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jeudi 31 mai 2012

Charity business : le point sur Haïti

Roberson Alphonse ( ralphonse@lenouvelliste.com), journaliste au quotidien haïtien, le  Nouvelliste, a consacré à la reconstruction de la région d'Haïti dévastée par le terrible tremblement de terre du 12 janvier 2010, un article dont le contenu, très informé, se fonde sur un rapport du "Centre global pour le développement" (CGD) intitulé "Haïti : où est allé l'argent ?".
Ce rapport constitue (mais je n'en parle ici qu'à travers l'article d'A.Roberson que vous pouvez d'ailleurs lire dans le site du Nouvelliste, fort bien fait et aisément accessible) une terrible, mais prévisible, mise en cause de ce qui s'est passé là-bas depuis la catastrophe.
Quelques brefs extraits de son article en vous invitant à aller le lire dans le site du Nouvelliste.
" Quelques grandes ONG internationales ont produit des rapports annuels et publié des informations financières avec des décalages. Sur 196 ONG [ certains en ont compté jusqu'à mille !], seules huit ont publié des rapports d'activités, a révélé le "Disaster Accountability Project", cité par le CGD. Cet intérêt accordé aux ONG et aux contractants privés est dû au rôle important qu'ils joueront encore pendant un certain temps en Haïti où l'Etat est faible, a indiqué le CGD, soulignant que quelque 3 milliards de dollars ont été alloués à des ONG dans le cadre des opérations humanitaires.
L'USAID (Agence américaine de développement international) n'est pas parmi les bons élèves. Sur requête du Center for economic and policy research, l'USAID a publié en avril 2012 les noms des entreprises haïtiennes traitées en parents pauvres. Seulement 1 %, soit 9, 45 millions sur 1 milliard de dollars a été accordé à des firmes locales, alors que l'USAID a consacré 75 % de cette enveloppe pour donner des contrats ayant fait des vagues à des contractants privés, à l'intérieur du "Beltway", c'est-à-dire Washington DC, Maryland ou Virginia, selon le rapport du CGD. Chemonic International Inc, Lakeshore Engineering Services Inc, Development Alternativ Inc. PAE Governement services Inc. Management Services, Contingency Response Service LLC, Perini Management Services SRI, CEEPCO Contracting LLC, American Institute..., sont parmi les plus gros contractants privés recensés dans ce rapport sur le chemin de l'argent qui met en lumière les faiblesses de l'Etat haïtien, confronté à un problème : les donateurs sont peu enclins à décaisser.
Deux ans après le séisme, les donateurs tardent à concrétiser les promesses faites en évoquant l'existence d'un système d'accointance, de passe-droit, de corruption et d'inefficience du gouvernement haïtien. « Jusqu'ici, les capacités du gouvernement ne seront jamais renforcées si les donateurs continuent de contourner les institutions locales en faveur des ONG », a prévenu le rapport du CGD. Prompt à mettre en lumière l'effet pervers de cette politique, le CGD a recommandé la transparence au gouvernement haïtien pour un « rétablissement de sa crédibilité ». « Les appels d'offres du gouvernement haïtien doivent le plus souvent possible se faire sur une base compétitive, de façon à s'assurer l'obtention des services tout en construisant ses propres capacités à long terme », a indiqué ce rapport qui invite les donateurs à participer à cet effort dont les résultats seront perceptibles sur des décennies et non des années.
Cependant, au regard de ce rapport, la loi d'urgence de 18 mois votée à la fin du quinquennat de René Préval a été bénéfique aux firmes internationales ayant les moyens de se payer des lobbyistes bien « souchés », proches des donateurs et des faiseurs de décisions d'allocation de fonds dans la reconstruction d'Haïti.
Depuis le tremblement de terre du 12 janvier 2010, quelque 6 milliards de dollars ont été débloqués pour Haïti, un pays de 10 millions d'habitants. Selon les chiffres communiqués, plus de 3 milliards de dollars ont été donnés à des ONG pour réaliser des opérations humanitaires, de relèvement et de reconstruction. Les Etats-Unis ont dépensé plus de 2 milliards de dollars et promis plus de 3 milliards dans les efforts de relèvement et de reconstruction. Alors que les résultats ne sont toujours pas au rendez-vous, la fenêtre d'attention sur Haïti est entrebâillée. Fermée, selon les sceptiques qui zappent et se souviennent des ballets de nos amis, de nos tuteurs, des flambeurs de frics ou des relations publiques, d'un avocat cinq étoiles comme Bill Clinton, disparu des radars...Tout comme les résultats que l'on cherche pour les milliards dépensés...".
La suite demain car je suis déjà long!

