La campagne présidentielle de François Hollande, comme les premiers temps de sa présidence, ont été globalement un sans-faute, ce que ses ennemis sont bien forcés d'admettre. La France, qu'on menaçait de catastrophe financière, n'a jamais emprunté à un taux si bas (2,3%!).
Démagogie ou pas, la réduction d'un tiers du salaire du Président de la République (un des premiers actes de son prédécesseur avait été de l'augmenter de 172% !) comme de celui de ses ministres a été un acte symbolique hautement apprécié de la majorité des Français, opinion que les commentaires critiques de l'UMP n'ont pas réussi à entamer, la mauvaise foi arithmétique de ces gens-là étant tout à fait évidente aux yeux de tous.
Du côté du salaire des patrons, les choses ont aussi mieux marché qu'on le prédisait pour le moment, en dépit des réticences des uns et des autres, ne serait-ce, là aussi, qu'en raison de la faiblesse voire du ridicule des argumentaires opposés à cette mesure.
Le plus cocasse de l'affaire (on a entendu surtout cet argument sur B.F.M qui était auparavant simplement sarkozyste et qui devient hystériquement hostile au pouvoir socialiste depuis la victoire de François Hollande) a été de voir avancer l'idée que les étrangers allaient se disputer nos patrons contraints à l'exil par la réduction de leurs salaires. Il n'y a pas de doute que les sirènes étrangères vont faire entendre leurs voix enchanteresses et, qui sait, dévoiler leurs charmes pour tenter d'attirer dans leurs filets des dirigeants qui, pour la plupart, ont mis à genoux les entreprises qu'ils avaient la charge de promouvoir. C'est le cas de Renault, d'Air France, de Carrefour et de tant d'autres.
Aux États-Unis, un PDG incapable de faire marcher l'entreprise, est immédiatement viré sans indemnité pour incapacité par son conseil d'administration ; en France, on le maintient des années en fonction et, à leur terme, on lui donne, sous diverses formes, des indemnités royales ; on y ajoute même, ô ironie, une indemnité de non-concurrence, comme s'il y avait des rivaux suffisamment imbéciles pour se charger d'un tel boulet. On devrait, bien au contraire, donner cette prime au concurrent qui accepterait de nous débarrasser de cet incapable.
On fait aussi remarquer, dans ces mêmes médias, que cette réduction de salaire ne concernera qu'une demi-douzaine de PDG (dans notre situation le symbole est plus important que l'économie et, comme on dit, il n'y a pas de petit bénéfice !) ; en revanche, observe-t-on dans les mêmes médias, il est impossible d'appliquer une telle mesure dans le domaine privé puisque les entreprises sont, après tout, libres de payer leurs PDG au tarif qu'elles veulent, si nuls qu'ils soient.
Tout à fait d'accord et les exemples abondent. D'ailleurs, je pense que pour le privé, non seulement on ne doit pas limiter les salaires des PDG mais au contraire pousser à les AUGMENTER le plus possible. L'Etat n'a, en effet, nul intérêt à faire pression sur les sociétés privées pour leur faire réduire les salaires de leurs PDG ; il doit au contraire leur suggérer de l'augmenter dans des proportions aussi importantes que leurs finances sont en mesure de le supporter. Le PDG qui gagne 4 millions par an pourra ainsi en gagner 10, 20 voire 40 ; il suffira alors de manier l'outil fiscal et si l'on prend 36 millions d'impôts (75%) sur les 40 qu'il aura gagnés, ce sera autant de pris pour les services du Trésor français et la nation.
C'est une stupidité, en pareil cas, de vouloir diminuer les salaires de ces PDG car, ce qui sera ainsi "économisé", en apparence seulement, sur les salaires partira aussitôt, dans le cadre classique et éprouvé de la dissimulation des bénéfices, vers les paradis fiscaux, alors que si le PDG est payé, le plus royalement possible, en salaires déclarés, ses impôts en seront d'autant augmentés.
Que les gros salaires lèvent le doigt sans crainte, on va les augmenter !
dimanche 3 juin 2012
samedi 2 juin 2012
Charity business (fin)
Si je me limite ici au secteur de l'éducation qui est celui que je connais le mieux, les rapports qui sont soit produits au terme de ces visites, soit rédigés, sur commande expresse, par des "experts", auxquels on a confié, à prix d'or, la rédaction de tels textes, témoignent d'une ignorance à peu près totale et parfois confondante des réalités qu'ils visent pourtant à décrire et à analyser.
Je ne rappellerai pas ici mon blog d'il y a quelques jours ; j'y parlais de Madame Lagarde du FMI qui avait évoqué, non sans émotion, sa visite dans une école d"un "petit village du Niger" où les élèves étaient assis à trois sur une même chaise, ce qui est un exploit, même pour de menus enfants nigériens. Comme souvent le mensonge est révélé par un souci excessif du détail car, pour ce qui me concerne, je n'ai jamais vu dans un "petit village africain" des élèves assis sur des chaises ; si le détail est vrai, on avait dû, en prévision de la visite de la grande dame blanche rassembler toutes les chaises du coin, à vingt kilomètres à la ronde!
