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jeudi 20 janvier 2011

La crise ivoirienne : Sommes-nous « chocolat » ?

La crise ivoirienne qui va bientôt fêter ses deux mois, n’occupe plus guère le devant de la scène médiatique française, éclipsée qu’elle est désormais par les événements de Tunisie, plus proches, plus importants et surtout plus riches de péripéties dramatiques et par les menus faits qui, plutôt dans le genre rocambolesque, se produisent sur la scène haïtienne, où les anciens présidents (« Baby Doc » et « Titid »), songent, avec des fortunes diverses, à reprendre du service devant l’impasse électorale qui se prolonge entre les trois candidats issus du premier tour.

La lutte Gbagbo-Ouattara n’est pas pour autant terminée et Laurent Gbagbo, qui dispose de tous les moyens d’information nationaux, paraît avoir mis sur pied une campagne de presse assez habile dans le contexte ivoirien actuel, puisqu’elle vise à associer, pour des motifs inavouables, au sein du « parti de l’étranger », (qui soutient son adversaire), la France et les Etats-Unis, tout en plaçant entre eux, non pas la traditionnelle pomme de discorde, mais la cabosse de cacao qui est la principale richesse nationale, largement contrôlée toutefois par des firmes agro-alimentaires américaines.

On a ainsi pu lire le 19 janvier 2011, dans « Abidjan.net », un très long article dont je ne reprends ici que quelques passages significatifs et dont la « source » serait un agent des services secrets français :

« Bon nombre d’Ivoiriens, qui admettent que la crise ivoirienne est fomentée par la France, continuent de s’interroger sur l’intérêt « subit » éprouvé par les Etats-Unis d’Amérique de s’associer à la France pour accomplir le coup d’Etat en Côte d’Ivoire. [...].

Plus que les Français, les Américains, à travers la CIA, ont décidé de s’emparer de la Côte d’Ivoire à partir d’un plan machiavélique conçu avant les années 1988. C’est, de nos jours, ce plan a été réactivé. La construction de la grande ambassade des Etats- Unis en Côte d’Ivoire fait partie de ce plan tout comme l’installation d’un ivoiro-burkinabè, en la personne d’Alassane Ouattara, à la tête du pays. L’objectif est la naturalisation des quatre millions de Burkinabè vivant en Côte d’Ivoire afin de garantir la production du cacao et du café dans ce pays. » [...]

Depuis octobre 2000, la CIA utilise une arme fatale : la fragilisation du régime Gbagbo pour arriver à le faire vomir par tout le peuple ivoirien afin de l’écarter facilement du pouvoir. [...]

Les Américains ont toujours agi en se cachant derrière les Français, eux-mêmes manipulés à souhait et croyant régler leur propre problème avec ce Laurent Gbagbo qui ne veut pas se faire domestiquer.[...].

Nicolas Sarkozy, agent français de la Cia, participe volontairement de cette manipulation des Américains. Ce sont ces derniers qui l’ont fait président de la France. Souvenez-vous de l’affaire Clearstream montée par les Américains pour lui permettre de devancer son adversaire du même camp : Dominique de Villepin. [...].

La raison : les Ivoiriens se détournent du cacao pour l’hévéa. Il leur faut une population acquise pour produire essentiellement le cacao. [Je passe sur de longues explications qui ne sont pas sans intérêt mais qui remontent à Houphouët-Boigny, puis à Konan Bedié, pour aller à la conclusion, forte comme on va le voir].

Pour des raisons diverses, certains hommes d’affaires français et des agents de la DGSE à leur solde veulent la tête de Gbagbo. Mais il faut savoir, avant tout, que la Côte d’Ivoire doit ses malheurs à la CIA américaine et au lobby des chocolatiers américains. Nicolas Sarkozy n’est qu’un valet de service dans cette affaire. Il est temps de le savoir ».

Le plus intéressant est sans doute le cheminement de ce texte qui, dans « Abidjan.net », annonce comme source Nouvelle Afrique, où se trouve effectivement le même récit, dans la livraison du 13 janvier 2011. Cet article de Nouvelle Afrique est lui-même repris de Notre voie, journal d’Abidjan dont la simple vue des « unes » ne laisse aucun doute sur son caractère très « pro-Gbagbo ».