mardi 29 mai 2012

"Lagarde ne meurt pas mais se rend"

Ce titre, un peu sibyllin au départ, verra son sens s'éclairer dans la suite ; peut-être celui que j'ai écarté ( "Titine au Niger") eût-il été préférable ?

Mme Christine Lagarde, qui, dans un mouvement inverse du parcours de son prédécesseur, avait fort opportunément quitté son ministère pour le FMI, ce qui avait évité qu'on s'intéressât de trop près à quelques affaires, retrouve aujourd'hui la vedette dans les médias par une déclaration inattendue à propos de la Grèce qui rapproche cet Etat du Niger!

Je ne dirais qu'un mot de la Grèce sur laquelle on dit tout de même beaucoup de sottises, car j'ai déjà écrit quelques blogs à propos de cet État dont l'un s'intitulait, me semble-t-il, "La Grèce : mythe de Sisyphe ou tonneau des Danaïdes". Si la Grèce a été le dixième Etat-membre à adhérer à la Communauté européenne en 1981, cette adhésion a été acquise au terme d'un processus d'une vingtaine d'années, car on savait parfaitement déjà que la Grèce était très loin de présenter un état économique susceptible d'être aisément compatible avec le fonctionnement qu'on envisageait pour l'Europe, ce dont les politiques se souciaient fort peu. Ne pourrait-on leur réclamer des comptes?

En Grèce même, cette adhésion à l'Europe fut loin de faire l'unanimité ; on sait comment la Grèce, au su et au vu de tous, paya des centaines de millions la savante falsification de ses comptes publics! Toutefois, les fonds de la politique agricole commune et les "paquets Delors" emportèrent les réticences par les masses d'argent qu'elles firent se déverser sur le pays, avant qu'elles filent pour une bonne part vers la Suisse et les paradis fiscaux. Ces largesses, aussi folles qu'incontrôlées, ont sans doute contribué à faire passer la gauche grecque d'une opposition vigoureuse à la communauté européenne a une approbation quasi totale.

Toutefois mon propos hellénique se situe ailleurs et il prend quelque peu le contre-pied de ce que dit Mme Lagarde à propos de la fiscalité grecque qu'elle semble mal connaître. Contrairement à ce qu'elle affirme, en effet, les impôts représentent une partie non négligeable du budget grec (les prélèvements fiscaux constituent à peu près 40% du PIB), surtout du fait que, pour toute la fonction publique grecque, le recouvrement de l'impôt ne pose pas problème puisqu'il s'opère à la source ! Le désastre financier tient donc surtout à l'énormité des remboursements d'intérêts de la dette, même si l'on ne peut nier, par ailleurs, que sur bien des plans le système administratif grec laisse à désirer.

Toutefois ce qui est le plus inattendu dans cette affaire est le rapprochement avec le Niger dont on se demande ce qu'il vient faire dans cette galère.

Cette référence ne tient, à mon sens, qu'au seul fait que l'Afrique a été pour la directrice générale du FMI une expérience nouvelle quoiqu'indispensable. Mme Lagarde s'est rendue à Niamey en décembre 2011 pour une mission officielle et, selon ses dires, elle serait même allée (et je la cite) " dans un petit village du Niger".

