Lorsque j'étais petit (il y a bien longtemps!) les histoires marseillaises mettaient toujours aux prises deux personnages locaux emblématiques, Marius et Olive ! Ils paraissent avoir aujourd'hui disparu et peut-être, dans le futur folklore marseillais, seront-ils remplacés par Claude (Guéant) et Martine (la Mère Delille).
En tout cas, la visite du ministre a été (heureusement ou ironiquement ?) clôturée, en fin d'après-midi, par une fusillade près de la cité de la Solidarité (authentique!) à Marseille, la cible est entre la vie et la mort. Il fallait bien que les malfrats du coin fissent une petite fantasia finale en l'honneur du ministre de l'intérieur et de son Lagardère de préfet de police, en visite à Marseille ce même jour, et qui étaient censés les terroriser.
L'émission de Calvi, "C plus clair", était, en ce mardi 30 août 2011, consacrée à Marseille ; son titre politico-policier, particulièrement opportun dans une ville où ces deux domaines sont si remarquablement proches, était du genre : « Politique : on défouraille à Marseille ». (Toujours pour les nobles étrangers lecteurs de ce blog qui apporte, par là, une contribution modeste à la francophonie mondiale, "défourailler", dans l'argot de Calvi qui date un peu, signifie "dégainer une arme de poing").
Je voudrais alimenter ce blog par trois éléments qui ont un rapport avec la visite du ministre dans la capitale phocéenne, mais qui sont de nature relativement différente.
Les deux premiers sont des épisodes vécus par des personnes que je connais et je garantis donc, de ce fait, l'authenticité des faits.
Il y a un an environ, les parents d'une de mes amies, qui devaient faire des examens médicaux à Marseille, s'y sont rendus en voiture ; ayant été contraints de s'arrêter à un feu rouge, ils ont eu la surprise désagréable de voir un jeune garçon (en marseillais un « minot ») crever un pneu de leur voiture. Alors qu'ils descendaient de leur véhicule, dans une totale stupéfaction et pour voir l'étendue des dégâts, un deuxième larron en a profité pour dérober le sac de la passagère qu'elle avait évidemment laissé dans le véhicule. Il y a là une variante marseillaise, au fond plus désagréable encore, de la technique niçoise bien connue du "vol à la portière". Les deux victimes se sont alors rendues au commissariat de police le plus proche pour porter plante et faire la déclaration des faits, en particulier, pour ce qui concernait le vol du sac à main dans lequel évidemment se trouvaient tous les papiers de la personne en cause. A leur grand étonnement, ils s'y sont entendus reprocher leur insouciance d'avoir laissé ce sac à main dans le véhicule dont ils étaient descendus pour constater l'attentat dont ils avaient été l'objet! Bref, de victimes, ils se sont, en quelque sorte, retrouvés accusés ou, en tout cas, taxés de négligence. Je ne sais pas si, comme souvent en pareils cas, on leur a suggéré de signaler la chose comme perte plutôt que comme vol, ce qui "au fond revient au même"... sauf, bien entendu, pour les statistiques de la police.
Autre épisode du même genre, beaucoup plus récent ; la femme d'un de mes amis qui étaient descendue faire des courses à Marseille a été agressée en pleine rue et s'est vu arracher le collier en or qu'elle portait. Même scénario du côté policier ; allant déclarer le vol de son collier, la victime s'est entendu reprocher son imprudence et le fait de se promener dans la rue avec un collier en or! Si l'on prolonge un peu ce raisonnement, il faudrait arpenter les rues de Marseille en maillot de bain et sans avoir quoi que ce soit d'autre sur soi, ce qui pour les dames, en particulier, risquerait de les exposer aussitôt à des agressions d'un genre différent.
Le troisième élément que je voudrais apporter à ce blog vient d'un témoignage que j'ai entendu, dans l'émission « Les grandes gueules » sur RMC, émission que j'écoute souvent, d'une oreille un peu distraite, en vaquant à d'autres occupations souvent plus sérieuses, entre 10 et 13 heures. On y a, en effet, passé à l'antenne l'appel téléphonique d'un auditeur résidant à Marseille qui s'est présenté sous le nom de Fredo et qui a déclaré, d'emblée et tout simplement, qu'il était dealer. La communication a été assez longue et je l'ai jugé personnellement fort intéressante, alors, que très souvent, ces appels d'auditeurs sont un tissu de niaiseries et/ou de banalités.
Le Fredo en cause a expliqué qu'il avait eu un métier ("dans la sécurité" à l'entendre, ce qui est tout un programme!) mais qu'il l'avait perdu (apparemment suite à une condamnation) ; réduit au chômage et chargé de famille, il avait dû se consacrer au commerce des stupéfiants. Il y occupait, semble-t-il, une position assez intéressante, car ses propos ont montré qu'il avait des fournisseurs pour la marchandise et, d'autre part, un réseau de revendeurs qui lui permettait de l'écouler sans avoir réellement lui-même à mettre la main à la pâte dans la rue. À une question sur ses revenus, il répondit, sans ambages, qu'il gagnait 1500 €... non pas par mois comme pouvait le supposer de naïves "grandes gueules", mais PAR JOUR !
Il a d'ailleurs ajouté que cette situation ne le réjouissait pas sur le plan moral et que des scrupules et des remords l'empêchaient souvent de dormir! Je ne l'ai pas totalement cru sur ce point, au moins pour la cause de ses insomnies. En effet, les événements récents et fréquents à Marseille (les Bouches-du-Rhône sont le théâtre du tiers des règlements de comptes français) me donnent à penser que ce sont peut-être moins les scrupules moraux qui le tourmentent que la crainte de voir l'un de ses concurrents l'éliminer du marché d'une façon quelque peu brutale.
Bref c'est là Marseille ! Dans l'émission de Calvi sur cette ville, il y a eu une confirmation de tous ces éléments, même si un seul des quatre intervenants, José d'Orrio, a été à la fois courageux, percutant, sincère et informé, les trois autres étant aussi prudents et insipides qu'à leur habitude. A la place de José d'Orrio qui n'a pas hésité, à propos de la politique comme de la police marseillaises, à parler de clientélisme, d'incompétence et de corruption (et les affaires actuelles le confirment), je me méfierais en traversant les rues de ma ville, un chauffard ou une balle perdue sont si vite arrivés!
mercredi 31 août 2011
mardi 30 août 2011
" Bleu, bleu, bleu, le ciel de Provence..."
On connaît la rengaine, déjà ancienne, de Marcel Amont : " Bleu, bleu, bleu, le ciel de Provence..."
Hier, 29 août 2011, en Provence et surtout à Marseille, il n'y avait pas que le ciel qui était bleu. Tout y était bleu. De Marignane à Marseille, tout était bleu (un policier, un "bleu" tous les dix mètres). Dans Marseille, tout était bleu! Et, à la porte d'Aix, on voyait que du bleu !
Je me demande, à la réflexion si ce bleuissement, aussi universel que soudain, n'avait pas quelque chose à voir avec la visite de M. Claude Guéant, ministre de l'intérieur, plutôt qu'avec celle de Mme Martine Aubry qui se voue plutôt au rouge. À ce propos, une remarque qui n'a rien à voir avec le reste de mon propos : la désignation nouvelle de cette dernière par « la maire de Lille »(sans doute pour la distinguer par cette éminente fonction municipale de son Flamby de rival auquel on reproche sans cesse son inexpérience) me fait irrésistiblement penser, vu la fréquente mauvaise articulation de nos commentateurs, à « La mère Denis » illustre figure de la publicité des lessives autrefois caricaturée par Coluche. Ce rapprochement est évidemment du plus mauvais effet !
Bref, notre ministre de l'intérieur a honoré Marseille de sa visite, nous a-t-on dit, suite à une grosse colère présidentielle devant les mauvaises statistiques de la criminalité et les scandales marseillais dont la fameuse affaire du parking de la Porte d'Aix.