Si la stratégie politique de Gbagbo et de ses partisans (indépendamment des faits et de leur analyse), est parfaitement claire, on peut se demander s’il y a un lien avec le procès entamé, depuis plus de deux ans, dans le cadre d’une opération « mains propres » au sein de la filière café-cacao, dans lequel 22 prévenus viennent d’être mis en liberté provisoire, dans l’attente du début de leur procès, le 27 janvier 2011?

Blogspot.com et Wikileaks?

Mes migrations successives dans des blogs différents m’ont conduit à me désintéresser des statistiques, sauf pour constater qu'au fil de ces déménagements, comme on peut l’imaginer, j'ai perdu beaucoup de mes anciens lecteurs, même si, par chance, un certain nombre d'entre eux et d'entre elles (les meilleur(e)s, bien entendu) me sont restés fidèles et m’ont suivi dans ces errances.

De ce fait, je ne me suis plus guère intéressé aux statistiques, sauf pour constater, par exemple, que, dans le blog du Nouvelobs.com, où je n'écris plus depuis près d’un an et où aucun de mes anciens textes n’est accessible, j'ai encore, contre toute vraisemblance, quelques milliers de visiteurs chaque mois. Nul n’est pourtant en mesure de m'expliquer ce mystère ; j’y soupçonne quelque crapulerie commerciale de la part des gestionnaires de ce blog, qui, par ce genre de manoeuvre, font grimper les tarifs d’une publicité qui est la véritable finalité de cette entreprise.

M’étant par hasard récemment risqué dans la rubrique « statistiques » de blogspot.com dont je suis loin d’avoir exploré tous les recoins, je suis resté ébahi devant les extraordinaires capacités de cet outil de recherche et d'information. Je vous en dit deux mots ici, quitte à passer pour un demeuré aux yeux de blogueurs sérieux qui pourraient me lire et qui seraient mieux informés et experts que moi en la matière, ce qui, j'en conviens volontiers, n’est pas bien difficile, comme vous allez le constater.

Non seulement les prodigieuses statistiques de blogspot.com vous informent, comme partout, du nombre de visiteurs que vous avez eu durant toutes les périodes de l'existence de votre blog (depuis sa création bien entendu, mais également durant l'année, le mois, la semaine, le jour et même l’instant de la consultation), mais ce que j’ignorais totalement, vous ouvrent des contenus et des possibilités insopçonnés de cette rubrique de statistiques. Or, on vous y indique par exemple, pour toutes les périodes précédemment citées, les pays où se se trouvent ceux qui ont visité votre blog ou même sont en train de le consulter au moment où vous faites cette interrogation.

Si je n'ai pas été trop surpris d'avoir des lecteurs francophones (en France bien sûre, mais aussi en Belgique, en Suisse, aux Antilles, à la Réunion ou au Canada), j'ai été beaucoup plus étonné de voir que certains des visiteurs se trouvent au Brésil, en Côte d'Ivoire, en Slovenie, en Lettonie, en Colombie ou au Liban. Pas de surprise, en revanche, pour ce qui concerne la Russie, puisque notre ami Expat y réside et que nous échangeons souvent des commentaires. On trouve même par cet onglet des informations beaucoup plus techniques sur les « navigateurs » ou les « systèmes d’exploitation » qui m'échappent largement et dont l'intérêt de m'apparaît pas évident.

Mon étonnement devant ces extraordinaires capacités et possibilités techniques de repérage et de localisation m'a évidemment conduit, dans le contexte actuel, à méditer sur l'affaire Wikileaks, car si blogspot.com, assurément sans intention malveillante ou inquisitrice, met en oeuvre de telles possibilités techniques pour un objet si mince, cela ouvre des abîmes de réflexion quant aux capacités d'investigation, de surveillance et, disons-le, d'espionnage que peuvent mettre en oeuvre, dans le même domaine, des services de surveillance ou d’enquête dont les moyens comme les ambitions sont évidemment bien différentes et sans aucun doute moins pures.

mardi 18 janvier 2011

Le bal des présidents.

L'Organisation Internationale de la Francophonie ne va pas tarder à devoir ouvrir une nouvelle direction chargée du suivi des élections présidentielles dans les Etats-membres de l’OIF.

La Tunisie est venue, en effet, s'ajouter à la Côte d'Ivoire et à Haïti dans la série des crises présidentielles.

Un mot cependant sur les conditions précises du départ du président Ben Ali. Il se trouve en effet que j’ai suivi, avec beaucoup de vigilance et dans leur détail, les dernières heures de Ben Ali. Trois faits se sont succédés dans les 90 minutes qui ont précédé sa décision de départ.

