S'agissant de l'école et de l'industrie, je ne me risquerai pas à montrer ici, sur ce point précis, la pertinence du concept de "capital humain", proposé, il y a près d'un demi-siècle (au milieu des années 60), par Gary Becker et qui lui a valu en 1992 le prix Nobel d'économie. Le ferais-je que je pourrais peut-être recevoir des propositions alléchantes de collaboration de BFM TV, la voix du grand capital, qui, sous couvert d'information, se livre à une propagande active en faveur du grand capital, servie dans cette action par une équipe d'économistes des plus pittoresques, mais dont j'ai quelques doutes sur la compétence réelle vu la discrétion absolue de leurs CV !

Le seul et vrai problème de notre école ne me paraît pas, en effet, de savoir quel jour on gardera dans la semaine pour le repos des enfants. En quelques décennies, comme disait l'autre : "on a tout essayé" ; ainsi est-on successivement passé du jeudi, repos traditionnel des écoliers durant si longtemps qu'on l'avait mis en chansons, au mercredi, en gardant, dans les deux cas, au mépris du repos, une demi-journée pour le catéchisme ; le samedi était même, au début de cette époque infortunée, un jour de classe complet ! Il le fut d'ailleurs longtemps, jusqu'à ce que les lobbies des industries du tourisme et des loisirs imposent à tous un week-end de 48 heures. Toutes ces affaires de répartition du temps scolaire, fussent-elles garanties par des "chronobiologistes" et des "pédo-psychologues", qui ne sont d'ailleurs pas d'accord entre eux sauf sur la nécessité absolue de les consulter et même de les employer, n'ont guère d'importance et on en trouvera toujours quelques-uns pour contrarier les autres.

Les (ir)responsables de l'éducation, qui ont successivement peuplé la rue de Grenelle depuis trois-quarts de siècle, ne sont tout de même pas assez stupides pour ne pas avoir vu que les vrais problèmes de notre école sont ailleurs. Pour dire les choses simplement, on a essayé de changer les jours de classe, alors que ce sont les populations scolaires (donc le "capital humain" comme diraient certains) qui ont elles-mêmes changé, tandis que les programmes et les méthodes ne changeaient guère, sauf pour l'apprentissage de la lecture qu'on a réussi à ruiner à force de "méthode globale" ou "semi-globale", pour le plus grand et seul profit des éditeurs scolaires (on consomme désormais à cette fin des masses énormes de livres, sans cesse renouvelés à nos frais). Ces éditeurs, se sont, à prix d'or, offerts les services absurdes de quelques pseudos savants qui, pour la plupart, n'ont, en fait, aucune expérience réelle des techniques qu'ils prétendent promouvoir.
 
Je ne citerai personne sur ce point, par crainte des procès, mais les parcours professionnel de certains de nos gourous de la pédagogie sont à mourir de rire, quand on voit que ces gens-là n'ont même jamais passé (ou en tous cas) réussi le moindre concours de recrutement de l'éducation nationale (CAPES ou agrégation) et n'ont donc jamais enseigné dans les classes dont ils prétendent traiter. MDR !

Ce problème mérite plus qu'un simple post et, comme je me fais un devoir d'être toujours court en ces lieux, je réserverai ce sujet pour un ou plusieurs blogs que je consacrerai à l'éducation. Il est toutefois évident que, dans un premier temps, la massification des effectifs puis surtout la diversification croissante et extrême des élèves sont, pour une bonne part, à l'origine de la crise qu'on observe actuellement et qui fait que, selon l'estimation récente du ministre lui-même; un quart des élèves qui entrent au collège ne savent, en fait, pas lire et écrire, ce que les enfants d'autrefois étaient traditionnellement en mesure de faire à Pâques, dès le cours préparatoire, selon le témoignage de tous ceux et de toutes celles qui ont connu ces époques.

