Savez-vous quel est le point commun entre François Hollande et Barak Obama ?
- Ils sont l'un et l'autre les présidents de deux des principaux Etats du monde? Pas du tout, vous n'y êtes pas !
- Ils participent au G8 ? Au G 20 et autres fariboles de la même farine ? Que nenni !
Allez, vous le donnerai-je en mille que vous ne trouveriez pas !
Ils viennent d'entrer, l'un et l'autre, dans l'innombrable kyrielle de gogos qu'on a amenés à Gorée (île minuscule au large de Dakar) pour y visiter la "Maison des esclaves" qui est l'une des fumisteries les plus réussies de l'histoire africaine. Ils n'ont pas à en rougir car les ont précédés en ces lieux Jimmy Carter, Bill Clinton (et Hillary), Georges Bush, le Pape Jean-Paul II et bien d'autres!
Pour ce qui concerne le président Obama, je serai indulgent. Chacun sait que, pour les Américains, le reste du monde n'existe à peu près pas et son histoire moins encore. En plus, il a dû profiter de l'occasion pour se dire qu'il pourrait, du même coup, aller aux obsèques de ce pauvre Mandela et que ça lui éviterait un voyage transatlantique. Bizarrement on ne lui a même pas permis d'aller le saluer sur son lit de souffrances et il est toujours vivant car la CIA n'a pas jugé bon d'épargner un nouveau voyage au président en mettant un terme opportun aux jours de ce pauvre Nelson.
A Soweto, par calcul ou ignorance (je penche plutôt pour la seconde hypothèse), les conseillers d'Obama (à moins que ce ne soit ses "gagmen") lui ont évité le choix difficile entre le xhosa et le zoulou, en lui faisant dire quelques mots en SWAHILI ! Un peu comme si Kennedy, arrivant à Berlin en 1963, avait dit "Ich bin ein Berliner!"...en russe. En effet, le swahili ne figure pas parmi les onze langues officielles (dont neuf langues africaines) de la RSA ! Il ne s'est trompé, après tout, que de quelques milliers de kilomètres!
Il en est, en revanche, tout autrement pour François Hollande dont j'avais cru comprendre qu'avant de se rendre en Afrique et en particulier au Sénégal, il avait consulté quelques savants africains et sénégalais en particulier (Je ne vise pas Ségolène !). Je pensais, en particulier, qu'il avait pu s'adresser, grâce à l'un de ses conseillers, à Mamadou Diouf, professeur à Columbia et spécialiste de l'histoire coloniale à laquelle il a consacré sa thèse. Cela lui aurait sans doute évité de se rendre à Gorée, essentiellement pour y voir la fameuse "Maison des esclaves".
Hélas pour les plus récents de tous les nobles visiteurs qui ont accompli cette visite obligée, ils n'ont pu y bénéficier du spectacle folklorique qu'y a longtemps offert Monsieur Ndiaye (mort en 2009 ) et qui fut, des décennies durant, le guide officiel de cette maison des esclaves.
J. B. (non pas Jean Baptiste mais Joseph Boubacar) Ndiaye mettait beaucoup de cœur et d'imagination dans cette fonction, offrant non seulement le récit de ce lieu de passage mais y mimant la servitude, brandissant avec émotion des chaînes qu'il rangeait soigneusement une fois la visite terminée. On l'aurait presque pris pour un fugitif échappé aux traites ou oublié sur place, mais il parlait un excellent français et son bagout lui venait, en fait comme pour nombre d'autres anciens combattants, de son passé militaire (il avait, dit-on, servi en Indochine sous Bigeard !). Mieux encore, il avait même récemment publié un livre, Il fut un jour à Gorée (2006), où il narre évidemment les mêmes histoires.
La maison des esclaves a incontestablement perdu beaucoup avec la disparition de ce personnage qui, lors de la visite de notre président eut même les honneurs de Canal + et du "Grand Journal" de M. Denisot!
Cette fameuse maison, objet de toutes les curiosités, a été, avec quelque imprudence, classée au patrimoine de l’humanité par l’UNESCO, qui en propose même une visite « virtuelle" sur internet (dakar.unesco.org/gore). L’UNESCO a joué un rôle très important dans la promotion de ce lieu dit "de mémoire", avec l’aide la fondation "France Libertés" de Danielle Mitterrand. Elle est en effet une étape majeure de la « Route des esclaves », entreprise idéologico-touristique lancée en 1997-1998, et visant à être comparable à la fameuse « Route de la soie ».
Le pot aux roses a toutefois été révélé dès 1996 et l'histoire mérite d'être narrée dans son détail, car il est peu connu, voire caché, et on va voir pourquoi.
Les faits sont établis désormais de façon sûre. Cette maison, contrairement à ce qu’on affirme, n’a nuent été construite au XVIIe siècle par les Hollandais, mais vers 1777-1780 par Anne Colas Pépin, une « signare » ( du portugais senhora,; le mot désigne une jeune femme métisse née de l'union d'une Portugais et d'une femme africaine).
Le pire n’est toutefois pas là. Deux chercheurs de l’IFAN (ancien Institut Français d’Afrique Noire, devenu avec une réinterprétation de sigle, dont la décolonisation offre d’autres exemples, l’Institut Fondamental d’Afrique Noire), Abdoulaye Camara et J.R. De Benoist, auteurs, dans la suite, d'une Histoire de Gorée, publient un article qui établit les faits ci-dessus évoqués et précise même que l’ancienne maison a été détruite depuis la dernière guerre.
Manque de chance, par hasard, les conclusions de ces deux chercheurs sont reprises par le journal Le Monde en décembre 1996. Scandale à Dakar ; Sud Quotidien titre « « Le Monde » renie l’historie de Gorée »! Un ministre historien affirme que « l’histoire de Gorée n’a jamais été remise en question ». Très vite, le ton monte ; on parle naturellement de « révisionnisme » et le débat, de mineur, devient une affaire d’Etat. Fort heureusement, si le Père De Benoist est français, A. Camara est sénégalais, ce qui évite la curée antiraciste et anticolonialiste !
Il est vrai que le moment est peu favorable pour rétablir les faits, puisque c’est précisément celui où, comme on l'a vu, l’UNESCO lance son projet sur « la route des esclaves », dont Gorée est une étape essentielle. Ce haut lieu du tourisme sénégalais reçoit, en moyenne dans l'année, 500 visiteurs par jour et fait marcher dans l'île un petit commerce, qui est à peu près la seule activité de l'île. En effet, Gorée ne peut guère compter sur la survie de la fantomatique « Université des mutants » que Roger Garaudy et L.S. Senghor y ont naguère installée !
Abdoulaye Camara, convoqué devant ses autorités de tutelle, se défend comme il peut et affirme « Je ne suis pas un révisionniste ». Rien n’y fait ; la réprobation est aussi violente qu’unanime, en particulier dans la presse. Le « guide », Boubacar Ndiaye n’y va pas de main morte et déclare : "A côté des négriers, les nazis étaient des enfants de choeur".
Condamnations officielles, lynchage médiatique des coupables, injures, etc., l’IFAN organise, à Saint-Louis du Sénégal, un contre-feu sous la forme d’un séminaire national qui se tient, les 7 et 8 avril 1997, sur le thème « Gorée et la traite transatlantique : mythes et réalités ». Le thème comme le moment semblent bien choisis pour ouvrir un débat scientifique, mais le véritable objet est, en réalité, de contraindre les deux chercheurs à faire publiquement amende honorable. Une phrase du rapport final rédigé par un professeur de l’Université de Dakar a le mérite de la clarté, même si elle étonne sous la plume d’un historien : « Nous sommes donc réunis pour interroger l’Histoire […], non à partir d’une position épistémologique privilégiée, non par amour de la Science et de la Connaissance, mais à partir de notre présent qui est aussi - et qui est essentiellement en l’espèce - la place de Gorée dans notre économie symbolique la plus profonde ». Voilà une formule qui aurait pu plaire, en d’autres temps et lieux, à Jdanov ou à Béria.
Jean Luc Angrand, issu lui-même d’une famille de « signares », publiera en 2006 Céleste ou le temps des signares. Il y confirme qu'il n'y a jamais eu d'esclaves dans la "Maison des esclaves". Cet ouvrage a reçu en décembre 2006 le Prix Robert Cornevin de l'Académie des sciences d'Outre-mer, mais peut-être est-ce un signe de plus de l’existence d’un complot raciste et colonialiste.
Vu la date de construction de ce petit bâtiment, il est donc peu probable qu'on y ait embarqué, comme le prétendait Joseph Boubacar Ndiaye, des millions d'esclaves ! Un autre obstacle, plus évident et moins contestable, est celui de la taille même de cette maison, somme toute modeste, car la structure des appartements et des pièces de l'étage montrent qu'elles n'étaient évidemment pas destinée aux esclaves, mais aux habitants permanents de cette demeure. Les quelques pièces du rez-de-chaussée ne pouvaient donc guère accueillir, comme on le raconte, des dizaines voire des centaines d'esclaves. Les propriétaires d'ailleurs se livraient, semble-t-il, davantage au commerce de la gomme arabique de l'ivoire et de l'or qu'à celui du bois d'ébène !
Le mieux est toutefois assurément la célèbre porte qui, sur l'arrière du bâtiment, donne sur l'océan et qui était l'objet et le théâtre des trémolos de Monsieur Ndiaye ; il y racontait aux visiteurs qu'auraient passé par là les centaines de milliers d'esclaves qu'on embarquait pour les Isles et l'Amérique. La chose est peu vraisemblable, si grande que fut la conviction du narrateur, quand on voit les dimensions très modestes de cette ouverture et surtout l'aspect peu engageant de la côte rocheuse qui ne permettait guère l'accostage des navires négriers. Il est certain que J.B. Ndiaye était la principale attraction du lieu ; comme je n'y suis pas retourné depuis sa mort, je ne puis guère dire qui l'a remplacé et si ses successeurs déploient, dans cette activité narrative, le même talent que lui.
Je crois en tout cas qu'on aurait pu épargner à ces deux derniers présidents, par ailleurs fort occupés à sauver le monde, la visite de ce lieu qui n'est, somme toute, qu'un piège à gogos.
lundi 1 juillet 2013
Gogos à gogo à Gorée
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samedi 29 juin 2013
Anthropologie ou ethnologie ?