Vers 17:00, en effet, le président Ben Ali a annoncé le limogeage de son gouvernement et une heure après il a donné l'ordre de tirer à nouveau sur les manifestants, ce qui était pour le moins inattendu après une telle annonce. À 18:30, Ben Ali décidait de prendre la fuite. Que s'était-il donc passé ?

Mon hypothèse, qui n'a rien de très original, est que le président s'est rendu compte, après avoir donné l’ordre de tirer, que l'armée, sur laquelle il comptait en dernière analyse, ne lui obéirait pas. Comme l'avaient fait, en 1907, les hommes du 17ème régiment d'infanterie de Béziers, a qui l'on avait donné l'ordre de tirer sur les vignerons qui manifestaient, les soldats tunisiens ont « mis la crosse en l'air ». Les auteurs tunisiens, qui ne manquent pas, n’ont plus qu’à se mettre au travail, comme l'avait fait Montehus, pour écrire le texte qui deviendra le premier chant révolutionnaire du futur État démocratique tunisien. Ce sera le « Salut à vous, braves soldats de Tunis », sur le modèle classique du chant qu’ont appris, dans leur jeunesse, tous les enfants de la gauche française, à l'époque où il y en avait encore une « Salut à vous, braves soldats du 17ème... Vous auriez, en tirant sur nous, assassiné la République ».

En Côte d'Ivoire se prolonge depuis bientôt deux mois le pas de deux des présidents Gbagbo et Ouattara, sans qu’on perçoive de signe annonçant la fin de leur ballet politique. Il en est un peu de même en Haïti, même si la disposition protocolaire des candidats sur le podium tend à être modifiée par la Commission d'experts internationaux, le chanteur Martelly se voyant offrir la deuxième marche d'où l’on voudrait faire descendre le candidat du président qui, sans être son vrai gendre, serait, selon certains, le père de son petit-fils.

Il semble bien que le jeu du président René Préval soit de faire traîner les choses pour prolonger jusqu'à mi-mai 2011 le mandat qu'il exerce. Il n'en avait pas fait mystère au départ, mais l'opposition unanime à cette idée l'avait conduit à feindre d'y renoncer. Dans sa recherche de procédés dilatoires, Préval a imaginé de demander la nomination d'une commission d'experts internationaux dont il conteste désormais les résultats.

Sont-ce les figures chorégraphiques prolongées de l’élection présidentielle haïtienne qui ont conduit Jean-Claude Duvalier, « Baby Doc », a imaginer de revenir dans le pays qui l’avait chassé du pouvoir (« déchouqué ») il y a 25 ans ? Il a dû se souvenir soudain qu'après tout, il était « président à vie de la république d’Haïti » et que l'article 41 de la constitution de 1987 interdit l'exil des citoyens haïtiens. Comme nulle poursuite n'était engagée contre lui, ni au plan national et au plan international, et que maintenant, de nouveau, Air France assure un vol direct entre Paris et Port-au-Prince, il a décidé de revenir au pays, sans éclairer quiconque sur ses intentions.

Il faudrait clairement, dans tout cela, une autorité supérieure qui mette fin à
une situation qui s'apparente, à la fois, au jeu des chaises musicales et au bal
des débutantes.

Les uns, comme Gbagbo et Ouattara à Abidjan, se disputent la même chaise présidentielle ; d'autres, qui n'en sont pas encore là, faute de deuxième tour, essayent d'obtenir le ticket donnant le droit d'entrer dans la danse ; le dernier venu, Jean-Claude Duvalier, fait, pour le moment, tapisserie, en attendant son tour, mais, sans trop d'angoisse, puisque, nous dit-on, il a déjà en poche son billet de retour (j’espère qu’il a pensé aussi au visa de retour en France !).

Ne faudrait-il pas, comme l’a déjà suggéré « Usbek Consulting and Co », qu'une autorité supérieure mette un peu d'ordre dans tout cela, quelles que soient les procédures envisagées. Elles peuvent soit relever du bon sens et la raison (Ouattara qui est un économiste (distingué) et musulman (très modéré) ferait un président tout à fait convenable pour la Tunisie, de même que Gbagbo, refaisant, quelques siècles plus tard, le voyage des « bossales » guinéens pourrait être un président fort présentable pour Haïti, souvent regardé comme un morceau d'Afrique), soit faire appel au pur et simple hasard, si, comme pour l’organisation des épreuves sportives internationales, on choisit de mettre dans des boîtes différentes les noms des postes à pourvoir et ceux des candidats potentiels, en laissant le sort décider des appariements ultérieurs.