Je doute un peu de l'escapade dans le désert pour la visite d'un "petit village", surtout pour une raison que je vous donnerai dans la suite, mais aussi sur un plan plus général. Je vois mal le gouvernement du Niger, vu la situation locale actuelle et les grands risques d'attentats, laisser la directrice générale du FMI, dont tout le monde connaît la présence à Niamey, aller se promener dans le désert pour y visiter ce petit village! J'en suis d'autant plus convaincu que je suis allé moi-même au Niger fin septembre 2011 et que j'ai pu voir quelles précautions sont prises en pareil cas, pour le plus menu fretin.

Toutefois mon scepticisme se fonde sur un autre détail qu'elle mentionne dans son intervention. Je cite exactement : "Je pense plus aux petits enfants d'une école d'un petit village du Niger qui ont classe deux heures par jour, en partageant une chaise à trois."

Je veux bien croire à l'affaire des deux heures par jour si Mme Lagarde a visité une classe où régnait le système de la double, voire de la triple vacation (le même maître, dans la journée, fait deux voire trois classes). Pas la peine, chère Madame Lagarde, d'aller au fond du Niger, au risque de vous faire enlever ou assassiner puisque c'est là une grande idée de vos amis et voisins de la Banque mondiale, qui siègent tout près de vous au bord du Potomac !

Au reste, ce n'est pas très grave car tout le monde sait qu'on n'apprend pas grand chose dans ce genre d'école (et, au fait dans quelle langue ? Avez -vous parlé avec les maîtres dans l'école de ce petit village ? En français ? En zarma ? En haoussa ?).

En revanche, je ne crois pas un instant que les élèves nigériens d'un "petit village" soient " assis à trois sur une chaise" pour la simple et bonne raison que, dans les classes d'un petit village du Niger, IL N'Y A JAMAIS DE CHAISES !  Si vous dites vrai, la seule hypothèse qu'on puisse faire et qui en la circonstance, n'est pas impossible, est que la veille (en ville et non dans un village) en prévision de la visite de la grande dame blanche, on ait récupéré, ici ou là, quelques chaises pour l'éblouir de ce luxe pédagogique inouï. Une telle pratique est assez courante, en pareil cas, pour qu'on puisse envisager qu'elle ait eu lieu.

En revanche dans les classes du Niger que j'ai pu voir, je n'ai vu que des bancs ou des tables-bancs antiques où les élèves étaient assis à trois ou quatre au lieu de deux, mais la pratique la plus courante, de très loin, est que les élèves soient assis PAR TERRE et écrivent soit par terre aussi, soit en prenant appui sur le dos de l'élève assis devant.

Il a paru sans doute de bon ton à Madame Lagarde de faire cette référence à l'Afrique pour faire état de sa connaissance des terrains du Sud mais, faite à propos de la Grèce, elle ne me paraît pas très opportune . Elle l'a reconnu elle-même dans la suite ("La garde ne meurt pas mais se rend à l'évidence") et à ce seul égard.

Pour moi, je déplore surtout qu'elle soit si manifestement fausse.

lundi 28 mai 2012

Dosière à Bercy !

Je signalais, dans un précédent blog et un peu en passant, que René Dosière, spécialiste incontesté des finances de l'État français comme de celles de ses collectivités locales (il est de très loin le meilleur spécialiste de ces divers domaines sur lesquels il a d'ailleurs beaucoup écrit), s'était vu, contre toute attente, refuser l'investiture par le parti socialiste, auquel il était apparenté et avec lequel il entretient, semble-t-il, de bonnes relations après en avoir été le député durant plusieurs législatures. Il a, par une discrétion, qui l'honore, refusé, ce matin, de s'expliquer trop précisément sur ce point, mais on pouvait comprendre que l'explication était plus régionale que nationale (l'Aisne serait-elle un petit Marseille ?).