Pour être plus sérieux, prenons, car il est exemplaire, le cas du grand rapport sur l'éducation en Afrique subsaharienne produit par la Banque Mondiale en 1988 et qui est, à ma connaissance, le dernier grand livre "officiel" sur ces questions.
Il a précédé et engendré la série des Forums mondiaux de l'éducation, réunis par l'UNESCO, à grands frais, en 1990 (Jomtien) et de Dakar (2000), (simple détail : un seul de ces forums représente le coût de la construction de 100.000 écoles au Mali!). L'action, comme souvent, a depuis tourné court après le fiasco de Dakar et l'on a attendu en vain le Forum mondial de 2010 ! Or ce texte de 192 pages consacre une page et demie à la question du médium éducatif dans l'école africaine qui est pourtant, de toute évidence, la question majeure et centrale.
En revanche, les agents ou les experts des organismes du style de la Banque Mondiale s'attachent avec passion aux rapports qu'on pourrait établir entre les résultats des élèves et le matériau de construction des écoles (béton, briques, bois, banco, etc.).
Une question qui préoccupe beaucoup aussi est celle du rapport entre les résultats des élèves et le "genre" des enseignant(e)s. La question est amusante surtout dans sa formulation. Ces experts, pudibonds (nous sommes aux Etats Unis!), n'osent pas user du mot "sexe" (le terme leur semble choquant). La question, ainsi formulée, est naturellement absurde, puisque les deux mots ne sont absolument pas synonymes, sauf pour des experts internationaux de la Banque Mondiale et des organismes internationaux, trop ignorants pour le savoir et qui naturellement, entre deux juteuses expertises, n'ont jamais eu le temps de lire le grand livre qu'Ivan Illitch a consacré au genre vernaculaire car il n'y a pas de "sexe" vernaculaire" !
Il est clair que c'est surtout dans ces organisations qu'on trouve les vrais nababs de la pauvreté plus que dans les O.N.G., où il y a incontestablement, en dehors de quelques nababs, nombre d'agents, souvent bénévoles, qui pensent sincèrement pouvoir oeuvrer au développement des pays dans lesquels ils sont envoyés.
Je ne veux pas tomber toutefois dans un angélisme excessif ; je citerai toutefois une petite expérience que j'ai vécue à Ouagadougou en 2004 au moment du Sommet de la francophonie (je précise que ma condition est beaucoup trop modeste pour que j'aie été invité dans ce cadre) car elle me conduit à modérer mes appréciations positives sur les O.N.G.
En cette circonstance, comme la réunion à laquelle je participais se tenait en un lieu assez éloigné du centre de Ouagadougou où je logeais et que je commençais à m'ennuyer un peu, j'ai décidé avec un collègue de prendre un taxi pour rentrer en ville. Il y en avait évidemment aucun ; nous avons donc essayé de trouver un autre moyen de transport. À cette fin, nous avons longé de longues files de véhicules qui étaient garés là, de toute évidence par des participants qui avaient, eux, la patience de rester en séance. Nous avons pu constater alors que l'immense majorité de ces véhicules étaient des 4x4 de luxe, tous flambant neufs, climatisés, aux vitre teintés (prix moyen 100.000 euros) et portant, à peu près tous, le sigle de l'O.N.G. qui en était propriétaire. À force de patience nous avons fini par trouver un taxi, sans avoir pu faire l'expérience d'un transport dans l'un de ces somptueux véhicules.
Il y a donc sans doute aussi dans les O.N.G. quelques nababs de la pauvreté, certains sont même devenus ministres !
Je ne rappellerai pas ici mon blog d'il y a quelques jours ; j'y parlais de Madame Lagarde du FMI qui avait évoqué, non sans émotion, sa visite dans une école d"un "petit village du Niger" où les élèves étaient assis à trois sur une même chaise, ce qui est un exploit, même pour de menus enfants nigériens. Comme souvent le mensonge est révélé par un souci excessif du détail car, pour ce qui me concerne, je n'ai jamais vu dans un "petit village africain" des élèves assis sur des chaises ; si le détail est vrai, on avait dû, en prévision de la visite de la grande dame blanche rassembler toutes les chaises du coin, à vingt kilomètres à la ronde!
Pour être plus sérieux, prenons, car il est exemplaire, le cas du grand rapport sur l'éducation en Afrique subsaharienne produit par la Banque Mondiale en 1988 et qui est, à ma connaissance, le dernier grand livre "officiel" sur ces questions.
Il a précédé et engendré la série des Forums mondiaux de l'éducation, réunis par l'UNESCO, à grands frais, en 1990 (Jomtien) et de Dakar (2000), (simple détail : un seul de ces forums représente le coût de la construction de 100.000 écoles au Mali!). L'action, comme souvent, a depuis tourné court après le fiasco de Dakar et l'on a attendu en vain le Forum mondial de 2010 ! Or ce texte de 192 pages consacre une page et demie à la question du médium éducatif dans l'école africaine qui est pourtant, de toute évidence, la question majeure et centrale.