Affaire à méditer et à suivre

lundi 17 janvier 2011

OP(d)A sur la culture

Olivier Poivre (qui a fini par se dire lui aussi, Dieu seul sait pourquoi, « d'Arvor » comme son frère aîné alors qu’ils sont, je crois, de la Marne !) se définit, modestement, comme « écrivain, philosophe et diplomate ». « Que vient faire ici cet individu ? » allez- vous me demander, lectrice étonnée ou lecteur ébahi.

C'est tout simple.

Lorsque j’ai une insomnie, ce qui est, hélas, assez fréquent, pour échapper à des préoccupations, qui risqueraient de me conduire à rester éveillé jusqu'au matin (j’écris mentalement des blogs dont j’ai le plus souvent, perdu le souvenir au matin), j'écoute la radio en zappant sur différentes stations, le plus souvent sans d'ailleurs savoir lesquelles car tout cela se passe dans le noir. L'avantage est que toutes les chaînes émettent toute la nuit, sans trop de mal et de coûts d'ailleurs puisqu'elles repassent indéfiniment les programmes de la journée voire ceux des journées précédentes.

C'est ainsi que ce matin, lundi 17 janvier 2011, vers 3 heures, j'ai écouté par hasard, sur Europe1 me semble-t-il, Olivier Poivre dit d'Arvor.

Mauvaise et bonne pioche à la fois !

Mauvaise, car le personnage, comme vous avez vu l'avez déjà compris à la simple lecture de la définition qu'il donne de lui-même, est assez insupportable. Je ne dirai rien de l'écrivain faute d’avoir jamais lu une ligne de son oeuvre mais je tiens pour acquis de continuer sur cette position après l'avoir entendu. Je sais, en revanche, qu’il est « philosophe », pour avoir obtenu autrefois un DEA de philosophie. Quant à la diplomatie, il y est entré assez récemment (en 2007), au « tour extérieur » dans des conditions que nul n'a jamais bien comprises, à commencer par les diplomates eux-mêmes.

La figure de l'homme est assez curieuse car, probablement, atteint de calvitie précoce comme son frère aîné, il n'a pas jugé utile de lutter contre elle par des plantations capillaires multiples et coûteuses, mais, au contraire, il a décidé de se raser complètement le crâne pour cultiver le look cuir ou Chéri Bibi qui peut plaire et qu’il atteint avec un certain bonheur, car sa physionomie générale inspire l'inquiétude, voire la crainte. Il est d'ailleurs amusant de voir photographiés l'un à côté de l'autre les deux frères, le premier cultivant le sourire et l'aménité, le second (qui lui ressemble beaucoup) offrant la version effrayante de l'autre.

L'homme doit être, en tout cas, fort habile à surfer sur des vagues différentes, car, en dépit de la modestie de son curriculum vitae, il a fait une carrière, somme toute agréable et même brillante, en passant une bonne dizaine d'années à la tête de l’AFAA (Association française d'action artistique) puis de CulturesFrance, y cultivant des relations qui ont été sans doute, dans la suite, le fondement de toute sa carrière. On se souvient que sa modestie naturelle lui avait donné à penser que la direction de la villa Médicis lui revenait, de droit, après le départ de Frédéric Mitterrand. Ne l'ayant pas obtenue, il a fait un de ces gros et risibles caprices dont il a le secret, ce qui a finalement payé puisque il a fini, en 2009, à la tête de France-Culture.

Bonne pioche en revanche, car, ce qui est rare dans son cas, les propos de Poivre m’ont vraiment fait rigoler dans le noir.

En fait, son intervention sur Europe 1 était essentiellement destinée à faire la promotion de son dernier livre Bug made in France ou La douce guerre des cultures, dont le titre lui-même est assez ridicule et vise clairement à lui attirer le soutien des paladins de la francophonie les plus chauvins.

Sa position sur la question de la culture dans le monde est des plus simples. La France, les Français et en particulier Olivier Poivre sont les seuls légitimes propriétaires de la culture mondiale dont ils sont à d'ailleurs les uniques créateurs et détenteurs. Si Olivier Poivre se proclame lui-même « philosophe », il ne peut guère prétendre être historien car, à l’écouter, on comprend que la culture est née en France au XVIIe siècle et que ce pays en est ad vitam aeternam le dépositaire exclusif et unique. On ne saurait défendre, au nom de la culture, une position plus stupide. Elle ne vaut même pas la peine qu'on s'y attarde et je ne m'aborderai ici qu'un seul point de son propos.

