Messages les plus consultés

vendredi 6 septembre 2013

De Damas et Carthage : de la Syrie à l'antisémitisme


Hier matin, 5 octobre 2013, sur Europe, vers 8 heures 40, j'écoutais d'une oreille distraite la prétendue revue de presse de Natacha Polony où, celle-ci; dans un souci légitime et méritoire, se préoccupe de raconter un peu autre chose que ce qu'on a déjà entendu dix fois dans la journée dans tous les médias audivisuels, dont la chaîne de radio-bignole où elle officie.

Bien entendu, il était question de la Syrie et Natacha Polony, qui se voulut autrefois professeur de lettres (elle passa l'agrégation de lettres modernes avant de démissionner de ses fonctions - au terme du délai de rigueur j'espère - pour adopter une profession plus agréable à ses yeux), y a fait un discours que j'ai jugé assez confus (j'ai pris le train en marche) sur les Romains, qui avaient fabriqué leur verbe "punio" (= punir) à partir du nom de leurs ennemis jurés, les Carthaginois, dont la tradition romaine dénonçait la "fides punica", la (mauvaise) foi punique alors que la "fides romana" n'était sans doute pas bien meilleure.

Ce désir d'élever le niveau culturel des auditeurs d'Europe est parfaitement légitime, encore que la tâche soit rude, et il semble une des préoccupations majeures de Natacha Polony. Quoique ses prestations soient sans doute parmi les meilleurs de notre paysage audiovisuel et si ignorants que soient ses auditeurs, elle aurait du s'informer un peu davantage et surtout mieux car, sauf erreur de ma part, le latin figure toujours au programme de l'agrégation de lettres modernes, si c'est souvent sous la forme d'une simple épreuve d'initiation.

L' étymologie proposée par Natacha est jolie mais elle est malheureusement totalement fausse ; elle aurait pu toutefois la rendre plus vraisemblable si elle avait rattaché le verbe latin "punire" pour son étymon à "poena" (= la peine, le châtiment) plutôt que d'aller chercher du côté de l'adjectif "punique" car le nom latin ancien des Carthaginois est "Poeni" (= Carthaginois/Phéniciens), ces populations étant réputées à l'origine être des émigrants venus auparavant, selon Hérodote, de la mer Rouge.

Les deux termes "poena" et "Poeni", en dépit des apparences, n'ont aucun rapport, sauf peut-être si l'on remonte très au-delà de la limite de mes propres connaissances. "Poena" (=le châtiment) vient du grec "poinè" ( je ne sais pas comment on accède à l'alphabet grec!) qui a le même sens et qui désigne le "prix du sang" alors que "Poenus" vient du grec "phoinix", les Carthaginois passant pour être à l'origine, comme on l'a vu, des Phéniciens.

Cela m'amène donc à une justification de mon titre de "Damas à Carthage" qui est, bien entendu, un double anachronisme, puisque, évidemment, aux époques reculées qu'on évoque ici ces deux villes n'existaient pas encore. Sur le rivage oriental de la Méditerranée, la Syrie était toute proche de la Phénicie (en gros le Liban actuel) et des émigrants de cette région sont venus s'installer au Maghreb me fournissant aimablement, du même coup, le titre de ce billet.

Dès lors la "fides punica" que dénonçaient les Romains n'est peut-être que la mauvaise foi des Phéniciens dont doivent être issue une partie des Syriens actuels. Cela m'amène à une dernière réflexion que je me fais souvent et parfois avec un certain amusement quand j'entends parler, en particulier du côté du monde arabe, des Palestiniens et des Maghrébins, de "l'antisémitisme"dont la cible exclusive seraient les Juifs. On oublie ou plutôt on ignore toujours que l'arabe comme l'hébreu sont des langues sémitiques et les Palestiniens, comme les Juifs sont eux-mêmes des Sémites.

Comme, dans le cas des prétendues étymologies latines de Madame Polony, il serait bon, de temps en temps, de remettre les pendules à l'heure et de dire ce qu'on cache ou qu'on ignore (comme pour Jacques Vergès dans la série de ma dizaine de précédents billets dans ce même blog!).

 

jeudi 5 septembre 2013

Jacques Vergès lecteur d'Hitler et de Bormann

J'ai mis hier, en commentaire de mon prédent billet, le texte suivant qui contient une information qui me paraît mériter mieux qu'un modeste commentaire d'un texte qui lui-même a très vite disparu!

Il s'agit en effet d'un extrait d'un article à la gloire de J. Vergès paru dans une revue dite, je crois, Palestine , écrit par un certain Lemieux (qui aurait mieux fait de se nommer Lepire !) et qui manie ici le pavé de l'ours :

"Quand il fut un jour question de Nicolas Sarkozy et de l’expédition néocoloniale française contre la Libye, de l’armement des rebelles berbères du Djebel Nefoussa, il [ J. Vergès comme vous l'aurez deviné] était allé chercher dans sa gigantesque bibliothèque, couvrant les murs de deux pièces de son cabinet, les Propos de table d’Adolphe Hitler, rapportés par son conseiller Martin Bormann, ouvrage paru chez Flammarion en 1954. Le Führer, s’y moquait méchamment de la velléité de Benito Mussolini de se présenter en défenseur de l’islam devant un parterre rassemblé par la propagande fasciste, organisé avec le cheikh pro-italien d’une tribu berbère de la région de Tripoli".

Il a trouvé sans peine le volume et le passage en cause ; "Aux pages souvent lues, le livre s'ouvre seul". C'était sans doute là un petit cadeau de son vieil ami Genoud, éditeur de Bormann et d'Hitler  à son cher Jacques Vergès, lecteur assidu des oeuvres d'Hitler !

Ces papiers d'Hitler ont en effet transité par Genoud qu'on évoque pudiquement comme "un éditeur de Lausanne" ! MDR !

Jean Sigmann
Revue d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale 23e Année, No. 90, L'ANGLETERRE DANS LA GUERRE  (AVRIL 1973), pp. 98-101 Published by: Presses Universitaires de France Article Stable URL: http://www.jstor.org/stable/25728521

mercredi 4 septembre 2013

Jacques Vergès l'homme des mystères et des mensonges : MDR ! (10)

Je vous avais promis hier, pour ce dernier billet, la vérité sur la mort de Jacques Vergès vous allez l'avoir.

La presse nous a complaisamment décrit Jacques Vergès rendant son dernier soupir dans la chambre où était mort Voltaire (on a vu dans mon post d'hier, numéro neuf, qu'il aurait pu, à sa façon, ré-écrire une autre fin de Candide, avec son vieil ami François Genoud dans le rôle de Pangloss); il s'est éteint, un verre de vieux bordeaux à la main, sous le regard enamourée de sa promise, la Marquise ou la Comtesse (je ne sais plus trop).

On a cependant omis un détail d'importance ; il était alors en train de relire l'interview qu'il avait donnée à Sud-Ouest Dimanche en février 2013, dans le cadre de la promo de son dernier livre, ses mémoires, De mon propre aveu . Cet organe de presse à republié, après sa mort ce texte mémorable et c'est là que j'ai lu cet entretien de deux pages dont je vous livre les extraits significatifs.

À la lecture de ce texte, on comprend aisément que Jacques Vergès est mort, non pas d'une crise cardiaque comme on l'a dit, mais de rire, encore que le rire puisse tout à fait, dans certains cas, engendrer la mort, d'où l'expression "mort de rire".
Pouvait-il rêver plus belle mort que celle qu'il a connue, en relisant les mensonges et les sottises qu'il avait livrées en vue de la promotion de son ouvrage et que la presse avait gobées avec les mêmes complaisance et avidité qu'elle montre toujours en pareils cas.

Voici donc, non pas le texte original, mais des extraits de celui qui a été repris par cette publication après la mort de Jacques Vergès. Les mensonges et les inventions qui expliquent ces choix y sont relevés et expliqués.

« Sud Ouest Dimanche ». On pourrait résumer votre livre en cet extrait : « Dans ma layette, j'ai trouvé le mépris des convenances et un arc à deux cordes. Toute la richesse du monde. » Vous êtes un enfant du combat ?
Jacques Vergès. Je suis né comme on disait « métis », mais sans subir ce complexe d'infériorité. Au contraire, d'une mère vietnamienne et d'un père réunionnais, je me suis senti très tôt différent des autres. Mes origines ont fait que j'étais double, les critères de tout le monde ne me convenaient pas déjà enfant. Rien de tel pour me délivrer de tous les conformismes.