L'avantage des statistiques, bien connu, est qu'on peut évidemment leur faire dire n'importe quoi ; tandis que le président se fâche devant la montée de l'insécurité, dont il compte faire son cheval de bataille pour la prochaine présidentielle (comme s'il n'était pour rien dans la situation antérieure) et que Mme Aubry ("la mère Delille") rappelle les chiffres désastreux de la sécurité à Marseille (3000 agressions dans le premier trimestre 2011 soit 25 par jour), le ministre de l'intérieur, au contraire, se félicite que, depuis 2002, la criminalité a baissé en France de 12 ou 14 % (je ne sais plus, mais vous aurez compris que, de toute façon, cela n'a pas la moindre importance!).
Il a déjà dégainé son arme absolue, un troisième préfet de police qui, de toute évidence, a pour principal atout son patronyme. Ce n'est plus la "police de proximité" de Jospin, c'est la police qui vient à vous plus vite que son ombre et en permanence. Si tu ne vas pas à Lagardère, Lagardère ira à toi. On ne saurait être plus clair.
A ce que j'ai entendu et vu, la visite ministérielle s'est centrée sur la Porte d'Aix où se situe en particulier le fameux parking qui a été un peu la goutte d'eau qui a fait déborder le vase présidentiel. Vous savez le parking, dont s'étaient emparé quelques jeunes loubards, après l'abandon de la gestion officielle du parking. Ils avaient décidé de le gérer eux-mêmes à leur compte, avec un tarif unique de cinq euros par visite.
Il se trouve que je connais très bien cet endroit et que je sais que le processus y a été évolutif. Pendant la période où il était encore sous le contrôle de la société qui en était gestionnaire, il était déjà peuplé de quelques gamins (en marseillais des "minots") qui vous proposaient, à votre arrivée, de surveiller votre voiture, moyennant deux euros (méthode italienne classique!), sans préciser naturellement que, faute de leur verser cet écot, vous risquiez fort de vous faire rayer la peinture de votre voiture ou d'en trouver cassés les essuie-glaces. Le processus a donc été purement et simplement évolutif et le tarif a augmenté après le départ du gestionnaire!
Bleu, bleu, bleu,... Je vous épargne la suite de l'affaire du parking.
Il est vraiment dommage que M. Guéant ne soit pas venu incognito faire cette visite car je ne doute pas un instant qu'elle aurait été beaucoup plus instructive pour lui et par là plus efficace.
À ce que j'ai entendu dans les médias, M. Guéant aurait emprunté la rue du Bon Pasteur (dans le deuxième). C'est une voie marseillaise que je connais parfaitement pour l'avoir empruntée des dizaines, sinon des centaines de fois. Très courte, elle va, du haut de la rue Camille Pelletan (près de la Place Marceau), en 200 mètres, à la Porte d'Aix, et aboutit à cet endroit même où se trouve, sur la droite, le fameux parking qui a défrayé la chronique.
Cette rue est admirable car elle est, en quelque sorte, le microcosme du macrocosme marseillais. Je veux dire par là qu'elle réunit, en quelques dizaines de mètres, tous les éléments constitutifs de Marseille. Au départ, en la descendant, on trouve, à droite, le Marché du Soleil qui est un vrai souk qui vous dispense de la visite de ceux de Tunis ou de Marrakech. Encombrée de tous les détritus de tous les commerces et les activités qui s'y tiennent, la rue descend vers la porte d'Aix et il n'est pas facile d'y circuler, entre les rares voitures qui s'y hasardent et les étalages des marchands ambulants, réguliers ou clandestins. On peut trouver là aussi bien des marchands de légumes que d'autres étalages, de toute nature, qui présentent, selon la coutume marseillaise, tout ce qui est tombé du camion ou sorti des containers.
On circule difficilement dans cette rue toute la semaine durant mais pas du tout le vendredi, car toute sa partie centrale est alors réservée à la prière, en dépit du fait qu'on soit, à vol d'oiseau, à moins d'une centaine de mètres de la rue Malaval se trouve une magnifique et immense mosquée de construction récente.
Le bas de la rue est en revanche réservé à un commerce spécifique qui est celui des cigarettes de contrebande ; des dizaines de vendeurs à la sauvette vous y proposent, ostensiblement et publiquement, leurs cartouches, sans que nul n'y trouve naturellement à redire. Leur petit commerce empiète souvent sur le parking qui se trouve immédiatement à droite du bas de la rue.
Naturellement, hier, toute la Porte d'Aix (d'où l'on avait viré le camping sauvage des Roms) n'était guère peuplée que de gendarmes, de CRS, de chaussettes à clous en civil et sans doute de militants UMP et d'employés municipaux (ce qui est à peu près la même chose car le maire devait accompagner le ministre) ; toutes les petites activités, interdites mais publiques et habituelles, avaient naturellement disparu mais soyez sûrs qu'elles reprendront très vite.
Comme on pouvait s'y attendre et c'est bien naturel notre brave ministre n'y a vu que du bleu !
Pour les nobles lecteurs étrangers ! "N' y voir que du bleu : expression populaire française : Ne pas s'apercevoir d'une chose qu'on vous fait, se faire avoir, être crédule."
Hier, 29 août 2011, en Provence et surtout à Marseille, il n'y avait pas que le ciel qui était bleu. Tout y était bleu. De Marignane à Marseille, tout était bleu (un policier, un "bleu" tous les dix mètres). Dans Marseille, tout était bleu! Et, à la porte d'Aix, on voyait que du bleu !
Je me demande, à la réflexion si ce bleuissement, aussi universel que soudain, n'avait pas quelque chose à voir avec la visite de M. Claude Guéant, ministre de l'intérieur, plutôt qu'avec celle de Mme Martine Aubry qui se voue plutôt au rouge. À ce propos, une remarque qui n'a rien à voir avec le reste de mon propos : la désignation nouvelle de cette dernière par « la maire de Lille »(sans doute pour la distinguer par cette éminente fonction municipale de son Flamby de rival auquel on reproche sans cesse son inexpérience) me fait irrésistiblement penser, vu la fréquente mauvaise articulation de nos commentateurs, à « La mère Denis » illustre figure de la publicité des lessives autrefois caricaturée par Coluche. Ce rapprochement est évidemment du plus mauvais effet !
Bref, notre ministre de l'intérieur a honoré Marseille de sa visite, nous a-t-on dit, suite à une grosse colère présidentielle devant les mauvaises statistiques de la criminalité et les scandales marseillais dont la fameuse affaire du parking de la Porte d'Aix.
L'avantage des statistiques, bien connu, est qu'on peut évidemment leur faire dire n'importe quoi ; tandis que le président se fâche devant la montée de l'insécurité, dont il compte faire son cheval de bataille pour la prochaine présidentielle (comme s'il n'était pour rien dans la situation antérieure) et que Mme Aubry ("la mère Delille") rappelle les chiffres désastreux de la sécurité à Marseille (3000 agressions dans le premier trimestre 2011 soit 25 par jour), le ministre de l'intérieur, au contraire, se félicite que, depuis 2002, la criminalité a baissé en France de 12 ou 14 % (je ne sais plus, mais vous aurez compris que, de toute façon, cela n'a pas la moindre importance!).
Il a déjà dégainé son arme absolue, un troisième préfet de police qui, de toute évidence, a pour principal atout son patronyme. Ce n'est plus la "police de proximité" de Jospin, c'est la police qui vient à vous plus vite que son ombre et en permanence. Si tu ne vas pas à Lagardère, Lagardère ira à toi. On ne saurait être plus clair.
A ce que j'ai entendu et vu, la visite ministérielle s'est centrée sur la Porte d'Aix où se situe en particulier le fameux parking qui a été un peu la goutte d'eau qui a fait déborder le vase présidentiel. Vous savez le parking, dont s'étaient emparé quelques jeunes loubards, après l'abandon de la gestion officielle du parking. Ils avaient décidé de le gérer eux-mêmes à leur compte, avec un tarif unique de cinq euros par visite.
Il se trouve que je connais très bien cet endroit et que je sais que le processus y a été évolutif. Pendant la période où il était encore sous le contrôle de la société qui en était gestionnaire, il était déjà peuplé de quelques gamins (en marseillais des "minots") qui vous proposaient, à votre arrivée, de surveiller votre voiture, moyennant deux euros (méthode italienne classique!), sans préciser naturellement que, faute de leur verser cet écot, vous risquiez fort de vous faire rayer la peinture de votre voiture ou d'en trouver cassés les essuie-glaces. Le processus a donc été purement et simplement évolutif et le tarif a augmenté après le départ du gestionnaire!