Il concerne « Wikipédia » sur lequel Olivier Poivre concentre ses traits et qui ne serait, en fait, qu’un usurpateur universaliste d'inspiration américaine, « l'Encyclopédie » ayant été créée par les Français au XVIIIe siècle, ce qui leur assure la possession totale, définitive et exclusive de ce genre d’entreprise. Olivier Poivre ne connaît évidemment pas la formule célèbre de je ne sais plus quel grand seigneur de l’époque (Au secours, chère Anne !) disant à son fils : « Mon fils, tu achèteras l'Encyclopédie et tu t’assieras dessus pour lire Candide ».

Connaissant les modalités de l'action de Poivre, une décennie durant, à la tête de l’AFAA puis de CulturesFrance (pratiques exclusivement élitistes et favoritisme exclusif et systématique des copinages de toutes natures), je suis fort inquiet sur son action présente comme directeur de France-Culture, dont je ne sous-estime pas les mérites et que j'écoute d'ailleurs avec plaisir de temps à autre. Je pense toutefois qu'il conviendrait de revisiter et de dépoussiérer cette institution et surtout de lui faire perdre ces insupportables ton et parfum de parisianisme boboïste qui caractérisent encore beaucoup de ses émissions.

L'OP(d)A de Poivre sur France-Culture ne marque assurément pas le début d'une évolution d'une telle nature, quand on voit les "idées" (si on peut appeler ça des idées) présentées dans son dernier livre.

dimanche 16 janvier 2011

« Sauvez Haïti » : reconstruction et langues.

Je n’ai vu que récemment, car la chose m'avait échappé vu l’heure tardive de l'émission, le documentaire « Sauvez Haïti » que la chaîne Arte a diffusé le 12 janvier 2011, me semble-t-il.

Ce documentaire est long (76 minutes) et cette production, allemande, est remarquable d’intérêt et de qualité. Elle retrace, sur l’ensemble de l’année 2010, la reconstruction du « marché de fer » de Port-au-Prince qui, construit en 1889, était inspiré, de toute évidence, des Halles parisiennes de Baltard. Il est d'ailleurs curieux de constater que, sauf erreur de ma part, dans le commentaire français de cette émission, on ne désigne l'ancien marché de la capitale haïtienne que comme « les halles », alors que le nom local a toujours été « le marché de fer », expression qui est, à mon sens, beaucoup plus parlante et pittoresque.
Cette reconstruction a été assurée, sur ses fonds propres, par le milliardaire irlandais Dennis O’Brien, qui, ne nous le cachons pas, a fait, dans cette action généreuse et surtout efficace qu’il a conduite et surveillée d’un bout à l’autre, une large publicité de sa société Digicel, dont le nom est répété et reproduit à l'envi dans tout le documentaire, jusque sur les T-shirts des ouvriers haïtiens !

Si on laisse de côté les aspects de propagandes diverses (où Bill Clinton joue un rôle tout à fait central à travers la « Global Clinton Initiative »), il y a, dans ce documentaire, un tableau, sans doute partiellement involontaire d'ailleurs, de la vie et de la société locale et, plus précisément, de la situation administrative et politique d'Haïti après le séisme du 12 janvier 2010.

Je connais trop et depuis trop longtemps Haïti pour être, dans cette affaire, un témoin « normal » et, par là, objectif, mais je trouve qu'on a dressé dans ce film, pour partie sans vouloir sans doute, un tableau assez juste à la fois de la société haïtienne dans son fonctionnement habituel, des relations entre les affaires et le pouvoir, et enfin du rapport entre la prétendue reconstruction d'Haïti et les événements politiques, centrés en cette fin d'année 2010, sur les élections présidentielles qui demeurent d’ailleurs dans une totale impasse,en ce 16 janvier 2011. C’est, en effet, la date où devait avoir lieu le second tour d’une élection présidentielle, dont les vrais résultats de premier tour ne sont même pas encore connus, un mois et demi après ce vote.

Le post étant une forme brève, je me limiterai ici à ce qui m'a le plus intéressé dans ce documentaire : l'usage des langues par les personnes filmées (en excluant, bien entendu, celle du commentaire lui-même qui était évidemment le français).

