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mardi 8 mars 2011

"Chéri fais-moi peur !"

Il n'est bruit dans nos médias depuis le week-end que des sondages (commandités par une presse sans inspiration) qui, l'un après l'autre et jour après jour, placent en tête pour l'élection présidentielle Marine Le Pen. Manifestement la chose n’inquiète guère ni l’UMP ni le PS que l’élection de 2002 a instruits après les avoir, dans un premier temps, inquiétés. Comme en 2002, un tel résultat n'amènerait rigoureusemenr rien, le premier tour devenant, de facto, le second, sans même nous donner la satisfaction de faire l'économie de ce deuxième tour. En effet, si l'on prend au sérieux ces sondages, on constate aisément que celui qui suivra Marine Le Pen au premier tour sera inévitablement élu au second, comme l'avait été, à son époque, Jacques Chirac.

Comme souvent nos média sont à côté de la plaque car s'il y a quelques conclusions à tirer de ces sondages, ce ne sont pas du tout celles qu'ils en déduisent.

Les sondages prévoieraient 35 % d'abstentions ; il y en aura sûrement beaucoup plus ; ce que manifestent ces sondages c'est avant tout le fait que les Français se détournent, de plus en plus du personnel politique, qu'il soit de droite ou de gauche et que force est de leur donner raison dans ce comportement.

On nous bassine actuellement avec le procès Chirac, qui, comme tant d'autres affaires judiciaires, mobilisent notre justice, loin des tâches qu'elle devrait assumer, pour s'occuper à des activités d'autant plus vaines qu’on en sait d’avance les résultats. Cet exemple est particulièrement remarquable puisqu'il illustre en outre, de façon parfaite, la collusion de fait entre la gauche et la droite françaises. Chacun se souvient que c'est le socialiste Roland Dumas, président du conseil constitutionnel, qui a, le premier, retardé les procédures qui visaient Chirac et que le second pas, décisif lui, a été franchi par Bertrand Delanoë, autre socialiste, qui a accepté de se voir rembourser par l’UMP et Chirac (en principe du moins) le préjudice subi par les Parisiens. Il n'empêche que nos journalistes continuent à parler, dans cette affaire, des emplois « présumés » fictifs alors que le remboursement des frais par Chirac est de toute évidence le plus clair des aveux.

On entend de la même façon nos politiques tenir des discours vengeurs sur les dictateurs maghrébins chez lesquels, pour la plupart, ils viennent de passer leurs vacances de Noël et du Jour de l'an, sans que leurs démocratiques narines soient, le moins du monde, incommodées par les pestilences de ces régimes totalitaires.
Comment, dès lors, prendre au sérieux les déclarations des uns et des autres, tant à droite qu'à gauche ?

Notre président de la République, qui naguère encore serrait sur son coeur le colonel Kadhafi venu lui faire le ridicule honneur de planter sa tente en plein Paris, lui donne désormais des leçons publiques de démocratie. Après avoir intimé à Laurent Gbagbo l'ordre de quitter, sous trois jours, la présidence de la République de Côte d'Ivoire, N. Sarkozy s'accommode apparemment sans problème de le voir toujours installé quatre mois plus tard. On sait en, outre maintenant, que la glorieuse libération des infirmières bulgares, dont le mérite d'abord attibué à Cécilia, a été ensuite revendiqué par notre fringant "copain d'avant", l'ambassadeur Boillon, revient, en réalité, au sulfureux Libanais Ziad Takieddine qui vient de se faire arraisonner avec 1,5 million d'euros dans son cartable, à la descente de son jet privé... avec deux journalistes français, de ses amis sans doute, qu'il avait pris à bord, retour de Lybie. A qui se fier, il avait su passer à travers les gouttes dans l'affaire de Karachi et voilà qu'il se fait bêtement gauler par la PAF du Bourget ?

Sur le plan intérieur, comment ne pas risquer de mourir de rire en voyant désormais M. de Villepin déjeuner quasi-quotidiennement à l'Élysée, alors que peu avant encore, il changeait de trottoir, quand il passait devant la grille rue du Faubourg Saint-Honoré. La chose était, toutefois, éminemment prévisible et le seul point d'incertitude demeure les conditions dans lesquelles s'opérera le ralliement ! Embrassons-nous Folleville !

À gauche, ce n'est guère mieux et on a pu entendre enfin exposer de façon claire et précise, chez Calvi, dans « C dans l'air », ce lundi 7 mars 2011, les conditions dans lesquelles s'était opérée réellement l'élection truquée de Mme Aubry comme premier secrétaire du parti socialiste. Un journaliste marseillais courageux y a en effet expliqué comment 132 voix s'étaient miraculeusement manifestées, à 2:00 du matin, dans la nuit du scrutin, pour procurer opportunément à Mme Aubry la centaine de voix qui lui manquaient encore pour devancer sa rivale Ségolène Royal. La localisation du bureau et le nombre des voix sont si précis qu'on peut difficilement les contester. Tout le monde savait à peu près cela, mais les détails sont décisifs. Ce qui est toutefois intéressant, c'est que cette faveur, que la première secrétaire du PS a due au PS marseillais, conduit maintenant Martine Aubry à prendre parti pour les deux frères Guérini (dont l'un est en prison tandis que l'autre siège à la présidence du conseil général des Bouches-du-Rhône), ce qui ne serait guère explicable autrement, quand on a vu le comportement que Martine Aubry avait adopté à l'égard de Georges Frêche. Il est vrai que ce dernier ne lui avait pas apporté dans le scrutin en cause les cent voix qui lui manquaient pour être élue.