En revanche, les agents ou les experts des organismes du style de la Banque Mondiale s'attachent avec passion aux rapports qu'on pourrait établir entre les résultats des élèves et le matériau de construction des écoles (béton, briques, bois, banco, etc.).
Une question qui préoccupe beaucoup aussi est celle du rapport entre les résultats des élèves et le "genre" des enseignant(e)s. La question est amusante surtout dans sa formulation. Ces experts, pudibonds (nous sommes aux Etats Unis!), n'osent pas user du mot "sexe" (le terme leur semble choquant). La question, ainsi formulée, est naturellement absurde, puisque les deux mots ne sont absolument pas synonymes, sauf pour des experts internationaux de la Banque Mondiale et des organismes internationaux, trop ignorants pour le savoir et qui naturellement, entre deux juteuses expertises, n'ont jamais eu le temps de lire le grand livre qu'Ivan Illitch a consacré au genre vernaculaire car il n'y a pas de "sexe" vernaculaire" !
Il est clair que c'est surtout dans ces organisations qu'on trouve les vrais nababs de la pauvreté plus que dans les O.N.G., où il y a incontestablement, en dehors de quelques nababs, nombre d'agents, souvent bénévoles, qui pensent sincèrement pouvoir oeuvrer au développement des pays dans lesquels ils sont envoyés.
Je ne veux pas tomber toutefois dans un angélisme excessif ; je citerai toutefois une petite expérience que j'ai vécue à Ouagadougou en 2004 au moment du Sommet de la francophonie (je précise que ma condition est beaucoup trop modeste pour que j'aie été invité dans ce cadre) car elle me conduit à modérer mes appréciations positives sur les O.N.G.
En cette circonstance, comme la réunion à laquelle je participais se tenait en un lieu assez éloigné du centre de Ouagadougou où je logeais et que je commençais à m'ennuyer un peu, j'ai décidé avec un collègue de prendre un taxi pour rentrer en ville. Il y en avait évidemment aucun ; nous avons donc essayé de trouver un autre moyen de transport. À cette fin, nous avons longé de longues files de véhicules qui étaient garés là, de toute évidence par des participants qui avaient, eux, la patience de rester en séance. Nous avons pu constater alors que l'immense majorité de ces véhicules étaient des 4x4 de luxe, tous flambant neufs, climatisés, aux vitre teintés (prix moyen 100.000 euros) et portant, à peu près tous, le sigle de l'O.N.G. qui en était propriétaire. À force de patience nous avons fini par trouver un taxi, sans avoir pu faire l'expérience d'un transport dans l'un de ces somptueux véhicules.
Il y a donc sans doute aussi dans les O.N.G. quelques nababs de la pauvreté, certains sont même devenus ministres !
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vendredi 1 juin 2012
Charity business (2)
J'ai lu, je ne sais plus quand, déjà dans le quotidien haïtien, le Nouvelliste, que je visite régulièrement, un article de Carl-Henry Cadet qui faisait un rapprochement, inattendu mais fort pertinent, entre Haïti et le Cambodge . Cet article faisait suite à la projection publique à la FOKAL du film « Inside job » de la journaliste-cinéaste américaine d'origine cambodgienne Kalyanee Mam, Oscar 2011 du meilleur documentaire. qui avait été invitée à Port-au-Prince par l'ICFJ (International Center for Journalists).
En voici un extrait significatif :
"Haïti et Cambodge : un triste tableau
Haïti et Cambodge sont très distants sur le plan géographique, mais ils sont très proches sur le plan socio-politico-économique. Les deux pays, sous protectorat voilé ou ouvert de la communauté internationale, deviennent des terres fertiles pour le développement des ONG.
[...]
Le débarquement de l'ONU a ouvert la porte aux ONG qui sont aujourd'hui les vrais maîtres du Cambodge. Elles sont, selon la journaliste, plus de 3 000 au pays dont la population est aujourd'hui évaluée à 14 millions d'habitants. « Fuite de la main-d'oeuvre qualifiée, effondrement de l'industrie, dégradation du système éducatif, généralisation de la corruption... » sont parmi les maux ayant frappé le pays après 1991.
Avant l'arrivée de l'ONU, la pandémie du sida était presque méconnue au Cambodge. « Pas plus de 6 000 personnes malades du sida ont été recensées à travers tout le pays avant 1991, a indiqué Kalyanee. Ce chiffre est passé à 20 000 en 1992 pour atteindre entre 50 000 à 90 000 en 1995. » « L'ONU a apporté le sida au Cambodge et le choléra en Haïti », a souligné un participant à l'atelier [il est désormais avéré et sans conteste que sont en cause, pour Haïti et le choléra, non pas les ONG, mais des troupes asiatiques de la MINUSTAH dont le contenu des latrines a été déversé dans l'Artibonite par une société haïtienne chargée de leur traitement].
Dans les années 50 et 60, le Cambodge était considéré pour son attractivité touristique et son industrie florissante comme « La Perle de l'Orient ». Aujourd'hui, avec un revenu per capita inférieur à 800 dollars américains, les Cambodgiens vivent de l'assistanat.