J'avais
parcouru, ici même, il y a quelques jours, le 24 juin 2013 sauf erreur de ma
part, l'article de Dejan Dimitrijevic (Université Nice Sophia Antipolis) qui
concernait l'éventuelle disparition de la mention de licence « ethnologie
anthropologie ».
Ce billet
n'avait rappelé le débat passionné qui avait eu lieu, il y a bien des années, précisément
au moment du choix du nom et de la mise au point de la maquette de cette
licence par le groupe d'études techniques (le GET 70) du ministère de l'enseignement
supérieur et la recherche dont je faisais alors partie. Le débat avait été très
vif entre les partisans de la mention "anthropologie" et ceux de la
mention "ethnologie" (cette dernière étant assez clairement une
spécificité française) ; on avait pu y mettre un terme qu'en adoptant la
mention "ethnologie-anthropologie" (alors que la mention "anthropologie-ethnologie"
eût été plus conforme à l'ordre alphabétique habituel en pareils cas).
Fort de cette
expérience, je me serais bien gardé d'intervenir dans un débat si important et
si éloigné de mes propres compétences, si je n'avais entendu sur France Culture
la présentation de l'exposition sur l'ethnologie qui doit se tenir, durant le
présent week-end, au Musée du quai Branly. Le pittoresque de la chose était que
cette présentation avait été confiée, assez logiquement, au directeur de ce
musée qui sans doute, moins par ignorance que par prudence, avait invité un
ethnologue, S. Rennesson, chargé de recherches au CNRS, à venir faire la
présentation de cette exposition et surtout de l'ethnologie elle-même, ce terme
pouvant paraître un peu mystérieux, même aussi des auditeurs de France Culture.
L'invité S. Rennesson (membre du Laboratoire d'anthropologie urbaine, ce qui,
on va le voir, ne manque pas de sel) a donc exposé, avec un peu difficulté et
sans faire mention de son appartenance au dit LA, les finalités de l'ethnologie,
tout en nous parlant surtout de ses propres recherches qui portent sur les
combats de scarabées en Thaïlande et de grillons en Chine dont il est
spécialiste (après avoir renoncé à ses études sur la boxe thaïlandaise).
Je ne reprendrai
pas ici ses propos, mais j'ai constaté (et la chose m'a amusé au souvenir des
débats passionnés de la commission compétente autour de ces deux termes) que
cet ethnologue n'a guère employé, pour désigner sa discipline, que le mot "anthropologie",
ce qui est significatif et en tout cas curieux dans la bouche d'un spécialiste
des combats asiatiques entre insectes, surtout si l'on se réfère à l'étymologie
même du nom de cette discipline.
Il s'est efforcé,
non sans passion à défaut de succès, de nous démontrer combien grillons chinois
et scarabées thaïlandais, dans leurs joutes, peuvent nous apporter de
révélations majeures sur la connaissance de l'âme, de l'esprit et des comportements
humains.
La distinction
entre les deux termes (anthropologie et ethnologie) me laisse personnellement
assez indifférent et je ne vois aucun inconvénient, à la différence des
spécialistes de ces disciplines à utiliser l'un et/ou l'autre. Je suis en
revanche très frappé, par une spécialité bien française dans ces domaines, qui
tient à ce que souvent les anthropo-ethnologues ignorent tout des langues des
populations qu'ils prétendent étudier alors qu'aux Etats-Unis, par exemple, la
linguistique figure très souvent dans les départements d'anthropologie. Les
études sur les grillons ou les scarabées ont le grand avantage d'éviter ce
problème !
Faut-il
considérer que (et je cite ici le billet) que « la volonté de faire disparaître
ce fleuron de la connaissance moderne [entendre
ethnologie et anthropologie] ne s'explique" que par la "défiance
politique envers tout espace où peut se développer une pensée libre et une
conception universelle de l'égalité des individus et des groupes humains"
? Je n'en sais rien et, à vrai dire, j'ai omis, sans doute par paresse, de me
poser la question que ne connaissent sans doute que les promoteurs d'une telle
mesure.
En revanche,
alors qu'on se plaint de la surabondance de disciplines et de la lourdeur des programme
dans l'enseignement, je me tapote discrètement le menton (bien entendu à l'insu
des ethnologues et des anthropologues) lorsque je lis, dans le billet en
question, qu' "une sensibilisation au savoir ethnologique et
anthropologique devrait commencer dès l'école primaire" et que "son
enseignement devrait s'épanouir progressivement au collège et au lycée".
Le souci corporatiste
de trouver des débouchés pour les étudiants de ces disciplines me paraît logique, mais je reste un peu sceptique sur
la solution proposée vu la multiplication et l'encombrement des programmes. La menace
sur l'anthropologie-ethnologie ne tiendrait-elle pas seulement ou davantage au
manque de débouchés réels et surtout à la nécessité impérieuse de faire des
économies au sein du système universitaire.
L'exposition du
Quai Branly m'a ramené à l'article que j'avais parcouru distraitement et qui est
appuyé par une douzaine d'ethnologues (dont certains sont de mes amis) ; il fait
connaître la volonté de "promouvoir cette discipline auprès d'un auditoire
beaucoup plus large que son espace d'enseignement académique habituel". Naturellement,
on y appelait à la rescousse Marcel Mauss et Claude Lévi-Strauss dont j'avoue
que je ne connais personnellement pas les travaux sur les scarabées, mais que
j'aurais certainement grand profit à lire, si je parviens à les découvrir.
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vendredi 28 juin 2013
Le baccalauréat : sabotage ou sabordage ?
A mi-chemin entre les épreuves écrites du baccalauréat et la publication de ses résultats, le 5 juillet 2013 (qu'on imagine déjà assez facilement glorieux ), une information un peu sérieuse sur cet examen national me semble indispensable, à la lecture du grand nombre d'inexactitudes voire de sottises qui sont produites à ce propos dans nos médias.
Un point essentiel et qui est, le plus souvent ignoré alors qu'il explique la situation de notre enseignement supérieur, est que le baccalauréat, quoi qu'il marque et sanctionne la fin de l'enseignement secondaire, est le premier grade de l'enseignement supérieur. C'est pourquoi, même si on ne le dit jamais, il donne un accès direct et sans sélection ni contrôle, à l'université, sauf dans un certain nombre de filières qui ont, souvent subrepticement et toujours illégalement, mis en place des formes diverses de sélection. Le cas des classes préparatoires n'a rien à voir ici puisqu'elles ne relèvent en rien de l'université, comme le montre d'ailleurs actuellement la question des droits que la Loi Fioraso veut imposer à leurs élèves.
Il est donc absurde de prétendre, comme je l'ai lu, que les professeurs d'université devraient « s'investir davantage dans les jurys ». En effet tous les jurys de baccalauréat sont, selon la loi, toujours présidés par des enseignants du supérieur, même si beaucoup d'entre eux ne s'acquittent pas de ce devoir avec l'allégresse qu'ils devraient montrer puisque cette fonction fait partie de leurs obligations statutaires. Ils sont d'autant moins enclins à le faire que, s'ils doivent présider les jurys, ils ne sont en rien concernés ni par les contenus ni par les modalités de cet examen.
Un autre mystère du baccalauréat (mais il y en a tant dans l'administration française) est son coût exact et réel, surtout rapporté à son utilité, puisque on dépasse en général largement les 80 % de réussite et davantage encore, si on prend en compte les redoublements. Récemment le Syndicat des personnels de direction de l'éducation nationale (SNDPEN) a présenté une facture énorme, avançant, dans le Figaro du 10 juin 2013, que le baccalauréat coûtait, chaque année, 1,5 milliard d'euros, alors que la rue de Grenelle ne parle que de 57 millions. L'augmentation de la facture tient au mode de calcul. Le SNDPEN a tenu compte, dans son évaluation, de l'annulation de trois semaines de cours en juin et du salaire des enseignants, le coût de fonctionnement de ces trois semaines (200.000 heures) restant le même, que les cours aient lieu ou non. On atteint donc ainsi le milliard et demi d'euros en ajoutant le montant de ces cours (1.434.548.000 d'euros), financé de toute façon, aux 57 millions d'euros que le ministère de l'éducation nationale annonce, pour 2012, pour la seule organisation des épreuves.
Ce doit être même davantage car, en tout état de cause, il est évident que, si l'année officielle, pour le ministère, se termine le 4 juillet, dans les faits, le fonctionnement normal des établissements scolaires s'achève généralement à la mi-juin ; comme les élèves se jugent en vacances à partir du moment où les conseils de classe ont eu lieu, c'est plus vraisemblablement au début du mois de juin qu'il faut placer la fin de l'année scolaire. Le SNDPEN ne pousse toutefois pas le bouchon trop loin, peut-être pour éviter que le MEN ne songe, de ce fait, à réduire les primes de ces personnels !
Comme, en fait, seuls quelques dizaines de milliers de candidats n'obtiennent pas le bac, ce milliard et demi d'euros, qui conduit surtout à refuser l'accès de l'université à ces médiocres élèves, représente une dépense considérable (25.000 euros par candidat recalé!). Elle est d'autant plus considérable et même vaine que le non-bachelier peut tout à fait, au bout d'un certain temps, passé l'Examen spécial d'entrée à l'université (bien plus facile encore) qui lui permettra d'oublier qu'il a été dans les rares élèves qui n'ont pas réussi à avoir le baccalauréat.
Il y a bien longtemps que je pense qu'on aurait dû supprimer le baccalauréat, mais loin d'envisager de le faire, on est même en train, toujours subrepticement (et selon le principe bien français qui fait toujours apparaître la nécessité de remettre en place ce qu'on avait auparavant supprimé), d'en rétablir "la première partie" que l'on avait supprimée en 1963. Si l'on voyait un peu plus loin que le bout de son nez au 110 de la rue de Grenelle (jusqu'à la rue de Bellechasse au moins !), on aurait pu, en 2008, quand on a célébré le bicentenaire du baccalauréat, fêter, en même temps, le retour au baccalauréat en deux parties, puisque le bac de français, placé en fin de première, s'est désormais enrichi d'autres épreuves, ce qui marque un retour incontestable vers le vieux bac en deux parties.