Comment même respecter les politiques, à défaut de les croire, quand on voit un G. Longuet nommé ministre et un Harlem Désir suivre comme son ombre Martine Aubry dont il brigue de toute évidence la succession ! Il n’y manque que Tapie mais tous les espoirs sont permis !

Ce n'est guère mieux ailleurs, tant du côté des radicaux et des centristes (mais les électeurs sont habitués au ridicule de leur comportement) que les écologistes où l'on ne parle plus guère de la candidature de la pittoresque Eva Joly puisque semble revenu dans le combat le nébuleux et cosmétique Nicolas Hulot !

Les Français qui sont chaque jour confrontés aux difficultés de la vraie vie quotidienne d'en bas ne peuvent guère croire les préposés aux médias du gouvernement qui y déboulent en rangs serrés, avec le même discours rédigé d'avance, au mot près, à la moindre alerte. Comment croire encore Mme Lagarde quand elle nous explique que tout est mieux en France que partout ailleurs, et, en particulier, qu’en Allemagne même si Berlin croule sous les excédents commerciaux, tandis que nos déficits sont abyssaux, que le chômage a baissé en RFA de 2 % tandis qu’il a crû chez nous (en dépit des multiples manipulations des chiffres), et que les salaires y connaissent de substantielles augmentations, alors qu'il n'est bruit chez nous que de pertes d'emplois nouvelles.

Quant à l'immigration, clandestine ou non, il n'est pas difficile d'en prévoir la vertigineuse augmentation, tant du côté de l'Est (chaque feu rouge urbain est désormais occupé par un duo de mendiants d'Europe orientale) que du Sud puisque les services officiels italiens s'emploient très activement à orienter, plans et directives à l'appui, vers Vintimille et Nice tout les immigrants venus d'Afrique du Nord dont ils entendent clairement se débarrasser au plus vite à notre profit.

Dans ces conditions, comment voulez-vous que Marine Le Pen, qui n'a pas plus de solution que les autres, mais qui est assurée de ne pas gouverner (bien que le non-respect des promesses électorales n’ait jamais empêché de dormir un seul homme politique français) ne caracole pas en tête des sondages. Cette circonstance, contrairement aux apparences et aux propos communs, conforte les autres candidats, de gauche comme de droite, au lieu de les affaiblir ou même de les inquiéter, puisque, en toute hypocrisie, ils peuvent eux-mêmes feindre la terreur et s’employer à tenter de l’inspirer aux électeurs.

« Chéri fait-moi peur ! »

lundi 7 mars 2011

De l’outremer à l’outre-mer



Petite introduction historique et lexicale.
Des siècles durant, le bleu outremer ou par abréviation l’outremer, bleu profond très utilisé par les peintres, a été une matière aussi rare que coûteuse puisqu’on le produisait à partir d’une pierre (semi) précieuse, le lapis-lazuli qu’on faisait venir de fort loin (souvent d’Afghanistan) donc d’au-delà des mers, ce qui, à la fois, expliquait son nom et justifiait son prix.

On nomme aussi le bleu outremer « bleu Guimet » car, au XIXème siècle, un chimiste français Guimet (le fondateur des musées de Paris et de Lyon qui portent son nom pour des raisons tout à fait différentes d’ailleurs) a réussi à fabriquer industriellement un « outremer artificiel » qui, dans la suite, a été désigné souvent par le nom de son inventeur.

Dans notre langue, si riche et si subtile, un simple trait d’union distingue la couleur (« outremer ») de la locution adverbiale « outre-mer » (= au-delà des mers) qui s’applique, par rapport à la France, prise comme référence, à des pays lointains d’Afrique ou d’Amérique. De ce fait, avant la décolonisation on nommait souvent « la France d’outre-mer » nos colonies du reste du monde. De même, en 1946, on a nommé « Départements d’Outre-mer », lors de leur intégration totale à l’ensemble national, les quatre « vieilles colonies » de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Martinique et de la Réunion (par abréviation les D.O.M.).

Du fait de ces usages, le terme « outre-mer » a vu s’attacher à lui une connotation « coloniale », voire « colonialiste » qui a conduit par exemple à modifier le nom même d’une institution scientifique française importante, l’Office de la Recherche Scientifique et Technique d’Outre-Mer, l’ORSTOM, qui était une sorte de CNRS comprenant plusieurs milliers de chercheurs et de techniciens mais opérant exclusivement hors de France. En 1998, on a donc fait disparaître cette dénomination quelque peu suspecte au profit d’Institut de Recherche pour le Développent (IRD). Sans doute n’a-t-on pas pu trouver de nom qui permette de conserver le sigle, bien connu depuis longtemps, ce que le Sénégal a su faire pour l’IFAN ( Institut Français d’Afrique Noire) qui, à l’indépendance du pays, est devenu l’Institut Fondamental d’Afrique Noire.