Mensonge n°1 . C'est l'un des plus innocents car il s'agit moins d'un vrai mensonge que d'un gauchissement lexical. Jacques Vergès revendique d'être "double" (en tant que métis), en feignant de ne pas savoir que le caractère d'un être double peut-être aussi, et surtout dans son cas, la duplicité dont il donnera nombre d'exemples.

[...] D'où cette aversion originelle pour les politiques et les gens riches ?
Ayant rapidement perdu ma mère, j'ai été élevé par mon père et ma vieille tante dans cet esprit. Lecteur de Mirabeau, mon père était médecin et responsable d'un groupe clandestin communiste, et il éprouvait une phobie pour l'argent et un grand mépris pour le pouvoir politique. J'en ai hérité.

Mensonge n° 2. Quand il était jeune, Raymond Vergès, le père de Jacques ne cessait de répéter "Quand je serai riche..." (C. Lauvernier, 1994 : 35) ;

Mensonge n° 3. Chasseur de "bolcheviks" comme consul au Siam, pétainiste convaincu et avéré à la Réunion entre 1940 et 1942, Vergès père n'a en rien été "membre d'un groupe clandestin communiste" :

Mensonge n° 4. Le parti communiste n'a pas été mis en place à la Réunion, comme veut le faire croire Jacques Vergès, par son père après une période de clandestinité, mais par Léon de Lépervanche, même si le parti communiste réunionnais s'est employé ensuite à tenter d'effacer la mémoire de ce militant qui lui n'avait en rien collaboré avec le régime de Vichy.

« Les politiques ont honte de ce qu'ils font, mais le font quand même », écrivez-vous en faisant référence à Fabius et à l'affaire du sang contaminé…
Oui…

Mensonge n° 5. Le plus gros de tous et en outre multiple. L'une des personnes avec lequel Jacques Vergès a le plus collaboré est Bernard Debré, fils de Michel Debré qui, à l'en croire voulait le faire assassiner ! Ex balladurien, député RPR/UDR de Paris, ancien ministre de la coopération et comme tel "colonialiste" par excellence il a collaboré avec J. Vergès pour plusieurs ouvrages entre 2000 et 2003 !
Parmi les dictateurs africains, on ne compte pas les amis que Vergès s'est faits (pour ne citer que les principaux ; Mobutu, Bongo, Eyadéma, Idriss Déby, Sassou Nguesso,) sans compter leurs séides comme Remilleux ou Debbasch. Il a eu, avec tous ces roitelets, des relations non seulement professionnelles, mais le plus souvent très amicales (même si elles étaient notoirement tarifées).

Vous entrez dans la Résistance à 17 ans, vous créez par la suite une revue communiste : vous aviez soif d'en découdre ?

Mensonges n° 6. De plus en plus gros ! J. Vergèsl n'est jamais entré dans la Résistance puisqu'il n'était pas en France et que c'était un peu plus dangereux et risqué, comme le note Jacques Givet, bien placé pour le savoir, que le "tourisme guerrier" auquel s'est livré, sans risque mais non sans plaisirs, entre 1943 et 1945 ;
Mensonge n° 7. Le plus évident ; il n'avait pas 17 ans mais 19 ans en 1943 (il est né en 1924) c'est-à-dire à peu près l'âge de la conscription à cette époque.
Mensonge n° 8. Il a rompu en 1957 avec le Parti communiste et il n'a jamais eu "soif d'en découdre". J'ai parlé ailleurs de cette photo célèbre où on le voit le visage ensanglanté lors d'une manifestation. On ne précise pas toutefois le jeune Noir qui est à côté de lui est le fils de Patrice Lumumba . J. Vergès se fera, dans la suite, l'hagiographe et même le complice de l'assassin de Lumumba, Moïse Tshombé, tout en escroquant à la fois la famille de ce dernier et sans doute aussi le général Mobutu lui-même. Quel homme !
[...]

"J. Vergès : "En dépit de mes engagements idéologiques opposés au général de Gaulle, il m'a toujours été fidèle. Il avait un sens de la dignité malgré sa fonction d'homme politique. Il m'a écrit un jour : « Votre sincérité ne peut laisser personne indifférent. »".

(Vanité grotesque et) mensonge n° 9. On appréciera le formule pleine de modestie selon laquelle "le général de Gaulle m'a toujours été fidèle" ! MDR moi aussi ! Je crains donc que ce soit cette formulation qui lui ait été fatale. Il fait ici allusion à une réponse de De Gaulle à l'envoi du livre de sa plaidoirie pour Djamila Bouhired. Sans avoir vu son courrier, je suis certain que Vergès y évoquait la condamnation à mort de De Gaulle lui-même par Vichy.
J'ai toujours pensé, en outre, que De Gaulle, mal informé, a dû confondre les deux frères et, par prudence comme par usage militaire, il dis simplement "Vergès" sans préciser le prénom. La guerre de Paul avait été bien différente de celle de Jacques et il avait même reçu la médaille des FFL qu'il ne portera jamais, mais que B. Violet attribue, sans doute par erreur à Jacques dont on se demande bien à quel titre il aurait pu se la voir décerner!

Mensonge n° 10. la citation de De Gaulle est fausse quoique J. Vergès se flatte d'en connaître le texte par coeur ; le vrai texte, plus gaullien, est "Votre éloquente sincérité ne peut laisser personne indifférent".

Vous obtenez brillamment votre concours d'avocat en 1956, mais vous ne choisissez pas le confort d'un cabinet parisien ?
Au contraire, je m'en vais à Alger défendre les politiques du FLN, l'anticolonialisme était la cause qui m'animait…

Mensonge n° 11. Il devient avocat en réalité en 1955.
Mensonge n° 12. De son propre aveu (Felissi, 2005 : 29) il ne s'engage dans les affaires algériennes qu'en avril 1957 
[...].
Si vous n'aviez pas été avocat, vous auriez fait quoi ?
Avocat, c'est qu'il me fallait un métier, à l'époque, et j'avais fait du droit. Moi, ce qui me passionnait, c'était l'histoire, surtout les civilisations mystérieuses. J'aurais eu du piston, on m'aurait donné une bourse, j'aurais déchiffré l'étrusque et j'aurais été enchanté.
Mensonge n° 13. Il a en réalité bénéficié d'une des "bourse d'études" accordées aux "jeunes anciens combattants". Il n'a même pas envers la France la reconnaissance du portefeuille. L'image avant tout et comme toujours!
[...]
Vous auriez préféré être D'Annunzio, Guevara, Zola ?
Zola, je le prends très au sérieux, le Che m'a initié au cigare, mais la vie de D'Annunzio, ses amours, me tente beaucoup plus…
Assez pour aborder la mort sereinement ?
Elle me reste un mystère, je l'appréhende comme une femme. J'aurais dû crever cent fois, mais on m'a raté : un poursuivant qui tombe en panne de voiture, une bombe dans mon appartement alors que je n'y étais pas…

Rafale de mensonges.
Mensonge n° 14, 15, 16. IL n'a eu décidément affaire qu'à des tueurs maladroits ou incapables qui mettent une bombinette non dans l'appartement mais, dans la rue, devant la porte cochère d'un immeuble où il réside en étage et d'où il est en outre absent ; chargé de le poursuivre, un autre tombe en panne sèche et de toute façon De Gaulle lui fait un rempart de son corps. Le plus beau mensonge est celui qui met en scène Paul Barril, encore au collège, quand J. Vergès prétend qu'il devait l'assassiner (cf. le billet "la cible mouvante"... surtout dans son imagination!).