La première remarque est que, alors que 99 % de la production linguistique quotidienne en Haïti doit s'opérer en créole haïtien, on n’a, à peu près, jamais vu personne s’exprimer dans cette langue dans ce film d'une heure et quart. Le peuple haïtien, pourtant très présent comme élément du décor ou acteur des activités, des marchands aux passants et aux ouvriers, y est muet. Je ne suis pas sûr d'avoir été parfaitement attentif, mais je n'en ai guère entendu quelques mots de créole qu'au moment où Leslie Voltaire, architecte local du projet et, pour finir, candidat malheureux à la présidence, prend la parole dans une réunion publique de sa campagne électorale. Il s'exprime alors, à la fois et alternativement, en créole et en français.

Ce même Leslie Voltaire, qui, dans sa campagne, semble vouloir mettre le vaudou de son côté, est filmé, un moment, dans la maison d'un « houngan » (prêtre vaudou) important. Il est étonnant de voir alors que le prêtre vaudou s'exprime lui-même en anglais, comme la plupart des Haïtiens qui, dans ce film, prennent la parole, des architectes au ministre du tourisme. Un seul Haïtien parle en français, à New-York, lorsque dans une réunion manifestement très chic de la « Global Clinton Initiative », et c’est, lorsque Bill Clinton lui donne la parole en public, le président René Préval qui, avant et devant Barrack Obama, hésitait sans doute à parler anglais et qui, dans un tel cadre, ne pouvait guère songer à user du créole.

Il y a bien sûr deux mondes dans ce film, outre celui que forme le petit peuple haïtien totalement muet : celui des anglophones comme O’Brien lui-même et son architecte Mac Aslan qui, logiquement, fonctionne en anglais et, par ailleurs, celui de l'élite haïtienne très présente dans ce film et que caractérisent, au-delà de la langue, ses vêtements et, pourrait-on dire, ses phénotypes. En effet, sauf quand il s'agit des ouvriers des chantiers, des passants ou des marchands des rues, on voit surtout, dans ce film, des « milat », désormais de plus en plus anglophones, et très peu de ces « nèg fèy » ou « nèg mòn » (noirs de la campagne et des « mornes ») qui sont le plus souvent du plus beau noir et créolophones unilingues.

Le français, dans cette affaire, n’a donc guère de place, (pas plus que le créole en tout cas), sauf, dans les affichages publics ou dans quelques écrits qu’on entrevoit ici ou là. Il est clair que la catastrophe de janvier 2010 aura des incidences fortes sur le plan linguistique et éducatif, en donnant encore plus de place à l’anglo-américain et en accroissant l'influence non seulement des États-Unis, mais aussi, pourrait-on dire, de toute l’Amérique du Nord, car même si l’essentiel de l'émigration haïtienne au Canada se concentre au Québec, il est clair qu'à terme, toutes les élites haïtiennes, qui se forment de plus en plus en Amérique du Nord, seront très majoritairement et de façon très dominante anglophones.

Il serait temps sans doute que la France et la Francophonie, qui se donnent pour préoccupation l’avenir de la langue française dans le monde fassent ce genre d’observation et réfléchissent à des stratégies qui permettent d’y faire face.

vendredi 14 janvier 2011

L'imposture de Denisot ou Denisot l'escroc

Vendredi 19 heures 5 ; l'imposture de Denisot avec son "Grand Journal" est démasquée.
Denisot et ses trois acolytes, en un prétendu direct, causent sur la Tunisie sans même savoir que Ben Ali a quitté le pouvoir et même la Tunisie depuis plus d'une heure. Bande d'escrocs!

Suite un peu plus tard

Michel Denisot avait déjà réussi à se faire payer une semaine de mission en Afrique, en prétendant s’y rendre pour interviewer, en parallèle, les deux présidents ivoiriens. Il n’en a, en fait, interviewé qu'un seul, Laurent Gbagbo puisque Denisot, courageux mais pas téméraire, n’a pas osé aller à l’hôtel du Golf en hélicoptère, comme l’ont pourtant fait, dans les semaines précédentes, des dizaines de journalistes.

Pour le second, Ouattara, Denisot s’est borné à un entretien depuis Paris, laissant aux techniciens de Canal plus, le risque, très minime, d’une promenade en hélico sur la lagune.

Déjà mis sur orbite journalistique, pensait-il, par sa misérable causerie avec notre président de la république (ce qui avait dû faire plaisir assurément à tous les journalistes de Canal+, je veux dire les vrais ou réputés tels), Denisot pensait préparer sa candidature au Prix Pulitzer ou, en tout cas, l’obtention laborieusee d’une carte de presse (qu'il n'a pas, je crois, comme lui manque aussi le certificat d'études primaires) avec cette mission bidon en Côte d'Ivoire digne d’un moderne Albert Londres.