Nous y reviendrons.

mardi 12 février 2013

"Les chevaux de Findus, une vieille, très vieille affaire"


"Les chevaux de Findus, une vieille, très vieille affaire"

Cet article [de Gérard Luçon] avait été proposé en 2011 et pas retenu, et voilà que, grâce à Findus et aux suédois, il refait surface

Roumanie, chronique d’un massacre pour nos boucheries chevalines

Il y a quelques mois, en février 2011, un article paraissait dans la presse roumaine, signé Cornel Ivanciuc, dont voici de larges extraits, traduits en français :

Son titre : « Y aurait-il en Roumanie une mafia de la viande, en liens avec des français et des italiens notamment ? »

« Lorsqu’il était Ministre de l’Agriculture roumaine, Gheorghe Flutur a été contacté par le patron du « complexe de viande de Bordeaux ». En date du 22 mai 2006 ce patron a même écrit au Ministre, précisant que, « suite à ses nombreux voyages en Roumanie, je vous réitère ma proposition d’acheter tous les chevaux malades (atteints par l’AIE, anémie infectieuse équine) soit environ 14 à 15.000 chevaux ».

« L’offre de ce français (qui répond à un nom basque bien connu du côté de Bayonne) présentait une cotation, soit 200 euros la tonne, et une proposition de lieu d’abattage, à savoir dans les locaux de la Société Européenne de Sibiu, Strada Ecaterina Teodoroiu nr. 39, société créée en 1994, avec une longue expérience dans le domaine de la commercialisation de viande de bovins, ovins et chevaux. Il semble que cette offre ait été suivie d’effet puisqu’une grande quantité de chevaux roumains sont venus compléter la demande de l’Union Européenne de 2,3 millions de chevaux par an. Initialement le Ministre avait annoté le courrier en provenance de France d’un « rog analiz » (je demande une analyse), en date du 25 mai 2006. A cette époque la consommation de viande de cheval ne faisait pas l’objet d’une loi européenne. C’est seulement en 2009 que l’UE a fait ses premiers pas notamment dans le but d’interdire l’abattage des chevaux en vue de la consommation, pour des raisons sanitaires, puisque les médicaments pouvaient pénétrer l’organisme des consommateurs.

Toutefois le modèle « Flutur » semble avoir très bien fonctionné. Par exemple en avril 2010 étaient comptabilisés sur le territoire roumain 7.500 chevaux atteints de cette anémie infectieuse, dont 400 dans le département de Brasov. Ces derniers ont été sacrifiés dans un abattoir spécialisé et leur viande est partie vers l’Italie pour y préparer des saucissons secs….

En 2008, la Roumanie a exporté 3.300 tonnes de viande de cheval, dont une grande quantité provenait de ces animaux atteints de l’AIE. En 2009 ce sont 14.000 chevaux vivants qui ont été de nouveau expédiés vers l’Italie. Un rapport de la Direction pour l’alimentation et les services vétérinaires de la Commission Européenne a mentionné l’échec complet de l’identification des chevaux au moyen de « chips », en ce qui concerne la Roumanie. Ces chevaux sont encore et toujours sacrifiés dans des abattoirs illégaux, et les animaux malades continuent à ne pas être marqués donc restent non identifiables. »

2 petits ajouts à ces extraits :

-Les paysans qui reçoivent la visite des services vétérinaires roumains touchent une indemnité de 350 lei par animal réquisitionné (soit 85 euros), à peine de quoi louer un tracteur pour retourner leur terrain la saison prochaine. Car en Roumanie un terrain agricole non entretenu entraîne automatiquement une amende de l’Etat… la boucle est bouclée … reste à vérifier si les responsables des services vétérinaires ont reçu des aides de l’UE pour investir dans les tracteurs agricoles …

-sur France 24, l’émission « Reporter » a programmé en juillet 2011 un reportage sur le futur abattage des chevaux sauvages, en liberté dans le Delta du Danube (une réserve naturelle de plus de 3.000 km² enregistrée dans le projet Nature 2000 de l’Union Européenne). Ces chevaux sont plusieurs milliers, ne sont pas malades, et paraît-ils abiment les cultures !?!?

Nul doute qu’un lien existe entre ce besoin en viande de cheval sur les étals de France et d’Italie et ce massacre programmé. Nul doute que ce sont les mêmes margoulins qui sont derrière. Nul doute que les projets de l’Union Européenne ne sont pas vus de la même manière selon qu’on se trouve à Bruxelles, Bucarest ou Européenne ne sont pas vus de la même manière selon qu’on se trouve à Bruxelles, Bucarest ou Bayonne !