J'ai entendu René Dosière, tout à fait par hasard mais avec la plus vive satisfaction, interviewé sur RMC ce matin même par le remplaçant de l'illustre Bourdin. Il ne vous aura pas échappé que ce lundi de Pentecôte, et souvent quelques jours qui précèdent et vraisemblablement quelques jours qui suivront (miracles permanents de la RTT en ce joli mois de mai si riches en ponts) sont des périodes de congés pour les ténors de notre paysage audiovisuel. Je pense qu'ils ne se soucieront au plus vite, s'ils ne l'ont pas déjà fait, de verser cette journée de salaire, fort copieuse sans doute, au service (une Agence de plus!) qui s'occupe de recueillir les fonds de solidarité pour les vieillards et les handicapés.

C'est évidemment lui qu'il aurait fallu nommer à Bercy (mais il me paraît plutôt aubryste) puisque, depuis des années, son souci majeur est de débusquer le gaspillage des fonds d'État, tant au niveau national que régional, et qu'il a, de tous ces dossiers, une parfaite connaissance dans le moindre de leurs recoins.

On aurait même pu sans doute penser à lui bien avant, dans le cadre de la fameuse "Réforme Générale des Politiques Publiques" (feue la RGPP), chère aux précédents gouvernements mais dont on n'a guère vu les résultats, dans notre situation globale, puisque les restrictions nationales ont été, le plus souvent, annulées par des dépenses supplémentaires au plan local.

Toutefois, vu les relations un peu tumultueuses que René Dosière entretenait avec l'Élysée, c'était une hypothèse qui avait peu de chances d'être retenue. On se souvient en effet que c'est lui qui débusqua, autrefois, la fameuse affaire de la carte de crédit de Cécile Sarkozy, même s'il s'était montré un défenseur de l'augmentation du salaire du président de la République, à condition toutefois que cette augmentation s'accompagnât d'une véritable clarification des dépenses de l'Élysée.

On vient de découvrir, grâce à un écolo grenoblois qui a contraint l'Etat à le faire par voies de justice, que, par anticipation des évolutions matrimoniales et politiques (en vue de la future candidature du président en place), l'Elysée avait dépensé près de 10 millions d'euros pour des sondages, dont la pertinence dans la conduite des affaires de l'Etat et du moment, n'est pas toujours des plus évidentes. Cette affaire ne semble pas terminée et nous aurons probablement l'occasion d'y revenir.

Parfait connaisseur des finances publiques, tant nationales que locales, et, en outre, remarquable pédagogue sur des points où les politiques cherchent plutôt à nous embrouiller, René Dosière a donné quelques exemples des dizaines de milliards qui se perdent, en particulier dans l'empilement si français des structures administratives qui conduit à ce que l'on fasse, en gros et avec d'immenses pertes d'argent mais aussi de temps, les mêmes choses au niveau du conseil régional, du conseil général, des intercommunalité et des communes. Tout le monde le sait naturellement mais nul ne se veut risquer à y toucher, au moins par prudence quand il n'y trouve pas son intérêt !

Compte tenu de l'expérience et des compétences de René Dosière, on n'aurait sans doute pas pu contester ni ses choix ni ses décisions, si l'on avait eu la bonne idée de le nommer à Bercy. Toutefois le refus absurde que le parti socialiste lui a fait de l'investiture montre à quel point cette hypothèse, si raisonnable qu'elle fût, était totalement irréaliste hélas !

dimanche 27 mai 2012

"Je t'aime moi non plus" (version UMP)

Si les antagonismes et les dissensions au sein de l'UMP sont multiples (mais pas plus qu'ailleurs sans doute sauf lorsqu'apparaît un fromage à l'horizon), tout le monde les connaît depuis longtemps. Les Guignols de l'Info ont même, naguère, fait une de leurs spécialités des affrontements entre les uns et les autres, Bertrand et Chatel rivalisaient dans la flagornerie auprès du maître ; on savait aussi que le "collaborateur" Fillon n'était pas non plus, forcément, en odeur de sainteté auprès de Nicolas ni des ténors de son propre parti qui tous, de ce fait même, guignaient sa place.