Sans doute le fait que M.L. Penchard, nommée en 2009 « secrétaire d’Etat à l’outre-mer » soit originaire de Guadeloupe, l’a-t-elle rendue plus sensible à ce relent de post-colonialisme que présente le mot « outre-mer ». Il est probable aussi que les événements des Antilles et de la Réunion, en 2009, qui ont d’ailleurs été à l’origine de l’éviction d’Yves Jégo, le précédent responsable de l’outre-mer, et donc de la promotion de M.L. Penchard, ont été pour quelque chose dans le glissement progressif de l’usage de « DOM » vers « outre-mer » et « ultramarin ».
Le statut de ces territoires était, paradoxalement, regardé, pour partie au moins, comme responsable de leurs problèmes économiques et sociaux, ce qui est tout de même paradoxal, puisque ces DOM ne vivent guère qu’un mois par an sur leurs propres ressources, l’économie des onze autres mois étant assurée par les tranferts de la métropole ! Les électeurs de la Martinique et de la Guyane ne s’y sont d’ailleurs pas trompés quand, un peu plus tard, on les a fait voter sur une éventuelle évolution du statut de leurs départements.

L’usage récent des mots « les outre-mer » (pour désigner les DOM-TOM eux-mêmes) et « ultramarins » pour qualifier leurs habitants (parfois nommés précédemment « domiens ») conduit à deux observations.

La première est que le mot « ultramarin/ultra-marin » est peu connu de nos dictionnaires, même les plus grands. Le Trésor de la Langue Française, le TLF, auquel j’ai recours en pareil cas, met dans la même rubrique, l’adjectif avec et sans trait d’union, ce qui, il faut bien le dire, n’est pas très logique : « 1. Littér. Qui est de la couleur du bleu outremer. Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs (RIMBAUD, Poés., 1871, p. 130). 2. Qui se situe outre-mer, au-delà des mers. Randonnées ultra-marines. Avec, par-dessus les toits, par-dessus les amours miteuses au ras du quotidien le plus fade, un grand rêve ultramarin vers l'Argentine qui bien sûr ne se réalise jamais (Le Nouvel Observateur, 12 oct. 1984, p. 100, col. 2) ».

La seconde remarque, de moindre importance, touche à l’orthographe, au pluriel, du mot « outre-mer » où l’adjonction d’un –s est quelque peu discutable !

En tout cas, M.L. Penchard entend marquer son ministère par cette innovation lexicale ; les anciens Domiens sont désormais les « Ultramarins , tandis que, selon le mot de M.L. Penchard : « Les Outre-mer sont les lumières de la France dans le monde » !

Comme l’a fait remarquer, non sans quelque perfidie, C. Taubira, dans une telle perspective, le choix parisien du Jardin d’Acclimatation, où se tinrent autrefois les « expositions coloniales », comme lieu majeur de « l’année des outre-mers »,est quelque peu discutable voire même malheureux, mais peut-être ne songe-t-on pas vraiment à y reproduire les spectacles indigènes qu’on tint à l’époque en ces lieux !

Un des clous de cette célébration parisienne de « l’année des outre-mers » est « la mise en lumière du Palais Bourbon aux couleurs des Outre-mer ». Pourtant, si l’on veut associer un bleu à la célébration des outre-mers, ce devrait être plutôt l’indigo que l’outremer ! En effet, alors que l’outremer, jusqu’au XIXème siècle, venait de l’Afghanistan (que la France n’avait pas encore songé à occuper), c’était avec l’indigo qu’on teignait en bleu les étoffes et l’indigotier était l’une des ressources majeures de nos colonies. Saint-Domingue, aujourd’hui Haïti, était alors le grand centre de production de l’indigo. C’était d’ailleurs de cette couleur qu’on teignait les habits des esclaves, ce dont le créole réunionnais a gardé, des siècles plus tard, le souvenir puisque la rumeur publique s’y nomme encore très joliment « gazet sifon blé » (la « gazette en habit bleu »). Fort heureusement sur ce point au moins M.L. Penchard n’a pas à craindre de remarque perfide de Madame Taubira qui ignore naturellement tout de ce genre de détails sur la vie coloniale.

dimanche 6 mars 2011

Haïti : le diable et le bon dieu (suite et fin)

On pourrait aussi et pour conclure, lire ce film, d’une façon un peu géopolitique, à la lumière des perspectives qu'un tel tableau offre sur les relations d’Haïti tant avec les Etat-Unis qu’avec la France mais aussi avec la francophonie et en particulier avec le Québec, dont Haïti est proche à bien des égards, mais dont la politique haïtienne n’est pas toujours des meilleures.