Toutefois, ce sont plutôt les incidents qui ont marqué la session de juin du baccalauréat 2013 et qui justifient le titre de ce billet "Le baccalauréat : sabordage ou sabotage" qui m'ont conduit à l'écrire.
Quand on connaît le luxe extravagant de précautions qui entoure la préparation des épreuves et leur déroulement (j'ai personnellement été confronté à tout cela en temps que président de jury et chef de centre à diverses reprises), on se demande comment, par exemple, on peut se tromper de sujets au bac en donnant une épreuve de mathématiques lors de l'épreuve d'économie (j'ai un peu oublié le détail qui est sans importance ici), alors que la préparation des sujets, leur transport, leur conservation et leur distribution sont entourées d'un luxe de précautions qu'on pourrait même juger excessif. Faute d'oser supprimer le baccalauréat, ce qui serait parfaitement défendable avec des arguments très forts, n'essayerait-on pas de faire mettre en cause son maintien par le public lui-même, en multipliant les incidents autour de son déroulement ?
Ne parlons même pas de l'atmosphère délétère créée autour du baccalauréat, avec les bruits de l'incitation des correcteurs à noter sur 24 et non pas sur 20 ! Cela dit, les instructions rectorales données aux jurys et à leurs présidents pour susciter ou ordonner leur indulgence sont depuis longtemps de tradition. Laissons aussi de côté la mascarade qui fait que les mentions "très bien", naguère encore une rareté, se sont multipliées ; chaque année, on classe, à travers la France, les élèves qui ont obtenu 21 sur 20 de moyenne à l'ensemble des épreuves !
Quand se décidera-t-on enfin, en renonçant à ces pitreries, à prendre la décision raisonnable et à supprimer ce baccalauréat aussi coûteux qu'inutile ?
Un point essentiel et qui est, le plus souvent ignoré alors qu'il explique la situation de notre enseignement supérieur, est que le baccalauréat, quoi qu'il marque et sanctionne la fin de l'enseignement secondaire, est le premier grade de l'enseignement supérieur. C'est pourquoi, même si on ne le dit jamais, il donne un accès direct et sans sélection ni contrôle, à l'université, sauf dans un certain nombre de filières qui ont, souvent subrepticement et toujours illégalement, mis en place des formes diverses de sélection. Le cas des classes préparatoires n'a rien à voir ici puisqu'elles ne relèvent en rien de l'université, comme le montre d'ailleurs actuellement la question des droits que la Loi Fioraso veut imposer à leurs élèves.
Il est donc absurde de prétendre, comme je l'ai lu, que les professeurs d'université devraient « s'investir davantage dans les jurys ». En effet tous les jurys de baccalauréat sont, selon la loi, toujours présidés par des enseignants du supérieur, même si beaucoup d'entre eux ne s'acquittent pas de ce devoir avec l'allégresse qu'ils devraient montrer puisque cette fonction fait partie de leurs obligations statutaires. Ils sont d'autant moins enclins à le faire que, s'ils doivent présider les jurys, ils ne sont en rien concernés ni par les contenus ni par les modalités de cet examen.
Un autre mystère du baccalauréat (mais il y en a tant dans l'administration française) est son coût exact et réel, surtout rapporté à son utilité, puisque on dépasse en général largement les 80 % de réussite et davantage encore, si on prend en compte les redoublements. Récemment le Syndicat des personnels de direction de l'éducation nationale (SNDPEN) a présenté une facture énorme, avançant, dans le Figaro du 10 juin 2013, que le baccalauréat coûtait, chaque année, 1,5 milliard d'euros, alors que la rue de Grenelle ne parle que de 57 millions. L'augmentation de la facture tient au mode de calcul. Le SNDPEN a tenu compte, dans son évaluation, de l'annulation de trois semaines de cours en juin et du salaire des enseignants, le coût de fonctionnement de ces trois semaines (200.000 heures) restant le même, que les cours aient lieu ou non. On atteint donc ainsi le milliard et demi d'euros en ajoutant le montant de ces cours (1.434.548.000 d'euros), financé de toute façon, aux 57 millions d'euros que le ministère de l'éducation nationale annonce, pour 2012, pour la seule organisation des épreuves.
Ce doit être même davantage car, en tout état de cause, il est évident que, si l'année officielle, pour le ministère, se termine le 4 juillet, dans les faits, le fonctionnement normal des établissements scolaires s'achève généralement à la mi-juin ; comme les élèves se jugent en vacances à partir du moment où les conseils de classe ont eu lieu, c'est plus vraisemblablement au début du mois de juin qu'il faut placer la fin de l'année scolaire. Le SNDPEN ne pousse toutefois pas le bouchon trop loin, peut-être pour éviter que le MEN ne songe, de ce fait, à réduire les primes de ces personnels !
Comme, en fait, seuls quelques dizaines de milliers de candidats n'obtiennent pas le bac, ce milliard et demi d'euros, qui conduit surtout à refuser l'accès de l'université à ces médiocres élèves, représente une dépense considérable (25.000 euros par candidat recalé!). Elle est d'autant plus considérable et même vaine que le non-bachelier peut tout à fait, au bout d'un certain temps, passé l'Examen spécial d'entrée à l'université (bien plus facile encore) qui lui permettra d'oublier qu'il a été dans les rares élèves qui n'ont pas réussi à avoir le baccalauréat.
Il y a bien longtemps que je pense qu'on aurait dû supprimer le baccalauréat, mais loin d'envisager de le faire, on est même en train, toujours subrepticement (et selon le principe bien français qui fait toujours apparaître la nécessité de remettre en place ce qu'on avait auparavant supprimé), d'en rétablir "la première partie" que l'on avait supprimée en 1963. Si l'on voyait un peu plus loin que le bout de son nez au 110 de la rue de Grenelle (jusqu'à la rue de Bellechasse au moins !), on aurait pu, en 2008, quand on a célébré le bicentenaire du baccalauréat, fêter, en même temps, le retour au baccalauréat en deux parties, puisque le bac de français, placé en fin de première, s'est désormais enrichi d'autres épreuves, ce qui marque un retour incontestable vers le vieux bac en deux parties.
Toutefois, ce sont plutôt les incidents qui ont marqué la session de juin du baccalauréat 2013 et qui justifient le titre de ce billet "Le baccalauréat : sabordage ou sabotage" qui m'ont conduit à l'écrire.
Quand on connaît le luxe extravagant de précautions qui entoure la préparation des épreuves et leur déroulement (j'ai personnellement été confronté à tout cela en temps que président de jury et chef de centre à diverses reprises), on se demande comment, par exemple, on peut se tromper de sujets au bac en donnant une épreuve de mathématiques lors de l'épreuve d'économie (j'ai un peu oublié le détail qui est sans importance ici), alors que la préparation des sujets, leur transport, leur conservation et leur distribution sont entourées d'un luxe de précautions qu'on pourrait même juger excessif. Faute d'oser supprimer le baccalauréat, ce qui serait parfaitement défendable avec des arguments très forts, n'essayerait-on pas de faire mettre en cause son maintien par le public lui-même, en multipliant les incidents autour de son déroulement ?
Ne parlons même pas de l'atmosphère délétère créée autour du baccalauréat, avec les bruits de l'incitation des correcteurs à noter sur 24 et non pas sur 20 ! Cela dit, les instructions rectorales données aux jurys et à leurs présidents pour susciter ou ordonner leur indulgence sont depuis longtemps de tradition. Laissons aussi de côté la mascarade qui fait que les mentions "très bien", naguère encore une rareté, se sont multipliées ; chaque année, on classe, à travers la France, les élèves qui ont obtenu 21 sur 20 de moyenne à l'ensemble des épreuves !
Quand se décidera-t-on enfin, en renonçant à ces pitreries, à prendre la décision raisonnable et à supprimer ce baccalauréat aussi coûteux qu'inutile ?
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jeudi 27 juin 2013
Affaire Cahuzac : la farce du Palais Bourbon
Qu'on me permette de reprendre ici le début de mon post d'hier car l'audition de J. Cahuzac par la Commission ad hoc de l'Assemblée nationale, deux heures durant, ("Au théâtre cet après-midi" sur BFM-TV) est une parfaite illustration du point de vue que j'y ai exprimé.
On sait que parmi les records mondiaux, que la France peut se flatter de détenir, figure celui du nombre de lois et, plus sûrement encore, celui des lois qui ne sont pas appliquées, le plus souvent faute de décrets d'application, mais aussi parfois parce que ces textes, en eux-mêmes contradictoires, contiennent le mode de leur non-application.
Il en une autre spécialité française, apparentée d'ailleurs à la précédente, qui est le secret fiscal proprement dit (mais"proprement" est-il l'adverbe qui convient ici ?). Sa violation a, dans le passé, causé une ou deux affaires sensationnelles quand il s'agissait de la déclaration d'impôts de Monsieur Chaban-Delmas (dont on a découvert alors qu'il échappait à l'impôt sur le revenu comme naguère B. Tapie et plus récemment, le jeune Fabius) ou de Monsieur Jacques Calvet (PDG infiniment plus généreux pour ses propres augmentations de salaires que pour celles de ses ouvriers).
L'affaire Cahuzac fait, si je puis dire, "rebondir" le secret fiscal comme celui de l'instruction qu'invoque, à tort paraît-il, J. Cahuzac, ce qui est pittoresque quand on constate comment il est en permanence violé. J'ai appris, mercredi 27 juin 2013 sur France-Infos, à huit heures quinze, de la bouche de Ch. de Courson lui-même que la Commission de l'Assemblée nationale qu'il préside et qui, à 16 heures 30, et qui doit entendre les explications de Monsieur l'ex-député Cahuzac ne servira sans doute à rien. En effet J. Cahuzac aura le droit de ne pas répondre à des questions à propos de ses comptes bancaires à l'étranger sur lesquelles il jugera bon de ne pas s'exprimer.