Monsieur Gérard Luçon a bien voulu apporter un commentaire à mon post ("L'effet canasson" que j'avais publié aussi, comme je le fais parfois, dans Agoravox.fr) pour me faire connaître ce texte de lui qui éclaire l'affaire d'un jour nouveau...et inquiétant. Voici quelques éléments de son CV qui figurent dans son blog :

"Ancien Directeur au Ministère de la Justice
Ancien Directeur de Handicap International puis de Le Chèque Déjeuner en Roumanie
Officier de l'Ordre National "Steaua României"
Auteur de Aventures, Contes et Histoires Africaines (Ed. Harmattan)

Excommunié en 1738 [sic]
J'ai vécu en France, au Sénégal, en Roumanie et en Chine, suffisamment à chaque fois pour y connaître plus ou moins les gens, leur histoire, leur identité et leur culture.
La liberté d'expression impose que tout texte proposé, et dont l'auteur est réellement identifiable, soit publié. Voila pourquoi je n'émettrai jamais aucun avis sur des auteurs non identifiables, et voila aussi pourquoi je ne donnerai jamais un avis négatif pour ceux identifiables, considérant que tout écrit mérite d'être publié, chacun devant assumer ses écrits et également les commentaires qu'ils engendrent.".

lundi 11 février 2013

Diesel


Rassurez-vous, je ne vais pas vous parler mode, sujet auquel je n'entends rien (c'est toutefois un point commun à divers sujets que j'ai le front de traiter ici) ni automobile et carburant, sujet auquel je n'entends pas davantage et qui ne m'intéresse pas plus. Comme toujours, le point de vue que j'exprime ici est celui d'un Huron pourvu de ce bon sens élémentaire dont semblent dénué nombre de nos grands capitaines d'industrie comme, hélas, la plupart de nos politiques.

La France est, en effet, le pays du monde où l'usage du diesel (ou gaz-oil ou encore gazole) comme carburant est le plus répandu, puisque 75 % des véhicules qui circulent dans notre beau pays, utilisent ce type de carburant. Commençons donc par un doigt d'histoire l'explication de ce qui est, avec les droits de l'homme et le vaudeville une des spécificités françaises.

Le père de cette mode est Monsieur Jacques Calvet qui, après avoir été chez Giscard et dans la banque (j'espère qu'il y a mieux réussi), est entré chez PSA comme PDG et y resté entre 1983 et 1997. Il y était, vous en souvenez peut-être, somptueusement rémunéré, du fait en particulier des augmentations qu'il s'était consenties et, suite à la publication de sa feuille d'impôt par le Canard enchaîné, il a traîné cet hebdomadaire en justice dans un interminable procès qui a fini devant la Cour européenne de justice avec le triomphe de notre effronté palmipède et la défaite de la justice française.

C'est Monsieur Calvet, en grand capitaine d'industrie qu'il était, a entraîné la production automobile française sur la voie du diesel, ce qui était relativement facile moins pour les avantages que fournissait ce type de motorisation que pour des raisons économiques, puisque c'est l'État qui est, en fait, le maître du prix des carburants par les taxes qui forment 75% des prix. Pour imposer le diesel, on y a pratiqué une réduction des taxes afin qu'il coûte beaucoup moins cher que l'essence elle-même. CQFD!

Calvet et l'État jouaient sur le velours dans ce domaine et on se garda de parler à la fois de la pollution, qui est infiniment plus grande dans l'usage du diesel (même si elle s'est un peu réduite au fil des années, pour le CO² surtout, mais par pour les microparticules) mais surtout, et c'est beaucoup plus grave, du fait que, pour des raisons obscures mais incontournables, la production française de diesel est tout à fait insuffisante pour le niveau de consommation que l'on a provoqué dans notre pays.

Durant des décennies, on s'est naturellement abstenu de nous dire cela; on a jeté un voile, devenu de plus en plus impudique au fil des ans, sur ces deux aspects majeurs la pollution et la nécessité d'acquérir ce carburant à l'étranger.