Les meilleurs emplois du pays, offerts par les ONG, sont octroyés aux ressortissants des pays étrangers. Comme c'est le cas en Haïti, les Cambodgiens se contentent des postes de subalternes ou de seconde zone. Menant un train de vie supérieur à celui de la majorité des Cambodgiens, les expatriés font grimper le prix des loyers et des produits alimentaires. Et l'anglais tend à s'imposer comme la langue officielle du pays au détriment de la langue maternelle, le cambodgien, qu'on enseigne de moins en moins à l'école".
Pour en revenir à Haïti et à l'article d'Alphonse Roberson, un point bref mais essentiel :
Il tient à la remarquable localisation des plus gros contractants privés qui ont émargé aux sommes investies dans la "reconstruction" ; ils se trouvent, par un heureux hasard, dans trois Etats américains (Washington DC, Maryland et Virginie) et leur "identité" est tout aussi significative (Chemonic International Inc, Lakeshore Engineering Services Inc, Development Alternativ Inc. PAE Governement services Inc. Management Services, Contingency Response Service LLC, Perini Management Services SRI, CEEPCO Contracting LLC, American Institute).
Cela doit classer l'opération Haïti dans le "top ten" de la récupération des crédits investis dans des opérations humanitaires par les pays bailleurs de fonds ; selon un texte de Ziegler déjà ancien, la Suisse était en tête d'un tel classement en "récupérant", d'une façon ou d'une autre, plus de 95% de ces sommes ! A. Roberson évoque discrètement le mécanisme de cette récupération : "La loi d'urgence de 18 mois votée à la fin du quinquennat de René Préval a été bénéfique aux firmes internationales ayant les moyens de se payer des lobbyistes bien « souchés », proches des donateurs et des faiseurs de décisions d'allocation de fonds dans la reconstruction d'Haïti".
Le court-circuitage des appels d'offres, quelques contrats personnels juteux à des personnalités locales et, semble-t-il, quelques valises de billets bien placées ont sans doute fait le reste !
Suite et fin demain.
En voici un extrait significatif :
"Haïti et Cambodge : un triste tableau
Haïti et Cambodge sont très distants sur le plan géographique, mais ils sont très proches sur le plan socio-politico-économique. Les deux pays, sous protectorat voilé ou ouvert de la communauté internationale, deviennent des terres fertiles pour le développement des ONG.
[...]
Le débarquement de l'ONU a ouvert la porte aux ONG qui sont aujourd'hui les vrais maîtres du Cambodge. Elles sont, selon la journaliste, plus de 3 000 au pays dont la population est aujourd'hui évaluée à 14 millions d'habitants. « Fuite de la main-d'oeuvre qualifiée, effondrement de l'industrie, dégradation du système éducatif, généralisation de la corruption... » sont parmi les maux ayant frappé le pays après 1991.
Avant l'arrivée de l'ONU, la pandémie du sida était presque méconnue au Cambodge. « Pas plus de 6 000 personnes malades du sida ont été recensées à travers tout le pays avant 1991, a indiqué Kalyanee. Ce chiffre est passé à 20 000 en 1992 pour atteindre entre 50 000 à 90 000 en 1995. » « L'ONU a apporté le sida au Cambodge et le choléra en Haïti », a souligné un participant à l'atelier [il est désormais avéré et sans conteste que sont en cause, pour Haïti et le choléra, non pas les ONG, mais des troupes asiatiques de la MINUSTAH dont le contenu des latrines a été déversé dans l'Artibonite par une société haïtienne chargée de leur traitement].
Dans les années 50 et 60, le Cambodge était considéré pour son attractivité touristique et son industrie florissante comme « La Perle de l'Orient ». Aujourd'hui, avec un revenu per capita inférieur à 800 dollars américains, les Cambodgiens vivent de l'assistanat.
Les meilleurs emplois du pays, offerts par les ONG, sont octroyés aux ressortissants des pays étrangers. Comme c'est le cas en Haïti, les Cambodgiens se contentent des postes de subalternes ou de seconde zone. Menant un train de vie supérieur à celui de la majorité des Cambodgiens, les expatriés font grimper le prix des loyers et des produits alimentaires. Et l'anglais tend à s'imposer comme la langue officielle du pays au détriment de la langue maternelle, le cambodgien, qu'on enseigne de moins en moins à l'école".
Pour en revenir à Haïti et à l'article d'Alphonse Roberson, un point bref mais essentiel :
Il tient à la remarquable localisation des plus gros contractants privés qui ont émargé aux sommes investies dans la "reconstruction" ; ils se trouvent, par un heureux hasard, dans trois Etats américains (Washington DC, Maryland et Virginie) et leur "identité" est tout aussi significative (Chemonic International Inc, Lakeshore Engineering Services Inc, Development Alternativ Inc. PAE Governement services Inc. Management Services, Contingency Response Service LLC, Perini Management Services SRI, CEEPCO Contracting LLC, American Institute).