Qu'aimeriez-vous pour vos obsèques en France ?
Trois ou quatre personnes qui m'aiment et qui m'enterrent. Et si des faux culs de politiques me récupèrent, j'aimerais leur dire : « Soyez un peu plus dignes. »

Pas de mensonge ici, et pour cause... mais une prophétie. On me pardonnera de me citer (d'aprèsle reportage photo de Paris-Match, magazine révolutionnaire bien connu) : Les amis étaient là en effet :
"Belle assistance en tout cas, même si, de l'avis des experts, elle n'était pas très nombreuse. En revanche, elle offrait un échantillonnage politique et/ou idéologique rare et difficile à réaliser. On y trouvait des communistes (dont le principal était son cadet "faux jumeau" Paul Vergès, sénateur de la Réunion) mais aussi et surtout des figures plus inattendues : Wallerand de Saint-Just, avocat et trésorier du Front National ; "l'humoriste" (?!?) Dieudonné; venu dans un bermuda, curieux en pareille circonstance mais avec, par prudence, son service d'ordre ; dans le même registre politique ou médiatique, Alain Soral, le polémiste bien connu de l'extrême droite. Pas de trace, semble-t-il, de Bernard Debré, son grand ami et co-auteur de J.M. Vergès qui ne lui en voulait pas que son père (Michel) ait voulu le faire assassiner. Peut-être était-il empêché ou s'était-il fait discret

Le pauvre Roland Dumas semblait un peu loin de tout cela, même s'il était présent ; il se faisait remarquer surtout par l'appui que lui fournissait, serrée contre lui, une jeune charmante minette en robe noire, très court-vêtue, dans le style qu'affectionnait naguère Carla Bruni. Une infirmière sans doute! "

Bref Une bonne grosse quinzaine de mensonges en une page et demie, avalés sans problèmes par le plumitif de service et les lecteurs ; même sans aller jusqu'à en mourir de rire, il y a là quelques raisons d'arroser ça au vieux bordeaux !

mardi 3 septembre 2013

Jacques Vergès, l'homme des mystères (n° 9) : Moi ! Moi ! Moi ! Moi !

Mon billet numéro huit, consacré à la vieille et indéfectible amitié entre Jacques Vergès et François Genoud, le banquier des nazis et le nazi des banquiers, qui éclaire toute la carrière de notre avocat, a suscité un échange de propos avec Bernard Gensane sur lequel je souhaite revenir brièvement, avant d'entamer le texte de ce billet. Quelques indices me donnent à penser qu'il sera l'avant-dernier de la série et très probablement de ma participation au Club de Mdp.

Bernard Gensane me reproche d'évoquer les cigares, le Mouton Rothschild et le porto rouge de Jacques Vergès et écrit " Je me fiche de ses cigares et de son porto". Moi aussi et je n'ai rigoureusement rien, en tant que tels, contre ces trois plaisirs de l'existence, quoique je ne les pratique pas du tout pour le premier et relativement peu pour les deux autres. Le problème n'est évidemment pas là, et B. Densane le sait, pas plus qu'il n'est dans les fornications de Karl Marx avec sa bonne.

Je ne connais guère de photos de Jacques Vergès où il n'apparaisse pas avec un cigare et on nous a même fait savoir, urbi et orbi, qu'il était mort avec un verre de vieux Bordeaux à la main. Il s'est même, dans le passé, fait photographier pour un magazine consacré aux cigares parmi d'autres vedettes de la presse people ;  je crains toutefois que, dans ce cas-là, ses honoraires aient été moindres, quoique plus honorables, que dans d'autres circonstances. Ce qui me gêne dans le cas de J. Vergès, dont l'attitude est à ce point ostentatoire, pour ne pas dire provocante, tient à ce que, pour dire les choses autrement, je n'aime guère le comportement de ceux qui fricotent avec les rois nègres, tout en affirmant (et ce sont ses propres termes) qu'ils ont sans cesse dans leurs pensées "les pauvres Africains des mines et des forêts". J'avoue que, plus généralement encore, ce type d'individus, qui porte à gauche son cœur en écharpe mais planque à droite son épais morlingue, ne trouve guère grâce à mes yeux.

B. Gensane critique ainsi mon texte et je le cite : « Ce sont les imprécisions, les modalisations que l'on trouve dans tous vos billets précédents. Vos thèses n'en auraient plus que plus de force si vous étiez plus précis ». Je regrette évidemment (et je l'ai dit) de ne pouvoir donner des photocopies des reçus que Jacques Vergès aurait dû établir quand il recevait des mallettes de billets de François Genoud comme du général Eyadéma, de Bongo ou de Mobutu. Ce n'est malheureusement pas l'usage en pareils cas et je ne pense pas que quiconque puisse disposer de documents de cette nature!

Peut-être B. Gensane aurait-il préféré que je donne à la chose une tournure plus littéraire, en me livrant, vu mon manque de talent littéraire, à quelque misérable imitation de Candide. On y aurait vu Jacques Vergès, dans le rôle de Candide et Genoud dans celui de Pangloss : " François Genoud-Pangloss disait quelquefois à Jacques Vergès-Candide: " Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des mondes possibles ; car enfin, si Hitler n'avait pas exterminé des millions de Juifs, si nous n'avions pas arraché à leurs cadavres leurs alliances et leurs dents en or pour réunir le trésor dit "l'or des nazis", je n'aurais pas pu vous payer si grassement trente années durant pour défendre des bourreaux et des terroristes selon la pensée d'Hitler ; vous ne fumeriez pas des cigares à 200 euros pièce (l'équivalent de six mois de salaires de vos nègres des mines et des forêts qui vous causent tant d'angoisse) et vous ne boiriez pas ici du vieux bordeaux et un excellent porto. - Cela est bien dit, répondit Jacques Vergès-Candide ".

Revenons à notre mouton noir, en l'occurrence Jacques Vergès. J'ai intitulé ce billet : « Moi ! Moi ! Moi! Moi ! », en reprenant les termes mêmes de J. Vergès (dans un rare moment de sincérité ou de lucidité ; il avait dû forcer sur le bordeaux et/ou le porto), mais en ajoutant un quatrième "Moi !" pour faire bonne mesure à son égocentrisme. Je crois que c'est la meilleure façon de résumer Jacques Vergès qui, au fond, se fout de tout ... sauf de lui-même. S'il unit, de façon si paradoxale, l'amour du secret et le goût immodéré pour la représentation (il aura fini comme acteur et c'est assurément par là qu'il aurait dû commencer)!), c'est tout simplement que sa vérité est si inavouable qu'il est bien obligé de la cacher pour en donner une représentation supportable.

Stendhal (et beaucoup d'autres) aimait le peuple mais détestait la foule. Jacques Vergès aime la France (mythique ou en tout cas abstraite, celle de la culture, des philosophes, de la révolution etc. au sein de laquelle il s'attribue bien entendu une place éminente) mais il hait les Français (la France réelle), sans pour autant renoncer à leur commerce et aux avantages qu'ils lui procurent. Pour reprendre l'une de ses formules (car il ,n'aime rien tant que parler de soi !), écoutons-le : on a dit de moi que "j'étais un homme déchiré, mais ce n'est pas vrai ; je suis un homme double »( Félissi, 2005 :24). "Double" donne bien entendu "dualité", ce qui est flatteur et c'est en ce sens qu'il entend cet adjectif, mais il donne aussi "duplicité", ce qui le définit d'une façon beaucoup plus exacte.

Quand Jacques Vergès quitte la Réunion et s'engage dans les FFL en 1943, ce n'est en rien ni par patriotisme ni pour la France, mais tout simplement, pour fuir d'une façon ou d'une autre la Réunion où il n'y a aucun avenir pour le "bâtard chinois" qu'il est et qu'il restera toujours, même si du côté de sa grand-mère, Marie Florentine Hermelinde Millon des Marquets (dont le patronyme est, à soi seul, tout un programme), il descend de propriétaires d'esclaves aisés (ils en ont 128 à l'abolition en 1848). Cette circonstance rend particulièrement pittoresque qu'on ait imprudemment attribué à sa nièce, Françoise Vergès, la présidence du Comité contre l'esclavage !

Chez J. Vergès, cette vanité se double d'un amour passionné de son confort, de ses aises dans tous les domaines ; ce trait est relevé avec beaucoup de précision et de justesse par Jacques Givet qui me paraît, de tous ceux qui ont écrit sur Jacques Vergès (l'auteur le plus prolifique étant naturellement Vergès lui-même), celui qui l'a le plus connu et donc qui a le mieux saisi sa psychologie. Il le nomme, avec cet amour de la langue française qu'on ne trouve plus guère que chez les étrangers, le « muscadin ». Un peu par malice, il retient pour ce terme la définition du Dictionnaire universel de la langue française de Boiste . Cet auteur, que J. Givet préfère même à Littré, définit le « muscadin » comme un « fat musqué » en ajoutant cette précision que Givet estime prémonitoire « terme révolutionnaire » (J. Givet, 1986 : 23). La définition du Robert historique est plus classique et plus claire « Le mot [muscadin] a servi à désigner un élégant, un « petit-maître » et, tout particulièrement sous la Révolution, les royalistes qui se distinguaient par leur élégance recherché » (1790) ».