Bleu, bleu, bleu,... Je vous épargne la suite de l'affaire du parking.
Il est vraiment dommage que M. Guéant ne soit pas venu incognito faire cette visite car je ne doute pas un instant qu'elle aurait été beaucoup plus instructive pour lui et par là plus efficace.
À ce que j'ai entendu dans les médias, M. Guéant aurait emprunté la rue du Bon Pasteur (dans le deuxième). C'est une voie marseillaise que je connais parfaitement pour l'avoir empruntée des dizaines, sinon des centaines de fois. Très courte, elle va, du haut de la rue Camille Pelletan (près de la Place Marceau), en 200 mètres, à la Porte d'Aix, et aboutit à cet endroit même où se trouve, sur la droite, le fameux parking qui a défrayé la chronique.
Cette rue est admirable car elle est, en quelque sorte, le microcosme du macrocosme marseillais. Je veux dire par là qu'elle réunit, en quelques dizaines de mètres, tous les éléments constitutifs de Marseille. Au départ, en la descendant, on trouve, à droite, le Marché du Soleil qui est un vrai souk qui vous dispense de la visite de ceux de Tunis ou de Marrakech. Encombrée de tous les détritus de tous les commerces et les activités qui s'y tiennent, la rue descend vers la porte d'Aix et il n'est pas facile d'y circuler, entre les rares voitures qui s'y hasardent et les étalages des marchands ambulants, réguliers ou clandestins. On peut trouver là aussi bien des marchands de légumes que d'autres étalages, de toute nature, qui présentent, selon la coutume marseillaise, tout ce qui est tombé du camion ou sorti des containers.
On circule difficilement dans cette rue toute la semaine durant mais pas du tout le vendredi, car toute sa partie centrale est alors réservée à la prière, en dépit du fait qu'on soit, à vol d'oiseau, à moins d'une centaine de mètres de la rue Malaval se trouve une magnifique et immense mosquée de construction récente.
Le bas de la rue est en revanche réservé à un commerce spécifique qui est celui des cigarettes de contrebande ; des dizaines de vendeurs à la sauvette vous y proposent, ostensiblement et publiquement, leurs cartouches, sans que nul n'y trouve naturellement à redire. Leur petit commerce empiète souvent sur le parking qui se trouve immédiatement à droite du bas de la rue.
Naturellement, hier, toute la Porte d'Aix (d'où l'on avait viré le camping sauvage des Roms) n'était guère peuplée que de gendarmes, de CRS, de chaussettes à clous en civil et sans doute de militants UMP et d'employés municipaux (ce qui est à peu près la même chose car le maire devait accompagner le ministre) ; toutes les petites activités, interdites mais publiques et habituelles, avaient naturellement disparu mais soyez sûrs qu'elles reprendront très vite.
Comme on pouvait s'y attendre et c'est bien naturel notre brave ministre n'y a vu que du bleu !
Pour les nobles lecteurs étrangers ! "N' y voir que du bleu : expression populaire française : Ne pas s'apercevoir d'une chose qu'on vous fait, se faire avoir, être crédule."
lundi 29 août 2011
333
J'ai découvert par hasard, dans l'une des innombrables rubriques de Google que mon blog du samedi 28 août 2011 était le 332e que j'affichais dans "blogspot". Du coup, je n'en ai pas fait hier, me disant qu'il fallait un sujet spécial pour le 333e ! J'aurais pu esquiver le coup, en me disant que, si on l'ajoute ces 332 blogs à tout ce que j'ai écrit chez mes hébergeurs précédents, je dois en avoir écrit près de 2000, ce qui va faire un boulot d'enfer aux éditeurs futurs de mes oeuvres complètes.
Bref, je pensais qu'il me fallait un sujet spécial pour ce 333e blog et du coup, je n'en ai pas trouvé.
Bien sûr, j'aurais pu me rabattre sur la géographie car la journée d'hier a tout de même été une grande curiosité géographique puisque le cyclone tropical Irène menaçait New York. Quand on sait que New York est, en gros, à la latitude de Naples, c'est tout de même une grande nouvelle d'apprendre que désormais la "grosse pomme" se trouve sous le tropique du Cancer ! Les mésaventures de George Bush à la Nouvelle-Orléans ont traumatisé et, par là instruit les politiques américains et en particulier Obama, qui du coup en a rajouté sur la précaution et la prudence. Cette révolution géographique et climatique voit toutefois son importance relativisée puisqu'on annonce aujourd'hui que cette dépression ,toujours tropicale, menace désormais Montréal ! Le tropique du Cancer est-il en passe de rejoindre le cercle polaire? Il y aurait là une puissante et éclatante confirmation de la théorie du réchauffement climatique.
Fort heureusement, Europe 1 est venu à mon secours avec sa nouvelle émission du matin dont je voulais parler depuis quelques jours, tout en ne me résolvant pas à le faire eu égard à mes lecteurs non français. Nous avons, sur cette chaîne radio qui tourne à la ménagerie, une nouvelle émission avec pour "animateur", paradoxalement, l'assoupi Bruce Toussaint, auparavant l'ours de la méridienne de Canal+, qui a remplacé la hyène Fogiel, pour essayer de relancer les audiences languissantes de la chaîne. Le choix est discutable mais, dans le PAF, on est habitué à ce genre d'erreur ; en revanche, Europe1 a concocté un savant cocktail de "vus à la télé", avec Alexandre Adler pour la politique (mal remis de son week-end, il bafouillait à chaque phrase, ce matin, en essayant de causer de l'attentat de Cherchell), Laurent Ruquier (pour la revue de presse où il se borne à rechercher les histoires de cul) et enfin Nigaud Aliagas pour le côté "people".
Nigaud Aliagas recevait ce matin Charles Aznavour en promo pour un spectacle, un album et un livre! Aznavour demeure un personnage sympathique par sa simplicité et son bagout. Il faut dire qu'avec Nigaud Aliagas les interviewés ont la partie belle. Jamais de question dérangeante ou même un peu impertinente.
Aznavour s'est un peu planté, à un moment, en disant qu'il se sentait bien en deux endroits (je cite) : « à l'Élysée et en Arménie ». Il voulait bien sûr dire "en France", car je ne pense pas qu'il passe ses séjours en France à faire des duos avec Carla sous l'oeil attendri de Nico ! Nigaud Aliagas s'est bien gardé de relever le lapsus pourtant bien intéressant et rigolo !
Un autre des propos aznavouriens que Nigaud s'est bien gardé de le relever a été le suivant. Après avoir dit qu'il était à la fois français et arménien (il a les deux passeports mais donc , à l'en croire, pas de passeport suisse!) sans pouvoir distinguer entre les deux, comme dans le café au lait, on ne peut pas distinguer et séparer le lait du café. Il a ajouté ensuite qu'il se sentait "oriental". Silence total de Nigaud Aliagas! Il est bien vrai que la Suisse est, d'une certaine façon, l'Orient de la France mais au fond le grec Nigaud ne le sait peut-être pas et/ou n'a pas compris.
Je dois dire que si le personnage Aznavour demeure sympathique à bien des aspects, on est un peu agacé par ces permanentes déclarations d'amour et de reconnaissance à la France. Je ne doute pas un instant de la sincérité des sentiments d'Aznavour à l'endroit de notre pays mais je constate que cet attachement et cette reconnaissance ne sont toutefois pas assez grands et forts pour le conduire à y payer ses impôts !
Bref, je pensais qu'il me fallait un sujet spécial pour ce 333e blog et du coup, je n'en ai pas trouvé.
Bien sûr, j'aurais pu me rabattre sur la géographie car la journée d'hier a tout de même été une grande curiosité géographique puisque le cyclone tropical Irène menaçait New York. Quand on sait que New York est, en gros, à la latitude de Naples, c'est tout de même une grande nouvelle d'apprendre que désormais la "grosse pomme" se trouve sous le tropique du Cancer ! Les mésaventures de George Bush à la Nouvelle-Orléans ont traumatisé et, par là instruit les politiques américains et en particulier Obama, qui du coup en a rajouté sur la précaution et la prudence. Cette révolution géographique et climatique voit toutefois son importance relativisée puisqu'on annonce aujourd'hui que cette dépression ,toujours tropicale, menace désormais Montréal ! Le tropique du Cancer est-il en passe de rejoindre le cercle polaire? Il y aurait là une puissante et éclatante confirmation de la théorie du réchauffement climatique.