Cela doit classer l'opération Haïti dans le "top ten" de la récupération des crédits investis dans des opérations humanitaires par les pays bailleurs de fonds ; selon un texte de Ziegler déjà ancien, la Suisse était en tête d'un tel classement en "récupérant", d'une façon ou d'une autre, plus de 95% de ces sommes ! A. Roberson évoque discrètement le mécanisme de cette récupération : "La loi d'urgence de 18 mois votée à la fin du quinquennat de René Préval a été bénéfique aux firmes internationales ayant les moyens de se payer des lobbyistes bien « souchés », proches des donateurs et des faiseurs de décisions d'allocation de fonds dans la reconstruction d'Haïti".
Le court-circuitage des appels d'offres, quelques contrats personnels juteux à des personnalités locales et, semble-t-il, quelques valises de billets bien placées ont sans doute fait le reste !
Suite et fin demain.
jeudi 31 mai 2012
Charity business : le point sur Haïti
Roberson Alphonse ( ralphonse@lenouvelliste.com), journaliste au quotidien haïtien, le Nouvelliste, a consacré à la reconstruction de la région d'Haïti dévastée par le terrible tremblement de terre du 12 janvier 2010, un article dont le contenu, très informé, se fonde sur un rapport du "Centre global pour le développement" (CGD) intitulé "Haïti : où est allé l'argent ?".
Ce rapport constitue (mais je n'en parle ici qu'à travers l'article d'A.Roberson que vous pouvez d'ailleurs lire dans le site du Nouvelliste, fort bien fait et aisément accessible) une terrible, mais prévisible, mise en cause de ce qui s'est passé là-bas depuis la catastrophe.
Quelques brefs extraits de son article en vous invitant à aller le lire dans le site du Nouvelliste.
" Quelques grandes ONG internationales ont produit des rapports annuels et publié des informations financières avec des décalages. Sur 196 ONG [ certains en ont compté jusqu'à mille !], seules huit ont publié des rapports d'activités, a révélé le "Disaster Accountability Project", cité par le CGD. Cet intérêt accordé aux ONG et aux contractants privés est dû au rôle important qu'ils joueront encore pendant un certain temps en Haïti où l'Etat est faible, a indiqué le CGD, soulignant que quelque 3 milliards de dollars ont été alloués à des ONG dans le cadre des opérations humanitaires.
L'USAID (Agence américaine de développement international) n'est pas parmi les bons élèves. Sur requête du Center for economic and policy research, l'USAID a publié en avril 2012 les noms des entreprises haïtiennes traitées en parents pauvres. Seulement 1 %, soit 9, 45 millions sur 1 milliard de dollars a été accordé à des firmes locales, alors que l'USAID a consacré 75 % de cette enveloppe pour donner des contrats ayant fait des vagues à des contractants privés, à l'intérieur du "Beltway", c'est-à-dire Washington DC, Maryland ou Virginia, selon le rapport du CGD. Chemonic International Inc, Lakeshore Engineering Services Inc, Development Alternativ Inc. PAE Governement services Inc. Management Services, Contingency Response Service LLC, Perini Management Services SRI, CEEPCO Contracting LLC, American Institute..., sont parmi les plus gros contractants privés recensés dans ce rapport sur le chemin de l'argent qui met en lumière les faiblesses de l'Etat haïtien, confronté à un problème : les donateurs sont peu enclins à décaisser.
Deux ans après le séisme, les donateurs tardent à concrétiser les promesses faites en évoquant l'existence d'un système d'accointance, de passe-droit, de corruption et d'inefficience du gouvernement haïtien. « Jusqu'ici, les capacités du gouvernement ne seront jamais renforcées si les donateurs continuent de contourner les institutions locales en faveur des ONG », a prévenu le rapport du CGD. Prompt à mettre en lumière l'effet pervers de cette politique, le CGD a recommandé la transparence au gouvernement haïtien pour un « rétablissement de sa crédibilité ». « Les appels d'offres du gouvernement haïtien doivent le plus souvent possible se faire sur une base compétitive, de façon à s'assurer l'obtention des services tout en construisant ses propres capacités à long terme », a indiqué ce rapport qui invite les donateurs à participer à cet effort dont les résultats seront perceptibles sur des décennies et non des années.
Cependant, au regard de ce rapport, la loi d'urgence de 18 mois votée à la fin du quinquennat de René Préval a été bénéfique aux firmes internationales ayant les moyens de se payer des lobbyistes bien « souchés », proches des donateurs et des faiseurs de décisions d'allocation de fonds dans la reconstruction d'Haïti.
Depuis le tremblement de terre du 12 janvier 2010, quelque 6 milliards de dollars ont été débloqués pour Haïti, un pays de 10 millions d'habitants. Selon les chiffres communiqués, plus de 3 milliards de dollars ont été donnés à des ONG pour réaliser des opérations humanitaires, de relèvement et de reconstruction. Les Etats-Unis ont dépensé plus de 2 milliards de dollars et promis plus de 3 milliards dans les efforts de relèvement et de reconstruction. Alors que les résultats ne sont toujours pas au rendez-vous, la fenêtre d'attention sur Haïti est entrebâillée. Fermée, selon les sceptiques qui zappent et se souviennent des ballets de nos amis, de nos tuteurs, des flambeurs de frics ou des relations publiques, d'un avocat cinq étoiles comme Bill Clinton, disparu des radars...Tout comme les résultats que l'on cherche pour les milliards dépensés...".