Avec cette totale et rare cécité qui est, à la fois, celle de nos grands capitaines d'industrie comme de nos décideurs politiques majeurs, nous avons développé en France une énorme consommation d'un carburant qui, non seulement pollue notre atmosphère mais surtout que ne peuvent couvrir que, dans une très faible mesure, nos propres moyens de production, alors qu'on ferme les raffineries locales ! Va comprendre Charles ! Je laisse au représentant du lobby diesel le soin de vous expliquer pourquoi nous produisons si peu de diesel dont nous avons grand besoin depuis un quart de siècle ; cela, paraît-il coûte très cher mais alors l'État (Monsieur Calvet s'en foutait lui !) aurait dû réfléchir à cet aspect avant d'encourager la généralisation de l'usage de ce carburant que nous ne produisons pas.

Pour faire court, comme toujours je reviens directement aux faits saillants et absurdes à la fois.

Nous achetons donc une grande partie de notre carburant diesel aux États-Unis, qui apparemment, produisent, eux, du gazole qu'ils ne consomment pas et nous exportons, vers ces mêmes États-Unis, de l'essence que nous produisons en grande quantité mais que nous ne consommons pas non plus. Vive le Père Ubu!

Des norias de tankers se croisent donc au milieu de l'Atlantique ; les uns viennent de l'Est (de chez nous) et vont vers l'Ouest, chargés d'essence française ; les autres vont d'Ouest en Est, chargés de gasoil américain! Ils doivent se faire coucou au passage!

On croit rêver. Cela me rappelle, puisque la viande est aujourd'hui à l'honneur avec "l'effet canasson" que j'évoquais hier dans mon blog, ce que me disait un ami qui était dans le commerce international des viandes; il m'expliquait alors que l'on exportait des porcs bretons vers l'Europe de l'Est tandis que l'on expédiait vers notre pays des cochons hongrois. Je lui avais suggéré, par le simple robuste bon sens, d'installer de chaque côté un employé, munis de tampon avec la mention "breton" d'un côté et "hongrois" de l'autre qui aurait pu tout simplement tamponner, au départ, comme "hongrois" les porcs bretons et comme "bretons" les cochons hongrois, en évitant, en outre par là même, à ces pauvres animaux, un long et pénible voyage.

Tout cela est évidemment absurde, mais l'État, bien loin de reconnaître son erreur et de battre sa coulpe, s'emploie depuis des années, subrepticement d'abord et désormais ouvertement, à augmenter progressivement le prix du gasoil pour l'amener à peu près au niveau du prix de l'essence, ce qui évidemment réduira peu à peu la consommation de diesel mais n'évitera pas, dans l'immédiat et aussi longtemps qu'il se vend en France autant de véhicules diesel, la noria alternée des tankers dans l'océan Atlantique. C'est aussi (mais qui le dit?) un élément de la crise de l'industrie automobile française:

Et dire que ce pauvre Descartes essayait de nous faire croire que "le bon sens est la chose du monde la mieux partagée". On oublie toujours la suite de cette phrase qu'il faut mentionner, surtout à l'intention de nos décideurs et de nos politiques : "Chacun pense en être si bien pourvu, que même ceux qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont".

dimanche 10 février 2013

L'effet canasson


Pire et plus grave que "l'effet papillon" (vous savez ce fameux battement d'ailes d'un papillon qui, produit à un bout de la terre, déclenche une tempête à l'autre bout), voilà que "l'effet canasson", à un bout de l'Europe (en Roumanie), ruine, à l'autre bout, l'un des fleurons de notre commerce extérieur (nous n'en avons plus guère !) : l'agro-alimentaire.

Quel est donc cet "effet canasson" en la circonstance ?

Les choses sont des plus simples ; en Roumanie, où, contre toute attente, on n'aime guère les Roms que l'on veut exporter vers l'Ouest, on a interdit la circulation traditionnelle des roulottes tirées par des chevaux. Que faire de ces pitoyables haridelles roumaines désormais devenues inutiles ?

Bon sang mais c'est bien sûr !

On va, elles aussi, les exporter vers l'Ouest comme les Roms eux-mêmes; toutefois, à la différence des individus, on ne peut pas espérer qu'on les renvoie, au bout de quelques mois, les poches lestées de quelques billets de 50 €. D'abord, les pauvres bêtes n'ont pas de poches! On va donc les expédier mortes pour les faire bouffer aux riches occidentaux, en leur faisant croire tout simplement que c'est du bœuf, car certaine bonnes âmes occidentales, en particulier de l'autre côté de la Manche, se refuseraient à consommer la viande des canassons roms.