Fort heureusement, Europe 1 est venu à mon secours avec sa nouvelle émission du matin dont je voulais parler depuis quelques jours, tout en ne me résolvant pas à le faire eu égard à mes lecteurs non français. Nous avons, sur cette chaîne radio qui tourne à la ménagerie, une nouvelle émission avec pour "animateur", paradoxalement, l'assoupi Bruce Toussaint, auparavant l'ours de la méridienne de Canal+, qui a remplacé la hyène Fogiel, pour essayer de relancer les audiences languissantes de la chaîne. Le choix est discutable mais, dans le PAF, on est habitué à ce genre d'erreur ; en revanche, Europe1 a concocté un savant cocktail de "vus à la télé", avec Alexandre Adler pour la politique (mal remis de son week-end, il bafouillait à chaque phrase, ce matin, en essayant de causer de l'attentat de Cherchell), Laurent Ruquier (pour la revue de presse où il se borne à rechercher les histoires de cul) et enfin Nigaud Aliagas pour le côté "people".
Nigaud Aliagas recevait ce matin Charles Aznavour en promo pour un spectacle, un album et un livre! Aznavour demeure un personnage sympathique par sa simplicité et son bagout. Il faut dire qu'avec Nigaud Aliagas les interviewés ont la partie belle. Jamais de question dérangeante ou même un peu impertinente.
Aznavour s'est un peu planté, à un moment, en disant qu'il se sentait bien en deux endroits (je cite) : « à l'Élysée et en Arménie ». Il voulait bien sûr dire "en France", car je ne pense pas qu'il passe ses séjours en France à faire des duos avec Carla sous l'oeil attendri de Nico ! Nigaud Aliagas s'est bien gardé de relever le lapsus pourtant bien intéressant et rigolo !
Un autre des propos aznavouriens que Nigaud s'est bien gardé de le relever a été le suivant. Après avoir dit qu'il était à la fois français et arménien (il a les deux passeports mais donc , à l'en croire, pas de passeport suisse!) sans pouvoir distinguer entre les deux, comme dans le café au lait, on ne peut pas distinguer et séparer le lait du café. Il a ajouté ensuite qu'il se sentait "oriental". Silence total de Nigaud Aliagas! Il est bien vrai que la Suisse est, d'une certaine façon, l'Orient de la France mais au fond le grec Nigaud ne le sait peut-être pas et/ou n'a pas compris.
Je dois dire que si le personnage Aznavour demeure sympathique à bien des aspects, on est un peu agacé par ces permanentes déclarations d'amour et de reconnaissance à la France. Je ne doute pas un instant de la sincérité des sentiments d'Aznavour à l'endroit de notre pays mais je constate que cet attachement et cette reconnaissance ne sont toutefois pas assez grands et forts pour le conduire à y payer ses impôts !
samedi 27 août 2011
Niches ? Vous avez dit "niches"?
Un blogueur québécois de mes amis, qui fréquente souvent ces lieux et y intervient parfois, m'a fait l'honneur et l'amitié de reprendre en partie mon blog sur les " niches fiscales". Comme nos amis québécois usent, en lieu et place de ce terme de "niches" (un "francisme" comme ils disent parfois, avec un peu d'aigreur), du mot "abri fiscal" (les Belges ne se sont même pas donné la peine de traduire "fiscal/tax shelder"!), cette situation a inspire à mon ami Jacques, linguiste de son état avec un amour particulier pour la lexicologie et la lexicographie, des réflexions dont je vous livre une partie, prise dans son propre blog.
"Je me rends compte, une fois de plus, qu’au Québec nous avons traduit littéralement l’expression anglaise tax shelter et que ce calque est entériné à la fois par le Grand Dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française et par la base de données terminologiques Termium du Bureau de la traduction à Ottawa.
[...] Jean-Paul Tardivel, au XIXe siècle, dénonçait l’« habitude, que nous avons graduellement contractée, de parler anglais avec des mots français » (« L’anglicisme, voilà l’ennemi », 1879).
L'acculturation par la traduction est une forme de sujétion à une langue dominante qui conduit à l'appauvrissement du français par l'absence d'utilisation des ressources qui ne sont pas suggérées par l'anglais (cf. J. Poisson, Meta 20/1, p. 64)."
J'ai trop souvent soutenu dans leurs entreprises la terminologie et la néologie québécoise face à l'insupportable et sotte arrogance de nombre de terminologues français qui considèrent le français comme leur propriété personnelle tout en ayant toujours à la bouche notre francophonie, prétendument commune pour revenir ici sur cette question. Qu'on préfère, comme lui, "niche fiscale" à "abri fiscal", Why not ? Le problème du sens précis de ce mot "niche" demeure posé car, en ratissant large, le mot a somme tout au moins quatre sens, dans nos usages modernes, même si le Trésor de la langue française n'en relève que deux (principaux, mais avec des sous-entrées pour le premier.
1." Niche 1 Emplacement creux, enfoncement pratiqué dans l'épaisseur d'un mur pour y loger une statue, un objet décoratif ou un objet quelconque".
Comment de pas citer Baudelaire, tant sa "niche d'or" évoque déjà les "niches fiscales" modernes!
"Je veux bâtir pour toi, Madone, ma maîtresse,
Un autel souterrain au fond de ma détresse,
Et creuser dans le coin le plus noir de mon coeur,
Loin du désir mondain et du regard moqueur,
Une niche d'azur et d'or tout émaillée,
Où tu te dresseras, Statue émerveillée".
"2. Petite cabane servant d'abri à un chien de garde; meuble portatif destiné à un chien d'appartement. "
Encore Baudelaire (Poèmes en prose, 1867) : "À la niche, tous ces fatigants parasites! Qu'ils retournent à leur niche soyeuse et capitonnée! . Le poète, visionnaire, décidément avait, avant tout le monde, prévu la "niche fiscale" qui est non seulement "dorée" comme on vient de le voir, mais en outre "soyeuse et capitonnée". On comprend que les occupants ne soient pas pressés de la quitter ou de la voir disparaître.
"3. ÉCOL. Niche écologique. Place qu'occupe une espèce vivante à l'intérieur d'un écosystème".
Ce dernier emploi, encore modeste à l'époque de la rédaction du TLF est devenu aujourd'hui essentiel à l'ère des carottes et des oeufs bio! Rien d'étonnant en tout cas que le riche se voit réservée une place de choix dans une écologie capitalistique.
Auquel de ces trois sens ont pensé les crânes d'oeufs (bio?) de Bercy quand, peut-être au fond sans songer alors à les nommer (car ils n'ont pas inventé le système des "tax shelters"!), ils ont aménagé les premières de ces "niches" "dorées, soyeuses et capitonnées"?
Peut-être au fond est en cause un quatrième sens de "niche" que recèle notre si riche et si belle langue française !
" Niche : Fam. Plaisanterie malicieuse, farce que l'on fait à quelqu'un, généralement sans méchanceté".
J'inclinerais assez pour cette hypothèse ; le mieux est alors de répondre à une niche par une autre niche. Souvenons-nous du nom que Jacques Séguéla, alors au faîte de sa gloire et qui ne mettait pas le comble de la réussite dans une Rolex, avait donné à son voilier, acquis aux Antilles (en profitant de la loi de défiscalisation des DOM promulguée par Bérégovoy pour ce type d'achat) et mouillé là-bas : "Merci Béré"!
"Je me rends compte, une fois de plus, qu’au Québec nous avons traduit littéralement l’expression anglaise tax shelter et que ce calque est entériné à la fois par le Grand Dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française et par la base de données terminologiques Termium du Bureau de la traduction à Ottawa.
[...] Jean-Paul Tardivel, au XIXe siècle, dénonçait l’« habitude, que nous avons graduellement contractée, de parler anglais avec des mots français » (« L’anglicisme, voilà l’ennemi », 1879).