La francophonie haïtienne, déjà fortement ébranlée, depuis des décennies, par l’attraction globale très forte de l’Amérique du Nord où va désormais se former l’essentiel de ses « élites », ne peut guère qu'être encore plus mise à mal par l’invasion de ces nouvelles cohortes évangéliques américaines. D'une certaine façon, en dépit de l’identité de la visée religieuse, ces dernières me semblent fort différentes, au moins au plan linguistique, des missionnaires protestants qui sont venus dans le passé et qui s'étaient fortement attachés à la promotion du créole haïtien.

Ce point me fait penser à l’une des erreurs commises, dans le passé, par la diplomatie française, quand elle voyait dans l’officialisation de la graphie du créole haïtien, la main sournoise de la CIA, alors que c’était simplement, et sans le moindre doute, celle de la coopération française, aveugle en l’occurrence, via l’accord passé, vers 1975, avec le soutien financier français, entre l’université Paris V (où le maître d’oeuvre était A. Bentolila) et l’Institut Pédagogique National de Port-au-Prince !

Puisque nous en sommes à évoquer le passé, la présente dénonciation du vaudou par les évangélistes américains, comme cause directe et divine, du séisme du 12 janvier 2010, puis désormais de l’épidémie de choléra n’est pas sans évoquer la « campagne anti-superstitieuse » du début des années 40. Son inspiration majeure était déjà bien plus dans le protestantisme américain que dans le catholicisme, plus accommodant avec la culture locale. Elle ne dura guère que deux ans (1941-2) et si, à ce moment, des » hounforts » (temples) furent détruits, la persécution n’atteignit jamais les violences qu’on a pu observer tout récemment. En effet, selon le film en cause, quarante-cinq « houngans » auraient été tués suite à l’épidémie de choléra, dont on les accusait et dans laquelle les malheureux n’étaient évidemment pour rien, la cause étant clairement asiatique, de l’avis de tous les experts.

Il est, en tout cas, à craindre que les politiques francophones (celle de la France comme celle de la Francophonie) n'aient ni les moyens ni les stratégies pour résister au déferlement des shows évangéliques américains qui, inévitablement et au détriment du français, entraîneront l'anglo-américain dans leur sillage.

Il serait évidemment absurde (et je suis aussi éloigné que possible d’une telle position) de revendiquer, pour la France et pour la Francophonie, une position et un rôle comparables à ceux des Etats-Unis. Pour s’en convaincre, il suffit de prendre en considération l’histoire américaine et la doctrine de Monroë, toujours vivace, mais plus encore la géographie (on sait que les Français ignorent la géographie !), en regardant simplement une carte de la zone pour y méditer sur la position d’Haïti, tant par rapport à Cuba qu’à la Floride. On peut aussi, dans un autre genre, plus anecdotique, rappeler que, dit-on, la deuxième ville d’Haïti est New-York, où certaines banques mettent à la disposition de leurs clients des formulaires en créole haïtien.

Curieusement, les diplomaties américaine et française ont fait, sur la même réalité culturelle et linguistique du pays, le créole, des analyses quasi opposées et paradoxalement aussi fausses l’une que l’autre.

Les Américains ont tenté de pousser le créole en espérant, par là, éloigner Haïti de l’influence française et en déloger, à terme, le français. Les Haïtiens, pensaient-ils, ont oublié, s’ils l’ont jamais su, que les Etats-Unis furent le dernier des Etats importants du monde d’alors à reconnaître la République d’Haïti (en 1862 seulement donc après avoir aboli l’esclavage sur leur propre sol) . Actuellement, l’arrivée massive des évangélistes étatsuniens n’est, après tout, que la troisième invasion américaine !

Les Français, eux, ont longtemps considéré (et je ne suis pas sûr que certains, au « Quai », ne le pensent pas encore) que le créole était le principal ennemi du français en cette terre qu’on disait, de loin, « francophone » mais qui ne l’est guère dans les faits. Même dans le début des années 80 quand la politique française semblait soutenir une promotion du créole, avec la réforme Bernard par exemple, les réticences, quoique discrètes et souvent tues, demeuraient incontestables, et se marquaient dans l’absence totale de prise en compte du créole local et surtout la faveur systématique accordée au français « pur » comme on dit là-bas (hypernormé et alambiqué jusqu’à l’amphigouri) auquel reste très attachée l’élite francophone haïtienne.

En fait, et en cela, les deux analyses, américaine et française, sont fausses, car dans la langue et la culture créole haïtienne, l’héritage français tient une place considérable. Nul ne le mesure ni même ne le soupçonne, et surtout pas la plupart des Haïtiens qu’on a endoctrinés et qu’on continue à endoctriner, sur le thème de l’africanité du créole, de S. Sylvain à Y. Dejean en passant par C. Lefebvre et quelques-uns de ses épigones.

Ce n’est que tout récemment que grâce à l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) a été engagé un programme visant à la définition et à la mise en oeuvre d’une didactique « adaptée » de la langue française qui demeure, pour le moment du moins « langue officielle » de la République d’Haïti, tout en étant, avec le créole haïtien, une des deux langues nationales. Il est clair, en effet que la seule et unique vraie raison d’un maintien du français en Haïti tient à ce que cette langue est la composante initiale majeure de la langue et de la culture d’Haïti, qu’on le veuille ou non et qu’on le souligne ou qu’on le cache !