Pour cacher la chose, on a donc monté un système rémunératieur (300.000 euros de bénef!), un peu compliqué mais infaillible et discret quoique souvent utilisé en Europe. Il consiste à faire passer la marchandise, dont on veut effacer l'origine et empêcher la "traçabilité" (devenue la douce manie des occidentaux), par différents pays, où on se demande un peu ce qu'elle va faire en la circonstance, sinon brouiller les pistes. C'était, semble-t-il, pour les rossinantes roumaines, Chypre, les Pays-Bas et le Luxembourg pour finir mais il y en a peut-être d'autres comme le Pays Basque, siège de la société en cause.

La barbaque, équine et roumaine, n'est même pas apprêtée dans notre beau pays dont la cuisine, qui occupe bientôt la première place dans le PAF, a été reconnue comme figurant dans le patrimoine mondial de l'Unesco. Or, les bidets roumains  sont accommodés et transformés en bœuf .... au Luxembourg qui, en fait, fabrique tous les plats cuisinés pour 16 pays d'Europe. Il faut que le Grand-Duc se décide à son tour à solliciter de l'Unesco la reconnaissance du magique hachis luxembourgeois comme relevant lui aussi du patrimoine mondial de l'Unesco. Ce ne serait assurément que justice!

Les premiers mets identifiés comme fabriqués à partir des bourrins de réforme roumains changés en charolais, l'ont été en Angleterre et ils provenaient de Findus dont, je l'avoue à ma grande honte, j'ignorais qu'il fût, en fait, suédois! Pire encore, la prétendue viande bovine y figure pour le moment du moins dans des spécialités italiennes, comme les lasagnes, ou grecques, comme la moussaka. Quelle salade si j'ose dire!

Je ne comprends pas d'ailleurs pourquoi on se plaint d'une telle affaire qui illustre, de façon si merveilleuse, l'activité effective de cette Europe dont on se plaint sans cesse qu'elle n'existe pas. Les "rosbifs", en la circonstance, bouffent de la moussaka et des lasagnes dont la viande hachée roumaine est fabriquée ou en tout cas cuisinée au Luxembourg, avant d'être expédié dans les Pyrénées d'où une société de courtage basque la vend à Findus, société suédoise implantée en France qui va ensuite la diffuser dans la plupart des grandes chaînes de notre pays (et pas spécialement d'ailleurs dans les low-costs où Monsieur Jean-Pierre Coiffe monte une garde vigilante). Ajoutons que cette viande, qui vient de haridelles de réforme roumaines, est passée auparavant par Chypre et les Pays-Bas avant d'arriver au Luxembourg. Plus européen que ça tu meurs!

On nous rassure en évoquant, partout et sans cesse, les contrôles sanitaires, mais les dits contrôles sont évidemment "bactériens" et non pas "génétiques" et d'ailleurs je ne suis pas sûr que  l'ADN des vieux canassons roms figure dans les bases de données dont disposent nos experts qui, comme souvent, en tout intérêt à ce que le système dur aussi longtemps possible.

José Bové, opulent député européen désormais bien loin de son Larzac, n'a plus besoin d'aller faire le coup de poing dans les Mac Do et les champs d'OGM ; il se bornera, comme toujours à dénoncer la "malbouffe", dont il n'a toujours pas compris qu'en écrivant ce mot comme il le fait ("malbouffe" et non pas "male bouffe  (comme "male peste"), il donne infiniment moins de force à sa condamnation, tout en se livrant à un attentat contre la langue française.

samedi 9 février 2013

Interlude


Il y avait autrefois sur nos chaînes de télévision des "interludes"  ; c'était à l'époque où l'on en avait qu'une ou deux et non des dizaines, qui nous resservent toutes soit les mêmes âneries de télé-réalités "animées"(quel oxymore!) par leurs insubmersibles crétins de service (je crois avoir entendu que les has-beens qu'on y emploie vont faire des plongeons et j'offre, d'ores et déjà, une tringle à rideaux à celui qui videra en douce la piscine !), soit les mêmes émissions tirées des fonds de placards de l'INA.