Une anecdote peut résumer et conclure ce point. A l’époque où J. Vergès loge parfois chez J. Givet, ce dernier note : « Un jour qu’il se baignait chez nous en se servant de mousse pour le bain, il se montra tout étonné de ne pas trouver sous la main d’huile parfumée, produit qui, « assurait-il, « est indispensable après usage de la mousse, car celle-ci dessèche la peau ». ». (1986 :14).

Un dernier détail pour B. Gensane, avide de certitudes et de précisions. On trouve sur le site « Astrothème » un très long thème astral de Jacques Vergès (23 pages avec force graphiques et cartes astrales !). Le problème est que le point de départ en est « Jacques Vergès né le 5 mars 1925 à 06 heures à Ubon ». Or comme on l’a vu et de la façon la plus sûre qui soit, ce ne sont là, en réalité, ni sa date ni son lieu de naissance puisqu'il est né ailleurs un an plus tôt ! En revanche, comme ces indications sont celles de son frère Paul, ce dernier pourrait tirer profit de la consultation de cette analyse qui, en réalité, ne s’applique qu’à lui.

A demain pour mon dernier billet qui vous révélera les conditions réelles et véritables de la mort de Jacques Vergès.

lundi 2 septembre 2013

Jacques Vergès, l'homme des mystères (8) : l'ami de toujours, François Genoud

Le présent texte est sans doute, à mes yeux, le plus important de tous ceux que j'ai pu présenter auparavant. J'en arrive à cette conclusion en constatant le soin qu'a, toujours et partout, mis J. Vergès à dissimuler ses relations avec François Genoud et même, au-delà, la personnalité, l'action et le rôle de ce personnage.

Une preuve de cette assertion se trouve dans le traitement fait à François Genoud dans le livre de Th. Jean Pierre, auteur clairement aux ordres de son héros. Dans cet ouvrage, F. Genoud est, en effet, à peine évoqué (2000 : 162), alors que l’auteur, dans sa « bibliographie », fait figurer l’ouvrage de P. Péan, L’extrémiste : François Genoud, de Hitler à Carlos (LGF, 1998). Or, sauf distraction de ma part, le nom de F. Genoud n’apparaît que dans une réponse, aussi brève qu'évasive, à une vague question sur ce personnage.

Il ne faut pas, dit-on, mettre du sucre sur le miel. Si T. Jean-Pierre a lu le livre de Péan, il ne peut pas ne pas être informé des relations entre J. Vergès et F. Genoud et de leur rôle. Comment dès lors ne pas lui en parler, ne serait-ce que pour lui permettre de justifier ou de nier cette relation aussi active que prolongée ? Comment a-t-il pu se contenter de la réponse de J. Vergès, dont je ne citerai que les trois premières lignes (elle n'en comporte que sept en tout !) : « Genoud était un nostalgique du nazisme [ on verra combien cette formule est fausse ; il en fut un activiste frénétique !]. Il avait rejoint les rangs de ceux qui se battaient pour les Algériens et, plus tard, prendra fait et cause pour les Palestiniens [l'un et l'autre pour et à travers le nazisme !]. » ? Comment T. Jean-Pierre a-t-il pu se contenter d’une réponse pareille ? Il est vrai que la question était simplement « Qui était François Genoud ? ». Par respect pour la mémoire de l’auteur, mort tout récemment, j’incline à croire que c’est J. Vergès lui-même qui s’est opposé à ce que le personnage soit évoqué.

7.1. Quand et comment se sont connus J. Vergès et F. Genoud ? Amis de quarante ou de cinquante ans?

Comment J. Vergès et F. Genoud se sont-ils connus ? On ne peut compter, de leur vivant, sur les confidences ni de l’un ni de l’autre. Leurs relations sont pourtant aussi établies et incontestables que durables et actives, puisqu’elles se sont poursuivies pendant quarante ans au moins et sans doute plus.

On en était toutefois réduit à des suppositions pour en fixer le début jusqu' à la publication par B. Violet d'une lettre de Carlos à Jacques Vergès : " Je dois clarifier certains points concernant votre deuxième ami de quarante ans, Jacques Vergès." La lettre étant de 1955, la soustraction est facile 1995 - 40 = 1955 ! (2000 : 229). CQFD !
Cette information confirme absolument ce que nous savons par ailleurs.

Les premiers rapports entre J. Vergès et F. Genoud se sont sans doute établis dans le cadre des contacts noués en Suisse lors de la guerre d’Algérie, en 1960 et même sans doute avant. Le FLN commence alors en effet à mettre à l’abri en Suisse les fonds collectés par la Libération nationale algérienne. François Genoud, dès 1955, dans le cadre du soutien des nationalismes arabes, fournit des armes au FLN algérien. La Suisse, territoire neutre tout proche et d’accès aisé, est une base de repli et un lieu de contact pour les Français qui soutiennent cette cause comme J. Vergès. Genève est une si petite ville qu’on a peine à croire qu’ils ne se soient pas connus, au plus tard, dès cette époque vu la nature de leurs activités respectives.

J. Vergès quitte la France, pour échapper à un internement prévisible, le 20 février 1960 avec Maîtres Courrégé et Zavrian qui sont sous le coup de la même menace. Il est accueilli à Genève par Isabelle et Jacques Vichniac (J. Givet, 1986 : 11). Un mot sur Jacques Givet (nom de plume de Jacques Vichniac), né à Moscou en 1917, entre les deux Révolutions de février et d’octobre. Juif et résistant, il est arrêté par la Gestapo à Lyon, en juin 1944, « sous le règne de Barbie » (1986 : 113); il ne dût son salut (provisoire) qu'à ce que la première de ces qualités échappa à ses bourreaux au profit de la seconde (1986 : 97). Il a la chance de pouvoir s’évader du train qui le conduit en Allemagne. Dans la suite, il sera le défenseur de toutes les causes qu’il pense justes, du FLN aux Kurdes, se sentant solidaire de tous les opprimés. C’est lors des « événements » d’Algérie qu’il fait la connaissance de J. Vergès qu’il accueille chez lui en Suisse, comme il accueillera ensuite Ben Barka et tentera d’impossibles compromis entre Palestiniens et Israëliens.

Isabelle Vichniac apporte un soutien précieux aux fugitifs car, journaliste, elle est sur place la correspondante du Monde, ce qui donne une écho national et international aux articles qu’elle leur consacre. Installés à Genève à l’Hôtel de Rive, ils font parler d’eux, donnent des conférences de presse; elles attirent « des journalistes, mais également des sympathisants. L’un des plus assidus n’est autre que le fameux banquier nazi, François Genoud » (B. Violet, 2000 : 107). Comme souvent, B. Violet ne mentionne pas de source, mais on a vu un peu plus haut que compte tenu du lieu et des circonstances, on se demande comment F. Genoud n’aurait pas cherché à se rapprocher de J. Vergès, s’il ne l’avait pas déjà rencontré.

Toujours est-il que les liens entre le FLN et Genoud sont déjà anciens et établis. Dès 1955, en relation avec Mohamed Khider et en compagnie de son cher ami Hjalmar Schacht (ancien ministre des finances du Troisième Reich, un nazi qui croit, comme Genoud, que le national-socialisme peut conquérir le monde sans avoir à faire une autre guerre), il place les fonds algériens à l’Arab Commercial Bank de Genève sur des comptes qui seront alimentés par les « passeurs » de valises du réseau Jeanson. Des sommes énormes transitent ainsi vers la Suisse pour former ce que l’on nommera « le trésor du FLN ».

Après la fin de la guerre d’Algérie, en 1962, Genoud se rend en Algérie et y devient, en 1963, directeur de la Banque Populaire Arabe (BPA) à Alger qui doit rapatrier au pays les fonds déposés en Suisse. Même s’il est quasi certain, comme on vient de le voir, qu’ils se sont déjà rencontrés en Suisse auparavant, dans ces années 1962-1964, Genoud et J. Vergès se sont forcément retrouvés, le second étant alors bien en cour auprès du FLN. Les choses se gâtent bientôt pourtant en raison des rivalités entre les leaders algériens et J. Vergès, comme F. Gernoud en font les frais ! On l'a vu dans un texte précédent et je n'y reviens pas.