L'acculturation par la traduction est une forme de sujétion à une langue dominante qui conduit à l'appauvrissement du français par l'absence d'utilisation des ressources qui ne sont pas suggérées par l'anglais (cf. J. Poisson, Meta 20/1, p. 64)."
J'ai trop souvent soutenu dans leurs entreprises la terminologie et la néologie québécoise face à l'insupportable et sotte arrogance de nombre de terminologues français qui considèrent le français comme leur propriété personnelle tout en ayant toujours à la bouche notre francophonie, prétendument commune pour revenir ici sur cette question. Qu'on préfère, comme lui, "niche fiscale" à "abri fiscal", Why not ? Le problème du sens précis de ce mot "niche" demeure posé car, en ratissant large, le mot a somme tout au moins quatre sens, dans nos usages modernes, même si le Trésor de la langue française n'en relève que deux (principaux, mais avec des sous-entrées pour le premier.
1." Niche 1 Emplacement creux, enfoncement pratiqué dans l'épaisseur d'un mur pour y loger une statue, un objet décoratif ou un objet quelconque".
Comment de pas citer Baudelaire, tant sa "niche d'or" évoque déjà les "niches fiscales" modernes!
"Je veux bâtir pour toi, Madone, ma maîtresse,
Un autel souterrain au fond de ma détresse,
Et creuser dans le coin le plus noir de mon coeur,
Loin du désir mondain et du regard moqueur,
Une niche d'azur et d'or tout émaillée,
Où tu te dresseras, Statue émerveillée".
"2. Petite cabane servant d'abri à un chien de garde; meuble portatif destiné à un chien d'appartement. "
Encore Baudelaire (Poèmes en prose, 1867) : "À la niche, tous ces fatigants parasites! Qu'ils retournent à leur niche soyeuse et capitonnée! . Le poète, visionnaire, décidément avait, avant tout le monde, prévu la "niche fiscale" qui est non seulement "dorée" comme on vient de le voir, mais en outre "soyeuse et capitonnée". On comprend que les occupants ne soient pas pressés de la quitter ou de la voir disparaître.
"3. ÉCOL. Niche écologique. Place qu'occupe une espèce vivante à l'intérieur d'un écosystème".
Ce dernier emploi, encore modeste à l'époque de la rédaction du TLF est devenu aujourd'hui essentiel à l'ère des carottes et des oeufs bio! Rien d'étonnant en tout cas que le riche se voit réservée une place de choix dans une écologie capitalistique.
Auquel de ces trois sens ont pensé les crânes d'oeufs (bio?) de Bercy quand, peut-être au fond sans songer alors à les nommer (car ils n'ont pas inventé le système des "tax shelters"!), ils ont aménagé les premières de ces "niches" "dorées, soyeuses et capitonnées"?
Peut-être au fond est en cause un quatrième sens de "niche" que recèle notre si riche et si belle langue française !
" Niche : Fam. Plaisanterie malicieuse, farce que l'on fait à quelqu'un, généralement sans méchanceté".
J'inclinerais assez pour cette hypothèse ; le mieux est alors de répondre à une niche par une autre niche. Souvenons-nous du nom que Jacques Séguéla, alors au faîte de sa gloire et qui ne mettait pas le comble de la réussite dans une Rolex, avait donné à son voilier, acquis aux Antilles (en profitant de la loi de défiscalisation des DOM promulguée par Bérégovoy pour ce type d'achat) et mouillé là-bas : "Merci Béré"!
vendredi 26 août 2011
De Philippe le Bel à François Fillon
Vous l'aurez sûrement remarqué : la technique de communication gouvernementale implique que les ministres ou, plus généralement, tous ceux qui sont chargés de porter la parole du gouvernement, reçoivent chaque jour, un pense-bête sur lequel sont notés tous les arguments auxquels ils doivent avoir recours pour répondre aux questions qui leur seront posées.
Je me demande si ce n'est pas le chroniqueur du "petit journal" de Canal+, Yann Barthès, désormais vedette de la chaîne, qui a inspiré cette mesure pour se rendre la tâche plus facile. À la rentrée, son rôle dans l'émission de Denisot a beaucoup augmenté, car c'est souvent effectivement la partie la plus amusante de ce "grand journal". On ne peut guère compter pour attirer le chaland sur la logorrhée politicienne de Jean-Michel Aphatie, le vide souriant mais sidéral d'Ariane Massenet et pis encore les consternantes et jeunistes âneries du maghébin obèse de service. Le chroniqueur satirique a donc toute facilité, chaque jour, à reprendre des extraits de chacune des interventions de ceux qui ont hanté les studios de nos médias pour démontrer, images à l'appui, que leurs discours sont, au mot près, les mêmes.
C'était encore le cas, en ce vendredi 26 août 2011, où Frédéric Lefebvre, ministricule de je sais quoi, nous expliquait, sur une radio du matin, que la hausse du chômage était un élément dont nous ne pouvions que nous réjouir. Il signifie en effet, non pas, comme le pense un vain peuple, qu'il y a de moins en moins de boulot en France, mais que notre natalité est en hausse (surtout dans le 93 aurait-il pu ajouter) à la différence de celle de ces pauvres et infertiles Allemands, qui ne jugulent le chômage qu'en raison de leur faible natalité et qui auraient donc tout lieu de s'en plaindre au lieu de s'en réjouir. Il reprenait par là mot à mot le discours de Fillon et de tous les autres.
On peut toutefois toujours craindre des écarts par rapport à la ligne de conduite communicationnelle commune de la part d'un Frédéric Lefebvre. Dans dans son souci de complaire au Maître et de mettre sa touche personnelle au propos dicté, il a repris une des formules de Sarkozy en septembre 2007, quand ce denier avait assuré vouloir une croissance de 3% et s'était déclaré prêt à aller la "chercher avec les dents".
Nous dire, dans le contexte actuel, comme l'a fait Fredo, qu'on va aller "chercher la croissance avec les dents" est une flagornerie doublement inopportune à la fois parce que tout indique, dans le discours commun officiel, qu'il n'en est rien et surtout parce qu'il y a là un rappel, fâcheux, d'une des formules qu'on a le plus reprochées à Nicolas Sarkozy. Je crains fort que, bien loin de plaire au président, le rappel de cette formule ne lui ait fortement déplu et que Fredo ne se fasse tirer les oreilles.
Ce que l'on considère en revanche sans doute comme une trouvaille dans la cellule de communication est le rétablissement, discret mais réel, d'une vieille institution ("régalienne" - ce mot est tellement à la mode et pour une fois qu'il convient, pourquoi s'en priver!) la "ferme générale" et les fermiers généraux.
Petit rappel historique à l'attention spéciale de Fredo (grand lecteur de Zadig et Voltaire): la "ferme générale", créée par Philippe le Bel, réunissait les "fermiers généraux" qui tenaient à ferme ou à bail les revenus publics, composés surtout alors de la gabelle, de la taille, de l'impôt sur le tabac, etc... . La ferme générale qui avait toujours donné lieu à de multiples abus en tous genres fut supprimée par la Révolution.
La dernière trouvaille du gouvernement qui, rappelons-le s'est engagé à ne pas augmenter les impôts, comme le répètent à l'envi tous les ministres, est, pour tenir cette parole, de créer non pas des impôts mais des prélèvements supplémentaires (ce qui ressemble fort dans les faits à des augmentations d'impôts). L'astuce est que, prélevés par d'autres que nos services fiscaux eux-mêmes, ils ne seront pas, au moins à la lettre, des "impôts". C'est, au fond, tout simplement le rétablissement de la "ferme générale". Les nouveaux "fermiers généraux" seront les responsables de mutuelles (on prévoit un minimum d'augmentation de 5 % du tarif de ces mutuelles), les gérants de parcs d'attractions, les buralistes (pour le tabac), les bistroquets et les épiciers (pour les boissons - alcoolisées ou sucrées - ce qui ne vous laisse pas grand choix si vous voulez échapper à ce prélèvement supplémentaire -zut j'ai failli dire "impôt"!).