Certes, il parlait sous serment cette fois, mais cela change-t-il quelque chose, sinon qu'on pourrait engager des poursuites que les déclarations mensongères "devant la représentation nationale" qu'il a déjà faites ne permettent pas. Monsieur Cahuzac, en effet, n'était pas tenu de répondre aux membres de la Commission de l'Assemblée nationale puisque le secret fiscal leur est "opposable"; le seul membre de cette commission échappant à cette restriction est en effet son rapporteur, sans doute pour permettre d'établir, de cette audition ridicule, un rapport, secret lui aussi !
Le Congrès américain, qui dispose de Commissions du même genre, procède tout autrement et il est impossible de n'y pas répondre, sauf à prendre illico le chemin de la prison. J'ai assisté une fois, à la télévision, à l'une de ces séances et je vous pris de croire qu'elles sont autrement musclées et que le président y répète la question jusqu' à obtenir une réponse au lieu de passer aussitôt à autre chose!
Cette restriction française (exception culturelle ?) est aussi comique qu'étrange, mais elle illustre parfaitement nos lois qui souvent contiennent, dans le même mouvement, une disposition qui arrête ou prévient l'effet d'une de leurs dispositions précédentes. En d'autres termes cette commission doit s'informer sur les situations fiscales (ou autres) de l'intéressé, mais ce dernier se voit autorisé (donc incité) à ne pas répondre aux questions qui lui sont posées, en opposant à ses interrogateurs le secret fiscal ou pire encore celui de l'instruction qui, me semble-t-il, ne concerne en rien les accusés eux-mêmes.
Admirable non ? Et vive le Père Ubu
Je n'arrivais pas à y croire, même de la bouche de Monsieur de Courson. Toutefois, ou moment même où j'écris ces lignes ( mercredi 26 juin 2013 en début de soirée), j'ai déjà pu prendre connaissance, grâce à mediapart et à son excellent et immédiat compte rendu, minute par minute, de l'audition de Monsieur Cahuzac, de quelques épisodes qui vérifient absolument les propos de Monsieur de Courson sur France Infos le matin même.
Je ne veux pas vous infliger ici la lecture d'un texte qui peut être aisément consulté mais je n'en retiendrai que trois épisodes qui sont tout à fait significatifs et qui se sont reproduits à de multiples reprises dans la suite, comme je l'ai constaté par la retransmission faite sur BFM-TV..
"16h54 Monsieur Cahuzac refuse de répondre.
16h56 Monsieur Cahuzac refuse de répondre à 1
16h58 Pas de réponse de Monsieur Cahuzac."
Et cela deux heures d'horloge durant !
Toutefois je regrette que ce compte rendu de mediapart, par ailleurs si précis et si complet, ne mentionne pas, et ce point est à mes yeux essentiel, que Monsieur Cahuzac avait parfaitement le DROIT (absurde mais incontestable) de ne pas répondre aux questions qui lui sont posées par la Commission. Dans ces conditions, quel peut bien être l'intérêt d'une telle mascarade, sauf à donner aux citoyens, une fois de plus, l'impression, bien entendu fausse, d'une démocratie scrupuleuse qui n'épargnerait pas les ministres escrocs qui n'ont pas hésité à mentir en public dans la même enceinte et qui, au cours de leur audition officielle sous serment, n'ont même plus besoin de mentir puisque on les dispense de répondre à toutes les questions qu'ils veulent?
J'ai expliqué ce point, après avoir entendu sur ce point Monsieur de Courson, dans mon post d'hier, sur mon blog, mais ce dernier, et je le comprends tout à fait, s'est perdu dans la masse des messages et on n'y a pas attaché la moindre importance, alors que ce point sur lequel je m'étais assez longuement arrêté, me paraît tout à fait capital et s'est trouvé largement vérifié, sans être pour autant signalé, au Palais Bourbon . Cette audition, quoique largement médiatisée, ne pouvait que servir à rien puisque J.Cahuzac n'était en rien tenté de mentir dans la mesure où, devant toute question gênante, il avait explicitement le droit de se taire
Bref, deux heures de farce au Palais Bourbon, retransmise en direct sur BFM-TV, Cahuzac n'a répondu à peu près à aucune question, même les plus anodines, sauf pour innocenter tout le gouvernement et le PS. Il a même, à certains moments, retrouvé, en dépit de ses efforts visibles, sa morgue naturelle, sans venir toutefois à bout de l'infinie patience des membres de la Commission (certains ont sagement choisi très vite de jouer avec leur téléphone) et surtout du président Charles de Courson, équanime et impassible jusqu'au bout !
On sait que parmi les records mondiaux, que la France peut se flatter de détenir, figure celui du nombre de lois et, plus sûrement encore, celui des lois qui ne sont pas appliquées, le plus souvent faute de décrets d'application, mais aussi parfois parce que ces textes, en eux-mêmes contradictoires, contiennent le mode de leur non-application.
Il en une autre spécialité française, apparentée d'ailleurs à la précédente, qui est le secret fiscal proprement dit (mais"proprement" est-il l'adverbe qui convient ici ?). Sa violation a, dans le passé, causé une ou deux affaires sensationnelles quand il s'agissait de la déclaration d'impôts de Monsieur Chaban-Delmas (dont on a découvert alors qu'il échappait à l'impôt sur le revenu comme naguère B. Tapie et plus récemment, le jeune Fabius) ou de Monsieur Jacques Calvet (PDG infiniment plus généreux pour ses propres augmentations de salaires que pour celles de ses ouvriers).
L'affaire Cahuzac fait, si je puis dire, "rebondir" le secret fiscal comme celui de l'instruction qu'invoque, à tort paraît-il, J. Cahuzac, ce qui est pittoresque quand on constate comment il est en permanence violé. J'ai appris, mercredi 27 juin 2013 sur France-Infos, à huit heures quinze, de la bouche de Ch. de Courson lui-même que la Commission de l'Assemblée nationale qu'il préside et qui, à 16 heures 30, et qui doit entendre les explications de Monsieur l'ex-député Cahuzac ne servira sans doute à rien. En effet J. Cahuzac aura le droit de ne pas répondre à des questions à propos de ses comptes bancaires à l'étranger sur lesquelles il jugera bon de ne pas s'exprimer.
Certes, il parlait sous serment cette fois, mais cela change-t-il quelque chose, sinon qu'on pourrait engager des poursuites que les déclarations mensongères "devant la représentation nationale" qu'il a déjà faites ne permettent pas. Monsieur Cahuzac, en effet, n'était pas tenu de répondre aux membres de la Commission de l'Assemblée nationale puisque le secret fiscal leur est "opposable"; le seul membre de cette commission échappant à cette restriction est en effet son rapporteur, sans doute pour permettre d'établir, de cette audition ridicule, un rapport, secret lui aussi !
Le Congrès américain, qui dispose de Commissions du même genre, procède tout autrement et il est impossible de n'y pas répondre, sauf à prendre illico le chemin de la prison. J'ai assisté une fois, à la télévision, à l'une de ces séances et je vous pris de croire qu'elles sont autrement musclées et que le président y répète la question jusqu' à obtenir une réponse au lieu de passer aussitôt à autre chose!
Cette restriction française (exception culturelle ?) est aussi comique qu'étrange, mais elle illustre parfaitement nos lois qui souvent contiennent, dans le même mouvement, une disposition qui arrête ou prévient l'effet d'une de leurs dispositions précédentes. En d'autres termes cette commission doit s'informer sur les situations fiscales (ou autres) de l'intéressé, mais ce dernier se voit autorisé (donc incité) à ne pas répondre aux questions qui lui sont posées, en opposant à ses interrogateurs le secret fiscal ou pire encore celui de l'instruction qui, me semble-t-il, ne concerne en rien les accusés eux-mêmes.
Admirable non ? Et vive le Père Ubu
Je n'arrivais pas à y croire, même de la bouche de Monsieur de Courson. Toutefois, ou moment même où j'écris ces lignes ( mercredi 26 juin 2013 en début de soirée), j'ai déjà pu prendre connaissance, grâce à mediapart et à son excellent et immédiat compte rendu, minute par minute, de l'audition de Monsieur Cahuzac, de quelques épisodes qui vérifient absolument les propos de Monsieur de Courson sur France Infos le matin même.
Je ne veux pas vous infliger ici la lecture d'un texte qui peut être aisément consulté mais je n'en retiendrai que trois épisodes qui sont tout à fait significatifs et qui se sont reproduits à de multiples reprises dans la suite, comme je l'ai constaté par la retransmission faite sur BFM-TV..
"16h54 Monsieur Cahuzac refuse de répondre.
16h56 Monsieur Cahuzac refuse de répondre à 1
16h58 Pas de réponse de Monsieur Cahuzac."
Et cela deux heures d'horloge durant !
Toutefois je regrette que ce compte rendu de mediapart, par ailleurs si précis et si complet, ne mentionne pas, et ce point est à mes yeux essentiel, que Monsieur Cahuzac avait parfaitement le DROIT (absurde mais incontestable) de ne pas répondre aux questions qui lui sont posées par la Commission. Dans ces conditions, quel peut bien être l'intérêt d'une telle mascarade, sauf à donner aux citoyens, une fois de plus, l'impression, bien entendu fausse, d'une démocratie scrupuleuse qui n'épargnerait pas les ministres escrocs qui n'ont pas hésité à mentir en public dans la même enceinte et qui, au cours de leur audition officielle sous serment, n'ont même plus besoin de mentir puisque on les dispense de répondre à toutes les questions qu'ils veulent?
J'ai expliqué ce point, après avoir entendu sur ce point Monsieur de Courson, dans mon post d'hier, sur mon blog, mais ce dernier, et je le comprends tout à fait, s'est perdu dans la masse des messages et on n'y a pas attaché la moindre importance, alors que ce point sur lequel je m'étais assez longuement arrêté, me paraît tout à fait capital et s'est trouvé largement vérifié, sans être pour autant signalé, au Palais Bourbon . Cette audition, quoique largement médiatisée, ne pouvait que servir à rien puisque J.Cahuzac n'était en rien tenté de mentir dans la mesure où, devant toute question gênante, il avait explicitement le droit de se taire
Bref, deux heures de farce au Palais Bourbon, retransmise en direct sur BFM-TV, Cahuzac n'a répondu à peu près à aucune question, même les plus anodines, sauf pour innocenter tout le gouvernement et le PS. Il a même, à certains moments, retrouvé, en dépit de ses efforts visibles, sa morgue naturelle, sans venir toutefois à bout de l'infinie patience des membres de la Commission (certains ont sagement choisi très vite de jouer avec leur téléphone) et surtout du président Charles de Courson, équanime et impassible jusqu'au bout !