L'échec a été patent sur toute la ligne et il n'a évidemment rien obtenu ni de l'un ni l'autre. En la circonstance Laurent Gbagbo a été un peu meilleur que Ouattara (carrément nul en se posant, sottement, comme soutenu par les étrangers et la finance internationale), mais sans être véritablement bon. Ainsi Laurent Gbagbo aurait-il pu envoyer dans les cordes pour le compte le sportif Michel Denisot, en lui faisant faire observer qu'à cinq minutes d'intervalle au cours de leur entretien, Denisot lui reprochait d'abord d’être un dictateur avec du sang sur les mains puis de se comporter en boulanger qui roule tout le monde dans la farine. Ces deux attitudes ne sont guère compatibles mais Gbagbo n'a pas eu l'esprit de le lui faire remarquer.

Après ce four, mauvaise journée pour Denisot que ce vendredi 14 janvier 2010 car s'est révélée, de façon éclatante, l'imposture de son "Grand Journal" qu’on présente toujours comme une émission en direct, avec, en particulier, les tours du magicien de service, les musiciens du jour « en live », les réactions "spontanées" du public et désormais les facéties québécoises de la présentatrice météo que ses pitreries laborieuses détournent même de remplir la fonction météorologique qui justifie sa présence.

En effet, ce vendredi, Michel Denisot s'était, contrairement à son habitude, privé de la présence du musculeux Joseph Macé-Scarron au profit d'une charmante journaliste tunisienne puisque la Tunisie devait être à l'ordre du jour.

Manque de pot ! À 19 heures 05, on commence, comme toujours, avec Duhamel et Barbier auxquels s'ajoute, pour une fois, la piquante rouquine tunisienne et l’on cause tranquillement de la situation en Tunisie. De toute évidence, personne ni sur le plateau ni en régie ne sait que, depuis une heure, le président Ben Ali a quitté ses fonctions et même fui la Tunisie.

Tout cela indique donc que l'émission a été réalisée, non pas en direct, comme on nous le donne toujours à penser par le comportement des participants comme de la salle, mais en un très large différé puisque la nouvelle est connue officiellement depuis dix-huit heures trente !

Le pire de tout est que, non seulement tous ces braves gens causent de la Tunisie sans connaître le fait essentiel qui rend vains tous leurs bavardages (le départ de Ben Ali) mais que, à la différence de ce qui se passerait sur n’importe quelle chaîne de télévision digne de ce nom, personne n'a songé à Canal+, nulle part, à faire passer un bandeau prévenant que cette émission réputée d'information n’est pas en direct, mais a été enregistrée, quatre heures plus tôt, à 15 heures! On ne le fera qu'à 19 heures trente-cinq, d'ailleurs sans changer quoi que ce soit, à croire qu'à Canal +, personne ne regarde Canal + !

Ce sont les inconvénients de ce genre d'imposture et surtout du faux direct que l’on veut faire passer pour du direct.

Les amis des deux otages tués au Niger ou au Mali demandent la démission du ministre de la défense, on peut espérer qu'à la suite de cette affaire, Denisot va, à son tour, présenter la sienne, mais sans la bidonner!

De la publicité et de son contrôle (redif du 2/03/10)

En cherchant un vieux post sur la pub, j’en ai trouvé un autre, que j’avais totalement oublié mais qui n’a pas pris une ride et montre, en outre, que comme naguère Julio « Je n’ai pas changé ! »

La fameuse affiche de la prétendue campagne anti-tabac, qui visait à assimiler le fait de fumer à la fellation, avec une cigarette à la bouche de deux adolescents, la clope étant censée évoquer le sexe d’un monsieur qu'on ne voyait que de trois-quarts arrière, était surtout assez nulle. Personnellement, sans le battage préalable fait autour de cette image, je n’aurais pas un instant songé à assimiler cette cigarette maigrelette à un sexe, surtout au moment où la même presse nous apprenait que, nous autres Français, avons les plus longs pénis (donc les plus beaux sexes) de toute l’Europe !