Tout cela est pensé, quoique fort naïf. Une astuce supplémentaire est d'avoir laissé quelques possibilités d'amendement de détail à nos braves députés et sénateurs. En septembre, ils pourront ainsi augmenter un petit peu la facture pour les "riches", par le biais, soit du tarif, soit de la durée du prélèvement exceptionnel qu'on a prévu pour eux. Cela permettra à tous nos braves représentants du peuple de se présenter la tête haute devant leurs électeurs dont, au moins en apparence, ils auront clairement défendu les intérêts.
Toutes ces petites ruses porteront-elles les fruits électoraux qu'on a espérés en les méditant ? Seul l'avenir nous permettra d'en juger.
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jeudi 25 août 2011
Fiscalité : niches à chiens ou niches à saints?
Selon Wikipedia "Une niche fiscale peut être, soit une dérogation fiscale qui permet de payer moins d'impôts lorsque certaines conditions sont réunies, soit une lacune ou un vide législatif permettant d'échapper à l'impôt sans être en infraction".
Une nouvelle fois, il n'est plus question que de niches fiscales sans que, dans les commentaires qu'on en fait, nous soyons mieux éclairés sur le registre métaphorique de cette expression.
La niche est, de façon commune, la maison du chien. Toutefois, on voit pas comment le fisc peut s'introduire dans une telle métaphore, le contribuable étant moins, en général, un chien qu'un cochon (de payant)! Certes, on est porté à penser que nombre de ces niches sont occupées par des molosses, à voir la crainte qu'elles inspirent à tous ceux qui semblent avoir l'idée, sincère ou feinte, de leur porter atteinte ou de les supprimer. Pourtant, sans être un grand connaisseur en matière de chiens, j'observe que ces animaux préfèrent souvent se tenir n'importe où plutôt que dans la niche qui leur est en principe dévolue.
Si les chiens sont censés être les occupants de niches qu'ils délaissent souvent et volontiers, il est d'autres niches, celles des saints dont leurs occupants ne sortent guère. Elles ne constituent pas pour eux des abris ou des refuges, mais visent plutôt à les mettre en évidence, souvent dans des poses avantageuses ou traditionnelles, pour permettre à leurs admirateurs de venir les solliciter ou les prier.
J'incline à croire que, contre toute attente, celui qui a inventé cette expression et qui est assez modeste ou prudent pour ne pas se faire connaître, avait plutôt en tête les saints que les clébards, même si à voir la difficulté qu'il y a à y toucher ou même à s'en approcher, on pourrait penser qu'il s'agit plutôt des seconds que des premiers.
C'est à cette réflexion sur le sens réel de cette expression que j'en suis venu en écoutant ce matin Jean-François Copé qui devait être interviewé par Jean-Jacques Bourdin sur RMC-BFM TV. Ce dernier, comme à son habitude, s'était livré à quelques rodomontades liminaires en annonçant qu'il allait recevoir cet homme politique et qu'il allait lui parler, en particulier, de la "niche" Copé, qui fait beaucoup jaser, en ce temps de restrictions, en raison des milliards qu'elle a coûtés à l'État depuis sa création.
Il est probable que Jean-François Copé avait écouté ces propos préalables et qu'il s'était préparé à un éventuel assaut du journaliste sur ce point, même si il est suffisamment habitué à ce genre d'exercice, pour savoir que les choses n'allaient sans doute pas aller très loin. Copé, sentant la faiblesse de sa propre position, a toutefois eu la prudence de museler d'emblée Bourdin qui commençait à parler des riches et du grand capital. Le sujet est à la mode en ce moment puisque ses représentants, qui poussent habituellement des cris d'orfraie à la moindre menace sur leurs capitaux, ont poussé le culot communicationnel, jusqu'à proposer d'augmenter (rassurez-vous légèrement et provisoirement) leur contribution fiscale personnelle au budget de la France, sans doute pour couper court à des augmentations plus fortes et définitives! Copé a donc été assez rusé à ce moment pour évoquer immédiatement, quand Bourdin a abordé le sujet, la situation de son propre employeur, RMC-BFM TV qui est le média avéré du grand capital. Cette allusion menaçante, si légère qu'elle ait été, a sur le champ calmé son intervieweur qui est aussitôt passé à autre chose.
Un mot sur la fameuse "niche Copé". Si l'on en parle beaucoup, on ne nous dit guère ce qu'elle est et moins encore ce qu'elle nous a coûté. Il s'agit, en fait, d'une mesure qui a été prise par Jean-François Copé quand il était ministre du budget en 2007 et qui exempte du paiement de plus-values les ventes de filiales par une société ou un holding. La justification de la chose à l'époque était, que pour éviter les plus-values dans leurs ventes de filiales, les sociétés françaises, toujours aussi patriotes, allaient se domicilier en Belgique ou ailleurs, pourvu que ces pays n'imposent pas la plus-value dans ce type d'opération. Copé, avocat d'affaires à ses heures, connaissait bien le truc.
Le résultat est qu'en 2007 l'État français a perdu 3,4 milliards d'euros de plus-values, puis 12,5 milliards d'euros en 2008, selon les chiffres mêmes de Bercy. Pour éviter toute discussion oiseuse, sur ces données, disons qu'en trois ans la "niche Copé" a coûté au moins 12 milliards d'euros, soit ce que Fillon cherche désespérément. Autant dire que les 200 millions d'euros que l'on entend faire payer, à titre exceptionnel et provisoire, aux "riches" ne représentent pas grand-chose à côté !
Le coût de la "niche Copé" s'est réduit depuis 2008, pour la simple raison que la crise a fait que les industriels ont craint de vendre des filiales à perte et ont préféré attendre que les choses s'arrangent, si elles doivent s'arranger un jour.
Naturellement Jean-François Copé nous a refait le numéro habituel : si l'on s'en prend aux riches, ils iront à l'étranger et en particulier en Belgique, ce qui au moins aura l'avantage, un jour peut-être, de faciliter la réunion de la Wallonie à la France. Toutefois, il faudra maintenir pour ces riches Français expatriés ce régime fiscal, comme l'Alsace et la Lorraine ont gardé des dispositions antérieures à la loi de séparation de l'église d'État !
De toute façon, chacun sait que la plupart des riches (les vrais bien sûrs !) ont soit choisi un domicile fiscal à l'étranger, soit utilisent, dans toute leur diversité et leur étendue, les dispositions fiscales qui leur permettent d'échapper largement à l'impôt, sans parler des évasions fiscales qui sont bien connues de tous, à commencer par les services du Trésor. Au fait que sont devenus les 3000 évadés fiscaux de Suisse que le ministre Woerth avait débusqués à son époque?
On parle ici ou là de déchéance de la nationalité française pour des naturalisés condamnés, mais c'est par là qu'on devrait commencer ! Il y aurait une mesure simple, efficace et gratuite qui serait, tout simplement, de déchoir de la nationalité française tous ces Français qui sont, plus ou moins, domiciliés à l'étranger (et qui continuent, pour bon nombre d'entre eux, à vivre, eux et/ou leurs familles, en France). On pourrait surtout, de ce fait, leur interdire tout usage des services publics français. Ainsi les écoles et les universités de France seraient fermées à leurs enfants (sauf à payer des droits extrêmement élevés - les coûts réels - pour leur inscription). L'accès aux services de santé français ne leur serait possible, en quelque sorte, qu'à prix coûtant, plein pot, c'est-à-dire à 5 000 ou 10 000 € la journée d'hospitalisation. De telles dispositions ne permettraient sans doute pas de combler le déficit abyssal qui est le nôtre, mais elles auraient au moins le mérite de moraliser quelque peu cette situation; de telles dispositions, évidemment, seraient étendues à tous ceux qui seraient surpris dans le cadre d'un grave délit de fraude et d'évasion fiscales.
Le seul moyen de vider les niches fiscales de leurs saints et/ou de leurs chiens est de les rendre tout simplement assez inhospitalières pour les en chasser définitivement.
Une nouvelle fois, il n'est plus question que de niches fiscales sans que, dans les commentaires qu'on en fait, nous soyons mieux éclairés sur le registre métaphorique de cette expression.