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mercredi 26 juin 2013
Le secret fiscal (et les autres) : Cahuzac, Tapie et les autres
On sait que parmi les records mondiaux, que la France peut se flatter de détenir, figure celui du nombre de lois et, plus sûrement encore, celui des lois qui ne sont pas appliquées, le plus souvent faute de décrets d'application, mais aussi parfois parce que ces textes contiennent, en eux-mêmes, le mode de leur non-application.
Un exemple récent, concret et précis est fourni par la loi sur la "transparence". Son annonce avait fait l'objet de rodomontades gouvernementales ; à grand son de trompes médiatiques, on a fait savoir alors au bon peuple de France qu'on allait voir ce qu'on allait voir et que les élus malhonnêtement nantis pouvaient numéroter leurs abattis.
Comme le plus souvent, la montagne communicationnelle, a accouché d'une souris législative devant la grogne des élus, conduits, et c'est tout un symbole, par le président de l'Assemblée nationale en personne. Certes, le patrimoine déclaré des élus devra être publié, avec des menaces sérieuses sur la tête de ceux qui mentiraient à ce propos. Toutefois, si les documents à ce sujet pourront être consultés par quiconque (moyennant, sans doute, un certain nombre de restrictions toutes plus ridicules les unes que les autres), il ne sera pas possible d'en publier des éléments ni même d'en faire état dans un document qui pourrait l'être.
En somme, le citoyen qui aura pris la peine, sans doute non sans difficultés, d'aller consulter, dans le lieu administratif où la chose est possible, la déclaration de patrimoine de son député, ne pourra en faire état où que ce soit et en quoi que ce soit ; il ne pourra donc, au mieux, que se remémorer les éléments de ce patrimoine, le soir avant de s'endormir, ce qui, à la longue, constituera sans doute le meilleur des somnifères. Quant à l'élu en cause, il pourra continuer à dormir, comme avant sur ses deux oreilles, quelles que soient l'étendue et l'origine de ce patrimoine, surtout s'il a pris quelques précautions élémentaires, comme de consulter un conseiller fiscal ou, plus simple et moins cher, de faire, au sein de sa famille, les donations qui auront permis de réduire l'étendue d'une fortune que d'aucuns pourraient juger excessive.
Il en est déjà de même pour une autre spécialité française, apparentée d'ailleurs à la précédente, qui est le secret fiscal proprement (mais est-ce là le bon adverbe ?) dit. Sa violation a, dans le passé, causé une ou deux affaires sensationnelles quand il s'agissait de la déclaration d'impôts de Monsieur Chaban-Delmas (dont on a découvert alors qu'il échappait à l'impôt sur le revenu comme naguère B. Tapie et plus récemment, le jeune Fabius) ou de Monsieur Jacques Calvet (PDG infiniment plus généreux pour ses propres augmentations de salaires que pour celles de ses ouvriers).
L'affaire Cahuzac fait, si je puis dire, "rebondir" le secret fiscal, puisque j'ai appris, ce matin même, mercredi 27 juin 2013, que la Commission de l'Assemblée nationale, qui doit entendre les explications (sous serment cette fois, mais cela change-t-il quelque chose, sinon qu'on pourrait engager des poursuites que le déclarations mensongères "devant la représentation nationale" ne permettent pas) de Monsieur l'ex-député Cahuzac pourra se voir opposer le "secret fiscal" à certaines questions indiscrètes sur ses comptes bancaires à l'étranger. Monsieur Cahuzac, en effet, ne sera pas tenu de répondre aux membres de la Commission de l'Assemblée nationale puisque le secret fiscal leur est "opposable", le seul membre de cette commission échappant à cette restriction est en effet son rapporteur, sans doute pour lui permettre d'établir un rapport, secret lui aussi !
Cette restriction est aussi comique qu'étrange, mais elle illustre parfaitement nos lois qui souvent contiennent, dans le même mouvement, une disposition qui arrête ou prévient l'effet d'une de leurs dispositions précédentes. En d'autres termes cette commission, qui doit s'informer sur les situations fiscales de l'intéressé, se voit autorisé à ne pas répondre aux questions qui lui sont posées, en opposant à ses interrogateurs le secret fiscal. Admirable non ? Et vive le Père Ubu !
Admirable certes mais banal, somme toute, dans notre appareil législatif. Dans l'affaire Tapie, Monsieur Charles de Courson, que j'entendais ce matin même, sur RMC vers 8 heures 30, y affirmait que les déclarations de Monsieur Bernard Tapie sur le sens de ses votes (à lui Ch. de Courson ) en faveur de l'arbitrage au sein de la commission du CDR (dont Ch. de Courson était membre) étaient mensongères. Toutefois, la preuve de ce mensonge ne peut pas être apportée, pour le moment, puisque les procès-verbaux des délibérations de cette commission sont aussi couverts par un secret dont j'ignore la nature et donc l'épithète.
Entre le secret fiscal et le secret défense, vous comprendrez que, dans bon nombre d'affaires actuelles, il est un peu vain de rechercher la vérité puisque l'accès à celle-ci est interdit par la loi elle-même qui prétend pourtant aider à y faire la lumière
Dans certaines affaires de rétro-commissions ou apparentées, on verra même cumuler, pour empêcher tout accès à la vérité, le "secret défense" et le "secret fiscal". Imaginez que vous ayez touché des rétro-commissions sur la vente de frégates ou d'avions, ces opérations sont inévitablement couvertes, sans qu'on sache d'ailleurs pourquoi, par le fameux secret défense, mais, quoique vous n'ayez évidemment pas déclaré ces revenus occultes et illégaux à votre percepteur (ce qui est le principe de base de la fraude fiscale, vous pourrez quand même évoquer aussi le secret fiscal. Avec ces deux couches de secret superposées, c'est bien le diable si l'on arrive à y voir quelque chose, d'autant que, dans ces affaires, il n'est pas d'usage de faire des chèques ou d'établir des reçus.
Comment n'a-t-on pas pensé à créer enfin chez nous le "secret magouilles", opposable à tout en toutes circonstances ?
On parle de saisir les biens de B. Tapie, mais est pauvre comme Job ! En outre,il a sans doute déjà en poche un aller simple en première classe pour un Etat d'Amérique latine, sans accord d'extradition avec la France, au cas où on lui aurait saisi son jet privé et son yacht.
Un exemple récent, concret et précis est fourni par la loi sur la "transparence". Son annonce avait fait l'objet de rodomontades gouvernementales ; à grand son de trompes médiatiques, on a fait savoir alors au bon peuple de France qu'on allait voir ce qu'on allait voir et que les élus malhonnêtement nantis pouvaient numéroter leurs abattis.
Comme le plus souvent, la montagne communicationnelle, a accouché d'une souris législative devant la grogne des élus, conduits, et c'est tout un symbole, par le président de l'Assemblée nationale en personne. Certes, le patrimoine déclaré des élus devra être publié, avec des menaces sérieuses sur la tête de ceux qui mentiraient à ce propos. Toutefois, si les documents à ce sujet pourront être consultés par quiconque (moyennant, sans doute, un certain nombre de restrictions toutes plus ridicules les unes que les autres), il ne sera pas possible d'en publier des éléments ni même d'en faire état dans un document qui pourrait l'être.
En somme, le citoyen qui aura pris la peine, sans doute non sans difficultés, d'aller consulter, dans le lieu administratif où la chose est possible, la déclaration de patrimoine de son député, ne pourra en faire état où que ce soit et en quoi que ce soit ; il ne pourra donc, au mieux, que se remémorer les éléments de ce patrimoine, le soir avant de s'endormir, ce qui, à la longue, constituera sans doute le meilleur des somnifères. Quant à l'élu en cause, il pourra continuer à dormir, comme avant sur ses deux oreilles, quelles que soient l'étendue et l'origine de ce patrimoine, surtout s'il a pris quelques précautions élémentaires, comme de consulter un conseiller fiscal ou, plus simple et moins cher, de faire, au sein de sa famille, les donations qui auront permis de réduire l'étendue d'une fortune que d'aucuns pourraient juger excessive.
Il en est déjà de même pour une autre spécialité française, apparentée d'ailleurs à la précédente, qui est le secret fiscal proprement (mais est-ce là le bon adverbe ?) dit. Sa violation a, dans le passé, causé une ou deux affaires sensationnelles quand il s'agissait de la déclaration d'impôts de Monsieur Chaban-Delmas (dont on a découvert alors qu'il échappait à l'impôt sur le revenu comme naguère B. Tapie et plus récemment, le jeune Fabius) ou de Monsieur Jacques Calvet (PDG infiniment plus généreux pour ses propres augmentations de salaires que pour celles de ses ouvriers).
L'affaire Cahuzac fait, si je puis dire, "rebondir" le secret fiscal, puisque j'ai appris, ce matin même, mercredi 27 juin 2013, que la Commission de l'Assemblée nationale, qui doit entendre les explications (sous serment cette fois, mais cela change-t-il quelque chose, sinon qu'on pourrait engager des poursuites que le déclarations mensongères "devant la représentation nationale" ne permettent pas) de Monsieur l'ex-député Cahuzac pourra se voir opposer le "secret fiscal" à certaines questions indiscrètes sur ses comptes bancaires à l'étranger. Monsieur Cahuzac, en effet, ne sera pas tenu de répondre aux membres de la Commission de l'Assemblée nationale puisque le secret fiscal leur est "opposable", le seul membre de cette commission échappant à cette restriction est en effet son rapporteur, sans doute pour lui permettre d'établir un rapport, secret lui aussi !
Cette restriction est aussi comique qu'étrange, mais elle illustre parfaitement nos lois qui souvent contiennent, dans le même mouvement, une disposition qui arrête ou prévient l'effet d'une de leurs dispositions précédentes. En d'autres termes cette commission, qui doit s'informer sur les situations fiscales de l'intéressé, se voit autorisé à ne pas répondre aux questions qui lui sont posées, en opposant à ses interrogateurs le secret fiscal. Admirable non ? Et vive le Père Ubu !