Un autre homme tient une place centrale dans toute cette affaire, Bachir Boumaza, l’un des héros de la libération algérienne, connu surtout pour sa spectaculaire évasion de la prison de Fresnes en octobre 1961. Deux fois ministre dans le gouvernement Ben Bella en 1962, il est membre du Conseil de la Révolution après la prise du pouvoir par Boumedienne, qui le nomme, à son tour, ministre. Accusé de complot et démis de ses fonctions, il s’enfuit en octobre 1966 et gagne la Suisse où il s’installe et où ses activités demeurent mystérieuses. Alors que comme ministre algérien, il avait eu à Alger, avec F. Genoud les démêlés qui ont été ci-dessus évoqués et qui avaient conduit à l’arrestation temporaire de ce dernier, il se réconcilie avec lui. Selon P. Péan (L’extrémiste), B. Boumaza, comme F. Genoud et J. Vergès, s’implique alors dans le combat des Palestiniens aux côtés de Wadi Haddad, Georges Habbache et Abou Jihad. Il semble aussi être en liaison avec le régime de Saddam Hussein.

Pour en revenir aux affaires financières des années 60, Djamila, épouse de J. Vergès, arrive en Suisse, chez Jacques Vichniac-Givet, au printemps de 1967 ;elle essaye alors d’intervenir dans le contentieux financier dans la mesure où elle est l’une des dirigeantes de l’association Djid-el-Djadid (qui recueille des fonds pour les orphelins de l’Algérie) et où la Banque Commerciale Arabe aurait détourné des dons venant du Moyen-Orient. Peut-être en la circonstance a-t-elle eu affaire, elle aussi, à « l’ami Genoud » ?

Même s’il en parle très peu dans le cours de son ouvrage, J. Givet fait pourtant entrer en scène F. Genoud dès le chapitre introductif intitulé « Ce que je savais de Jacques Vergès ». On y trouve le récit de la naissance de leur amitié et l’esquisse de sa dégradation progressive qui va tenir, pour une bonne part, à partir de 1965, aux prises de position anti-israéliennes et pro-palestiniennes de l’avocat. La dernière figure évoquée lors ce premier chapitre, dans les trois lignes qui le terminent, est précisément celle de F. Genoud. C’est très peu, mais l’entrée est fracassante et riche d’enseignement :
« Le financier nazi, François Genoud, légataire des droits d’auteur d’Hitler, Goebbels et Bormann est à ses côtés [de J.Vergès], en qualité de « conseiller bénévole ». (1986 : 19). F. Genoud, dans cette affaire, est donc conseiller « bénévole », mais il est « assisté » par J. Vergès, lors du procès de Winterthur en Suisse, en décembre 1969. On y juge les membres des commandos de l’OLP qui ont attaqué des avions d’El Al en 1968-1969. C’est l’Arab Commercial Bank, que contrôle Genoud, qui paye les frais de la défense (David Lee Preston, « Hitler’s Swiss Connection », p.5) et qui, comme on peut l’imaginer, c’est elle qui « indemnise » J. Vergès pour son « assistance » qui n'est sûrement pas "bénévole".

B. Violet décrit aussi dans le plus grand détail le rôle de J. Vergès dans l’affaire Magdalena Kopp, la « fiancée de Carlos » qui est arrêtée en février 1982 et les rapports de J. Vergès avec Carlos lui-même. On y retrouve la même paire de vieux amis. Les réseaux terroristes européens, soutenus par le réseau des anciens nazis, ont-ils alimenté sa caisse noire pour rémunérer les précieux services, de natures très diverses, de notre avocat ? Moins d’un mois après l’attentat du train le Capitole qui a fait cinq morts et 27 blessés, M. Kopp est condamnée à 4 ans de prison, ce qui peut apparaître comme un verdict de clémence un peu inattendu, que J. Vergès aurait, peut-être, plus ou moins négocié avec le gouvernement français. Par ailleurs, comme on le verra plus loin, F. Genoud a reconnu son soutien aux terroristes et à Carlos en particulier. Jacques Vergès en aurait-il bénéficié ? La chose paraît très probable.

7.2. L'ami François Genoud (1915-1996): le banquier des nazis et le nazi des banquiers.

A ce point de ce post, car nul ne le fait parmi les hagiographes de J. Vergès, il est indispensable d'éclairer enfin le lecteur sur le singulier personnage qu'est François Genoud. Même si les amis de nos amis ne sont pas toujours nécessairement nos amis, la fréquentation si prolongée de F. Genoud et une collaboration si active pose problème, et cela d’autant que la carte de visite du personnage offre bien des éléments intéressants dont il ne fait nullement mystère, mais que tout le monde feint d'ignorer, y compris S. Riand, thuriféraire suisse de J. Vergès dans Mediapart qui promettait récemment une grande "surprise" qu'on attend toujours!

F. Genoud mérite mieux en effet qu’une simple mention en passant, car sa vie est un roman auquel sa mort apporte une touche finale remarquable. Un de ses biographes, David Lee Preston (« Hitler’s Swiss Connection », in Philadelphia Inquirer du 5 janvier 1997 d’où provient l’essentiel des informations qui suivent et que confirment les autres sources) le définit ainsi  : « Homme urbain, avec un air important et respectable, Genoud n’était pas un citoyen suisse ordinaire »

C’est le moins qu’on puisse dire et c'est fort heureux !

L’homme, élégant, distingué, mondain est entouré de la plus grande considération dans sa bonne ville de Lausanne; il est l’un des clients les plus choyés de l’hôtel Beau Rivage, où il traite les journalistes. On note toutefois qu’il se présente toujours en claquant les talons et que ses yeux se mouillent dès qu’il évoque le souvenir d’Hitler.

En effet, toute sa vie active (soixante années bien remplies) s’est trouvée déterminée quand, en 1932 (à dix-sept ans, mais pour lui, c'est vrai !), en Allemagne où sa famille l’a envoyé pour faire des études et apprendre la discipline, il rencontre Adolphe Hitler dans un hôtel de Bad Godesberg. Le jeune homme fait part de son vif intérêt pour le national-socialisme et Hitler lui serre la main. Il ne s’en remettra jamais et, soixante ans après, Genoud persiste et signe : « Mes vues n’ont pas changé depuis que j’étais un jeune homme. Hitler était un grand chef et, s’il avait gagné la guerre, le monde s’en porterait mieux aujourd’hui.».

En 1934, revenu en Suisse, il adhère au Front National pro-nazi; il se rend en Palestine et s'y lie avec le Grand Mufti de Jérusalem, Amin el-Husseini, leader pro nazi des Palestiniens musulmans, qui séjourne en Allemagne durant la guerre. Ce dernier, jusqu’à sa mort, en 1974, considérera F. Genoud comme son confident.

F. Genoud voyage alors beaucoup, en particulier au Moyen Orient et, en 1941, il s’est mis au service de l’Abwehr (le service de renseignement allemand), par l’intermédiaire de son ami Paul Dickopf qui en est l’agent (ce dernier sera ensuite, de 1968 à 1972, contre toute attente, à la tête d’Interpol !).

Aux activités de renseignement et d'espionnage, F. Genoud ajoute un rôle financier qui prend de plus en plus d’importance. P. Dickopf le charge de faire passer en Suisse et d’y placer l’immense butin réalisé au cours des pillages allemands, en particulier en dépouillant les Juifs, vivants ou morts : liquidités, or, diamants, etc. Les milliards volés passent en Suisse par cette voie. Ils serviront ensuite à financer (à travers l’organisation ODESSA), d’abord la fuite et la réinsertion des nazis, puis des « opérations » de natures diverses décidées par Genoud et ses amis. C’est ainsi que, dès 1955, il devient le conseiller et le banquier du nationalisme arabe, ce qui explique naturellement l’intervention de Nasser après l’arrestation de Genoud par le gouvernement d’Alger (cf. supra). A travers la société « AraboAfrika », il organise à la fois la propagande anti-juive et anti-israélienne aussi bien qu’il livre des armes à divers mouvements (dont, bien entendu, le FLN).

Dans toutes ces activités se mêlent, sans cesse et inextricablement, l’idéologique (la pensée nazie demeure partout explicite, présente et affirmée), le politique et le financier. Un des anciens nazis les plus proches de F. Genoud est Hjalmar Schacht, ancien ministre des finances et président de la Reichsbank du Troisième Reich.