Si, dans une stratégie pédagogique intelligente, on s’attache à faire coopérer les deux langues dans la didactique du français au lieu de les opposer, comme souvent dans le passé, avec des contresens linguistiques et des mensonges idéologiques qui ont la vie dure, on devrait enseigner, plus vite et plus efficacement, le français aux enfants haïtiens qu’aux petits Chinois ou aux jeunes Japonais, tout en les éclairant du même coup sur leur propre langue et culture créole. Cette action a hélas, depuis un an, été contrariée par les catastrophes successives qui ont frappé cet infortuné pays. Ce que nous montre cet excellent documentaire « Bondye bon » n’incite malheureusement pas à l’optimisme.

samedi 5 mars 2011

Haïti : le diable et le bon dieu (suite)




Dans le film « Bondye bon », ce qui m'a frappé aussi est que la propagande politique en Haïti se greffe sur des actions religieuses.

Le premier point de doctrine est que le séisme de janvier 2010 a été envoyé par Dieu pour punir Haïti en particulier de sa dérive en direction du vaudou donc du diable. Cette vérité d'évidence est répétée à satiété et revient à de multiples reprises dans le film. En revanche, ce qui est plus curieux est que cette action des évangélistes est couplée avec la promotion d'un candidat à l'élection présidentielle, car le film a dû être tourné à l'automne de 2010. Il s'agit du pasteur Chavannes Jeune que l’on voit à plusieurs reprises, dans diverses situations. Il apparaît toujours vêtu d'un costume sombre et portant cravate comme ses promoteurs évangélistes, mais lui parle créole et, plus rarement français, pour souligner que Haïti est, selon ses termes, « dans le collimateur de Dieu ». Espérait-on, du côté américain, en faire un nouvel Aristide, protestant pour le coup ?

Ces clivages socio-vestimentaires correspondent naturellement, pour partie, à des choix et des usages linguistiques ; ils sont obligés pour les Américains qui, évidemment, ne peuvent s'exprimer ni en créole et en français ; les choix sont plus intéressants pour les Haïtiens qui s'expriment peu en français (sauf Max Beauvoir et parfois Chavannes Jeune) mais dans des variétés différentes du parler haïtien, tour à tour très décréolisé ou, au contraire, plus basique. Ainsi, par exemple, dans la séance de vaudou, le houngan s'exprime assez longuement dans cette langue et développe le thème de la lutte de la religion nationale contre les religions « importées »! En revanche, seul le diable est polyglotte puisque l’on voit un jeune évangéliste américain se livrer à un exorcisme dans sa propre langue et chasser le diable créole sans avoir recours à un interprète ! Le diable, non seulement s'habille en Prada, mais, en plus, il parle anglais.

Il est évident que les troupes évangélistes américaines sont arrivées en force et en nombre et qu’elles disposent là-bas de moyens considérables et d’équipements modernes comme de stratégies méditées. On organise des cortèges où l’on scande « Non au vaudou ! Non au diable ! » ; on appâte les foules, selon les âges, par des distributions de friandises ou d'objets (des bonbons pour les enfants ou des T-shirts pour les adultes) et en se livrant à des shows mystiques où la danse et la musique tiennent une place qui, évidemment, les rend particulièrement attirants pour les Haïtiens. En effet, c'est l’un des traits qui marquent le film où, quels que soient l'horreur et la désolation des cadres où l’action se déroule, au milieu des décombres et dans la fange des abris de fortune, on nous donne à voir une population haïtienne que caractérise à la fois son goût de la musique et la danse (on a l’impression que les Haïtiens ne peuvent se déplacer autrement qu'en esquissant des pas de danse) et son attirance pour la religion et la religiosité, quelles qu'elles soient. Comme le souligne, à un moment, Frantz Duval, rédacteur en chef du quotidien national Le nouvelliste, les Haïtiens passent, sans encombre ni gêne, de la cérémonie vaudou au temple ou à l’église !

On peut dire que cet aspect est symbolisé par le titre même du film car « Bondye bon » est l’inscription qu’on voit un Haïtien « taguer » à la bombe sur un mur en ruines ! Tout un programme !

Si ce film est fort intéressant comme témoignage, il contient, en revanche, aussi un certain nombre d'assertions, avancées par l’un ou l’autre des témoins qui s’y expriment, mais qui sont clairement des contre-vérités. Les hommages appuyés rendus par divers intervenants à l'empereur Jean-Jacques Dessalines ne font pas mention du fait que ce « père de l'indépendance », qui, une fois au pouvoir, n’avait guère tardé à se faire empereur, a été lui-même assassiné, peu après, par des compatriotes qui ne lui ont guère su longtemps gré de les avoir libérés.