Admirable certes mais banal, somme toute, dans notre appareil législatif. Dans l'affaire Tapie, Monsieur Charles de Courson, que j'entendais ce matin même, sur RMC vers 8 heures 30, y affirmait que les déclarations de Monsieur Bernard Tapie sur le sens de ses votes (à lui Ch. de Courson ) en faveur de l'arbitrage au sein de la commission du CDR (dont Ch. de Courson était membre) étaient mensongères. Toutefois, la preuve de ce mensonge ne peut pas être apportée, pour le moment, puisque les procès-verbaux des délibérations de cette commission sont aussi couverts par un secret dont j'ignore la nature et donc l'épithète.
Entre le secret fiscal et le secret défense, vous comprendrez que, dans bon nombre d'affaires actuelles, il est un peu vain de rechercher la vérité puisque l'accès à celle-ci est interdit par la loi elle-même qui prétend pourtant aider à y faire la lumière
Dans certaines affaires de rétro-commissions ou apparentées, on verra même cumuler, pour empêcher tout accès à la vérité, le "secret défense" et le "secret fiscal". Imaginez que vous ayez touché des rétro-commissions sur la vente de frégates ou d'avions, ces opérations sont inévitablement couvertes, sans qu'on sache d'ailleurs pourquoi, par le fameux secret défense, mais, quoique vous n'ayez évidemment pas déclaré ces revenus occultes et illégaux à votre percepteur (ce qui est le principe de base de la fraude fiscale, vous pourrez quand même évoquer aussi le secret fiscal. Avec ces deux couches de secret superposées, c'est bien le diable si l'on arrive à y voir quelque chose, d'autant que, dans ces affaires, il n'est pas d'usage de faire des chèques ou d'établir des reçus.
Comment n'a-t-on pas pensé à créer enfin chez nous le "secret magouilles", opposable à tout en toutes circonstances ?
On parle de saisir les biens de B. Tapie, mais est pauvre comme Job ! En outre,il a sans doute déjà en poche un aller simple en première classe pour un Etat d'Amérique latine, sans accord d'extradition avec la France, au cas où on lui aurait saisi son jet privé et son yacht.
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mardi 25 juin 2013
Le CNU et la loi ESR
Rassurez-vous ce n'est pas une fable de La Fontaine, mais quelques réflexions inspirées par le déchaînement soudain des passions autour de la Loi Fioraso (la Loi ESR) qui, jusqu'à présent, était entrée en examen en première lecture dans une indifférence un peu étonnante mais quasi générale. Il a fallu, non pas les premières chaleurs d'un été qui tarde à venir, mais un amendement présenté au Sénat le 21 juin 2013 par les écologistes pour que soudain les passions se déchaînent en particulier du côté du Conseil National des Universités, directement concerné par l'amendement en cause, ce qui donne à toute cette affaire un léger parfum de corporatisme. Il en est de même pour les présidents d'université auxquels, après les mamours de V. Pécresse, G. Fioraso avait un peu tordu le bras sans parvenir à les réveiller.
Je ne veux pas reprendre ici les termes de l'excellent texte de Pascal Maillard, publié dans Mediapart le 24 juin 2013 et qui présente l'aspect essentiel de l'événement, c'est-à-dire le vote d'un amendement par une vingtaine de sénateurs (au nombre desquels ne figuraient, semble-t-il, que deux sénateurs socialistes, dont la "rapporteure", Madame Dominique Gillot, bien obligée d'être présente!) et qui visait, en reprenant, il faut bien le dire, l'idée suggérée mais avec beaucoup de prudence, dans le Rapport Berger, de supprimer le premier alinéa de l'article 952-6 du Code de l'éducation qui concerne les procédures de qualification aux fonctions de l'enseignement supérieur dont est chargé le Conseil National des Universités (CNU).
Puisque Pascal Maillard a pris la peine de reproduire ici même les extraits essentiels du compte rendu de cette séance du Sénat, je ne le ferai pas et n'en citerai, en les commentant, que quelques fragments des propos des sénateures vertes.
Madame Corinne Bouchoux d'abord, qui s'est exprimée en ces termes en la circonstance pour justifier sa demande de suppression de cet alinéa : "Les modalités de la qualification sont une originalité française [encore l'exception culturelle !]. La procédure est très chronophage, coûteuse et détourne les enseignants-chercheurs de leurs missions premières, la recherche et la formation. Je reprends ici la proposition 126 du rapport Berger. Faisons confiance aux jurys de thèse et supprimons cette procédure.".
A la suite de ce propos, Madame D. Gillot, rapporteure, et Madame G. Fioraso, ministre, manifestent l'une et l'autre des réticences, la première suggérant le retrait de la proposition d'amendement.
Ces réserves conduisent Madame Marie-Christine Blandin, présidente de la commission de la culture, à intervenir en ces termes pour son maintien: "Le temps n'est pas venu d'installer ce dispositif ? Il ne s'agit pas d'installer mais de supprimer un dispositif qui pénalise tout les doctorants de France…"
Suite à cette intervention, on lit dans le compte rendu : " L'amendement numéro 6 est adopté".
De façon très curieuse pour ne pas dire absurde (Pascal Maillard note à juste titre : « Comble de l'incohérence des sénateurs présents, l'amendement suivant numéro 7 n'est pas adopté »). En effet, cet amendement n° 7, présenté par Monsieur Gattolin et les membres du groupe écologiste, propose d'insérer, après l'alinéa 3, un alinéa ainsi rédigé " Les mots : " dont la qualification est reconnue par l'instance nationale prévue à l'article L. 952-6" sont supprimés". Quoique C. Bouchoux ait fait valoir, à juste titre, qu'il n'y a là qu'un "amendement de cohérence", Mesdames Gillot et Fioraso maintiennent leur avis défavorable et l'amendement numéro 7 est pas adopté, ce qui est évidemment totalement illogique puisque le sixième venait de l'être !
Je me limiterai ici car je ne puis aborder, dans un blog qui en deviendrais interminable; tous les problèmes que posent les procédures du CNU, de la qualification, de l'habilitation à diriger des recherches (HDR) devenue équivalente à la thèse d'État, et le doctorat français lui-même. Toute l'université française est à repenser et ni le rapport Le Déaut ni la loi Fioraso ne le font. Je me bornerai donc ici à quelques remarques sur les propos rapportés dans le compte rendu de cette séance du Sénat.
J'avoue mal comprendre le propos de Madame Bouchoux disant que la procédure d'habilitation par le CNU « est très chronophage, coûteuse et détourne des enseignants-chercheurs de leur mission première, la recherche et la formation ». De quels chercheurs s'agit-il ici ? De ceux qui présentent leur candidature à la qualification et qui sont par là obligés de faire un dossier de candidature ou des membres du CNU qui sont inévitablement distraits de leurs autres obligations légales par les sessions du CNU. Les choses ne sont évidemment pas très claires, mais peut-être ne sont-elles pas davantage dans l'esprit de C. Bouchoux.
Je suis également quelque peu étonné par l'évocation par Madame Bouchoux du coût de cette procédure. Pour avoir été quatre fois nommé au CNU (trois fois dans des sections différentes - 9e, 7e et 73e - et une fois en commission de groupe ) sans avoir été jamais candidat puisque j'y ai toujours été nommé par des ministères, aussi bien de droite que de gauche), je vois mal comment cette procédure peut être si coûteuse quand on voit que les tarifs des frais de mission attribués aux membres provinciaux du CNU ne permettent guère de survivre à Paris
Enfin je ne serai guère enclin, par une longue expérience que C. Bouchoux n'a sans doute pas, à "faire confiance aux jurys de thèses". Un tel propos témoigne en effet d'une double ignorance.
D'une part, les thèses sont décernées avec des mentions et les "félicitations du jury", même si elles ne sont, en principe, attribuées au maximum qu'à 10% des thèses soutenues (règle d'ailleurs peu respectée), ne garantissent en rien un poste de maître de conférences. Il y a des dizaines de candidats pour un poste et il est bien plus facile, en ce moment, de devenir professeur avec une HDR bidon.
D'autre part, toute les procédure de préparation et de soutenance des thèses françaises serait à revoir. Les jurys sont souvent composés de façon étrange et on y échange un peu trop souvent le séné et la rhubarbe ! Comparons donc un peu avec ce qui se passe, par exemple, aux Etats-Unis et en Allemagne pour le DEA et la thèse elle-même. Je pense en effet, on l'aura compris, que, avant même de songer à réformer les procédures de qualification, c'est la thèse elle-même et l'HDR qu'on devrait réformer, car je connais peu de pays où les soutenances du doctorat comme de l'HDR se déroulent souvent dans des conditions aussi peu convenables qu'en France.
Le rôle essentiel dans cette affaire est évidemment tenu par M-C Blandin présidente de la Commission de la culture du Sénat dont je ne sais pas si les propos ont été exactement rapportés tant ils paraissent étranges, pour certains du moins. J'en rappelle le début : " Le temps n'est pas venu d'installer ce dispositif ?" Je m'interroge sur le sens d'une telle phrase et il y a probablement là, ou une erreur de transcription de la déclaration de Madame Blandin ou une absence de sa part. Ce qui m'inquiète davantage est de la voir déclarer qu'il s'agit de "supprimer un dispositif qui pénalise tous les doctorants de France."
La procédure de qualification par le CNU concerne à la fois les candidats à des postes de maîtres de conférences ou à des postes de professeurs qui sont, dans les deux cas, des docteurs et non des "doctorants". La formulation utilisée par Madame Blandin prouve, à l'évidence, qu'elle ignore jusqu'au sens de ce terme.
N'est-il pas dans ces conditions infiniment dangereux de donner pareil pouvoir de décision (même si elle n'est que provisoire, dans l'attente de la Commission paritaire du 26 juin 2013 voire de la seconde lecture) à des élus qui ignorent tout du sujet dont ils ont à traiter? Le rapport du Sénat sur le travail "en aveugle" du CNU, loin de lever les inquiétudes, ne fait que les accroître par les ignorances et les incompréhensions dont il témoigne.