Ces "interludes" étaient de petits épisodes musicaux sans prétention (genre musique d'ascenseur) et fort heureusement sans images que l'on avait baptisés, Dieu sait pourquoi interlude, car si l"inter-" se comprenait bien, on voyaiit mal ce qui, dans la télé d'époque et de style pouvait justifier le "-lude".

Bref, c'est aujourd'hui samedi et ce sera donc interlude de ma façon sur ce blog.

Ce ne sont pourtant pas les sujets qui manquent.

Si ce matin, à 5h30 nous dit-on et je veux bien le croire, l'heure de gloire a sonné pour Monsieur Moscovici et Madame Taubira qui estiment être sortis grandis (ils en ont bien besoin d'un et l'autre) des 110 heures de session de l'Assemblée nationale sur le mariage gay, nous ne devons pas trop nous réjouir. Avez-vous noté que Madame la Garde des Sceaux est revenue à une coiffure quelque peu afro, peut-être pour pouvoir taxer de racisme ses éventuels contradicteurs déjà contraints par elle à écouter du L.G. Damas ? Ne pensons donc pas trop vite en avoir fini avec le mariage homo car le texte va désormais passer au Sénat et je ne pense pas que  Rouges ou Verts de la prétendue majorité de gauche au Luxembourg laissent passer l'occasion de tailler des croupières au gouvernement et de faire plancher l'Assemblée nationale dans une seconde lecture qui ne pourrait être que réjouissante vue les conditions et les incidents de la première.

Mon propos est toutefois ailleurs car, quoique relativement attentif à la fois aux productions Internet et aux informations du PAF, en ce samedi matin 9 février 2013, je n'y ai guère entendu ni vu parler du Mali, où se passent pourtant des choses qui, pour avoir été prévisibles, s'y sont néanmoins hélas produites et qui gâtent quelque peu déjà la liesse générale du début : affrontements armés entre bérets rouges ("touréistes") et bérets verts" ("sanogistes") à Bamako, avec à la clé deux ou trois victimes avouées, dont un gamin qui passait par là ; attentat suicide à Gao (ce qui constitue le premier et, à ce jour, le seul acte "terroriste" au Mali ; minage de routes ici ou là). Silence radio et quasi silence Internet sur ces questions. L'information la plus récente, et la seule à neuf heures du matin, sur Internet date de trois heures et la plupart des autres sont de la veille. On nous bassine sans cesse avec les vacances des enseignants, mais celle des journalistes, sans parler des médias audiovisuels, sont encore bien autre chose.

Je m'amusais ce matin en zappant vaguement sur BFM (la radio-télévision des "bignoles" - concierges pour les nobles étrangers - et du grand capital, dans une alliance étrange mais, au fond, pas si insolite) de voir comment on y fourgue comme tous les samedis matin, sous couvert d'information, une émission qui repasse, en fait, des plats de la semaine, aussi peu frais que la viande de cheval roumain que l'industrie agro-alimentaire française, pourtant si réputée, refile à ses clients anglais.

Je pense que les services français officiels de communication vont hélas devoir travailler dur pendant ce week-end pour trouver à la fois des sujets de société et des "éléments de langage" qui soient susceptibles de remplacer, de préférence avantageusement (mais ne rêvons pas), le mariage gay.

Le temps continuant à se rafraîchir, je ne vois guère que le problème des SDF, l'affaire de la viande de cheval rouge ou , ultime recours, la question des Roms vers laquelle on peut glisser car, vous l'aurez observé, la viande de cheval fourguée ( en "loucedé" comme on disait en "louchébem" l'argot des bouchers d'autrefois) aux Anglais était roumaine !

vendredi 8 février 2013

Honni soit qui Mali pense (N° 4) : The Toyota War


L'affaire du Mali est décidément pleine de surprises et ce n'est sans doute pas fini !