L’aspect le plus pittoresque est la vocation éditoriale de F. Genoud. « Agent littéraire » des plus hauts dignitaires du Reich, Hitler, Goebbels et Bormann ; il a obtenu des familles les droits posthumes de leurs écrits (ce sont là ses propres termes ; cf. Le Monde, 20/3/65). Il va même à Nuremberg, en 1946, pour obtenir de Ramcke des enregistrements de conversations d’Hitler. On y apprend entre autres, ce qui établit une corrélation intéressante entre l’anticolonialisme et le nazisme, que le Fuhrer lui-même comptait déjà (Stalingrad avait sans doute été pour quelque chose dans l'évolution de sa "pensée") sur les peuples du Tiers Monde pour achever l’œuvre du Reich de Mille Ans

Beaucoup jugent aujourd’hui que ce Testament politique de Hitler, constitué par des « notes réunies par M. Bormann », début 1945, est, en réalité, un faux forgé par F. Genoud lui même et qui vise, entre autres, à justifier, par des propos prophétiques de Hitler, le rapprochement entre nazisme et islamisme. Quoiqu’il en soit, Genoud, à qui le sens des affaires ne fait jamais défaut, va gagner beaucoup d’argent dans l’édition des œuvres nazies. Il publie en particulier la correspondance de Bormann et vend les droits de reproduction à de nombreux magazines.

Toutefois, toutes les activités de F. Genoud ne sont pas, loin de là, de cette nature relativement paisible. Croyant les faits prescrits au bout de vingt ans, Genoud a raconté à P. Péan comment, en 1972, il a organisé, avec Wadi Haddad, l’attaque contre un Boeing 747 de la Lufthansa. On trouva alors un accord qui conduisit à la libération des passagers au Yémen, moyennant le versement au FPLP de 5 millions de $. En veine de confidence, Genoud reconnaît aussi qu’il a été en relation avec Carlos depuis le début des années 70, ce que confirme la lettre de Carlos déjà citée.

Laissons ici de côté « le trésor du FLN » et le procès de l’attaque de l’avion d’El Al à Zurich (1969) dont je parle par ailleurs puisque J. Vergès s’y trouve plus directement concerné ; F. Genoud est aussi l’un des premiers et des plus ardents propagandistes des théories révisionnistes et négationnistes qu’il soutient, tant par l’exposé de ses propres points de vue que par les moyens financiers dont il dispose (cf. J. Tarnero, « Le négationnisme. Une maladie de l’âme », in Mémoire 2000)

En octobre1993, comme quelques décennies plus tôt son ami J. Vergès, il est l’objet d’un attentat qui semble plutôt un avertissement ; une bombe explose devant la porte de sa maison, ne causant que quelques dégâts matériels.  Toutefois, les menaces de la justice à l’abri desquelles il s’était tenu toute sa vie durant, se précisent alors. Un demi-siècle après la fin de la guerre, le gouvernement suisse accepte enfin que soit, en partie, levé le secret bancaire pour les fonds nazis et les biens des Juifs disparus. En outre, la justice suisse reprend ses investigations au sujet du rôle de F. Genoud dans l’attaque de l’avion allemand en 1972 qu’il a imprudemment confessé à P. Péan, se jugeant, à tort, protégé par la prescription.

Ces menaces qu’il n’a jamais connues, sa vie durant, vont le pousser en 1996 à mettre en scène sa mort, un peu sur le modèle de son idole, Adolphe Hitler, mais de façon plus romantique. Le décès de sa seconde femme Elizabeth (qui le secondait dans ses activités) l’a laissé inconsolable. F. Genoud est membre de l’association Exit, qui milite en faveur de l’assistance au suicide. Le 31 mai 1996, dans un restaurant de Pully, en présence de ses amis proches et de ses deux filles, François Genoud boit donc le poison qu’on a préparé à son intention.

7-3 Qui a choisi J. Vergès et qui l'a payé pour le procès Barbie ?

Il est certes infiniment probable que J. Vergès n’avait pas fait confidence à son ami Givet (qui était juif) de ses relations avec Genoud qui sont sans doute antérieures à 1960. Soyons clair ! Que J. Vergès ait défendu Barbie m'étonne mais ne me gêne pas. En revanche, j'aimerais savoir pourquoi Barbie a choisi Vergès pour le défendre et surtout qui a payé les honoraires de l'avocat. Je résume donc les seules questions qui m'intéressent et que je traiterai ici : Pourquoi Barbie a-t-il choisi J. Vergès pour le défendre et qui a payé les frais de cette défense ?

A priori, le choix est des plus étranges. J. Vergès fait volontiers état de son passé dans les Forces françaises libres qui ont combattu les Allemands, donc Barbie .(« Engagé à 17 ans… », aime-t-il à répéter à son propos ; on a vu qu’il en avait plutôt dix-neuf.. ; il assimilera, ensuite, cet engagement à un passé de « résistant », ce qui, comme le souligne à juste titre J. Givet qui, lui, avait été un vrai résistant et non un adepte du "tourisme guerrier", n’est tout de même pas la même chose , dans la réalité des faits, ( J. Givet, 1986 : 116).

Sur la défense d'un Barbie, la réponse est trop facile pour J. Vergès. Pour le coup, on note toutefois que la démocratie, par ailleurs haïssable, retrouve toutes ses vertus : « La démocratie exige que tout accusé soit défendu » déclare-t-il (L’Express, 28/2/05). Soit, mais le problème du choix de l'avocat reste entier. K. Barbie, planqué en Bolivie, ne devait pas suivre dans son détail l’actualité judiciaire française et, entre son arrestation (« son enlèvement » dirait son avocat) et le procès, on l’a assurément orienté et conseillé dans son choix.

Par ailleurs, se pose aussi la question des honoraires. La recherche des causes « médiatiques » est certes devenue une constante chez J. Vergès, mais finalement surtout après 1987 et le procès Barbie (Carlos, Omar Raddad, etc). Toutefois, même si les procès médiatisés attirent, dans la suite, des clients solvables (comme le Préfet Bonnet – c’est, en l’occurrence, l’Etat français qui a payé…- ou L.Y. Casetta), il faut bien faire bouillir la marmite quotidienne, payer l’impôt sur la fortune, acheter les coûteux havanes (nous savons grâce à T. Jean-Pierre que ce sont des Partagas et des Hoyos de Monterey), les grands crus de Bordeaux et autres menus plaisirs de la vie qui la rendent supportable (toujours un vieux Porto rouge en apéritif !). Même si J. Vergès se montre très discret (toujours la déontologie…), quelqu’un a bien dû payer et c’est, on le verra, comme en 1969, très probablement, l'ami de toujours, François Genoud.

J. Givet qui publie son livre en 1986, ne fait qu’évoquer la question, mais tout indique qu’il sait bien des choses, même s’il les a sans doute emportées avec lui dans sa tombe. Vers la fin de son livre, après avoir évoqué le « grand capital allemand qui est à l’origine du Grand Reich impérialiste », il ajoute :
« Ce qui n’a pas manqué d’amener des démocrates à se poser la question du financement de sa défense [celle de K. Barbie], une question que je ne me pose pas pour ma part; il est tout à fait normal qu’un bon avocat touche d’honorables honoraires, même si les payeurs le sont moins. » (1986 : 162).

De toute évidence, J. Givet sait qui a payé; l’allusion à des payeurs non « honorables » confirme une information qu’on trouve désormais ailleurs. Il tait la vérité car, dans ce cas comme en 1969 et dans bien d’autres cas, il n’y a sans doute eu ni chèque ni reçu et Givet ne veut pas donner matière à procès sur un point qu’il juge à la fois improuvable et mineur, ce qui est très loin d'être mon avis.

La pièce manquante du puzzle, sur les deux points (choix et honoraires), entre K. Barbie et J. Vergès, est bien entendu, l’ami François Genoud. On le sait désormais par de multiples sources ; c’est ce qu’avance, par exemple, G. Gaetner : « En 1987, grâce à l’intervention du banquier genevois François Genoud, éditeur des livres de Hitler et de Goebbels, il [J. Vergès] se voit confier la défense de l’ex-chef de la Gestapo de Lyon, Klaus Barbie. » (L’Express, 28/2/05). Cette affirmation est intéressante et très importante par son lieu de publication. Cet article paraissant dans un numéro d’un magazine qui contient un « entretien » avec J. Vergès, publicité plus ou moins rédactionnelle pour son livre de 2005, il est certain que J. Vergès s’est donc vu soumettre les textes des deux articles. Il ne s’est pas opposé à la publication. Dont acte.