En fait, tout semble indiquer désormais que ce n'était là qu'un coup de pub à double détente (et frein dans le moyeu, comme aurait dit le bon Pierre Dac). L’association « Droits des non-fumeurs » (DNF), qui avait soi-disant fait réaliser ce projet d’affiche, qui en réalité ne consistait qu’à réaliser 15000 cartes postales avec cette image, voulait, en fait, créer le buzz autour de sa lutte anti-tabac. Elle voulait lancer par là son vrai projet qui consiste en un film d’Yvan Attal sur le thème « fumer revient à servir de décharge pour les produits toxiques les pires que sont l'acétone, l'arsenic, le DDT, l'amoniaque, le goudron, le polonium, etc". Ce film paraît en effet plus intelligent que l’affiche en cause.

Le drôle de la chose est que l’association Droits des non-fumeurs (DNF) aurait décidé de suspendre sa prétendue campagne d’affiches contre le tabagisme des jeunes à la demande de l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité, l'ARPP.

Vous ne savez sans doute pas ce qu’est l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité ou ARPP. Nul ne vous en tiendra rigueur, car cette ARPP est toute jeune ; c’est même un bébé, puisqu’elle est née le 25 juin 2008 et a donc moins de deux ans. C’est pour cela qu’elle ne semble pas exercer la moindre autorité et que nos médias et, en particulier, les radios et les télés sont inondées des publicités les plus scandaleuses et les plus mensongères. Je pense ici surtout à la foule des pubs sur les incessantes propositions de prêter à des populations pauvres, déjà surendettées à mort, comme à toutes les publicités sur les jeux de hasard, depuis les paris sportifs jusqu’au loto national, en passant par tous les attrape-couillons de la Française des jeux et les casinos sur internet.

Que voulez vous que fasse la pauvre petite ARPP ? Mais je dois vous en dire un peu plus, car le récit en vaut la peine.

L’idée de « contrôler » la publicité est quasi aussi vieille que la « réclame », inventée par le cher papa de Madame Badinter (philosophe de son état et actionnaire majoritaire de Publicis), Marcel Bleustein-Blanchet, qui fonde Publicis en 1926. L’« Office de Contrôle des Annonces » (OCA) est créé, probablement par lui ou à son instigation, en 1935. Ce n’est nullement, comme le nom pourrait le donner à penser, un organisme indépendant, étatique par exemple, qui "surveillerait" la publicité. L’OCA regroupe, en effet, dès cette époque, les « acteurs du secteur publicitaire » ! Comme son nom est censé l’indiquer et selon ses propres termes, cet office assurait la « sincérité » (le mot est joli !) des « réclames », renseignait sur les « annonces trompeuses » (comme s’il y en avait d’autres !) et donnait des avis sur « la moralité et la légalité des publicités » (Fichtre !). Si vous avez jamais vu quoi que ce soit de tel, vous avez, une fois encore, gagné une tringle à rideaux !

Les contrôlés étaient déjà les contrôleurs et ils le demeurent !.

En 1953, l’OCA change de nom mais non de mode de fonctionnement et devient Bureau de Vérification de la Publicité (BVP). Il reste, comme il l’a toujours été une façade, elle-même contrôlée par ceux-là même qu’elle prétend contrôler ! En 2005, comble de l’hypocrisie le BVP se dote d’une « consultation déontologique » ! Laurent, serrez ma déontologie avec mon autodiscipline !

En 2008, suite au Grenelle de l’environnement, le BVP décide de se doter d’une nouvelle organisation. Révolutionnaire ! Il se composera désormais d’un conseil paritaire de la publicité et d’un jury de « déontologie publicitaire » (quelle alliance de mots hardie ! C’est ce que la rhétorique classique appelle, en termes savants, un « par’uponoian »). Le 25 juin 2008, le BVP devient l'Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité, persistant dans sa constante politique d’autorégulation. La définition que se donne lui-même ce bel organisme ferait pleurer un seau à charbon (comme disait ma grand mère). Oyez bonne gens !

Cette association de type loi 1901 (comme l’amicale des boulistes de Petachat), a, en effet, pour mission de « mener une action en faveur d'une publicité loyale, véridique et saine dans l'intérêt des professionnels de la publicité, des consommateurs et du public ». On croit rêver !

Présidée par Jean-Pierre Teyssier, 70 ans aux cerises, cheval de retour du giscardisme, l’ARPP (dont le sigle ne s’interprète bien, en fait, qu’à la lueur du gâtisme et du langage bébé « Areu Pépé !) veille, avec une vigilance que nous pouvons sans cesse constater aux messages comme aux destinées de la publicité sous toutes ses formes !