La suite demain car je suis déjà long!
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mardi 29 mai 2012
"Lagarde ne meurt pas mais se rend"
Ce titre, un peu sibyllin au départ, verra son sens s'éclairer dans la suite ; peut-être celui que j'ai écarté ( "Titine au Niger") eût-il été préférable ?
Mme Christine Lagarde, qui, dans un mouvement inverse du parcours de son prédécesseur, avait fort opportunément quitté son ministère pour le FMI, ce qui avait évité qu'on s'intéressât de trop près à quelques affaires, retrouve aujourd'hui la vedette dans les médias par une déclaration inattendue à propos de la Grèce qui rapproche cet Etat du Niger!
Je ne dirais qu'un mot de la Grèce sur laquelle on dit tout de même beaucoup de sottises, car j'ai déjà écrit quelques blogs à propos de cet État dont l'un s'intitulait, me semble-t-il, "La Grèce : mythe de Sisyphe ou tonneau des Danaïdes". Si la Grèce a été le dixième Etat-membre à adhérer à la Communauté européenne en 1981, cette adhésion a été acquise au terme d'un processus d'une vingtaine d'années, car on savait parfaitement déjà que la Grèce était très loin de présenter un état économique susceptible d'être aisément compatible avec le fonctionnement qu'on envisageait pour l'Europe, ce dont les politiques se souciaient fort peu. Ne pourrait-on leur réclamer des comptes?
En Grèce même, cette adhésion à l'Europe fut loin de faire l'unanimité ; on sait comment la Grèce, au su et au vu de tous, paya des centaines de millions la savante falsification de ses comptes publics! Toutefois, les fonds de la politique agricole commune et les "paquets Delors" emportèrent les réticences par les masses d'argent qu'elles firent se déverser sur le pays, avant qu'elles filent pour une bonne part vers la Suisse et les paradis fiscaux. Ces largesses, aussi folles qu'incontrôlées, ont sans doute contribué à faire passer la gauche grecque d'une opposition vigoureuse à la communauté européenne a une approbation quasi totale.
Toutefois mon propos hellénique se situe ailleurs et il prend quelque peu le contre-pied de ce que dit Mme Lagarde à propos de la fiscalité grecque qu'elle semble mal connaître. Contrairement à ce qu'elle affirme, en effet, les impôts représentent une partie non négligeable du budget grec (les prélèvements fiscaux constituent à peu près 40% du PIB), surtout du fait que, pour toute la fonction publique grecque, le recouvrement de l'impôt ne pose pas problème puisqu'il s'opère à la source ! Le désastre financier tient donc surtout à l'énormité des remboursements d'intérêts de la dette, même si l'on ne peut nier, par ailleurs, que sur bien des plans le système administratif grec laisse à désirer.
Toutefois ce qui est le plus inattendu dans cette affaire est le rapprochement avec le Niger dont on se demande ce qu'il vient faire dans cette galère.
Cette référence ne tient, à mon sens, qu'au seul fait que l'Afrique a été pour la directrice générale du FMI une expérience nouvelle quoiqu'indispensable. Mme Lagarde s'est rendue à Niamey en décembre 2011 pour une mission officielle et, selon ses dires, elle serait même allée (et je la cite) " dans un petit village du Niger".
Je doute un peu de l'escapade dans le désert pour la visite d'un "petit village", surtout pour une raison que je vous donnerai dans la suite, mais aussi sur un plan plus général. Je vois mal le gouvernement du Niger, vu la situation locale actuelle et les grands risques d'attentats, laisser la directrice générale du FMI, dont tout le monde connaît la présence à Niamey, aller se promener dans le désert pour y visiter ce petit village! J'en suis d'autant plus convaincu que je suis allé moi-même au Niger fin septembre 2011 et que j'ai pu voir quelles précautions sont prises en pareil cas, pour le plus menu fretin.
Toutefois mon scepticisme se fonde sur un autre détail qu'elle mentionne dans son intervention. Je cite exactement : "Je pense plus aux petits enfants d'une école d'un petit village du Niger qui ont classe deux heures par jour, en partageant une chaise à trois."
Je veux bien croire à l'affaire des deux heures par jour si Mme Lagarde a visité une classe où régnait le système de la double, voire de la triple vacation (le même maître, dans la journée, fait deux voire trois classes). Pas la peine, chère Madame Lagarde, d'aller au fond du Niger, au risque de vous faire enlever ou assassiner puisque c'est là une grande idée de vos amis et voisins de la Banque mondiale, qui siègent tout près de vous au bord du Potomac !
Au reste, ce n'est pas très grave car tout le monde sait qu'on n'apprend pas grand chose dans ce genre d'école (et, au fait dans quelle langue ? Avez -vous parlé avec les maîtres dans l'école de ce petit village ? En français ? En zarma ? En haoussa ?).