On sait aussi que pour des raisons, qui lui appartenaient sans doute, Nicolas Sarkozy, sans élection, avait mis Jean-François Copé à la tête de l'UMP, en le flanquant toutefois, explicitement et étroitement, de son cher Hortefeux chargé de le surveiller et de le contrôler sur tous les points et qui, dans les circonstances présentes est curieusement absent.

On s'est interrogé sur la prise de position soudaine de François Fillon alors qu'elle était pourtant parfaitement claire et totalement prévisible, si l'on avait écouté, dans les jours précédents, Jean-François Copé. Celui-ci, en effet, se prévalait de sa position à la tête de l'UMP pour revendiquer la gouvernance du parti, au moins jusqu'au congrès de l'automne et plus si affinités! Il avait bien l'intention de mitonner la suite à son profit.

Il est clair que François Fillon ne pouvait laisser s'accomplir ce plan ; faute d'être en mesure de laisser les choses en l'état, il fallait qu'il provoque un incident propre à remettre les cartes sur la table. C'est très exactement ce qu'il a fait et la suite à montré que c'était effectivement là le comportement à tenir. Jean-François Copé a été conduit à battre aussitôt en retraite, affirmant, toujours sans rire (car cet homme est d'un sérieux imperturbable), qu'il n'était pas question que quiconque revendique la direction du mouvement qu'il s'était pourtant lui-même approprié, explicitement et publiquement, quelques jours auparavant.

Comble de malheur, dans tout cela, nous avons été hélas privés des commentaires éclairés de Jean-Michel Patati, le grand expert en la matière, qu'une situation économique difficile avait conduit, durant la présidentielle, à accepter de faire des "ménages" alimentaires dans Gala (Je vous jure que c'est vrai car j'ai eu en mains les pièces à conviction chez mon coiffeur !). En plus gravement touché, en ces lieux insalubres, par le virus people, il a, dans la foulée, retour de Gala, fait sa valise pour filer à Cannes faire le pitre au Grand journal festivalier de Denisot où l'on n'a guère causé politique !  

Bref ! On a donc eu samedi 26 mai 2012, une jolie reprise de "je t'aime moi non plus" par les duettistes de l'UMP ( en attendant l'entrée en scène ultérieure d'un choeur plus étoffé car piétinent et font des vocalises, derrière le rideau NKM - si elle survit aux législatives -, Wauquiez, Juppé, Bertrand, etc.).

Copé qui avait préparé la salle était installé au premier rang de la manifestation (normal car c'est lui qui recevait, somme toute) ; Fillon est arrivé après et l'a rejoint dans une scène d'anthologie, où les deux rivaux se sont tout de même serré la main pour la photo, mais sans s'accorder le moindre regard ni échanger la moindre parole.

Après "Je t'aime moi non plus", ce fut donc, deux heures d'horloge durant, "Embrassons-nous Folleville" avec toute la gamme des protestations d'unité ("dans la diversité" bien sûr) et de parfait accord dans la campagne des législatives ; chaque grosse nuque de l'UMP a repris tour à tour ce refrain aussi éculé qu'inattendu, avant qu'un farceur, en fin de séance, pose la question de savoir s'il n'aurait pas fallu faire appel, en ces circonstances difficiles, au « meilleur d'entre nous », comme à l'accoutumée « droit dans ses bottes ».

L'histoire ne dit pas si Alain Juppé a modestement rosi en la circonstance.

vendredi 25 mai 2012

Flying Dutchman ( le Hollandais volant).

Quand on ne s'y prend pas aux cheveux (et c'est très loin d'être fini!), on doit pleurer dans les chaumières de l'UMP devant les succès qui s'accumulent dans les débuts de la présidence de François Hollande, alors qu'on prévoyait pour lui, selon ses adversaires, les pires désastres, tant sur le plan international qu'intérieur et même financier.