Selon les évangélistes américains, le pacte d’Haïti avec le diable, scellé par le vaudou, daterait du fameux serment du Bois Caïman qui relève plus du mythe que de l’histoire. Celui qui aurait donc entraîné Haïti sur la voie de la perdition serait le fameux Boukman, présenté comme un prêtre vaudou venu la Jamaïque et qu’on appelle dans le film, de façon amusante, « Boukemane », comme "Superman" ou « Spiderman » ! Significatif !

La note finale du film, contre toute attente optimiste, est donnée par les propos du fameux peintre Prefete Duffaut (né en 1923 et que je croyais mort ). Il pense, et c’est la conclusion, qu'Haïti finira par présenter au monde la vision édénique sous laquelle il s'emploie souvent, depuis un demi-siècle, à représenter son pays.

vendredi 4 mars 2011

Haïti : le diable et le bon Dieu (première partie)



Sur les conseils d'une amie qui l’avait regardé la veille, je viens de voir un film sur Haïti intitulé « Bondye bon » (= « Dieu est bon », formule qui est un peu inattendue après un séisme qui a détruit la capitale, une partie du pays et fait 230.000 morts).

Ce documentaire est passé hier sur FranceO car il s’agit d’une coproduction entre FranceO et la télévision suisse. Il présente la situation d'Haïti durant l'année qui a suivi le séisme du 12 janvier 2010, essentiellement sous l'angle d'un affrontement entre trois religions : le catholicisme (traditionnel), le protestantisme (venu des Etats-Unis) et le vaudou (religion locale censée avoir été apportée d’Afrique par les esclaves).

Ce conflit est présenté dans le cadre général de la situation actuelle d'Haïti qui est, chacun le sait, catastrophique étant donné que la « reconstruction » promise n'a guère commencé, pour le moment du moins, si l'on met à part des actions ponctuelles comme la reconstruction du « Marché en fer » de Port-au-Prince par la société Digicel (téléphonie) qui continue à être très active (dans un pays où le téléphone par fil a quasiment disparu), dans le cadre d’une politique de promotion commerciale très intense qui va de telles opérations au financement du Carnaval !

Le genre que je pratique ici est une forme brève ; il ne permet donc pas de rendre compte de l'ensemble de ce film ce que son intérêt et sa qualité justifieraient. Je couperai donc en trois l'ensemble de mon propos.

Le film est, à juste titre, centré essentiellement sur le protestantisme et le vaudou ; la religion catholique n'y a qu'une place relativement réduite, essentiellement par la présentation d'une école religieuse pour les filles (on y est guidé par Soeur Elsa, dans un français parfait, même si, en classe, elle n'hésite pas devant une certaine régionalisation de cette langue, de toute évidence parfaitement tenue et en excellent état de fonctionnement, puis par celle d'un office religieux dans une église de fortune.

Ce sont donc en fait le vaudou local et le protestantisme d'importation américaine qui tiennent la plus grande place dans ce film et c'est donc à ces deux aspects que je me limiterai, car, pour le reste, si l'image d'Haïti est très fidèlement restituée (photos des ruines, camps de sinistrés, scènes de rues, « tap-taps », etc..), tout cela est sans doute assez bien connu par d'autres témoignages de natures diverses pour que je puisse en faire l’économie.

À vrai dire, la partie concernant le vaudou ne m'a pas appris grand-chose à la fois dans la mesure où je connais un peu cette religion populaire haïtienne et où je sais d'avance que tout ce qu'on nous montre n'est pas très différent, au fond, des « spectacles vaudou » qui, dans le passé, étaient proposés, moyennant finance, aux clients des hôtels. On y voit une séance, somme toute banale, avec le « poto-mitan » et les rites habituels ; le « houngan », prêtre vaudou, est entouré de fidèles, danseurs et danseuses. Le rouge domine; rien à dire donc de tout cela. La garantie savante est apportée à ce témoignage par Laënnec Hurbon, anthropologue-sociologue haïtien qui a fait toute sa carrière comme directeur de recherche au CNRS français. Le point de vue proprement haïtien est fourni par Max Beauvoir qu'on nous présente comme une sorte de pape du vaudou. Il est, en fait, « Ati national », ordonné dans cette fonction par la Confédération nationale des vodouisants haïtiens (CNVH). Ce titre est à la fois récent (2008) et peut-être un peu discutable. Mais passons...

Le plus frappant et même le plus étonnant (au sens quasi étymologique du mot), dans ce film, m'a paru l'action, très longuement présentée, des missionnaires protestants arrivés en force des États-Unis. Ils mettent en oeuvre sur place, en effet, toutes les méthodes qu'ils utilisent depuis bien longtemps dans le cadre des émissions de télé-évangélisme qu'on peut voir aux États-Unis sur les chaînes spécialisées. Comme bien entendu aucun de ces missionnaires ne parle créole, tout leur discours, parfaitement rodé, est aussitôt traduit, au fur et à mesure, en créole haïtien par les interprètes dont ils sont sans cesse flanqués.