En revanche, je ne crois pas un instant que les élèves nigériens d'un "petit village" soient " assis à trois sur une chaise" pour la simple et bonne raison que, dans les classes d'un petit village du Niger, IL N'Y A JAMAIS DE CHAISES ! Si vous dites vrai, la seule hypothèse qu'on puisse faire et qui en la circonstance, n'est pas impossible, est que la veille (en ville et non dans un village) en prévision de la visite de la grande dame blanche, on ait récupéré, ici ou là, quelques chaises pour l'éblouir de ce luxe pédagogique inouï. Une telle pratique est assez courante, en pareil cas, pour qu'on puisse envisager qu'elle ait eu lieu.
En revanche dans les classes du Niger que j'ai pu voir, je n'ai vu que des bancs ou des tables-bancs antiques où les élèves étaient assis à trois ou quatre au lieu de deux, mais la pratique la plus courante, de très loin, est que les élèves soient assis PAR TERRE et écrivent soit par terre aussi, soit en prenant appui sur le dos de l'élève assis devant.
Il a paru sans doute de bon ton à Madame Lagarde de faire cette référence à l'Afrique pour faire état de sa connaissance des terrains du Sud mais, faite à propos de la Grèce, elle ne me paraît pas très opportune . Elle l'a reconnu elle-même dans la suite ("La garde ne meurt pas mais se rend à l'évidence") et à ce seul égard.
Pour moi, je déplore surtout qu'elle soit si manifestement fausse.
lundi 28 mai 2012
Dosière à Bercy !
Je signalais, dans un précédent blog et un peu en passant, que René Dosière, spécialiste incontesté des finances de l'État français comme de celles de ses collectivités locales (il est de très loin le meilleur spécialiste de ces divers domaines sur lesquels il a d'ailleurs beaucoup écrit), s'était vu, contre toute attente, refuser l'investiture par le parti socialiste, auquel il était apparenté et avec lequel il entretient, semble-t-il, de bonnes relations après en avoir été le député durant plusieurs législatures. Il a, par une discrétion, qui l'honore, refusé, ce matin, de s'expliquer trop précisément sur ce point, mais on pouvait comprendre que l'explication était plus régionale que nationale (l'Aisne serait-elle un petit Marseille ?).
J'ai entendu René Dosière, tout à fait par hasard mais avec la plus vive satisfaction, interviewé sur RMC ce matin même par le remplaçant de l'illustre Bourdin. Il ne vous aura pas échappé que ce lundi de Pentecôte, et souvent quelques jours qui précèdent et vraisemblablement quelques jours qui suivront (miracles permanents de la RTT en ce joli mois de mai si riches en ponts) sont des périodes de congés pour les ténors de notre paysage audiovisuel. Je pense qu'ils ne se soucieront au plus vite, s'ils ne l'ont pas déjà fait, de verser cette journée de salaire, fort copieuse sans doute, au service (une Agence de plus!) qui s'occupe de recueillir les fonds de solidarité pour les vieillards et les handicapés.
C'est évidemment lui qu'il aurait fallu nommer à Bercy (mais il me paraît plutôt aubryste) puisque, depuis des années, son souci majeur est de débusquer le gaspillage des fonds d'État, tant au niveau national que régional, et qu'il a, de tous ces dossiers, une parfaite connaissance dans le moindre de leurs recoins.
On aurait même pu sans doute penser à lui bien avant, dans le cadre de la fameuse "Réforme Générale des Politiques Publiques" (feue la RGPP), chère aux précédents gouvernements mais dont on n'a guère vu les résultats, dans notre situation globale, puisque les restrictions nationales ont été, le plus souvent, annulées par des dépenses supplémentaires au plan local.
Toutefois, vu les relations un peu tumultueuses que René Dosière entretenait avec l'Élysée, c'était une hypothèse qui avait peu de chances d'être retenue. On se souvient en effet que c'est lui qui débusqua, autrefois, la fameuse affaire de la carte de crédit de Cécile Sarkozy, même s'il s'était montré un défenseur de l'augmentation du salaire du président de la République, à condition toutefois que cette augmentation s'accompagnât d'une véritable clarification des dépenses de l'Élysée.
On vient de découvrir, grâce à un écolo grenoblois qui a contraint l'Etat à le faire par voies de justice, que, par anticipation des évolutions matrimoniales et politiques (en vue de la future candidature du président en place), l'Elysée avait dépensé près de 10 millions d'euros pour des sondages, dont la pertinence dans la conduite des affaires de l'Etat et du moment, n'est pas toujours des plus évidentes. Cette affaire ne semble pas terminée et nous aurons probablement l'occasion d'y revenir.
On vient de découvrir, grâce à un écolo grenoblois qui a contraint l'Etat à le faire par voies de justice, que, par anticipation des évolutions matrimoniales et politiques (en vue de la future candidature du président en place), l'Elysée avait dépensé près de 10 millions d'euros pour des sondages, dont la pertinence dans la conduite des affaires de l'Etat et du moment, n'est pas toujours des plus évidentes. Cette affaire ne semble pas terminée et nous aurons probablement l'occasion d'y revenir.