Mauvaise nouvelle pour eux ce matin encore ! L'agence Moody, nous dit-on, a maintenu les trois A à la France, alors qu'on en prédisait la dégradation immédiate ; la Bourse a monté hier alors qu'on prévoyait la débandade ; ce matin même, sur RMC, 70% des Français ne croient pas à une déroute bancaire en France. Après celles des Etats-Unis, la réunion de Bruxelles s'est bien passée et a marqué, en gros, le succès diplomatique de François Hollande que de plus en plus d'Etats rejoignent sur ses positions, tandis que celle de Mme Merkel se dégrade de jour en jour ; même la presse allemande le constate, en soulignant que c'est la première fois qu'elle a perdu sa suprématie dans des assemblées qu'elle dominait totalement, Sarkozy s'alignant lui sur ses positions.

Voilà en plus, que notre François s'embarque, sans coup férir, pour l'Afghanistan pour aller causer avec nos soldats qu'il entend faire revenir avant la fin de l'année de 2012. Je ne suis pas sûr d'ailleurs que ce soit à Kaboul qu'il ait été le mieux accueilli car, pour les militaires, le séjour en Afghanistan est très loin d'être une catastrophe, sur le plan de la retraite comme sur celui de la solde !

Comment éviter la référence, pour tous ces voyages aériens et ces apparitions triomphantes,  au "Hollandais volant" de la célèbre légende des gens de mer ?

Il reste à notre nouveau président à gérer ses succès sans arrogance et sans excès ; dans le genre, pour aller à Bruxelles, il a même pris le train à l'aller et la voiture au retour, au grand étonnement de la presse qui n'a pas manqué de souligner les difficultés technique d'un tel choix de transport. Nos journalistes sont-ils trop jeunes ou trop ignorants pour se souvenir que le général De Gaulle qui allait chaque semaine à la Boisserie, s'y rendait en voiture? Cela ne manquait pas de poser des problèmes dans une période, qui, du fait de l'OAS, était, à cet égard, beaucoup dangereuse que la nôtre. On a d'ailleurs pu le constater lors de l'attentat dont il a été victime. Cela ne l'a d'ailleurs en rien empêché de poursuivre dans ses habitudes automobiles. Notre période est beaucoup moins agitée et je ne pense pas qu'il y ait un terroriste à chaque carrefour ou virage pour guetter le véhicule présidentiel.

Petite ombre au tableau : l'affaire de la condamnation de Montebourg pour avoir traité d'"escrocs" des dirigeants de la société SeaFrance . Je ne sais pas comment les leaders de l'UMP qui, faute de mieux, mettent cette affaire sur le tapis, peuvent arriver à le faire sans rire ; je les admire fort pour cette maîtrise de soi quand on connaît la nature des affaires qui ont concerné (et concernent encore) certaines vedettes de leur mouvement. Nous vivons une étrange époque où la justice est saisie pour la moindre épithète quelque peu leste ; je vois venir le temps où l'on intentera un procès à l'automobiliste qui, à un carrefour ou dans un dépassement, en aura traité un autre de connard.

Nous n'en sommes pas encore aux fatidiques cent jours, mais, en tout cas, cette première semaine présidentielle aura été semée de roses et couronnée de lauriers. « Pourvu que ça doure » comme disait Mme Laetitia Ramolino, la maman de notre Napoléon que je viens d'évoquer avec les Cent Jours !

mercredi 23 mai 2012

23 mai 2012. Bruxelles : soupe à la grimace ou bouillon d'onze heures ?

On dîne ce soir à Bruxelles à l'invitation du président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. Au menu officiel de ce dîner de travail, dont on ne connaît pas le détail gastronomique, une question "Comment doper la croissance en Europe ?".