L’un des points les plus frappants dans ces mises en scène religieuses est que ces missionnaires, tous des blancs naturellement, sont dûment costumés et cravatés, style Témoins de Jéhovah, ainsi d'ailleurs que les Haïtiens qui leur servent de truchements. Pour le reste, les méthodes sont exactement celles qu'on peut voir à la télévision américaine dans les shows de mêmes nature et finalité des mêmes évangélistes, y compris les soins administrés, en séance, aux malades ou à ceux qu'on choisit dans la foule pour jouer ce rôle. Imposition des mains de rigueur à tout propos! Toutefois, à la différence de ce qu’on peut voir dans ces émissions aux États-Unis, on ne nous a pas régalés, dans ce film, du spectacle d'un miracle en direct et « en live » ! Tout y est néanmoins parfaitement réglé, y compris les transes et les catalepsies pour lesquelles les habitudes et la culture du vaudou local constituent un terrain particulièrement favorable car le vaudou en est lui-même coutumier.
(La suite demain)

jeudi 3 mars 2011

« Mais mon ptit coeur vous ne l’aurez jamais ! »


J'entendais ce matin, sur je ne sais quelle radio, Martine Aubry, hélas avec les seules paroles et sans la musique de « la strasbourgeoise », entamer son nouveau refrain, à l'adresse de Nicolas Sarkozy, « Vous n'aurez pas les Français... ». De telle paroles évoquent irrésistiblement, au moins pour nous-autres Français, une célèbre rengaine patriotique du début du XXème siècle

J'hésite, à vrai dire, au seuil d’un blog que je perçois comme franco-français à l'excès, dans la mesure où je constate que mes écrits électroniques quotidiens sont lus, de la façon la plus inattendue, par des visiteurs qui, pour 40 % au moins, sont à l'étranger, voire à l’autre bout du monde. Qu'il s'agisse d'Australiens ou de Brésiliens francophones ou qu'il s'agisse de Français émigrés dans ces lointaines contrées, les uns et les autres ne doivent guère s'intéresser à la vie politique de la France et j’ai donc scrupule à m'aventurer sur ce terrain qui fut autrefois le mien.

Il faut donc sans doute ( et que ceux et celles qui connaissent cette vieille chanson française me pardonnent) rappeler le dernier couplet de « la strasbourgeoise » puisque tel est son titre :
« Vous avez eu l'Alsace et la Lorraine,
Vous avez eu des millions d'étrangers.
Vous avez eu Germanie et Bohème,
Mais mon p'tit coeur vous ne l'aurez jamais »

Il a fallu ce propos de Martine Aubry qui affirmait que la majorité au pouvoir « n'aurait pas les Français », en les leurrant avec le théâtre d'ombres de l'islam en France ou de la laïcité, pour me ramener sur le terrain plus général encore, d’une comédie permanente de notre vie politique et médiatique que j’appellerai volontiers « le bal des faux culs ».

Il est clair que Mme Aubry, ni dans sa scolarité aux Oiseaux, ni rue de Solférino ou dans sa mairie de Lille, n’a pas dû, beaucoup et souvent, se trouver confrontée de façon directe et prolongée aux problèmes, réels et concrets, de l'immigration en France. Il en est de même pour la plupart de ces journalistes larmoyants qui, comme l'autre soir, au Grand Journal de Denisot, sur Canal +, où l'on recevait François Hollande, ne sont guère confrontés au problème de la misère de ceux qui doivent vivre avec moins de 1000 € par mois.

Le pittoresque de la chose et que François Hollande s'est vu au cours de cette émission rappeler (son et images à l'appui) sa fameuse formule « Je n'aime pas les riches ». Heureusement qu'il avait pas lancé cette formule saignante du balcon de son appartement de Cannes !
Tout ceux qui étaient autour de la table, sans même parler de Denisot lui-même et quel que soit le caractère généralement misérable ou démagogue des prestations des intervenants, sont des gens dont les revenus mensuels doivent tourner autour de dix mille euros par mois, compte tenu du fait que la plupart de ces « journalistes-sic » sont si occupés par chacun de leurs divers emplois qu’ils en ont généralement trois ou quatre en même temps. Tout cela ne les empêche pas de sortir leur mouchoir à la première occasion, histoire de verser quelques larmes crocodiliennes sur la misère d'une grande partie du bon peuple de France. Et personne ne rit et moins encore ne s'indigne publiquement quand il est invité à prendre part à ce genre de fiesta médiatique.

Il y a d'ailleurs un vrai problème, économique et social celui-ci, quand on rapproche, même de loin, ce que l'on constate dans les lieux de réjouissances ou de plaisir (des restaurants aux stations de ski) de la situation globale de la France, telle qu'elle nous est décrite par nos analystes. Il faut croire que la vraie misère des Français, réellement pauvres et malheureux, est bien plus discrète que les hypocrites épanchements de ceux qui font de cette situation lamentable leur fonds de commerce médiatique et/ou politique.

Je propose donc à Madame Aubry (à titre amical et gracieux comme toujours) le refrain original suivant dans son adresse à Nicolas Sarkozy

« Vous avez eu Lang et Michel Rocard,
Vous avez eu des millions de Français.
Vous avez eu Besson et nos tocards,
Mais mon p'tit coeur vous ne l'aurez jamais »

mercredi 2 mars 2011

Docteur Karl-Théodor von Google.