Parfait connaisseur des finances publiques, tant nationales que locales, et, en outre, remarquable pédagogue sur des points où les politiques cherchent plutôt à nous embrouiller, René Dosière a donné quelques exemples des dizaines de milliards qui se perdent, en particulier dans l'empilement si français des structures administratives qui conduit à ce que l'on fasse, en gros et avec d'immenses pertes d'argent mais aussi de temps, les mêmes choses au niveau du conseil régional, du conseil général, des intercommunalité et des communes. Tout le monde le sait naturellement mais nul ne se veut risquer à y toucher, au moins par prudence quand il n'y trouve pas son intérêt !
Compte tenu de l'expérience et des compétences de René Dosière, on n'aurait sans doute pas pu contester ni ses choix ni ses décisions, si l'on avait eu la bonne idée de le nommer à Bercy. Toutefois le refus absurde que le parti socialiste lui a fait de l'investiture montre à quel point cette hypothèse, si raisonnable qu'elle fût, était totalement irréaliste hélas !
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dimanche 27 mai 2012
"Je t'aime moi non plus" (version UMP)
Si les antagonismes et les dissensions au sein de l'UMP sont multiples (mais pas plus qu'ailleurs sans doute sauf lorsqu'apparaît un fromage à l'horizon), tout le monde les connaît depuis longtemps. Les Guignols de l'Info ont même, naguère, fait une de leurs spécialités des affrontements entre les uns et les autres, Bertrand et Chatel rivalisaient dans la flagornerie auprès du maître ; on savait aussi que le "collaborateur" Fillon n'était pas non plus, forcément, en odeur de sainteté auprès de Nicolas ni des ténors de son propre parti qui tous, de ce fait même, guignaient sa place.
On sait aussi que pour des raisons, qui lui appartenaient sans doute, Nicolas Sarkozy, sans élection, avait mis Jean-François Copé à la tête de l'UMP, en le flanquant toutefois, explicitement et étroitement, de son cher Hortefeux chargé de le surveiller et de le contrôler sur tous les points et qui, dans les circonstances présentes est curieusement absent.
On s'est interrogé sur la prise de position soudaine de François Fillon alors qu'elle était pourtant parfaitement claire et totalement prévisible, si l'on avait écouté, dans les jours précédents, Jean-François Copé. Celui-ci, en effet, se prévalait de sa position à la tête de l'UMP pour revendiquer la gouvernance du parti, au moins jusqu'au congrès de l'automne et plus si affinités! Il avait bien l'intention de mitonner la suite à son profit.
Il est clair que François Fillon ne pouvait laisser s'accomplir ce plan ; faute d'être en mesure de laisser les choses en l'état, il fallait qu'il provoque un incident propre à remettre les cartes sur la table. C'est très exactement ce qu'il a fait et la suite à montré que c'était effectivement là le comportement à tenir. Jean-François Copé a été conduit à battre aussitôt en retraite, affirmant, toujours sans rire (car cet homme est d'un sérieux imperturbable), qu'il n'était pas question que quiconque revendique la direction du mouvement qu'il s'était pourtant lui-même approprié, explicitement et publiquement, quelques jours auparavant.
Comble de malheur, dans tout cela, nous avons été hélas privés des commentaires éclairés de Jean-Michel Patati, le grand expert en la matière, qu'une situation économique difficile avait conduit, durant la présidentielle, à accepter de faire des "ménages" alimentaires dans Gala (Je vous jure que c'est vrai car j'ai eu en mains les pièces à conviction chez mon coiffeur !). En plus gravement touché, en ces lieux insalubres, par le virus people, il a, dans la foulée, retour de Gala, fait sa valise pour filer à Cannes faire le pitre au Grand journal festivalier de Denisot où l'on n'a guère causé politique !
Bref ! On a donc eu samedi 26 mai 2012, une jolie reprise de "je t'aime moi non plus" par les duettistes de l'UMP ( en attendant l'entrée en scène ultérieure d'un choeur plus étoffé car piétinent et font des vocalises, derrière le rideau NKM - si elle survit aux législatives -, Wauquiez, Juppé, Bertrand, etc.).
Copé qui avait préparé la salle était installé au premier rang de la manifestation (normal car c'est lui qui recevait, somme toute) ; Fillon est arrivé après et l'a rejoint dans une scène d'anthologie, où les deux rivaux se sont tout de même serré la main pour la photo, mais sans s'accorder le moindre regard ni échanger la moindre parole.
Après "Je t'aime moi non plus", ce fut donc, deux heures d'horloge durant, "Embrassons-nous Folleville" avec toute la gamme des protestations d'unité ("dans la diversité" bien sûr) et de parfait accord dans la campagne des législatives ; chaque grosse nuque de l'UMP a repris tour à tour ce refrain aussi éculé qu'inattendu, avant qu'un farceur, en fin de séance, pose la question de savoir s'il n'aurait pas fallu faire appel, en ces circonstances difficiles, au « meilleur d'entre nous », comme à l'accoutumée « droit dans ses bottes ».
L'histoire ne dit pas si Alain Juppé a modestement rosi en la circonstance.
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