L'argument central qui y est, longuement et même lourdement, développé est le suivant : Les sections du CNU se prononcent « en aveugle » et « dans le brouillard »( ce sont là ses propres termes !) sur la qualification des candidats, nombre de postes à pourvoir, décidé par le ministère. "La qualification n'est donc aucunement corrélée avec une politique de l'emploi. C'est ainsi qu'apparaît un phénomène de « reçus-collés », puisqu'un nombre parfois important de candidats qualifiés ne seront pas recrutés par les universités, faute de postes."
Les sénateurs qui siègent dans cette commission sont sans doute, pour bon nombre d'entre eux, des enseignants du secondaire et il est clair qu'ils assimilent les procédures de qualification par le CNU aux concours de recrutement comme le CAPES et l'agrégation. Or, les nominations sur des postes de maîtres de conférences comme de professeurs sont, sous réserve de qualification, du ressort direct et EXCLUSIF des universités et le ministère n'a, en rien, le pouvoir d'y nommer un enseignant.
On lit dans le rapport du Sénat : Les sections du CNU "doivent faire doivent faire face à un « trop-plein » de bons candidats à la qualification au regard du nombre de postes vacants. Par exemple, en 2000, la section 64 du CNU (biochimie et biologie moléculaire) a reçu plus de 1.000 candidatures à la qualification à la maîtrise de conférences et 200 au professorat, pour un total de 20 postes". Cette disproportion n'a rien à voir avec le processus de qualification et ne tient qu'au laxisme des procédures du doctorat et de l'HDR. Il est d'ailleurs amusant de voir citer l'exemple de la chimie où il y a toujours eu une forte inflation de thèses, la rumeur disant même qu'elles étaient souvent faites surtout par les garçons de laboratoire !
La meilleure phrase de ce rapport du Sénat est peut-être la dernière : "Votre rapporteur s'étonne que le ministère ne soit pas encore en mesure d'établir une liste complète, sans doubles comptes et à jour, du stock des qualifiés non recrutés". Comment et à quoi bon établir une telle liste ?
Je ne veux pas reprendre ici les termes de l'excellent texte de Pascal Maillard, publié dans Mediapart le 24 juin 2013 et qui présente l'aspect essentiel de l'événement, c'est-à-dire le vote d'un amendement par une vingtaine de sénateurs (au nombre desquels ne figuraient, semble-t-il, que deux sénateurs socialistes, dont la "rapporteure", Madame Dominique Gillot, bien obligée d'être présente!) et qui visait, en reprenant, il faut bien le dire, l'idée suggérée mais avec beaucoup de prudence, dans le Rapport Berger, de supprimer le premier alinéa de l'article 952-6 du Code de l'éducation qui concerne les procédures de qualification aux fonctions de l'enseignement supérieur dont est chargé le Conseil National des Universités (CNU).
Puisque Pascal Maillard a pris la peine de reproduire ici même les extraits essentiels du compte rendu de cette séance du Sénat, je ne le ferai pas et n'en citerai, en les commentant, que quelques fragments des propos des sénateures vertes.
Madame Corinne Bouchoux d'abord, qui s'est exprimée en ces termes en la circonstance pour justifier sa demande de suppression de cet alinéa : "Les modalités de la qualification sont une originalité française [encore l'exception culturelle !]. La procédure est très chronophage, coûteuse et détourne les enseignants-chercheurs de leurs missions premières, la recherche et la formation. Je reprends ici la proposition 126 du rapport Berger. Faisons confiance aux jurys de thèse et supprimons cette procédure.".
A la suite de ce propos, Madame D. Gillot, rapporteure, et Madame G. Fioraso, ministre, manifestent l'une et l'autre des réticences, la première suggérant le retrait de la proposition d'amendement.
Ces réserves conduisent Madame Marie-Christine Blandin, présidente de la commission de la culture, à intervenir en ces termes pour son maintien: "Le temps n'est pas venu d'installer ce dispositif ? Il ne s'agit pas d'installer mais de supprimer un dispositif qui pénalise tout les doctorants de France…"
Suite à cette intervention, on lit dans le compte rendu : " L'amendement numéro 6 est adopté".
De façon très curieuse pour ne pas dire absurde (Pascal Maillard note à juste titre : « Comble de l'incohérence des sénateurs présents, l'amendement suivant numéro 7 n'est pas adopté »). En effet, cet amendement n° 7, présenté par Monsieur Gattolin et les membres du groupe écologiste, propose d'insérer, après l'alinéa 3, un alinéa ainsi rédigé " Les mots : " dont la qualification est reconnue par l'instance nationale prévue à l'article L. 952-6" sont supprimés". Quoique C. Bouchoux ait fait valoir, à juste titre, qu'il n'y a là qu'un "amendement de cohérence", Mesdames Gillot et Fioraso maintiennent leur avis défavorable et l'amendement numéro 7 est pas adopté, ce qui est évidemment totalement illogique puisque le sixième venait de l'être !
Je me limiterai ici car je ne puis aborder, dans un blog qui en deviendrais interminable; tous les problèmes que posent les procédures du CNU, de la qualification, de l'habilitation à diriger des recherches (HDR) devenue équivalente à la thèse d'État, et le doctorat français lui-même. Toute l'université française est à repenser et ni le rapport Le Déaut ni la loi Fioraso ne le font. Je me bornerai donc ici à quelques remarques sur les propos rapportés dans le compte rendu de cette séance du Sénat.
J'avoue mal comprendre le propos de Madame Bouchoux disant que la procédure d'habilitation par le CNU « est très chronophage, coûteuse et détourne des enseignants-chercheurs de leur mission première, la recherche et la formation ». De quels chercheurs s'agit-il ici ? De ceux qui présentent leur candidature à la qualification et qui sont par là obligés de faire un dossier de candidature ou des membres du CNU qui sont inévitablement distraits de leurs autres obligations légales par les sessions du CNU. Les choses ne sont évidemment pas très claires, mais peut-être ne sont-elles pas davantage dans l'esprit de C. Bouchoux.
Je suis également quelque peu étonné par l'évocation par Madame Bouchoux du coût de cette procédure. Pour avoir été quatre fois nommé au CNU (trois fois dans des sections différentes - 9e, 7e et 73e - et une fois en commission de groupe ) sans avoir été jamais candidat puisque j'y ai toujours été nommé par des ministères, aussi bien de droite que de gauche), je vois mal comment cette procédure peut être si coûteuse quand on voit que les tarifs des frais de mission attribués aux membres provinciaux du CNU ne permettent guère de survivre à Paris
Enfin je ne serai guère enclin, par une longue expérience que C. Bouchoux n'a sans doute pas, à "faire confiance aux jurys de thèses". Un tel propos témoigne en effet d'une double ignorance.
D'une part, les thèses sont décernées avec des mentions et les "félicitations du jury", même si elles ne sont, en principe, attribuées au maximum qu'à 10% des thèses soutenues (règle d'ailleurs peu respectée), ne garantissent en rien un poste de maître de conférences. Il y a des dizaines de candidats pour un poste et il est bien plus facile, en ce moment, de devenir professeur avec une HDR bidon.
D'autre part, toute les procédure de préparation et de soutenance des thèses françaises serait à revoir. Les jurys sont souvent composés de façon étrange et on y échange un peu trop souvent le séné et la rhubarbe ! Comparons donc un peu avec ce qui se passe, par exemple, aux Etats-Unis et en Allemagne pour le DEA et la thèse elle-même. Je pense en effet, on l'aura compris, que, avant même de songer à réformer les procédures de qualification, c'est la thèse elle-même et l'HDR qu'on devrait réformer, car je connais peu de pays où les soutenances du doctorat comme de l'HDR se déroulent souvent dans des conditions aussi peu convenables qu'en France.
Le rôle essentiel dans cette affaire est évidemment tenu par M-C Blandin présidente de la Commission de la culture du Sénat dont je ne sais pas si les propos ont été exactement rapportés tant ils paraissent étranges, pour certains du moins. J'en rappelle le début : " Le temps n'est pas venu d'installer ce dispositif ?" Je m'interroge sur le sens d'une telle phrase et il y a probablement là, ou une erreur de transcription de la déclaration de Madame Blandin ou une absence de sa part. Ce qui m'inquiète davantage est de la voir déclarer qu'il s'agit de "supprimer un dispositif qui pénalise tous les doctorants de France."
La procédure de qualification par le CNU concerne à la fois les candidats à des postes de maîtres de conférences ou à des postes de professeurs qui sont, dans les deux cas, des docteurs et non des "doctorants". La formulation utilisée par Madame Blandin prouve, à l'évidence, qu'elle ignore jusqu'au sens de ce terme.
N'est-il pas dans ces conditions infiniment dangereux de donner pareil pouvoir de décision (même si elle n'est que provisoire, dans l'attente de la Commission paritaire du 26 juin 2013 voire de la seconde lecture) à des élus qui ignorent tout du sujet dont ils ont à traiter? Le rapport du Sénat sur le travail "en aveugle" du CNU, loin de lever les inquiétudes, ne fait que les accroître par les ignorances et les incompréhensions dont il témoigne.
L'argument central qui y est, longuement et même lourdement, développé est le suivant : Les sections du CNU se prononcent « en aveugle » et « dans le brouillard »( ce sont là ses propres termes !) sur la qualification des candidats, nombre de postes à pourvoir, décidé par le ministère. "La qualification n'est donc aucunement corrélée avec une politique de l'emploi. C'est ainsi qu'apparaît un phénomène de « reçus-collés », puisqu'un nombre parfois important de candidats qualifiés ne seront pas recrutés par les universités, faute de postes."
Les sénateurs qui siègent dans cette commission sont sans doute, pour bon nombre d'entre eux, des enseignants du secondaire et il est clair qu'ils assimilent les procédures de qualification par le CNU aux concours de recrutement comme le CAPES et l'agrégation. Or, les nominations sur des postes de maîtres de conférences comme de professeurs sont, sous réserve de qualification, du ressort direct et EXCLUSIF des universités et le ministère n'a, en rien, le pouvoir d'y nommer un enseignant.