On se souvient que quelques centaines de soldats français devaient, en soutien logistique et appui aérien, n'intervenir que derrière les troupes maliennes et/ou, éventuellement, si elles arrivaient un jour, celles de la CEDEAO. Voilà que nous avons là-bas quatre mille militaires français sur le théâtre des opérations. Les affaires sont menées à la vitesse de l'éclair (moins d'un mois) et Gao, puis Tombouctou et enfin Kidal sont tombées comme des fruits mûrs dans l'escarcelle des forces françaises, même si l'affaire de Kidal mérite tout de même attention dans la mesure où les insurgés ennemis, devenus du jour au lendemain nos alliés, se sont opposés à l'arrivée sur place des troupes maliennes gouvernementales. On ne sait pas d'ailleurs trop en quoi consiste ces troupes quand on a vu, sur nos chaînes de télévision, les simulacres d'entraînement de troupes sans armes ni munitions qui devaient imiter les bruits de la guerre pour donner plus de vraisemblance ou, pire encore, l'antagonisme manifeste entre les bérets rouges et verts des forces du Mali (voir le post-scriptum de ce blog, à l'instant)..

Bref tout cela été rondement mené et les troupes françaises, les seules à intervenir pour autre chose que de la figuration, devraient, selon nos autorités, se retirer des opérations dès que possible.

"Hic jacet lepus" comme disait Jules César que j'évoquerai plus loin pour tout autre chose ! La commodité d'une telle expression tient à son élasticité ; comme je le disais dans un blog précédent, elle pose le même problème mais offre la même facilité que le refroidissement du fût du canon, cher au regretté Fernand Raynaud : cela peut prendre « un certain temps ».

Ne soyons pas mesquins et n'évoquons pas de prévisibles difficultés concrètes en envisageant, par exemple, le cas des troupes de la CEDEAO et, par exemple, des deux des principaux contingents qui pourraient l'alimenter, ceux du Tchad et du Nigéria. Je ne parle même pas ici de l'entraînement militaire de ces troupes car, vu la situation intérieure de ces deux pays, leurs militaires doivent être confrontés de façon fréquente à des situations de guerre. En revanche, la communication au sein de cette formation, même si elle est mise sous la tutelle de l'ONU, posera problème dans la mesure où, dans le meilleur des cas, les Tchadiens seraient francophones et les Nigériens anglophones. On devine déjà que cela pose quelques problèmes et qu'on ne peut guère envisager de les résoudre par le recours aux langues africaines, puisque elles ne sont évidemment pas communes à ces deux territoires et encore plus différentes entre elles que les deux idiomes européens. Comme disait le général, en de toute autre circonstance, on ne peut que leur souhaiter,par avance, bien du plaisir. Ajoutons, que ces troupes onusiennes ou autres ne brillent pas par leur discipline et que les situations dans lesquelles elles se trouveront pourraient conduire aux pires de ce qu'on appelle actuellement (le terme est à la mode) des "exactions".

Le problème pourrait susciter de nombreux commentaires, je me limiterai à deux, l'un lexical, l'autre historique, car je suis bien loin d'être un expert en stratégie militaire comme ces "'chers" pigistes qui hantent nos écrans et monopolisent les micros.

Quand on y réfléchit un instant, il n'y a pas lieu d'être tellement étonné de voir, dans la zone sahélienne, pratiquer l'enlèvement d'otages, dans la mesure où il y a là une pratique qui est multiséculaire sous la forme des "rezzous" où l'on se procurait non des otages mais des esclaves. Il y a même des précédents illustres plus anciens encore, dans un tout autre lieu, puisqu'on pourrait, au fond, assimiler la guerre des Gaules que Jules César a assez complaisamment décrite à une action de cette nature. Le principal et le vrai  but de César, qui ne le dit pas naturellement dans son De bello gallico, était de se procurer des esclaves dont la vente lui permettrait de financer son action politique. L'attaque de l'Andalousie par les Arabes (ou les Sarrasins comme on disait autrefois) est regardée par certains historiens comme une action initialement du même genre. Alors esclaves ou otages...Les seconds sont plus chers que les premiers puisque la France qui n'a jamais payé, a versé 17 millions de $. C'est comme ces mâles qui ne vont jamais aux putes !

Sans m'étendre davantage sur le lexique, je ne vous donnerai ici que le bref article que le TLF consacre au mot "rezzou".