La niche est, de façon commune, la maison du chien. Toutefois, on voit pas comment le fisc peut s'introduire dans une telle métaphore, le contribuable étant moins, en général, un chien qu'un cochon (de payant)! Certes, on est porté à penser que nombre de ces niches sont occupées par des molosses, à voir la crainte qu'elles inspirent à tous ceux qui semblent avoir l'idée, sincère ou feinte, de leur porter atteinte ou de les supprimer. Pourtant, sans être un grand connaisseur en matière de chiens, j'observe que ces animaux préfèrent souvent se tenir n'importe où plutôt que dans la niche qui leur est en principe dévolue.
Si les chiens sont censés être les occupants de niches qu'ils délaissent souvent et volontiers, il est d'autres niches, celles des saints dont leurs occupants ne sortent guère. Elles ne constituent pas pour eux des abris ou des refuges, mais visent plutôt à les mettre en évidence, souvent dans des poses avantageuses ou traditionnelles, pour permettre à leurs admirateurs de venir les solliciter ou les prier.
J'incline à croire que, contre toute attente, celui qui a inventé cette expression et qui est assez modeste ou prudent pour ne pas se faire connaître, avait plutôt en tête les saints que les clébards, même si à voir la difficulté qu'il y a à y toucher ou même à s'en approcher, on pourrait penser qu'il s'agit plutôt des seconds que des premiers.
C'est à cette réflexion sur le sens réel de cette expression que j'en suis venu en écoutant ce matin Jean-François Copé qui devait être interviewé par Jean-Jacques Bourdin sur RMC-BFM TV. Ce dernier, comme à son habitude, s'était livré à quelques rodomontades liminaires en annonçant qu'il allait recevoir cet homme politique et qu'il allait lui parler, en particulier, de la "niche" Copé, qui fait beaucoup jaser, en ce temps de restrictions, en raison des milliards qu'elle a coûtés à l'État depuis sa création.
Il est probable que Jean-François Copé avait écouté ces propos préalables et qu'il s'était préparé à un éventuel assaut du journaliste sur ce point, même si il est suffisamment habitué à ce genre d'exercice, pour savoir que les choses n'allaient sans doute pas aller très loin. Copé, sentant la faiblesse de sa propre position, a toutefois eu la prudence de museler d'emblée Bourdin qui commençait à parler des riches et du grand capital. Le sujet est à la mode en ce moment puisque ses représentants, qui poussent habituellement des cris d'orfraie à la moindre menace sur leurs capitaux, ont poussé le culot communicationnel, jusqu'à proposer d'augmenter (rassurez-vous légèrement et provisoirement) leur contribution fiscale personnelle au budget de la France, sans doute pour couper court à des augmentations plus fortes et définitives! Copé a donc été assez rusé à ce moment pour évoquer immédiatement, quand Bourdin a abordé le sujet, la situation de son propre employeur, RMC-BFM TV qui est le média avéré du grand capital. Cette allusion menaçante, si légère qu'elle ait été, a sur le champ calmé son intervieweur qui est aussitôt passé à autre chose.
Un mot sur la fameuse "niche Copé". Si l'on en parle beaucoup, on ne nous dit guère ce qu'elle est et moins encore ce qu'elle nous a coûté. Il s'agit, en fait, d'une mesure qui a été prise par Jean-François Copé quand il était ministre du budget en 2007 et qui exempte du paiement de plus-values les ventes de filiales par une société ou un holding. La justification de la chose à l'époque était, que pour éviter les plus-values dans leurs ventes de filiales, les sociétés françaises, toujours aussi patriotes, allaient se domicilier en Belgique ou ailleurs, pourvu que ces pays n'imposent pas la plus-value dans ce type d'opération. Copé, avocat d'affaires à ses heures, connaissait bien le truc.
Le résultat est qu'en 2007 l'État français a perdu 3,4 milliards d'euros de plus-values, puis 12,5 milliards d'euros en 2008, selon les chiffres mêmes de Bercy. Pour éviter toute discussion oiseuse, sur ces données, disons qu'en trois ans la "niche Copé" a coûté au moins 12 milliards d'euros, soit ce que Fillon cherche désespérément. Autant dire que les 200 millions d'euros que l'on entend faire payer, à titre exceptionnel et provisoire, aux "riches" ne représentent pas grand-chose à côté !
Le coût de la "niche Copé" s'est réduit depuis 2008, pour la simple raison que la crise a fait que les industriels ont craint de vendre des filiales à perte et ont préféré attendre que les choses s'arrangent, si elles doivent s'arranger un jour.
Naturellement Jean-François Copé nous a refait le numéro habituel : si l'on s'en prend aux riches, ils iront à l'étranger et en particulier en Belgique, ce qui au moins aura l'avantage, un jour peut-être, de faciliter la réunion de la Wallonie à la France. Toutefois, il faudra maintenir pour ces riches Français expatriés ce régime fiscal, comme l'Alsace et la Lorraine ont gardé des dispositions antérieures à la loi de séparation de l'église d'État !
De toute façon, chacun sait que la plupart des riches (les vrais bien sûrs !) ont soit choisi un domicile fiscal à l'étranger, soit utilisent, dans toute leur diversité et leur étendue, les dispositions fiscales qui leur permettent d'échapper largement à l'impôt, sans parler des évasions fiscales qui sont bien connues de tous, à commencer par les services du Trésor. Au fait que sont devenus les 3000 évadés fiscaux de Suisse que le ministre Woerth avait débusqués à son époque?
On parle ici ou là de déchéance de la nationalité française pour des naturalisés condamnés, mais c'est par là qu'on devrait commencer ! Il y aurait une mesure simple, efficace et gratuite qui serait, tout simplement, de déchoir de la nationalité française tous ces Français qui sont, plus ou moins, domiciliés à l'étranger (et qui continuent, pour bon nombre d'entre eux, à vivre, eux et/ou leurs familles, en France). On pourrait surtout, de ce fait, leur interdire tout usage des services publics français. Ainsi les écoles et les universités de France seraient fermées à leurs enfants (sauf à payer des droits extrêmement élevés - les coûts réels - pour leur inscription). L'accès aux services de santé français ne leur serait possible, en quelque sorte, qu'à prix coûtant, plein pot, c'est-à-dire à 5 000 ou 10 000 € la journée d'hospitalisation. De telles dispositions ne permettraient sans doute pas de combler le déficit abyssal qui est le nôtre, mais elles auraient au moins le mérite de moraliser quelque peu cette situation; de telles dispositions, évidemment, seraient étendues à tous ceux qui seraient surpris dans le cadre d'un grave délit de fraude et d'évasion fiscales.
Le seul moyen de vider les niches fiscales de leurs saints et/ou de leurs chiens est de les rendre tout simplement assez inhospitalières pour les en chasser définitivement.
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mercredi 24 août 2011
Et un Obus pour DSK!
S'il n'était pas en anglo-américain et, en outre, pas très facile d'accès, je vous recommanderais volontiers la lecture du rapport rédigé par l'équipe de Cyrus Vance à l'attention du juge Obus. Je n'invente pas cet ultime et pittoresque détail patronymique que vous pouvez vérifier dans tout bon organe de presse.
Mobiliser un juge nommé Obus pour un coup à peine tiré par DSK, cela ne vaut pas la peine de convoquer ici "l'artilleur de Metz", quoique je fasse souvent appel à des chansons françaises dans ce blog. Tout donne en outre à penser que cet obus fera long feu !
Je me suis donc infligé la lecture des 25 pages de ce rapport, à vrai dire pas très copieux (deux mille signes et intervalles à la page !) ; en revanche, la conclusion ne laisse pas d'étonner ; à la lire, on comprend bien que toute cette instruction est menée à charge pour cette pauvre Mme Diallo et, si j'ose dire, à décharge pour DSK, assurément expert en la matière !
Je n'ai pu fournir ici des extraits de ce texte, à l'appui de mes commentaires, car je n'ai pu accéder qu'à un PDF et je suis trop maladroit pour réussir à en copier les passages les plus désopilants. Je vous la ferai donc courte, comme d'habitude.
Passons sur les neuf premières pages car, une fois débitées les sornettes juridiques habituelles en pareil cas, aux States comme en Gaule, elles ne nous apprennent rigoureusement rien sur ce qui s'est passé en cette journée du 14 mai 2011 que ce qu'on en a lu cent fois dans la presse et qui avait conduit à l'incarcération immédiate de DSK.