On lit dans le rapport du Sénat : Les sections du CNU "doivent faire doivent faire face à un « trop-plein » de bons candidats à la qualification au regard du nombre de postes vacants. Par exemple, en 2000, la section 64 du CNU (biochimie et biologie moléculaire) a reçu plus de 1.000 candidatures à la qualification à la maîtrise de conférences et 200 au professorat, pour un total de 20 postes". Cette disproportion n'a rien à voir avec le processus de qualification et ne tient qu'au laxisme des procédures du doctorat et de l'HDR. Il est d'ailleurs amusant de voir citer l'exemple de la chimie où il y a toujours eu une forte inflation de thèses, la rumeur disant même qu'elles étaient souvent faites surtout par les garçons de laboratoire !
La meilleure phrase de ce rapport du Sénat est peut-être la dernière : "Votre rapporteur s'étonne que le ministère ne soit pas encore en mesure d'établir une liste complète, sans doubles comptes et à jour, du stock des qualifiés non recrutés". Comment et à quoi bon établir une telle liste ?
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lundi 24 juin 2013
Information : BMC ou chiens écrasés?
D'aucuns
s'inquiètent, ici même, sur le sort des sciences humaines et sociales (dans le jargon
universitaire SHS) au sein de la recherche française ; aucune raison à cela puisqu'une chercheuse (ou "chercheure"
à la mode québécoise) au Laboratoire Communication et Politique du CNRS (LP
3255-20), auteur d'une thèse intitulée "Le fait divers à la télévision
française (1950-2006)", Claire Sécail vient de publier un ouvrage, apparemment
tiré de cette thèse, même s'il s'intitule Le
crime à l'écran, avec un titre quelque peu racoleur ; après tout il faut
bien vivre, vu la modeste rémunération que perçoit une chargée de recherche au
CNRS.
Je n'ai évidemment
lu ni la thèse ni le livre et je n'ai pas la moindre intention de le faire, car
je me suis déjà forgé mon opinion à ce propos, et cela depuis bien longtemps.
Si j'ai bien
compris ses interviews de promo, cette chercheu(s/r)e ne partage pas le point
de vue de P. Bourdieu qui considérait, non sans bon sens, que, surtout dans
l'information, « les faits divers sont une diversion » ; j'ai personnellement
une interprétation, un peu complémentaire à celle de Bourdieu, qui est que la
plupart des journalistes, surtout dans nos médias audiovisuels, sont enclins à
parler d'à peu près n'importe quoi... sauf de ce que l'on attend d'eux mais qui
supposerait, de leur part, un minimum de travail d'information et même parfois
de connaissances, voire de culture.
Si j'ai bien lu
les propos qu'on prête à C. Sécail, les années 70 marqueraient l'apparition du
fait divers à la télé (encore toute récente) et traduiraient une libération de
la parole dans la société ; évolution post soixante-huitarde en somme, comme le
porno au cinéma ! Toujours selon les propos qu'on lui prête, c'est à partir des
années 80 qu'on assiste à un nouveau basculement, le fait divers prenant la
première place dans les journaux télévisés. Ce succès s'expliquerait, à l'en
croire, dans la mesure où le téléspectateur se sent proche affectivement de
l'événement. (Ben voyons ! Qui n'a pas quelques débris humains ou un ou deux
bébés dans son congélateur ?). Une telle rubrique serait donc « très
démocratique » ; selon C. Sécail, c'est au début des années 2000 que le genre
conquiert ses lettres de noblesse avec l'émission de France2 "Faites
entrer l'accusé" de Christophe Hondelatte.
On a compris que
je suis en assez large désaccord avec ces points de vue, mais l'évocation de
cette dernière émission me rappelle que j'ai écrit à son propos un blog en mai
2008 publié dans le Nouvel Obs.com sous le titre « D'Albert Londres à Jacques
Pradel : Nelson Montfort et Christophe Hondelatte". J'ai pris la peine de
le rechercher et je vous en livre donc ici la seconde partie qui résume assez
brièvement et opportunément mon point de vue sur cette question et sur cette émission.
"C’est ainsi qu’il [Hondelatte] nous a proposé (j’allais dire « infligé ») dans "Faites entrer l’accusé" "Nathalie Le Sckrill l’étrangleuse". Le problème, avec ce genre d’émission et les moyens dont elle dispose, est qu’on n’a rigoureusement rien à y montrer, pas même « l’étrangleuse » en question, qui, ayant, comme on dit, « refait sa vie », n’aucune envie de se faire voir à la télé. Que reste-t-il à Hondelatte ? Force lui est de se contenter d’une pauvre rouquine de juge d’instruction qui, quoique ayant investi chez le coiffeur et l’esthéticienne, n’a pas grand chose à montrer non plus et moins encore à dire.
Il est, en effet, clair aux yeux de tous, sauf de la police, que Nathalie, en instance de divorce, a trucidé son mari, qui a soudain disparu après une dispute avec elle. Le seul problème est qu’on ne trouve pas le corps, qu’on ne cherche d’ailleurs pas. Il sera découvert, dans un bois proche où il avait été simplement jeté, sans autre forme de dissimulation. Les faits se passent en hiver, sans quoi promeneurs, chasseurs ou ramasseurs de champignons l’auraient tout de suite trouvé.
Il n’y a donc rien à dire sur cette affaire et pour meubler l’heure que dure hélas l’émission, il faut interminablement faire causer, sur rien du tout, l’insipide juge d’instruction rouquine (qui nous sort, tout de même, quelques plaisantes bourdes du style « des questions acérées » qu’elle entend poser et même, mais peut-être ai-je mal entendu, les airs de « matra [sic] dolorosa » que prenait parfois Nathalie). Les deux gendarmes, dont c’est assurément l’heure de gloire, rasés de près et sortant, eux aussi, de chez le coiffeur, ont beau arborer leurs plus beaux atours militaires, avec des chemises pourvues de tous les plis réglementaires, on s’ennuie ferme.
Toutefois, les deux vraies vedettes de l’émission sont une chaise d’écolier qui, dans la sémiotique hondelattienne, symbolise, dans des plans successifs, les interrogatoires et une antique machine à écrire verte (les faits se passent en 1994), modèle Olivetti 1965, qui figure, elle, à peu de frais, les déclarations contradictoires, puis les aveux de l’accusée. Quand Nathalie se dérobe, on a de longs plans fixes de la machine posée sur le bureau ; en revanche, quand elle parle ou avoue, une main invisible tape et nous avons droit à des plans rapprochés, encore plus long, de cette même machine mais « en action ». On est clairement ici à mi-chemin entre l’expressionnisme post-pictural chromatique et le pop-art. Un grand moment de cinéma en somme, mais un peu trop décalé !
Pour pareil sujet, France 2 n’a toutefois pas donné à Hondelatte les moyens de ses ambitions et l'opportunité de nous faire du Maupassant ou du Zola, avec des comédiens et une vraie reconstitution des faits. Dommage, car le mari étranglé étant un jockey et Nathalie l'étrangleuse étant, comme lui, « de petite taille », on aurait pu faire un intéressant « Nathalie, ange et démon » avec Passepartout comme mari et Mimi Mathy dans le rôle titre (quoiqu'elle soit sans doute bien trop chère !). Il n’en est rien hélas et, d’après les informations que j’ai pu avoir, seuls 487 téléspectateurs ont suivi l’émission jusqu’au bout, avec en outre cette restriction que les trois-quarts d’entre eux dormaient sans doute déjà depuis longtemps pour le générique de fin.
Le seul vrai mystère de l’affaire réside dans le fait que « Nathalie l’étrangleuse », condamnée à vingt ans dont treize incompressibles, a été libérée au bout de sept ans!"
En réalité,
l'évolution est un peu plus compliquée que ne le dit cette chercheu(r/s)e puisque
si la réflexion politique ou géopolitique a, à peu près complètement disparu des
JT des principales chaînes, elle y a été remplacée en trente ans par trois
sujets, successifs et/ou simultanés : la Bourse, la Météo, et le Crime.
Curieusement ou miraculeusement, le sigle qu'on peut tirer des initiales de ces
trois noms, BMC, est celui qui désignait autrefois dans l'armée les « bordels
militaires de campagne »! Le hasard fait décidément bien les choses!
Sauf sur BFN-TV,
la Bourse n'a guère résisté à la crise financière ; la Météo, elle, continue à
triompher sur les deux principales chaînes (où les grenouilles d'antan sont
remplacées par deux sauterelles sexagénaires qui ne voient pas le (mauvais)
temps passer). Quant au Crime, il demeure l'élément majeur de notre paysage
audiovisuel, tant par les feuilletons américains qu'on ne cesse d'y programmer au
mépris des quotas que par les informations elles-mêmes. S'y ajoutent désormais
les multiples documentaires de la TNT ou de la Huit qui rivalisent avec la
fiction, mais en se bornant à filmer, des heures durant, des "flics au
boulot" qui, ravis de passer à la télé, y miment à plaisir la police
scientifique ou les Rambos des séries américaines. Bref, à la télé française,
BMC à tous les étages !
Dire que
l'envahissement de nos écrans par le fait divers, criminel de préférence, correspond
à une évolution "sociale" est sans doute une ânerie. Le nombre des
faits divers traités dans les journaux télévisés a augmenté, en dix ans, de
près de 73 % alors que la criminalité n'a fort heureusement pas marqué la même
augmentation de volume en dépit du match permanent entre la Corse et Marseille (2-1 pour la Corse lors du dernier week-end).
Les journaux télévisés du soir en 2012 ont consacré 2062 "sujets" aux
faits divers, alors qu'il n'y en avait encore qu'un peu plus de 1000 en 2003
(source INA). C. Sécail, sociologue, ethnologue ou anthropologue (je ne sais
pas trop et la dispute sur ces termes reprend !) devrait donc examiner d'un peu
plus près les chiffres qui fondent de son raisonnement. Une autre indication
intéressante est la comparaison de la part consacrée aux faits divers par les
différentes chaînes. Selon les mêmes sources de l'Institut National de l'Audiovisuel,
le pourcentage, qui n'est que de 1,1 % pour Arte, monte à 9,4 % pour M6.
Somme toute et
après tout, ici comme partout, on a l'information qu'on mérite !
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