Le président Van Rompuy qu'on ne savait pas si déluré, a lancé une invitation "sans tabou" . On dirait l'annonce alléchante d'un club échangiste ; on en est pourtant bien loin, car il ne s'agit que de préparer la réunion du Sommet européen des 28 et 29 juin prochains. Sans doute n'y aura-t-il pas de communiqué final puisqu'il s'agit d'une simple (mais qui ne l'est guère!) réunion de travail ; c'est donc là une chance car l'élaboration d'un texte commun ne l'aurait pas été (simple).

Le chef du protocole a dû déjà avoir du pain sur la planche (si l'on peut dire en pareil cas) avec la composition du plan de table. Qui faire voisiner avec Mme Merkel qu'il faut portant bien flanquer de deux messieurs ? Eviter sans doute François Hollande, mais aussi l'Espagnol, l'Italien et le Belge. On ne peut quand même pas mettre la représentante autrichienne à côté de l'Allemande.

Va-t-on mettre tout sur la table (comme on l'annonce) à défaut de la renverser (la table) puisqu'il est de plus en plus commun de s'exprimer en  métaphores ?

Arrivera-t-on à parler de croissance ? Pourquoi pas, mais encore faudrait-il savoir de quoi l'on parle et s'accorder d'abord sur la définition. Certes les mesures de conciliation commencent ; François Hollande échangerait volontiers contre "un pacte de croissance" (sur cette question l'Allemagne est rejointe dans le refus par l'Autriche et les Pays-Bas) contre, de sa part, un accord du bout des lèvres pour ratifier "le traité européen de discipline budgétaire". Les "eurobonds" sont en train de se muer en "projects bonds" destinés à financer de grands projets européens, ce qui est tout autre chose mais on garde quand même le "bonds" (en souvenir !).

Espérons que le Grec, qu'on ne peut pas davantage mettre à côté de Mme Merkel, ne viendra pas troubler cet accord qui semble se dessiner.

Angela Merkel, en tout cas, en dépit de quelques ultimes rodomontades de dernière minute et de principe, est assez mal barrée avec les élections à l'horizon, après la déroute de son parti aux élections de Westphalie. Une alliance Rouges-Verts se profile et, en plus, voilà que la Banque européenne d'investissement comme la Commission européenne semblent lui mesurer, à présent, un accord et un soutien qu'elles lui avaient jusqu'à présent consentis.

Pour Angela, ce sera en tout cas, à coup sûr, ce soir (au moment où j'écris ce blog, on doit être, à Bruxelles, entre la poire et le fromage) "la soupe à la grimace" ; reste à espérer que pour l'Europe elle-même, ce ne soit pas le "bouillon d'onze heures" !

Monsieur Météo

Vous vous souvenez peut-être de la chanson de Carlos « Monsieur Météo », mais c'était il y a bien longtemps et peut-être n'avez-vous pas eu connaissance de cet immortel chef-d'oeuvre. Son souvenir m'est revenu à l'esprit en regardant, hier soir, avant l'émission de Calvi, l'interview d'un éminent météorologue. J'aurais dû me méfier d'emblée car, sauf erreur de ma part, ce savant "prévisionniste météo", pour reprendre les termes qui le présentaient, se nommait M. Gourant. C'était pourtant évidemment un élément d'information majeur, puisque nos services météorologiques ont pour principal caractéristique de se "gourrer" sans cesse, ce que souligne, outre le sens de ce verbe familier, le participe présent qui l'affecte et en souilgne l'aspect continu.

Petit rappel de quelques vers du début de la chanson de Carlos :
"Aye señor Carlos
Ma grénouille est malade
Ayaye pauvre señor
Et elle n'a plus vingt ans
Aye quelle catastrophe
Le soleil est en rage
Elle avait annoncé du beau temps

[Refrain] :
Señor météo
On nous dit qu'il fait beau
Señor météo
Oh là là, quel frigo
Aye señor météo
On dormir transistor
Espérensa qu'alors il a tort"

J'ai déjà dit, à plusieurs reprises, mon sentiment à propos de Météo France mais je pourrais reprendre ce que j'en ai dit ici, dans le cadre actuel des recensements des économies que nous pourrions faire.  Assurément, on porrait en faire en remplaçant les trois milliers d'employés de ce service national par un nombre équivalent (ou vraisemblablement moindre) de grenouilles qui nous donneraient, à n'en pas douter, des informations tout aussi fiables ou nulles (choisissez vous-même l'adjectif qui vous agrée).