Il n’est d’ailleurs plus guère en position de nier. En effet, on connaît désormais tout le détail de l’affaire. C’est Genoud qui, une semaine après le retour de Barbie en Europe, téléphone à J. Vergès (qui sans doute ignorait jusqu’au nom de Klaus Barbie) pour lui demander d’assurer sa défense. L’avocat prend l’avion pour Genève, rencontre Genoud, puis vient à Lyon pour sa première entrevue avec Barbie qui, dit-on, n’est pas peu étonné de voir sa défense confiée à un « Asiatique »! (J. November, 2000). Ce dernier point, amusant, est, indirectement et involontairement, confirmé par J. Vergès lui-même. Racontant sa première entrevue avec K. Barbie, il écrit :
« Me fixant de ses yeux bleus au fond d’orbites profondes ; Klaus Barbie, la première fois qu’il me vit, dit simplement : « Ainsi, c’est vous qui me défendez. Comme le monde est étrange » (1998 : 72).

F. Genoud s’était fait une spécialité, dans sa lutte contre les Juifs et Israël, de financer la défense aussi bien des criminels de guerre nazis que des terroristes palestiniens. Pour lui, on l’a vu, comme pour Hitler, le combat était le même. Dès 1961, il paye déjà R. Servatius, l’avocat allemand qui assume la défense d’Eichmann (Vergès est, on l'a vu, très occupé alors !). Pour K. Barbie, c'est F. Genoud, comme en 1969 et comme, ensuite, dans le cas de Carlos, qui a, non seulement conseillé le choix de J. Vergès, mais surtout qui a payé les frais et les honoraires.

Jacques Vergès, lui, (mais ce n'est qu'un mensonge de plus), a longtemps nié avoir été payé par Genoud, donc par "l'or des nazis". En 1997, selon B. Violet, devant les élèves de l’Ecole des mines de Nancy, il affirme avoir reçu 150.000 francs d’honoraires de la fille de K. Barbie. Hélas, « Cette dernière, Ute Messmer, déclarera à l’hebdomadaire allemand Stern que ni elle ni son père n’ont déboursé le moindre centime pour l’assistance de Maître Vergès. » (Violet, 2000 : 223). Pourquoi mentirait-elle ?  On voit bien, en revanche, pourquoi J. Vergès ment.

A-t-il été payé sur les comptes suisses nazis, dont les fonds provenaient pour une large part de la spoliation des Juifs (ou des sacs de bijoux, d'alliances et de dents en or arrachés aux déportés gazés…) et que « gérait » F. Genoud  ou par une « quête » auprès des anciens nazis comme Genoud le prétendra? La première hypothèse est la plus ignoble mais de très loin la plus plausible

C’est d'ailleurs ce qu’on lit, entre les lignes, dans les propos de J. Givet. Il paraît aussi certain que, dans l’esprit du banquier de Lausanne, il était normal d’agir ainsi dans sa poursuite de l’idéologie nazie et dans sa lutte contre la « juiverie internationale ». Pour J. Vergès, les choses sont moins claires et il ne tient guère à les voir précisées !

On sait depuis Vespasien que l’argent n’a pas d’odeur, il peut parfois avoir un goût singulièrement amer, même une fois converti en havanes, en Mouton-Rothschild et en vieux porto rouge.!

Que Jacques Vergès ait défendu Barbie ne me choque pas et c'était son droit, même s'il aurait été plus digne et plus respectable de le faire pour rien, du seul fait de leurs  convictions personnelles communes. Il me paraît en revanche scandaleux (et il n'en était lui-même pas très fier pour avoir toujours menti sur ce point) d'avoir accepté le paiement de ses "honoraires" (on perçoit ici toute l'inadéquation d'un tel terme) par un prélèvement ignoble sur "l'or des nazis", arraché aux cadavres des victimes de l'holocauste.

Dans cette affaire, Klaus Barbie m'apparaît, finalement et somme toute, plus respectable que son avocat !

dimanche 1 septembre 2013

Prisons, examen d'entrée en sixième et impôts 2012

On nous bassine en pensant sans doute amuser le tapis politique français avec les affrontements permanents entre le catalan Valls et la guyanaise Taubira sur la question des peines de prisons. Etait-ce un calcul politicien pour distraire le bon peuple ou Madame Taubira (naguère Taubira-Delanon) pense-t-elle, elle aussi, être candidate (à nouveau pour ce qui la concerne) à la présidence de la République, après avoir été une farouche partisane de l'indépendance de son département d'outre-mer d'origine ? On peut tout attendre d'une femme capable de conversions si radicales qu'elle s'est présentée à la présidence d'une République qu'elle dénonçait comme colonialiste et qu'elle avait projet de quitter.

Passons là-dessus. Soyons concrets, réalistes et économes et ne comptez pas sur moi pour vous parler du baisser de pantalon de Barack Hussein. Réunissons plutôt deux sujets de préoccupations majeurs pour les Français : le surpeuplement de nos prisons et le rétablissement de l'examen d'entrée en sixième, le premier pouvant tout à fait être une épreuve de l'examen envisagé, en réunissant à la fois le problème d'arithmétique traditionnel et l'épreuve de français qui, faute de pouvoir désormais, comme autrefois, être une dictée, vu l'état des connaissances orthographiques des impétrants, doit plutôt s'orienter vers la compréhension élémentaire d'un texte courant.

Les données de base sont très simples et je les simplifie encore en vous donnant des chiffres à la louche, quitte pour vous à aller les vérifier à l'unité près, dans les statistiques, si le coeur vous en dit.

Il manque 10 000 places dans les prisons françaises qui accueillent et abritent en même temps et par ailleurs 10 000 étrangers qui y purgent des peines, sans doute assez longues, puisque les courtes peines ne hantent plus ces lieux. Elève Machin, voyez-vous une ou des solutions simples à ce problème ? Vous avez deux heures.

On peut en distinguer deux qui sont quasi immédiates, quoique de natures différentes et pouvant éventuellement se combiner dans la suite. Le rapprochement de ces deux chiffres, remarquablement identiques, donne à penser que si l'on renvoie dans leur pays d'origine les 10.000 étrangers condamnés et emprisonnés, le problème de la surpopulation carcérale (n'attendons pas cette expression de nos candidats au futur examen d'entrée en sixième) sera, de facto, immédiatement résolu. Cette mesure pourrait en outre se combine, dans l'avenir, avec l'expulsion automatique et préalable des étrangers susceptibles d'être condamnés à une peine de prison, avant même qu'ils y entrent.

Non seulement on ferait ainsi de la place dans nos prisons, mais on soulagerait d'autant le fonctionnement de l'appareil judiciaire qui est, par encombrement, aussi lent qu'insatisfaisant (sans qu'on ait toutefois songé à réduire les vacances de la justice qui sont, me semble-t-il, aussi longues, sinon plus, que celles de l'enseignement).
Mais, me direz-vous et, à partir de là, je laisse tranquilles les candidats à l'examen d'entrée en sixième, vous êtes en train de rétablir la "double peine" que la France s'honore d'avoir (inconsidérément) supprimée et qui faisait qu'un étranger, même en situation régulière, ayant commis un crime ou un délit, pouvait d'abord être condamné à la prison (première peine), puis interdit de séjour sur le territoire français et reconduit à la frontière (ce qui en faisait une deuxième ou plutôt une "seconde" peine puisqu'il n'y en a pas de troisième, au moins dans l'immédiat.

Cette mesure, dont on peut discuter la logique et l'opportunité, se fonde sur un principe de droit pénal, qui, comme toujours, ne peut s'énoncer qu'en latin ("Non bis in idem" ce qui est du latin de cuisine ; on devrait avoir ici l'ablatif et non l'accusatif; mais le solécisme n'est pas un motif d'annulation) et qui est repris par la Convention européenne des droits de l'homme, en dépit du fait que, dans le code pénal français, le principe de la peine complémentaire existe et que cet argument même, on le verra, peut-être écarté.

Ce point peut faire l'objet de quelques observations.