Ce qui est intéressant en revanche, dans la suite, est que l'on y voit les enquêteurs s'intéresser, avec une passion étonnante, « à l'histoire PERSONNELLE ("personal history")" de Mme Diallo, dont on se demande un peu en quoi elle importe dans cette affaire, sinon pour pouvoir lui chercher des poux dans la tête par la suite. La pauvre femme, dont l'anglais est d'ailleurs incertain, a dû voir une preuve d'intérêt pour son malheur dans cet empressement des enquêteurs à lui faire raconter sa vie.
Je sais bien qu'un attorney américain n'est pas un juge d'instruction français, qui lui, en principe du moins, instruit une affaire à charge et à décharge, mais ces braves enquêteurs auraient pu également s'intéresser à l'histoire personnelle de DSK qui est loin d'être triste ; toutefois ils n'ont pas osé n'en rien dire du tout, n'accordant à son passé qu'une très modeste attention à l'extrême fin du rapport ; aussi à la dernière page (page 24), est-il fait allusion, EN SIX LIGNES, aux affaires sexuelles de DSK ; c'est tout de même très peu de choses dans un rapport de 25 pages, surtout face aux longs développements sur l'histoire personnelle de Madame Diallo. Nulle évocation par ailleurs des témoignages des deux employées du Sofitel qui ont refusé, à son arrivée, les lourdes avances et invites de DSK !
Venons-en aux fameux "mensonges" de Mme Diallo qui auraient retourné le grand Cyrus!
1. Le viol qu'elle aurait subi en Guinée et qui était, j'en ai déjà parlé, la circonstance qui fondait et justifiait sa demande d'immigration aux États-Unis. Je ne pense pas qu'il y ait un seul candidat à l'immigration, dans un pays quelconque, qui n'arrange pas un peu les choses et les événements de son histoire personnelle, pour se donner de plus grandes chances de voir sa demande acceptée. Il est capital, par ailleurs, de souligner que la révélation de son mensonge devant le grand jury est le fait de Mme Diallo ELLE-MEME! On ne l'a pas du tout prise sur le fait ni en rien convaincue de mensonge et de faux serment. C'est elle-même qui a confessé le mensonge qu'elle avait fait, dans l'espoir de voir sa demande acceptée.
Il est tout à fait certain qu'on l'a manipulée et poussée à cet aveu inutile et à cette confidence fâcheuse pour elle par un stratagème, en lui disant sans doute que cette révélation serait sans conséquence. Il y a là une manipulation scandaleuse d'une victime ou, à tout le moins, d'un témoin.
J'ajoute qu'on reviendra dans la suite (aux alentours de la page 15) sur cette affaire de viol, en donnant l'impression que, si elle avait déjà été violée en Guinée par des soudards africains, elle devait avoir l'habitude de la chose et que tout devenait, de ce fait, beaucoup moins important, quelle que soit la réalité.
Là encore les formulations du rapport sont absolument scandaleuses ! Ce n'est pas parce qu'on a été violée une fois, qu'on a forcément pris l'habitude, voire le goût de la chose !
2. Point essentiel : ces fameux "mensonges" qui seraient des versions "contradictoires" de l'affaire. L'adjectif est de l'un de nos crétins de journalistes qui bien entendu n'a même pas lu ce rapport! Le texte s'attarde longuement (page 12 et 13) sur les trois "versions" différentes, non de l'affaire elle-même (ce qui pourrait constituer une présomption de mensonges) , mais de détails annexes, infimes et sans la moindre pertinence, qui touchent à la chronologie et même la numérotation des chambres où Mme Diallo s'est rendue immédiatement après le viol !
Tous ces détails sont rigoureusement sans la moindre importance ; on peut donc tout à fait comprendre que Mme Diallo, dans l'évocation de ses faits et gestes banals après le viol, sans le moindre rapport avec lui, sous le coup de l'émotion, et vu l'absence totale d'intérêt de tels détails, ait pu avoir de légères variations dans les détails de ses mouvements et du minutage précis de son emploi du temps. Tous ceux et celles qui ont eu à connaître d'affaires de viol savent, eux et elles, que les victimes ont toujours le plus grand mal à rendre compte des faits vu le traumatisme subi.
3. Il y a aussi les affaires de dépôts d'argent sur son compte et de multiplicité de téléphones ; il n'est pas impossible que Mme Diallo ait eu des fréquentations douteuses en la personne de certains de ses compatriotes, exilés comme elle, ce que confirme le fait que l'un d'entre eux soit en prison. En revanche, on se demande ce que de telles circonstances ont à faire avec les points 1 et 2. Est-il légitime à New York de violer toute femme africaine qui a un ami en prison ?
J'ajoute qu'il n'est pas sûr que l'on n'ait pas abusé, dans toute cette affaire, de l'incompétence linguistique de Mme Diallo. Si elle avait été bien conseillée, elle aurait pu exiger que tous ces débats et toutes ces questions se passent dans la variété régionale de peul qui sa langue maternelle, ce qui aurait sans doute posé quelques problèmes au bureau du procureur.
Venons-en maintenant aux aspects un peu drolatiques de ce rapport car ce que nous en avons vu, jusqu'à présent, est plus scandaleux qu'amusant.
La recherche des traces ADN a conduit à des découvertes un peu inattendues comme celle de la présence de traces de sperme, non seulement de DSK, très abondantes, mais aussi de deux ou trois éjaculateurs (page 18 notes a en particulier) ; cela ne concerne guère l'affaire Diallo, mais donne à réfléchir, tant sur l'hygiène d'un établissement comme le Sofitel que sur les moeurs de ceux qui le fréquentent.
Tous les détails médicaux et génétiques, en foule, accablent DSK, dont on trouve les traces ADN (spermatiques ou épithéliales) partout, aussi bien sur l'uniforme que sur les collants ou les dessous de Mme Diallo. A cet égard, il est particulièrement curieux qu'une femme de mauvaise vie professionnelle, venant à la rencontre d'un client potentiel pour une relation sexuelle, porte deux collants, l'un sur l'autre, plus un panty ; dans cet emploi et dans de telles intentions, on l'aurait plutôt vue sans culotte et en porte-jarretelles !
DSK a d'ailleurs aggravé son cas puisque, non content d'imposer des pratiques sexuelles non consenties à Mme Diallo, il lui a en plus déchiré ses collants ; l'un a une déchirure de trois pouces et l'autre d'un pouce et demi , l'une et l'autre se situant dans la zone de l'entrejambe et du haut des cuisses, partie qui n'est pas réputée être la plus fragile des dits collants. Le souci d'épargner DSK conduit les rédacteurs à souligner (page 23) que les collants ne sont pas solides et qu'ils peuvent souvent présenter des faiblesses ("defects"). On croit rêver mais la plupart des femmes qui en portent ne diront pas le contraire.
Les rédacteurs de ce texte ne sont toutefois pas totalement dénués l'humour. Page 23, observant que l'épisode sexuel a duré, au total, entre sept et neuf minutes (et même peut-être deux minutes de moins comme le fait observer une note), on peut en conclure, comme le font les auteurs, que pour une "relation prévue ou consentie" ( ce que prétend la défense) l'épisode ne semble guère "consensuel".
Ce matin même, l'avocat nain de DSK a fait une remarque, curieuse mais essentielle quoique bien tardive, en disant que la relation sexuelle (donc RECONNUE) de DSK et de Madame Diallo était certes "INAPROPRIEE mais non forcée"!
Bizarre! Bizarre! N'y aurait-il pas, comme je le subodore, un accord général (avec ou sans dessous de table)? Cela éclaire le rapport transmis à Obus qui accable DSK, tout en invitant, dans une étrange conclusion, à abandonner les poursuites. Le rapport sort donc le grand Cyrus du guêpier où il s'était sottement précipité et, en mettant fin à l'épisode pénal, passe la patate chaude au civil! Toutefois, à la place de Mme Diallo, je me serais fait payer d'avance!
En somme tout rentre dans l'ordre moral : le Blanc est blanchi et la Noire noircie!
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