Je n'en veux pour preuve que l'écoute attentive, depuis le début de la semaine, des bulletins météo concernant la Pentecôte en Provence. Lundi 21 mai, on nous avait annoncé du mauvais temps jusqu'à mercredi ; cette prévision s'est confirmée mais il suffisait alors de jeter un coup d'oeil à l'extérieur pour faire cette prévision ; ensuite à partir de mercredi, du beau temps y compris pour le week-end de la Pentecôte.

Les choses ont depuis changé ; on nous a précisé que le dimanche sera bon, mais que le samedi ne le sera pas ; nous serons probablement destinataires, dans les jours qui viennent, de la part de nos médias comme des services Internet de la météorologie, d'informations tout aussi contradictoires quoique différentes.

Pour ce qui concerne les médias, vous aurez remarqué que la fonction de miss Météo n'y a pas pour but d'annoncer le temps qu'il va faire, mais de propulser de jeunes beautés vers des carrières médiatiques ou cinématographiques, une fois achevé le purgatoire de la promotion canapé qui a conduit à les recruter. Je ne doute donc pas que les sauterelles des diverses chaînes qui remplissent cette fonction (si j'ose dire!) n'ont pas la moindre compétence en matière météorologique (leurs talents sont sans doute ailleurs). Leur problème est qu'elles veuillent trop souvent  improviser, broder voire briller au lieu de se borner à nous présenter en silence des cartes, généralement tout aussi fausses que les prédictions qui les accompagnent.

Pour revenir à la prestation de ce bon monsieur Gourant, comme c'était le lendemain des pluies "catastrophiques" de Nancy, on a évidemment obliqué vers ce sujet. Rendez-vous compte, en une heure ou en trois, selon les informations des divers médias, toujours aussi précises, il est tombé à Nancy 86 mm d'eau. Foutre! Tcherapoundjii (Himalaya) et Takamaka 'à la Réunion), qui se disputent le record du monde des précipitations annuelles depuis des décennies, n'ont qu'à bien se tenir, Nancy est désormais sur la ligne de départ et leurs 14 ou 15 mètres de pluies annuelles  sont menacés.

86 millimètres d'eau, même en une heure! Une telle catastrophe météorologique me fait sourire au simple souvenir que, durant le cyclone Hyacinthe à Cilaos (la Réunion), il est tombé en une grosse huitaine de jours HUIT METRES d'eau, soit HUIT MILLE MILLIMETRES de pluie, car, dans ces pays, on compte en mètres et non pas en millimètres, comme chez nous !

Le pauvre monsieur Gourant s'est ensuite vu interrogé non sur la météo mais sur les inondations et sur le fait qu'il avait pu y avoir à Nancy ou ailleurs 1 m 50 d'eau ici ou là.

Ce fait n'a évidemment rien à voir avec la météorologie elle-même ; on est passé de 86 mm d'eau, tombés en une heure ou en trois, à 1 m 50 dans des caves ou des cours. La chose ne tient pas en fait à la quantité de pluie elle-même, somme toute modeste, mais à des facteurs très différents. La chose tient au bétonnage systématique et à une urbanisation absurde 'en particulier en zones inondables) mais surtout, plus encore, à la négligence totale et à l'incurie systématique qui font que les cours d'eau et les évacuations ne sont, en général, ni entretenus ni nettoyés, ce qui conduit très rapidement, à la première pluie un peu forte, à leur obstruction totale et donc aux inondations.

Cela n'a évidemment rien à voir avec la météorologie elle-même et l'imbécile journaliste (excusez le pléonasme !) qui posait la question ne l'avait sans doute pas compris.