La première est que le respect des recommandations européennes est à géométrie très variable ; par exemple la règle des 3 % du déficit budgétaire, bien plus importante voire essentielle, pour nos sociétés, n'a jamais été observée depuis qu'elle a été solennellement énoncée. Pour cette affaire de "double peine", je vous épargnerai ici le détail des discussions sur ce point qui ont duré depuis 1945 où l'ordonnances du 2 novembre 1945 permettait "l'expulsion d'un étranger dont la présence constitue une menace pour l'ordre public". On voit déjà par là que les dispositions européennes s'appliquent avec beaucoup d'élasticité.

La mesure la plus simple et qui évite tout débat oiseux serait sans doute celle que j'évoquais précédemment, c'est-à-dire l'expulsion directe et préalable d'un étranger convaincu de crime ou de délit ; l'interdiction du territoire français qui lui serait faite tiendrait lieu alors de "peine de substitution" et la question ne se poserait pas. Ce serait évidemment, en outre, une considérable économie, non seulement dans le fonctionnement de la justice mais également dans le coût de l'incarcération puisque le prix de la reconduite à la frontière (par low-costs ou charters bien sûr et non en classe affaires) serait très inférieur à celui du maintien en prison qui est de l'ordre de 200 euros par jour, tarif bien supérieur à celui du séjour dans un hôtel quatre étoiles.

Nous serions alors fondés à nous asseoir, d'ailleurs confortablement, sur les décisions de la Cour européenne des droits de l'homme de 1991 et de 2000, dont on constate d'ailleurs facilement qu'elles ne sont pas respectées par plusieurs pays européens qui ne passent pas pour des dictatures ou des tyrannies. C'est ainsi les cas de la Belgique, de la Grande-Bretagne (qui, comme toujours, se moque des oukases européens comme de sa première chemise) et même ( et c'est la cerise sur le gâteau) du si scrupuleux Danemark qu'on nous cite toujours en exemple, aussi bien dans les études sérieuses que dans les feuilletons télévisés et où tout étranger condamné à une peine d'emprisonnement est expulsé à sa sortie de prison selon les dispositions d'un vote du Parlement du 24 juin 2011.

Serions-nous plus respectueux des décisions européennes et de la démocratie que le Danemark ? Cela se saurait assurément !

Que les bonnes âmes, dont j'entends déjà les glapissements d'indignation, se calment et attendent de recevoir leur feuille d'impôts 2012. Pour moi, qui l'ai eue hier, 986 euros de plus qu'en 2011 pour un revenu imposable augmenté de 1299 euros soit en impôt supplémentaire 75% de cette modeste augmentation de revenu, les impôts de l'année augmentant, par rapport à 2011, de plus de 18% ! Comment disait notre vénéré Président "stabilité des prélèvement fiscaux"? Je me trompe ?

samedi 31 août 2013

Boillon gras

L'arrestation de Boris Boillon et de sa mallette lourde de 350.000 euros en billets de 500,le 31 juillet 2013,  à la Gare du Nord me conduit à republier, pour partie et avec quelque aménagements (en particulier pour le titre qui de "Boillon de culture" devient "Boillon gras"), l'un de mes posts de 2010. La première phrase est quasi prophétique comme vous le constaterez d'emblée.

"Boris Boillon. Voilà un homme qui a su, pour partie involontairement sans doute, faire le buzz.

Comme Cronin dans Les clés du royaume, que j’ai lu quand j’étais petit, j’aborderai le sujet par « Le commencement de la fin ».

Sans que j’ai bien su si c’était par « Facebook » ou par « Copains d’avant », notre héros ; Boris Boillon (BB2 pour faire plus court mais aussi le situer par rapport à la première) a conquis, en un instant ou presque, la gloire médiatique grâce à une photo de lui placée dans l’un ou l’autre de ces réseaux. Je dois à la vérité de dire que, peu familier de tels lieux de la toile , je n’ai pas eu le courage d’aller vérifier, me satisfaisant d’abord, dans un premier temps, avant investigation plus précise, de la photo de BB2 brandie avec indignation par Marine Le Pen, qui la jugeait attentatoire à la dignité du corps diplomatique français.

Il est vrai qu’après examen, plus approfondi mais facile, car tous les sites de videos l’ont reproduite à l’envi, je dois dire que la photo de son Excellence Boris Boillon n’est pas piquée des vers ni même des hannetons. Je pense qu’elle a été faite, par ses soins, pour participer au concours de la meilleure photo de couverture pour le magazine Têtu ! Elle a sans doute été jugée trop peu originale, car on en avait déjà vu une bonne douzaine du genre, même si les modèles, dans ces cas, n’étaient pas en général des ambassadeurs de France. Peut-être ce cliché aurait-il été plus apprécié si son Excellence y avait été saisi dans un moment spécifique de sa vie professionnelle, une remise de lettres de créance par exemple. En revanche, cette photo, en maillot de bain moulant (style Jean-Marie Bigard ou, mieux encore, Franck Dubost), le torse épilé et huilé mettant en valeur des abdominaux chocolatés, soigneusement travaillés avant et en vue de la prise de vue.

En tout cas, après avoir posé quasi nu, voilà BB2 « habillé pour l’hiver » ; les émissions satiriques, des « Guignols de l’info » (en baisse ! Au secours Gaccio !) au « Petit Journal » de Yann Barthès (en hausse) vont s’en donner à coeur joie durant une bonne quinzaine (et plus si affinités !).

« Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents communistes » était le titre d’un film de Josiane Balasko ; Boris Boillon l’a eue, lui, cette chance ; il en a hérité un prénom russe et une initiation à l’arabe qui a été à l’origine de sa fortune diplomatique. En effet, ses parents (des enseignants « pieds rouges ») sont partis en Algérie pour aider à la décolonisation du nouvel Etat. BB2 y a donc, été, inévitablement et sans mérite particulier, initié à cette langue jusqu’à son retour en France.

Etudes parisiennes modestes (IEP et INALCO) ; n’étant pas énarque, il ne pouvait guère espérer mieux qu’un poste de consul en fin de carrière. En fait, il sera nommé ambassadeur à 40 ans après de fructueux passages dans la mouvance de Nicolas Sarkozy, au ministère de l’intérieur d’abord, puis à l’Elysée. C’est sa connaissance de l’arabe qui est à la base de ses promotions. Cette circonstance amène d’ailleurs à s’interroger sur l’usage, plus intelligent, que pourrait faire la France, dans sa politique extérieure, des Français issus de l’immigration dont les savoirs culturels et linguistiques seraient sans doute utiles dans divers lieux du monde.

« Le commencement de la fin ». J’ai vu BB2 pour la première fois, comme tout le monde, chez Denisot, à un « Grand journal » de Canal +, fin novembre 2010. Il y a fait un numéro assez insupportable de suffisance et de satisfaction de soi, agrémenté de rodomontades ridicules sur ce qu’on allait voir, grâce à lui, en Irak, pays qu’il a quitté quelques semaines plus tard ! Il y a parlé, en particulier, de son amitié avec Kadhafi, faisant un éloge ému de ce dernier et confiant, non sans satisfaction, que Mouammar l’appelle « son fils ». J’ai appris, dans la suite, que sa fortune auprès du président de la république tient au rôle majeur que BB2 a joué dans la libération des infirmières bulgares, dont le succès a été attribué, ensuite, urbi et orbi, à Cécilia, pour les raisons que l’on sait !

Passons sur les détails. Vu cette première prestation à Canal +, la suite ne m’a guère étonné et en particulier son comportement, inoui de morgue, d’arrogance et surtout de sottise, à l’égard de la journaliste tunisienne (une femme donc !) qui interviewait le tout nouvel ambassadeur de France, à peine débarqué. Sans vouloit tirer sur une ambulance, deux remarques pour conclure sur le personnage. Obligé de faire amende honorable, il l’a fait en arabe, en ânonnant laborieusement un texte qu’il lisait manifestement mot à mot. D’autre part et surtout, un ambassadeur de France, qui a dû aller un peu à l’école, devrait savoir qu’on « présente des excuses » et qu’on ne « s’excuse pas », car si l’on peut « s’excuser » soi-même, à quoi bon faire une telle démarche ?".

Peu fait pour la diplomatie (on l'a vu, de toute évidence, il ne devait cet emploi qu'à la faveur du prince), Boris s'est reconverti, avec succès semble-t-il, dans le transport des valises, sans savoir que, quinze jours plus tard, la mort allait le priver du coûteux mais précieux secours de Jacques Vergès, le spécialiste en la matière, auquel je reviendrai lundi.