Connaissez-vous le baron allemand Karl-Theodor Maria Nikolaus Johann Jacob Philipp Franz Joseph Sylvester von und zu Guttenberg ? Dans mon vocabulaire personnel, je l’avais, pour des raisons qui apparaitront dans la suite, nommé Docteur Baron Von Google. J’ai appris depuis, qu’en Allemagne, sa dénomination la plus courante était Baron von Googleberg. Je m’y rangerai donc désormais.

On sait l'importance qu'on attache outre-Rhin au titre de docteur ; cela va au point que son abréviation « Dr. » est souvent liée aux noms propres dans l'état civil lui-même et que les professeurs qui sont docteurs ne manquent pas de le faire savoir par la mention « Professor-Doktor » (Pr.-Dr). Ces habitudes expliquent sans doute le bruit qu’a fait une affaire toute récente dans laquelle on a découvert que ce ministre allemand, possédant, depuis 2007, le titre de docteur de l'université de Bayreuth, avait plus ou moins rédigé sa thèse par le jeu de divers « copier-coller » et d’emprunts à des ouvrages qu’il n’avait pas jugé utile de signaler comme tels. En somme, il avait «pompé » !

La chose n'a rien d'étonnant puisque, désormais, à des niveaux plus modestes de nos grades académiques, il est de plus en plus fréquent de constater que des étudiants de licence ou de master rédigent, plus ou moins, par ce biais, en partie, leurs travaux ou mémoires. Le signe le plus clair pour identifier de tels emprunts tient moins au contenu même des textes qu'ils reproduisent, sans le dire, qu'à l'absence de fautes d'orthographe et de style qui signalent aussitôt aux correcteurs une rédaction autre que celle de l'étudiant.

Il faut toutefois dire un mot des traditions académiques différentes en France et en Allemagne, car on pourrait songer, dans une telle affaire, à mettre en cause les professeurs de l'université de Bayreuth qui figuraient dans le jury du baron-candidat. Notre système de soutenance des thèses (on l'a vu avec l'affaire des thèses des frères Bogdanov) est aussi mauvais que possible. Il l’est à la fois par la distribution généreuse de mentions « très honorable », que ne méritent pas bien des travaux présentés, mais aussi par le mode de composition des jurys où, en général, le directeur de la thèse à soutenir sollicite des collègues, d’avance complaisants, à charge, pour lui, de se montrer également complaisant dans les jurys où il sera lui-même, à son tour, invité par ces mêmes collègues qu'il avait auparavant sollicités. Ces échanges de séné et de rhubarbe académiques sont la pierre angulaire de notre système de thèses.

L'affaire du baron-docteur montre que le système allemand n’est pas forcément meilleur ; il est en tout cas différent et ces différences méritent explication. Il est toutefois impossible de décrire le système allemand pour la bonne raison qu’il n’est pas unique et que chaque université à ses propres règles de soutenance de thèse, alors que le système français est unique et précise que le jury doit toujours être composé selon les mêmes règles avec, en nombre au moins égal, des jurés originaires d'universités autres que celle de la soutenance.

La décentralisation, qui est de règle en Allemagne, fait que chaque université a, par exemple, son propre système de composition des jurys. Pour certaines, dont j'ai eu à connaître, le système fait qu’un seul et même jury va être mis en place, pour toute une année et pour toutes les thèses qui seront soutenues dans une discipline (au sens large). De ce fait, il peut se trouver que, pour un travail donné, le jury ne comporte aucun véritable spécialiste de la question traitée par la thèse. Il est possible qu’un tel cas ait été celui de la thèse de Karl-Theodor von Googleberg, ce qui pourrait expliquer que personne n’ait découvert le pot-aux-roses.

Toujours est-il que l'affaire, devenue politique, puisqu’il s’agissait d’un ministre, a fait grand bruit, au point que l'université de Bayreuth a ouvert une enquête. Elle a fini par retirer son titre de docteur au ministre et ce dernier vient de démissionner le 28 février 2011.

Si l'on peut penser que, chez nous, pour ce qui concerne les thèses de doctorat et les habilitations à diriger des recherches, lorsque les jurys sont composés de façon sérieuse (ce qui est loin d’être le cas comme on l’a vu), ce genre d'affaires ne devrait pas être trop fréquent, les « copier-coller » le sont, en revanche, de plus en plus, pour ce qui concerne les travaux demandés aux étudiants en cours d'étude.

Sans que je sache exactement où en est cette affaire, un problème de plagiat a fait grand bruit dans l'université française et cela d'autant qu'elle concernait une présidente d'université. En effet, la présidente de l’Université du Pacifique a vu un grand nombre de ses collègues faire un relevé de nombre de similitudes entre Des langues et des hommes (qu’elle avait publié en 2000) et l’ouvrage d'Umberto Eco La recherche de la langue parfaite dans la culture européenne, paru en 1993. Certes il ne s’agit pas là d’une thèse, mais force est de constater que cela fait un peu désordre !