"Rezzou : substantif masculin. Bande armée qui fait une razzia en Afrique du Nord et au Sahara; p. méton., razzia. Des rezzous (...) marchaient vers le sud, volant leurs chameaux par centaines (SAINT-EXUP., Terre hommes, 1939, p. 196).
Prononciation.: [ ]. Étymologie et histoire : 1883 r'zou « bande armée constituée pour un raid de pillage » (C. TRUMELET dans R. africaine, p. 121: le commandement de ce r'zou); 1897 rhezzou (Capitaine DE L'EPREVIER, Voyage dans le Sud Algérien in B. de la Sté de géogr. d'Alger, II, 1897, p. 260 cité par R. ARVEILLER dans Mél. P. Larthomas, 1985, p. 21); [...] Emprunt. à l'arabe. (prononcé  en ar. maghrébin) « expédition militaire, incursion, raid, attaque; troupe armée pour faire une razzia », mot de même orig. que razzia*. Le mot a plusieurs significations : employé en tant que nom commun : une razzia est une attaque, une incursion rapide en territoire étranger, dans le but de prendre le butin. Le terme provient du mot arabe ġazwa (غزو : raid ; invasion ; conquête). Au
Sahara, à l'époque où les Touaregs utilisaient cette pratique, cela prenait le nom de rezzou." TLF.

J'introduirai ma seconde remarque, historique celle-ci, par référence au titre même de ce blog qu'il me faut bien expliquer. Il s'agit là d'une histoire beaucoup plus récente puisqu'il s'agit de la guerre entre le Tchad et la Libye dans les années 80. Nos chers experts militaires feraient bien de s'y intéresser un peu et en particulier de lire l'excellent livre (peut-être un peu épais pour eux) de Florent Sené qui porte précisément sur cette guerre : Raids dans le Sahara central (Tchad, Lybie, 1941-1987) . Sarra ou le Rezzou décisif (Paris , l'Harmattan , 2011).

Tous nos experts, en effet, et les politiques qui les suivent, pensent ne faire qu'une bouchée de ces quelques milliers de Touaregs ou assimilés avec leurs kalashnikov, leurs missiles et surtout leurs Toyota (essentielles ici, d'où le titre). Il serait bon de se souvenir, pour tempérer quelque peu cet enthousiasme, que la richissime et puissante Libye avec ses mercenaires, ses chars, ses avions, ses hélicoptères de combat (les mêmes que les nôtres puisque nous les leur vendions!) a subi une lamentable défaite (en particulier à Sarra "le rezzou décisif") face aux Tchadiens, dont les troupes et l'équipement étaient un peu semblables à ceux des forces que nous combattons dans le Nord Mali.

Ce n'était pas tout à fait les mêmes populations mais leur mode de vie et leurs pratiques quotidiennes étaient du même ordre. J'entendais; il y a peu, un nos experts dont j'ai déjà abondamment parlé, dire qu'il suffisait de les "affamer" en les coupant des lieux d'approvisionnement. Ce brave lieutenant-colonel de réserve, quoique titulaire d'un DEA d'histoire dont il n'est pas peu fier, ne doit pas connaître ce que l'on dit des Toubous du Tchad et qu'on pourrait sans doute dire des Tamasheqs du Mali. Je vais donc le lui apprendre

Une datte nourrit un Toubou pendant trois jours; le premier jour, il mange la peau, le deuxième la chair, le troisième le noyau !

C'est tout dire! Ajoutez que des siècles de vie dans le désert leur en ont rendu familiers tous les secrets et toutes les ressources et qu'ils se déplacent à peu près sans rien, trouvant toujours sur place de quoi subsister durant les dizaines voir les centaines de kilomètres qu'ils parcourent ainsi.

Un bon conseil, Messieurs les experts et les politiques, allez donc lire le livre de F. Sené et réfléchissez un peu plus.


PS : 11 heures, vendredi 8 février 2013. En rédigeant ce blog, j'apprends que les premiers affrontements au sein même des troupes maliennes (entre bérets "verts" et "rouges") viennent d'avoir lieu à Bamako.
Dernière minute : "Depuis 6 heures, des militaires lourdement armés, tous corps confondus, ont attaqué le camp. En ce moment même, ils sont en train de tirer sur nos femmes et nos enfants", a déclaré Yaya Bouaré, un béret rouge se trouvant dans le camp de Djicorni. "Il y a plusieurs blessés dans le camp", a-t-il ajouté. Ses propos ont été confirmés par des habitants vivant à proximité de cette base militaire.".